エピソード

  • Des millions de tonnes de fruits et légumes jetés: le gaspillage alimentaire est-il de notre faute?
    2026/06/04
    Le gaspillage alimentaire commence dans les champs. Notamment pour des raisons économiques, les agriculteurs préfèrent laisser leur production pourrir sur place, quitte à gâcher de l'eau et de l'énergie. Le chiffre est choquant. Chaque jour dans le monde, selon l'ONU, un milliard de repas sont gaspillés. On vous l'a sûrement répété quand vous étiez tout petit : « Finis ton assiette ! » On a tendance à faire porter la responsabilité du gaspillage alimentaire sur les consommateurs. Oui, on jette toujours beaucoup trop à la maison, et là où on jette le plus, c'est dans les pays riches, mais en réalité ce gaspillage-là est minoritaire. Là où on gaspille le plus, c'est dans les champs, où poussent les fruits et les légumes. En France par exemple, un tiers du gaspillage alimentaire a lieu au niveau de la production, selon l’Ademe. Le gaspillage est forcément plus fréquent sur des produits par nature périssables, qu'on ne peut pas stocker, qu'il faut rapidement consommer ; on gaspillera plus facilement des tomates que des pneus de voiture par exemple. Mais la première raison du gaspillage agricole est d'ordre économique : il arrive que les agriculteurs préfèrent laisser pourrir des fruits ou des légumes sur place plutôt que de les ramasser, parce que ce n'est pas rentable. Quand récolter devient plus cher que tout abandonner. La loi du marché « Si l'offre en produits aux champs est supérieure à la demande exprimée par les marchés, il y a forcément une surproduction. La surproduction va générer automatiquement une baisse des prix, à rapporter aux facteurs de production que sont la main-d'œuvre, le matériel, le carburant, les machines. On oublie que l'agriculteur est un entrepreneur. La finalité de l'entreprise, c'est le profit », rappelle Laurent Parrot, économiste au Cirad, le centre de recherche agronomique pour le développement. On peut le regretter, on peut le déplorer, mais c'est tout simplement la loi du marché. Parmi les autres causes du gaspillage agricole, il arrive parfois qu'il n'y ait pas assez de main-d'œuvre. Il y a aussi des attaques de ravageurs, qui rendent les produits impropres à la consommation. Des récoltes sont aussi sacrifiées à cause du changement climatique, des canicules et des sécheresses plus intenses. Et puis il y a aussi les fameux fruits et légumes moches, déformés, qui n'ont pas la taille parfaite, qui ne répondent pas aux standards imposés par la grande distribution : souvent, on les jette, mais pas tout le temps et pas partout. « La question des défauts relève vraiment du marketing. Dans certaines situations, effectivement, par exemple en France, ça peut être mis au rebut. Dans d'autres situations, au niveau mondial, et notamment en Afrique, cela crée d'autres marchés parallèles qui consistent à récupérer ces produits qui sont écartés, ces fameux écarts de tri qui sont pour le coup consommés par, entre guillemets, une autre clientèle », constate Laurent Parrot. Gaspillages d'eau et d'énergie Tout ce gaspillage alimentaire entraine d'autres gaspillages, comme l'énergie qu'on a utilisée pour produire tous ces légumes et tous ces fruits. « Si on mobilise par exemple les facteurs de production des machines, des tracteurs, donc du carburant, de l'énergie, des terres agricoles, et si la production et le rendement ne suivent pas, c'est du gaspillage énergétique. Autrement dit, il y a un coût environnemental indirect assez important », souligne Laurent Parrot, qui travaille au Cirad sur la performance des systèmes horticoles (Hortsys). Reste le cas, majeur, de l’eau, et à cet égard, une étude récente effectuée en Espagne est assez édifiante : entre 2018 et 2024, plus de 70 millions de tonnes de fruits et légumes ont été abandonnées chaque année. Ce qui revient à gâcher 36 millions de mètres cubes d'eau par an, l'eau qu'on a utilisée pour les faire pousser. C'est comme si on avait jeté 36 milliards de bouteilles d'eau d'un litre. Dans un pays, l'Espagne, où 67 % du territoire est classé aride, la facture est particulièrement douloureuse. À lire aussi«Lutter contre le changement climatique, ce n’est pas un problème technique, c’est un enjeu démocratique»
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  • Le vélo électrique est-il vraiment écologique?
    2026/06/03

    Rouler grâce à l'énergie délivrée par une batterie n'empêche pas les vélos à assistance électrique d'être toujours plus compétitifs que la voiture sur le plan climatique.

