エピソード

  • Inondations en France ou au Maroc: que faire de toute cette eau?
    2026/02/18

    Toutes les solutions ne se valent pas pour récupérer l'eau des fleuves et rivières qui débordent, en prévision des sécheresses estivales.

    De l'eau partout. Des fleuves et des rivières qui débordent, une « crue généralisée » qui dépasse « tous les records ». La France, mais aussi l’Espagne, le Portugal ou le Maroc sont touchées par des inondations provoquées par de fortes pluies sur une longue durée, un phénomène aggravé par le changement climatique. Face à ce trop d’eau qui inonde les territoires, et en pensant aux sécheresses estivales, il est tentant d’imaginer récupérer toute cette eau qui déborde. C’est en fait une très mauvaise idée.

    « Cette eau n'est pas utilisable du tout en tant que telle, tout simplement parce que nous avons énormément de matériaux qui sont charriés, de matières en suspension, parfois même des déchets, et donc on a des risques sanitaires très importants », résume Emma Haziza, hydrologue et présidente du Mayane Resilience Center sur l'adaptation climatique.

    L’eau qui tombe du ciel, en revanche, peut-être récupérée et stockée, mais à certaines conditions. « Récupérer au maximum de l'eau à l'échelle de ses toitures, c'est intelligent parce qu'on va la restituer dans son jardin avec un effet retard, explique Emma Haziza. En revanche, mettre des stockages à ciel ouvert comme l'exemple des bassines qui a été particulièrement polémique en France, c'est tout simplement laisser des eaux croupissantes dans une période de réchauffement climatique où il risque d'y avoir notamment des moustiques tigres », une espèce invasive en France, vecteur de maladies.

    À lire aussiInondations: des crues record et «généralisées» dans l'ouest de la France

    La réussite des barrages

    En revanche les barrages ont fait leurs preuves dans le monde entier. Ils permettent de réguler l'eau – et ils peuvent même aussi produire de l'électricité, et c'est une énergie renouvelable. Au Maroc, les barrages sont l'une des colonnes vertébrales de l'économie parce qu'ils servent à irriguer l'agriculture quand il ne pleut plus. Mais il a tellement plu ces derniers temps que certains barrages sont au maximum de leur capacité et qu'il faut relâcher de l'eau, ce qui crée des inondations. En France, en amont de la Seine, toute une série de lac-barrages, d'immenses retenues d'eau, permettent d'agir sur le niveau du fleuve, hiver comme été.

    « Non seulement cette eau va être récupérée et peut freiner les crues à l'aval, mais qui plus est c'est vraiment une eau qui va servir à ce que l'on appelle soutenir l'étiage, c'est-à-dire permettre un débit suffisant dans des périodes notamment de sécheresse intense. Et c'est plutôt une réussite parce que ce sont des zones de biodiversité, des zones totalement protégées qui, en même temps, vont permettre de réguler ces extrêmes », décrit l’hydrologue.

    Face au changement climatique qui exacerbe les phénomènes, inondations et sécheresses, des solutions d’ingénieries sont imaginées, à l’image des « autoroutes de l’eau » qui consistent à apporter l’eau là où il en manque, sachant que la moitié des fleuves sont déjà détournés. Mais un fleuve, ça se respecte.

    « Lorsqu'un fleuve se crée, ou une rivière, il est accompagné par une nappe qui est située en-dessous, qui permet de réguler le cycle de l'eau à l'échelle locale, et le cycle du carbone, précise Emma Haziza. Commencer à imaginer que l'on va prendre ces cours d'eau et qu'on va les transformer en tuyaux, c'est un peu comme se dire qu’on prend un corps humain, on prend la tête et le cerveau et puis on l'amène ailleurs. Et ce n’est pas grave pour le corps, on n'en a pas besoin... Il faut respecter le cycle de l'eau, il faut l'aider à ralentir. Il faut donner le plus long chemin possible à la goutte d'eau lorsqu'elle tombe sur le sol ». Car ce qui tombe au sol est un don du ciel.

