Tchernobyl : pour tous ceux qui ont entendu ce nom, il est synonyme de la pire catastrophe nucléaire de notre histoire, celle qui a, le 26 avril 1986, suite à une erreur humaine, entraîné l’emballement, puis l’explosion du réacteur numéro 4 de cette centrale nucléaire construite en Ukraine alors sous le joug soviétique. C’était il y a quarante ans, quarante ans au cours desquels ce désastre a eu des conséquences graves, humaines d’abord, mais aussi environnementales et géopolitiques. De notre correspondante à Kiev, Pour beaucoup d’historiens, la catastrophe de Tchernobyl a contribué à accélérer la chute de l’URSS, révélant les défaillances d’un système centralisé, et réveillant le nationalisme ukrainien. Aujourd’hui, alors que la centrale nucléaire n’opère plus que pour le refroidissement du combustible nucléaire et la décontamination, le site et toute la zone d’exclusion sont revenus au cœur des préoccupations des Ukrainiens : en 2022, c’est ici, dans une zone encore hautement radioactive, que l’invasion russe à grande échelle a commencé. Dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, Volodymyr Verbytskyi, notre guide assigné par l’Agence d’État de gestion de la zone, nous montre comment fonctionne un dosimètre : cet appareil permet de mesurer la quantité de radiation reçue par une personne ou un appareil à un endroit donné. Il sonne très souvent, rappelant ainsi le fort taux de radioactivité de la zone, même quarante ans après la catastrophe. Il explique : « il faut savoir que plus le sol est meuble, plus on va avoir des taux élevés. Là où il y a de l’asphalte, le dosimètre se calme, le taux de radiation a baissé, et de beaucoup ! ». La ville de Chornobyl a donné son nom à la centrale Notre première halte est un jardin d’enfants, caché derrière la végétation. Volodymyr se souvient : « Après l’accident, ce village a été oublié : le 28 avril, Pripyat avait déjà été évacué… et le 1er et 2 mai, des enfants étaient encore amenés ici, malheureusement ». Les alertes du dosimètre s’arrêtent dès qu’on entre dans ce bâtiment délabré, et le bâtiment semble figé dans le temps. On y trouve des chaussons d’enfants en feutrine, des peluches, des livres tous recouverts de poussière sont exposés aux quatre vents… de petits lits rouillés rappellent qu’avant d’être une zone sinistrée, Tchernobyl était un lieu d’habitation. Ce jardin d’enfants précède l’entrée dans la ville de Chornobyl, qui a donné son nom à la centrale. « Chernobyl » en est la version russe, celle qui domine encore à l’étranger, au grand dam des Ukrainiens. La ville, qui se trouve à 18 km au sud de la centrale, est coquette, et pas tout à fait déserte : certains des travailleurs de la centrale, ainsi que des personnes qui auraient dû évacuer, y habitent encore, malgré l’interdiction. Dans un jardin du souvenir, l’artiste Anatoli Haydamaka a installé une série de panneaux de noms de villes aujourd’hui rayées de la carte : celles qui ont dû être abandonnées suite à la catastrophe. Cet abandon est criant quelques kilomètres plus loin, dans la ville abandonnée de Pripyat. Il aura fallu aux autorités soviétiques 36 heures après l’explosion du réacteur numéro 4 pour donner à la population locale, soit près de 50 000 habitants, l’ordre d’évacuation. Plusieurs raisons expliquent ce délai. D’abord la confusion autour de l’état du réacteur numéro 4 et du niveau des radiations, l’ampleur de l’évacuation à organiser d’un point de vue logistique, mais aussi, et surtout, le déni au niveau institutionnel : dans le système autoritaire soviétique, les décisions étaient centralisées, la culture du secret encadrait les mauvaises nouvelles, afin de ne pas porter atteinte à l’image de l’État et mettre en doute sa compétence, quitte à ce que la population en pâtisse. « Personne n’avait informé la population du danger que représentaient les radiations » En 1986, Volodymyr avait 25 ans, et il habitait Pripyat. Au milieu des ruines du café disco de la ville, il nous montre ses photos de jeunesse, et se souvient de sa première cuite. La ville avait été construite en 1970, à 3 km de la centrale nucléaire, et ses habitants étaient majoritairement des travailleurs de la centrale et leur famille. Ici, la moyenne d’âge était de moins de 30 ans. Tout était mis à leur disposition dans cette ville-atome que Moscou voulait mettre en scène comme le fleuron du parc nucléaire soviétique. Dans l’hôpital de la ville, il décrit, comme si c’était hier, les scènes qui s’y sont déroulées il y a quarante ans : « Les premiers blessés ont été amenés dans ce hall, puis ils ont été emmenés dans les étages, où on leur a prodigué les premiers soins ». Ici, des câbles et des blocs de béton pendent du plafond, dont on voit ...
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