    On en voit de plus en plus, et pas seulement pour la Journée mondiale du vélo, célébrée chaque 3 juin. Le vélo électrique, ou vélo à assistance électrique (VAE), s’est imposé en quelques années dans le paysage et sur les pistes cyclables. Les ventes sont explosé avec le covid, et en France aujourd’hui, 30% des vélos vendus sont électriques. Mais le VAE, c'est une vieille histoire.

    À la fin du XIXe siècle, en même temps que l'électricité se généralise, les premiers brevets sont déposés aux États-Unis. Mais le véritable essor viendra du Japon, d’où la télévision française présentait un prototype en 1972 : « Et voici la bicyclette de demain. Électrique, elle vous transportera sur dix kilomètres. Ensuite, il faudra trouver une prise de courant pour recharger la batterie. Une autre invention japonaise qui n'est pas encore commercialisée. » Il faudra attendre la fin des années 90 pour les premiers modèles en série, avec une autonomie bien plus importante pour la batterie.

    Alternative à la voiture

    Une batterie, c’est du lithium, des terres rares... Ce n'est pas neutre. Mais ce sera toujours mieux qu'une voiture. La batterie « n'empêche pas le vélo à assistance électrique d'avoir toujours un impact environnemental qui est très favorable. En gros, une batterie de vélo à assistance électrique est 100 fois moins capacitaire que pour les voitures électriques », souligne Aurélien Bigo, chercheur sur la transition des transports. Une batterie 100 fois moins grosse, cela limite l’impact écologique. Contrairement à une idée reçue, ce qui pèse le plus dans le bilan carbone d'un vélo n’est ni la batterie ni le fait de la recharger. Ce qui pèse le plus, et même neuf fois plus, c'est la fabrication du cadre, en acier ou pire en aluminium.

    Le vélo électrique peut même devenir une alternative à la voiture, évidemment pas pour faire un Paris Marseille – pour ça on conseille le train. Mais pour les trajets du quotidien, le VAE permet souvent de se passer d'une voiture, et même beaucoup plus que le vélo normal (le vélo mécanique ou musculaire comme on aime le dire dans le XIe arrondissement parisien). « 50 à 70% des trajets qui sont réalisés à vélo à assistance électrique remplacent la voiture. Pour le vélo classique, on est plutôt autour des 10 ou 20% selon les enquêtes qu'on peut avoir. Donc c'est un vrai outil pour réduire l'usage de la voiture et ça permet pour 15 à 25 % des usagers de ces vélos à assistance électrique de renoncer à l'achat d'une voiture ou de revendre une de leur voiture, grâce à cet usage du vélo à assistance électrique », précise Aurélien Bigo.

    Le vélo, c'est la santé

    Effectuer 1 kilomètre avec un vélo normal, c'est émettre 0 gramme de CO2. Avec un vélo électrique, on émet 10 grammes de CO2, quand la voiture thermique bat tous les records, avec 140 grammes de CO2. Mais il n'y a pas que des avantages écologiques. Si le vélo est bon pour la santé de la planète, il l'est aussi pour la santé humaine. Autre avantage du vélo électrique : il recrute de nouveaux usagers qui ne seraient jamais montés sur un vélo normal.

    « Le fait d'avoir cette assistance permet de moins transpirer et de passer plus facilement les reliefs, aller un petit peu plus loin, faire moins d'efforts. Pour des personnes qui ne sont pas forcément très sportives ou qui n'ont pas l'habitude de faire du vélo, l'assistance électrique permet vraiment de passer le pas. On sait qu’effectuer cent minutes de vélo par semaine (soit 1h 40 de vélo par semaine) permet de réduire la mortalité, toutes causes confondues, de 10 % », détaille Aurélien Bigo. Chaque fois que vous pédalez, vous rebouchez le trou de la Sécurité sociale.