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  • Y a-t-il assez d’œufs pour tout le monde sur la planète?
    2026/02/17
    Le marché de l'œuf est régulièrement en tension sur la planète qui en consomme trois milliards par jour dans le monde. L'offre fait parfois défaut, à cause de la grippe aviaire notamment, alors que la consommation progresse pour un aliment bon marché et riche en protéines. Des rayons désespérément vides. Scène désormais régulière, voire quasi quotidienne, dans les supermarchés de France, et d’ailleurs, au rayon œufs. Alors que la planète consomme chaque jour plus de trois milliards d’œufs de poules, les pénuries momentanées et les ruptures de stock se multiplient. Donald Trump, dans ses « négociations » commerciales avec l’Union européenne l'an dernier, avait même exigé des Européens qu’ils exportent des œufs aux États-Unis, où le prix a flambé. L’Afrique du Sud, aussi, il y a deux ans, a connu une explosion des prix. Et ces jours-ci au Maroc, à l'approche du ramadan, les œufs coûtent plus cher. Régulièrement, sur la planète, le marché de l’œuf est en tension. Les pénuries s’expliquent par une inadaptation entre l'offre et la demande. Soit parce que l'offre est en baisse, soit parce que la demande augmente. Pour les œufs, les deux phénomènes sont à l’œuvre. Il y a d'abord une crise de l'offre, à cause de la grippe aviaire, la grippe des oiseaux et donc des poules. Depuis 2022, c'est une souche particulièrement virulente qui est en circulation, et la seule solution pour éviter la contagion est de tuer les poules. Partout dans le monde, des millions et des millions de volailles ont été abattues. La pénurie d’œufs en Afrique du Sud, en 2023 et 2024, était directement liée à la grippe aviaire. Avant de retrouver un niveau de production suffisant dans les élevages, cela prend du temps. Parce qu'un poussin a besoin de grandir – il lui faut au moins six mois pour devenir une poule pondeuse. Consommation en hausse Mais la grippe aviaire n'est pas la seule explication. En Afrique en particulier, les élevages, ouverts, souvent familiaux, sont souvent plus vulnérables à toutes les maladies. Le prix de l'alimentation (maïs, soja, généralement importés) dépend des marchés mondiaux, et quand nourrir les poules devient trop cher, on arrête. On observe aussi une hausse mondiale de la demande en œufs, d’abord parce que la population mondiale augmente. Mais ce n’est pas la seule raison. Pour prendre l'exemple de la France, la consommation d'œuf a encore augmenté de 5% l'an dernier. Chaque Français mange en moyenne 237 œufs par an, dix de plus qu'il y a dix ans. Record battu, et les poules ont du mal à suivre la cadence, et pas seulement à cause de la grippe aviaire. On a perdu 20% des poules pondeuses avec la suppression de l'élevage en cage. Ce ne sont pas les poules qui s'en plaignent, mais élever des volailles au sol demande plus de place. Le gouvernement français doit faire des annonces à la fin du mois alors qu'on estime qu'on aura besoin d'un million de poules en plus chaque année. À lire aussiLa production d'œufs peine à suivre la hausse de la consommation Protéines climato-compatibles Les œufs seraient-il à ce point tendance ? C'est facile à cuisiner, c'est plein de protéines, et c'est surtout moins cher que la viande. La consommation d'œuf a explosé avec la forte inflation provoquée par la guerre en Ukraine. Quand tout devient trop cher, on se rabat sur un produit qui reste relativement bon marché. Qui mange un œuf mange un bœuf, ou à peu près… Les œufs c'est bon, et c'est bon aussi pour le climat. L'empreinte carbone d'un œuf est excellente. En moyenne, un kilo d'œuf représente moins de 2 kilos de CO2, alors que le bœuf atteint 28 kilos de CO2. L'empreinte carbone des œufs de poules élevées en plein air est légèrement plus importante, parce que ces poules gambadent, se dépensent, et donc ont besoin d'un peu plus de nourriture. Quand vous mangez des œufs, avant d'aller gambader, vous faites des économies, vous faites le plein de protéines, et vous luttez aussi contre la crise climatique. À condition bien sûr d'en trouver.
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  • Pourquoi la France ne consomme-t-elle pas assez d'électricité?
    2026/02/16
    Pour lutter contre la crise climatique, le gouvernement français met l'accent sur la production d'énergie électrique décarbonée, alors que les énergies fossiles restent majoritaires dans la consommation d'énergie. La nouvelle stratégie énergétique de la France pour les dix ans à venir, publiée en fin de semaine dernière, met l’accent sur la nécessité d’électrifier la production d’énergie française, alors que l’électricité ne représente que 25% de la production d’énergie. On dépasse ici le simple cadre de l'éclairage mis en scène dans une célèbre publicité d'un célèbre pétrolier français, et son leitmotiv ironique sur les économies d'énergie : « C’est pas Versailles, ici ! ». Pour la petite histoire, il n'y avait évidemment pas d'électricité au château de Versailles quand les rois y vivaient. Mais l'expression remonte bien à Louis XIV, pour critiquer le Roi-Soleil qui s'éclairait sans compter avec des