La guerre en Iran a un impact inattendu sur l’industrie automobile, avec une hausse des ventes de voitures électriques en Europe. Les conducteurs cherchent à réduire leur dépendance au prix du pétrole. En moins d’un mois, des marques comme Ford, Opel, Fiat ou Peugeot ont enregistré 45 % de demandes en plus. Cette tendance devrait profiter à la Chine, dont l’avance repose sur une approche différente.
La force des constructeurs chinois réside dans leur méthode : ils ont commencé par sécuriser l’accès aux matières premières plutôt que par construire des usines. Leur présence en Afrique et en Amérique latine s’explique par la volonté d’acheter ou d’extraire les métaux et minerais nécessaires à la fabrication des batteries. Une stratégie qui vise à contrôler l’ensemble de la chaîne, de la conception à la livraison aux clients.
Le gouvernement chinois mise sur la création de pôles de recherche intégrant usines et ingénieurs pour développer la voiture de demain. L’objectif est de produire des véhicules plus informatisés, moins chers et moins polluants. Selon Vincent Mallet, économiste financier et analyste à l’AGEFI, la guerre en Iran va renforcer la volonté chinoise de s’appuyer sur ses voisins du Sud-Est asiatique : « Effectivement, il y a une stratégie chinoise industrielle de qualité de la main-d’œuvre, de quantité de cette main-d’œuvre dans le secteur de l’automobile électrique. Les voisins de la Chine sont en cela exposés à une offensive chinoise. Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui donne tout de même aux bateaux chinois un droit de passage, déstabilise l’économie mondiale. Chaque pays réalise que le commerce n’est plus aussi sûr et que les approvisionnements peuvent devenir imprévisibles avec des ruptures de chaîne. »
Cette stratégie pourrait cependant reléguer les grands constructeurs asiatiques et mondiaux à un rôle secondaire, les transformant en simples assembleurs de technologie chinoise. Une volonté économique et politique chinoise, élaborée pour s’inscrire dans la durée.
Des kits de véhicules pré-montés En Afrique, la Chine tire déjà profit de ses investissements précoces dans les matières premières en y exportant des kits de véhicules pré-montés. Jean-Rémy Macchia, spécialiste du marché automobile, explique : « Ces kits livrés existent déjà au Nigéria ou au Kenya. L’avantage de ce mode de construction est de ne pas avoir autant de pièces détachées que dans des chaînes de construction classiques. D’où leur livraison dans des pays où le secteur industriel automobile n’est pas ou très peu développé. Au Nigéria ou au Kenya, cela commence tout juste. Les véhicules chinois restent à assembler dans de petites usines, très légères à construire puisqu’il ne s’agit plus que de fixer les grosses parties du véhicule. D’ailleurs on les appelle les usines-boulons, car elles interviennent sur la phase finale de l’assemblage. Pour le moment, cela reste une petite partie du marché de l’automobile en Afrique, les véhicules en question sont essentiellement des camionnettes électriques. »
La Chine a également dépassé ses concurrents dans le domaine de l’automobile électrique, comme elle l’avait fait avec les trains à grande vitesse. Ses modèles de TGV figurent déjà sur les carnets de commandes en Afrique, en Amérique latine et en Asie.
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