    Aujourd'hui l'économiePourquoi le vélo fait la course en tête

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  • Quel est le secret des tourbières face au réchauffement climatique?
    2026/06/02

    En cette Journée mondiale des tourbières, gros plan sur ces zones humides souvent méconnues et pourtant bien plus efficaces que les forêts pour capter le CO2.

    Elles se font discrètes, mais elles sont essentielles. Les tourbières, ces zones humides composées d’eau stagnante, colonisées par la végétation et au sol riche en matière organique (de la matière vivante qui s'est décomposée), ont un rôle majeur face au réchauffement climatique. Un rôle pourtant longtemps méconnu ou ignoré jusqu’il y a quelques années, d’abord en raison de leur superficie marginale. Les tourbières ne représentent que 3 à 4% de la surface des sols sur la planète, mais elles sont bien plus efficaces, pour fixer le CO2, que les forêts dont on parle tout le temps.

    « Les tourbières représentent une surface beaucoup moins importante que la savane, les forêts ou les grandes prairies d'Amérique et d'Asie. Ce n'était donc pas forcément l'écosystème dont on parlait le plus, constate Daniel Gilbert, professeur d'écologie à l'Université Marie et Louis Pasteur de Besançon. Mais on s'est aperçu qu'en termes de stock de carbone, c'est-à-dire la quantité de carbone à l'origine dans l'atmosphère et aujourd'hui stockée dans les écosystèmes, les tourbières stockent au moins un tiers du carbone mondial, 600 milliards de tonnes, quand les forêts doivent être autour de 400 milliards de tonnes ». À surface égale, une tourbière stocke dix fois plus de CO2 qu'une forêt.

    Le rôle de l'eau

    Le secret de cette performance, c'est l'eau. « La tourbière étant pleine d'eau, l'oxygène n'arrive pas à diffuser dans la tourbe et les bactéries n'arrivent pas à décomposer la matière organique. Mais si on enlève l'eau, bien évidemment ça se met à se décomposer très vite, explique Daniel Gilbert. C'est un phénomène que tout le monde a vu chez lui. Quand on met du terreau dans un pot de fleurs, petit à petit il y en a de moins en moins. Où est-il ? Dans l'atmosphère ! Il s'est décomposé dans le pot de fleurs ; le sol, qui est un sol organique, repart dans l'atmosphère. C’est ce qui se passe un peu partout quand on cultive un sol de tourbe après drainage : dans des conditions moyennes, on perd à peu près un demi-centimètre de hauteur de terre par an ». Une tourbière asséchée, drainée, c'est du CO2 dans l'atmosphère.

    L'agriculture figure ainsi par les ennemis des tourbières. Actuellement, c'est le cas notamment en Indonésie où on détruit des tourbières pour produire de l'huile de palme. Mais de tous temps, et partout dans le monde, les tourbières, les zones humides, ont été sacrifiées. « Historiquement, le but du jeu sur Terre, c'est d'éliminer les zones humides qui ne servent à rien, ironise le spécialiste des tourbières. C'est plein d'eau, ça ne permet pas d'avoir une production agricole ou forestière. Et donc on a détruit, en se disant : c'est pour le bien de l'humanité. Sauf qu'aujourd'hui, on s'aperçoit que sans les zones humides on est fichus, en fait ». Car au-delà du carbone, les tourbières abritent une grande biodiversité, elles évitent les inondations et nous donnent de l'eau potable.

    Volonté politique

    Mais on peut encore sauver les tourbières pour sauver l’humanité. Encore faut-il qu'il y ait la volonté politique. « Techniquement, on remet en eau, ça marche très bien avec du temps. Une tourbière ayant 5000 ou 7000 ans, vous ne la remettez pas en selle en six mois, on parle de processus lents, écosystémiques, mais ça marche très bien, souligne Daniel Gilbert. Mais politiquement, sociologiquement, il très difficile d'aller dire aux agriculteurs qu’il faut revenir en arrière pour la société et y compris pour eux. Donc on sait faire, mais c'est super difficile à faire ! ».On sait faire mais c'est difficile à faire : c'est un bon résumé de l'action politique face à la crise climatique.

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  • Pourquoi l'énergie est la clé de tout, de l'économie et du climat?
    2026/06/01

    De la maîtrise du feu, il y a 400 000 ans, à la maitrise de l'énergie photovoltaïque aujourd'hui, l'histoire de l'humanité est aussi une histoire de l'énergie. Sans énergie, pas d'économie et de progrès. Mais pas non plus de crise climatique.

    Que serions-nous sans elle ? Que serions-nous devenus ? L’espèce humaine se distingue, notamment, par sa capacité à maîtriser l’énergie, et la première d’entre elle, dans l’histoire de l’humanité, ce fut le feu. Et c'est une date majeure : il y a environ 400 000 ans, tout le monde commence à maîtriser le feu, qui permet de cuire les aliments (donc de mieux les assimiler), qui permet de se chauffer (donc de conquérir de nouveaux territoires, plus froids), qui permet encore de lutter contre les prédateurs, avant de fabriquer des outils... C'est une révolution, même si elle n'est pas encore industrielle. Dès cette période, l'espèce humaine a le feu sacré.

    Mais d'autres sources d'énergie vont progressivement émerger. L'homme utilisait sa propre force, il va domestiquer celle d'autres animaux ; le muscle est une source d'énergie, le muscle des vaches ou des chevaux, bien commodes par exemple quand on veut labourer un champ. Les humains vont aussi maîtriser la force du vent et de l'eau, avec les premiers moulins, qui servent par exemple à moudre le grain, pour l'alimentation, avant de produire, bien plus tard, de l'électricité.

    Révolutions énergétiques

    Dans cette rapide histoire de l’énergie, on entre ensuite dans l'ère moderne, qui signe le règne, des énergies fossiles : le charbon, d'abord, qui provoque la révolution industrielle au XIXe siècle et marque la capacité de produire en grand nombre toutes sortes d'objets. En quelques minutes, une machine peut produire ce qu'un homme ou une femme mettrait des jours à fabriquer. Viendront ensuite la généralisation du pétrole et du gaz, des décennies avant l'énergie nucléaire : toutes apportent un confort incontestable. L'énergie permet de produire, de se déplacer, de transporter, de se nourrir, de s'habiller, de s'éclairer, de se chauffer... En fait, sans énergie, on retournerait à l'âge de pierre.

    Sans énergie, pas d'économie, puisque l’économie est tout simplement de l'énergie transformée, en biens et en services. On l'a vu récemment avec la guerre en Ukraine, et on le voit aujourd'hui quand le détroit d'Ormuz est bloqué : quand l'énergie est moins disponible, et quand elle devient trop chère, c'est toute l'économie mondiale qui vacille.

    Énergie vitale et potentiellement mortelle

    Mais l'énergie est aussi la clé du climat. Les énergies fossiles sont responsables de la crise climatique. L'énergie, la solution du progrès, est aujourd'hui devenue un problème. L'énergie est vitale mais elle pourrait être mortelle. Le charbon, le pétrole et le gaz que nous brûlons émettent du CO2, le principal gaz à effet de serre responsable du changement climatique, et on en brûle de plus de plus en plus, parce que les besoins et la population augmentent, et parce que tout le monde a droit au développement. Comme l'a dit la Banque mondiale : l'énergie est l'élément central du développement.

    D'où l'émergence des énergies renouvelables, le grand enjeu de notre siècle ; trouver davantage d'énergie sans remettre en cause notre survie. Le développement de l'énergie photovoltaïque (les panneaux solaires) est à cet égard édifiant : jamais dans l'histoire de l'humanité une énergie n'avait connu une croissance aussi rapide. Et c'est là encore une révolution, parce que l'histoire de l'humanité, c'est aussi cela : sa capacité à maîtriser toujours plus d'énergie.

    Reportage internationalAllemagne: le miracle énergétique de Feldheim, un exemple difficile à reproduire

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  • Quel est le lien entre canicule et pollution à l’ozone?
    2026/05/28

    « Il y a une double peine : suffoquer sous la chaleur et en même temps s'empoisonner à chaque inspiration. » Ces mots sont de Karima Delli, présidente de Respire. Cette ONG et d'autres associations environnementales tirent la sonnette d'alarme. Car, alors que l'ouest de l'Europe est toujours en proie à une canicule exceptionnelle pour un mois de mai avec des températures records, la pollution de l'air à l'ozone grimpe en flèche également. Mais qu’est-ce que l’ozone au juste ?

    L’ozone est un gaz composé de trois atomes d’oxygène, noté O3, qui a deux « visages » : en haute atmosphère, il protège notre planète des rayons ultraviolets. Mais au niveau du sol, l'ozone peut devenir un polluant dangereux.

    L'ozone est ce qu’on appelle un « polluant secondaire ». Il n’est pas directement émis dans l’atmosphère, mais se forme à partir d’autres polluants qui sont, eux, présents dans l'atmosphère. Dans les villes, ces autres polluants sont surtout issus du trafic routier et de l'industrie. Dans les campagnes, il s’agit de polluants émis par l’agriculture et l’élevage. Et c'est justement l'effet du soleil et de la chaleur qui favorise et accélère les réactions chimiques complexes qui transforment ces autres polluants en ozone. Pour ne rien arranger, l’air se mélange souvent moins bien pendant des vagues de chaleur. Les polluants s’accumulent donc davantage, ce qui accentue les pics d’ozone.

    À lire aussiLa France suffoque sous « un dôme de chaleur », un phénomène inédit pour la saison

    Pour la santé humaine, une surexposition à l’ozone est dangereuse

    L’ozone est un gaz toxique qui provoque à fortes doses une inflammation des voies respiratoires chez les humains, jusqu'à causer de sévères difficultés respiratoires ou à aggraver certaines maladies chroniques comme l'asthme. Une fois dans le corps humain, l'ozone à forte dose fait aussi chuter la saturation d'oxygène dans le sang, ce qui peut déclencher de graves problèmes cardio-vasculaires, comme des AVC ou une insuffisance cardiaque. Plusieurs études l'ont montré ces dernières années : une exposition à de fortes concentrations en ozone contribue à la surmortalité durant les canicules.

    Que faire pour protéger les populations ?

    Pour protéger la population, les pouvoirs publics ne devraient pas attendre que les taux de pollution à l'ozone atteignent des niveaux alarmants, mais agir en amont, dès qu'une vague de chaleur s'installe, réclame Karima Delli. Au huitième jour de la canicule qui sévit en Europe ce jeudi, la présidente de l’ONG Respire fustige que des leviers d'urgence tardent à être activés : « On ne peut plus se contenter d'attendre que la pluie tombe. Il faut absolument que les pouvoirs publics débloquent des solutions immédiates, comme la gratuité des transports en commun. On demande aux préfets de déclencher la circulation différenciée pour réduire à la source des émissions précurseurs d'ozone, et ensuite, il faut recommander officiellement le report des trajets non essentiels en voiture, il faut généraliser le télétravail ».

    Mais bien évidemment il y a aussi la responsabilité de tout un chacun : pour les personnes vulnérables, cela veut dire de ne pas sortir du tout dans l'après-midi, pour le reste de la population, de ne faire aucune activité physique intense entre midi et 20 heures. Parce que des efforts physiques intensifs à l'extérieur vont accélérer la respiration. Cela va augmenter la quantité d'air qu’on inspire et, par conséquent, notre exposition à l'ozone.

    Pollution à l’ozone : une crise sanitaire mondiale

    En Île-de-France, les pics d’ozone ont bondi de 25% ces dix dernières années. Mais avec la hausse globale des températures et la multiplication des épisodes de canicule, cette tendance va s’aggraver à l’échelle planétaire. Et ce sont les pays d’Asie qui sont les plus touchés.

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  • Comment le commerce d’animaux sauvages se développe sur les réseaux sociaux
    2026/05/27
    Acheter un animal sauvage en ligne pour en faire un animal de compagnie est désormais très simple : en quelques clics, il est possible de devenir propriétaire d’un macaque, d’un tigre ou d’un perroquet. Mais ce commerce numérique florissant est souvent illégal et pose de graves risques pour les animaux, les êtres humains et l’environnement. Pas la peine d’aller sur le Darknet, le commerce des animaux sauvages vivants prolifère tranquillement sur les réseaux sociaux. Selon une étude menée par le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l'Association des zoos et aquariums (AZA) aux États-Unis, en seulement six semaines, près de 1 130 publications de 122 comptes proposant en ligne plus de 1 600 primates vivants ont été identifiés sur Facebook, Instagram, TikTok et YouTube. Au-delà du nombre, l’étude montre aussi à quel point il est facile d’accéder à ces annonces. « Il suffit d’un téléphone et d’un compte sur les réseaux sociaux pour acheter un primate aux États-Unis. En un simple clic, des amoureux des animaux bien intentionnés peuvent se retrouver impliqués dans une filière criminelle », dénonce Danielle Kessler, directrice d'Ifaw États-Unis. Ce sont principalement des macaques, des capucins et des ouistitis qui sont mis en vente, mais douze espèces ont été répertoriées en tout, dont des singes-araignées, des tamarins, des lémuriens et même des chimpanzés ! « Les vendeurs présentent donc souvent la transaction comme une opération de sauvetage ou une adoption », une couverture pour contourner les algorithmes de détection des plateformes tout en garantissant une bonne visibilité selon l’étude. À lire aussiPourquoi « liker » des contenus sur les animaux sauvages sur les réseaux sociaux peut encourager leur trafic Des vidéos mignonnes et virales Presque les trois quarts des primates sont en effet menacés et inscrits sur la liste rouge de l’IUCN, certains sont en danger d’extinction, leur vente est donc illégale ou alors règlementée. Ces animaux sont vendus comme animaux de compagnie et exhibés ensuite sur les réseaux sociaux. Qui n’a pas déjà vu sur son fil Instagram ou TikTok des vidéos de panthère qui ronronne dans un salon, de perroquet qui danse en rythme ou de petit singe qui joue avec une peluche ? Des vidéos qui banalisent le fait de détenir des animaux sauvages et qui donnent envie d’en acheter. La demande augmente et c’est une cause majeure de la disparition des espèces, explique Mia Crnojevic du Fonds international pour la protection des animaux : « Le perroquet gris du Gabon, par exemple, a payé le prix d’être vu comme un animal mignon, proche de nous, etc. On constate une décimation des populations à l’état sauvage. En 50 ans, dans certaines régions, les populations ont chuté de 90 % » et l’année dernière, ces perroquets ont obtenu une protection juridique complète en RDC. « Maltraitance animalière » Le braconnage et la vente en ligne d’animaux vivants sont aussi souvent liés au crime organisé et contribuent ainsi au marché illicite de la faune sauvage, estimé à 23 milliards de dollars par an (marché qui regroupe la vente d’animaux vivants, mais aussi les animaux empaillés, les trophées ou des parties d’animaux morts pour ses collections ou la médecine traditionnelle, comme l’ivoire, les peaux, les cornes de rhinocéros, etc.). « Acheter un primate en ligne ne concerne pas seulement un animal : cela suppose l’abattage de la mère, la mise en péril des générations futures et le mythe dangereux selon lequel les primates feraient de bons animaux de compagnie », rappelle Crawford Allan, vice-président du WWF chargé des crimes contre la nature. « Ils ne sont pas faits pour vivre à nos côtés, » renchérit Mia Crnojevic d’Ifaw. « Il est impossible d’en prendre soin correctement, même avec la meilleure intention du monde. Détenir ces animaux, c’est ni plus ni moins que de la maltraitance. » Très vite, souvent, les propriétaires se rendent compte que ce n’est pas si simple d’avoir ces animaux qui vivent parfois des dizaines d’années à domicile. Ils les relâchent ou alors ils s’enfuient et finissent par envahir le milieu naturel. En France, un exemple bien connu, c’est celui des tortues de Floride, de petites tortues d’eau douce, omnivores, elles déciment les populations locales d’algues, de poissons ou d’amphibiens. « Ne pas liker ni partager les vidéos » Autre risque : la transmission de maladies. 70 % des maladies infectieuses émergentes viennent de la faune sauvage : Ebola, grippe aviaire, Covid… Quel aurait été le résultat si la mode avait été d’avoir chez soi un rat pygmée des rizières à longue queue ? Ce petit rongeur est le principal réservoir d’hantavirus. Pour éviter tous ces impacts humains et ...
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  • Le boom de l'énergie solaire à Cuba, une solution face à la crise énergétique?
    2026/05/26

    Alors que Washington maintient une pression forte sur Cuba, on s'intéresse ce matin à une petite révolution en marche sur l'île communiste : le boom de l'énergie solaire.

    Des panneaux photovoltaïques installés sur les toits de certaines maisons ou de petites entreprises et des parcs solaires construits grâce à l'aide de la Chine. Voilà ce qui permet à certains habitants de survivre un peu mieux aux coupures de courant et aux pénuries de carburant.

    « Tous ceux qui ont pu le faire ont installé des panneaux solaires ou ont importé de grandes batteries pour stocker l'énergie électrique », nous racontait il y a peu le porte-parole de la conférence des évêques cubains, Ariel Suárez. La presse internationale s'est aussi fait l'écho de l'ouverture récente de la première station de recharge solaire dans la ville de Santa Clara. Des habitants viennent y recharger leurs portables, leurs motos électriques, et même y brancher des autocuiseurs pour pouvoir faire à manger.

    Du côté des chiffres, le groupe de réflexion britannique Ember a fait le calcul : à Cuba, les importations de panneaux solaires et de batteries depuis la Chine ont augmenté, en valeur, de plus de 1 800% entre 2020 et 2025. La Havane a signé un accord avec Pékin pour installer près d'une centaine de parcs solaires d'ici 2028, dont une cinquantaine a déjà ouvert. Le régime castriste assure qu'aujourd'hui 10% du mix énergétique de l'île vient des énergies renouvelables, contre 3% en 2024.

    Et pour les plus optimistes, le blocus pétrolier total, appliqué par les États-Unis de Donald Trump depuis janvier, pourrait encore accélérer cette tendance.

    Trop cher pour une population en grande difficulté

    Mais toute la population de l'île ne bénéficie pas de ce boom du solaire, loin de là. C'est ce que nous ont écrit beaucoup de Cubains exilés ou sur place. Pour la grande majorité des habitants, installer des panneaux solaires est trop cher, même si les prix mondiaux des composants de panneaux photovoltaïques ont largement baissé grâce aux technologies chinoises. À Cuba, cela reste trop cher quand on peine à acheter de la nourriture, quand on est contraint de récupérer du vieux bois pour cuisiner.

    L'immense majorité de la population passe donc de nombreuses soirées dans le noir et dans la chaleur tropicale faute d'électricité pour les climatiseurs. Et les déchets s'amoncellent dans les rues de La Havane, où les camions poubelles n'ont plus de carburant pour passer.

    Un réseau électrique déficient

    L'autre difficulté est la capacité du réseau électrique cubain à recevoir cette nouvelle énergie d'origine solaire. La crise énergétique que vit Cuba ne vient pas seulement du fait que Washington a provoqué la fin des ravitaillements en pétrole de la part des bateaux vénézuéliens et mexicains. Les centrales électriques et le réseau de distribution cubains souffrent de décennies de manque d'entretien. Résultat : toute l'énergie solaire captée ne peut pas être utilisée, explique Jorge Piñon, de l’Institut de l’énergie de l’Université du Texas, au micro de Yago Martín de la rédaction de RFI en espagnol : « À la télévision, le ministre de l'Énergie l'a dit clairement : entre 40 et 50% de l'énergie solaire est en réalité utilisée. Des 1 300 mégawatts de capacité, on utilise 580 mégawatts, poursuit l'économiste cubain. Et ça c'est aussi parce que Cuba n'a pas de système de stockage avancé par batteries. Et donc à partir de 17h environ, les parcs solaires ne fournissent plus le réseau. »

    Avant même de faire sa révolution verte et de gagner son indépendance vis-à-vis du pétrole, Cuba aura besoin d'investissements considérables pour remettre à flot ses infrastructures et garantir un service d'électricité stable à ses concitoyens.

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  • Films catastrophe et climat, le cinéma avait-il tout prévu?
    2026/05/21
    De Soleil vert au Jour d'après, en passant par Interstellar ou Waterworld, la crise climatique inspire Hollywood : des films à grand spectacle qui s'appuient plus ou moins sur la science. C’est le genre de films qu’on ne voit pas dans la sélection officielle du festival de Cannes, qui se termine samedi. Ce sont d’ailleurs des films d’un genre nouveau, la « Cli-Fi », la fiction climatique, un néologisme apparu avec la crise climatique, comme il y a la « Sci-Fi », l’abréviation de science-fiction. Des films catastrophe, parce que le changement climatique est une catastrophe. Le chef-d'œuvre du genre, le premier grand film à avoir marqué les esprits, dans les années 70, est Soleil vert (Soylent Green), de l'Américain Richard Fleischer. Une dystopie étouffante dans une mégalopole grise et surpeuplée, New York. La canicule, c'est toute l'année. L'eau est rare, les plantes et les animaux ont quasiment disparu et New York est devenue presque invivable. « Eh bien, allons dans une autre ville », propose l’un des personnages. « Pour quoi faire ? Elles sont toutes comme celle-ci. » « À la campagne ? » « Pas le droit d'y aller. Les fermes sont de vraies forteresses. Ils gardent les bonnes terres comme ils gardent les bateaux qui recueillent le plancton dans la mer. » Soleil vert et algues vertes Le plancton sert à fabriquer la seule nourriture disponible, des galettes qu'on appelle Soleil vert. Une piste défendue aujourd’hui par des chercheurs : les algues pourraient nourrir l'humanité. Mais dans Soleil Vert, la mer est en train de mourir et des pénuries de Soleil vert déclenchent des émeutes, que la police règle à coups de « dégageuses », des pelleteuses – on n'est pas très loin de la réalité actuelle. Attention, « spoiler », passez au paragraphe suivant pour éviter de connaître la fin du film, qui signe aussi un peu la fin de notre humanité : on finirait tous anthropophages. Soleil Vert, sorti en 1974, se déroule en 2022. Ouf, on n'en est pas encore là. Interstellar : coloniser l'espace Le réchauffement climatique est le point commun à beaucoup de ces films catastrophe, avec une montée en puissance à partir des années 2000, à mesure que la crise climatique se précise. Interstellar, de Christopher Nolan, sorti en 2014, raconte la Terre en 2067, une Terre devenue poussière où plus rien ne pousse. Des astronautes sont alors envoyés dans l'univers pour trouver une autre planète habitable, pour « échapper à l’extinction ». « Je reviendrai », dit le héros à sa fille. « Mais quand ? », lui répond-elle. « On trouvera un moyen. On a toujours trouvé. » Pas sûr. Le film a peut-être inspiré Elon Musk et ses projets de coloniser l'espace. Mais c'est irréalisable pour l’organisme humain. Il n'y a pas de planète B. Dans le genre sécheresse ultime, on peut aussi citer Mad Max : Fury Road. Les pénuries d'eau provoquent des guerres de l'eau – et on n'en est pas si loin, au Proche-Orient par exemple. Le Jour d'après l'effondrement du Gulf Stream Le dérèglement climatique engendre toujours des catastrophes majeures, comme dans Le Jour d'après, qui met en scène un climatologue (carrément) réveillé au milieu de la nuit par une catastrophe mondiale. « Allo ? » « Pardon de vous appeler si tôt. Vous vous souvenez de votre intervention à New Delhi sur la fonte de la calotte polaire qui pourrait perturber le courant Atlantique-Nord ? Je crois que c’est ce qui passe. » Le Gulf Stream, essentiel dans la régulation du climat, s'est effondré, la planète devient un immense glaçon. Dans la réalité, le GIEC, les experts internationaux du climat, le risque d’un dérèglement du climat provoqué par un affaiblissement du Gulf Stream est réel, mais ça ne se passerait pas aussi brutalement, en deux heures et quatre minutes. Le Jour d'après a eu un immense succès, et un véritable impact. Les spectateurs qui l'avaient vu disaient se préoccuper davantage de la crise climatique, incités à agir. Le cinéma sert aussi à cela. Science et spectacle Tous ces films catastrophe reposent sur une base scientifique, en tout cas un phénomène concret : le réchauffement climatique. Mais tous ces films sont à grand spectacle, et du côté d'Hollywood on n'a pas trop le sens de la nuance, comme dans Waterworld, où Kevin Costner fait du jet-ski sur la planète Mer : le niveau des océans a monté de plus de 7 000 mètres. C'est à peine exagéré : dans son pire scénario, les experts internationaux du GIEC prévoient une hausse du niveau de la mer de deux mètres, ce qui serait déjà énorme et toucherait plus de 200 millions de personnes. Et la montée des océans se poursuivrait encore pendant des siècles. À Hollywood, on n'a pas peur d'exagérer, on n'a pas peur de faire peur. Mais on peut aussi se faire peur en lisant le dernier rapport du GIEC, certes moins divertissant.
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