bougies partout. À lire aussiStratégie énergétique française: le nucléaire préféré aux énergies éolienne et solaire Aujourd'hui, on vous le confirme, on ne s'éclaire plus à la bougie, mais la consommation électrique stagne en France et même baisse depuis des années parce qu'on a des appareils qui consomment moins, parce que l'isolation des bâtiments progresse, parce qu'on a imposé des portes aux frigos de supermarchés (une mesure pas si anecdotique que cela) et puis parce qu'il y a eu la guerre en Ukraine. Et les hydrocarbures dominent encore. Gaz compétitif « Se déplacer avec des véhicules, des camions, c'est plus simple avec du pétrole, souligne Nicolas Goldberg, expert énergie au cabinet de conseil Colombus Consulting et pour le groupe de réflexion Terra Nova. Dans l'industrie, le chauffage au gaz est souvent plus compétitif. Il y a donc une question de compétitivité de nos industries. Tout cela fait que l'électrification a peu décollé ces quinze dernières années. Et donc là, l'idée, c'est de revenir sur un rythme d'électrification qui est comparable à ce qu'on a connu dans les années 80 », quand de nombreuses centrales nucléaires sont entrées en service, après le choc pétrolier de 1973. Dans la nouvelle stratégie énergétique de la France, il est ainsi prévu la construction d'au moins six nouveaux réacteurs, plus huit en option. Et 200 milliards d'euros d'investissements dans les infrastructures, pour accompagner cette campagne d'électrification. À lire aussiGéothermie: y a-t-il de l'électricité sous nos pieds? La France produit déjà plus d'électricité qu'elle n'en consomme. Elle en exporte, parfois même à un prix négatif parce qu'il faut bien écouler ce qu'on produit. Et alors que les énergies fossiles représentent encore 60% de la consommation énergétique, l'électricité française, décarbonée à 95%, est un atout contre la crise climatique. « L'intérêt de l'électrification, c'est que cela permet de passer des énergies fossiles à l'électricité. Quand vous achetez un véhicule électrique plutôt qu'un véhicule à essence, cela participe à l'électrification, cela vous coûte moins cher, c'est moins polluant localement et cela émet moins de CO2. Parce que, contrairement au pétrole, notre électricité produite à partir du nucléaire et de renouvelables n'est pas la cause du réchauffement climatique », rappelle Nicolas Goldberg. Le progrès électrique L'expansion des énergies renouvelables est d'ailleurs aujourd'hui freinée par la faible consommation électrique, alors que l’électricité reste l’avenir, un marqueur du progrès, un siècle après son déploiement. Mais le consommateur a besoin d'incitations. « Sur l'électricité, il faut donner envie et réenchanter le discours autour de l'électrification, estime Nicolas Goldberg. Aujourd'hui, rouler à l'électrique est beaucoup plus économique que de rouler à l'essence. Et pourtant, les particuliers restent beaucoup à la mobilité à essence. C’est dû au fait qu'acheter un véhicule électrique, s'équiper avec une pompe à chaleur, c'est un coût initial à l'entrée. Donc c'est cela qu'il faut accompagner. Parce que dans la lutte contre le réchauffement climatique et l'émancipation des énergies fossiles, il faut aller vite et loin. » Évidemment, on vous tiendra au courant.
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  • Comment les débris générés par l'activité spatiale polluent l'espace?
    2026/02/12
    Des millions de débris générés par les activités spatiales tournent autour de la Terre à une vitesse folle. Plus de 600 collisions ont déjà eu lieu depuis le début de la conquête spatiale. La protection de l'environnement concerne aussi l'espace. L’Homme est incorrigible. Après avoir même pollué les déserts, l’espèce humaine a pollué l'espace, le plus grand désert de l'univers. Des millions d’objets volant très identifiés circulent autour de la Terre, au risque de provoquer des accidents majeurs dignes d’un film-catastrophe. Gravity, sorti en 2013, se déroulait milieu d’une pluie de débris qui aboutissait à la destruction d'ISS, la Station spatiale internationale, où est attendue l'astronaute française Sophie Adenot après son décollage normalement demain de Cap Canaveral aux États-Unis. À lire aussiLa durée de vie de la Station Spatiale internationale (ISS) prolongée jusqu’en 2030 L’orbite basse, jusqu'à 1 000 kilomètres, où se trouvent la plupart des satellites et ISS, est pleine de débris, de toutes les tailles : 55 000 font plus de 10 cm, et ils sont suivis par les radars de la Nasa, l’agence spatiale des États-Unis Et puis il y a tous les autres : plus d’un million de débris qui mesurent entre 1 et 10 cm, et 140 millions qui font moins d’un centimètre. Des débris potentiellement dangereux. « Ces objets vont tourner autour de la Terre avec une vitesse d'environ 40 000 km/h, et à cette vitesse-là, même un débris d'un centimètre de diamètre, une sorte de petite bille de métal, va avoir lors d'un impact potentiel à cette vitesse-là la même énergie que l'explosion d'une grenade militaire », précise Quentin Verspieren, le coordinateur du programme de sécurité spatiale, à l’ESA, l’Agence spatiale européenne. Collisions et explosions Ces débris proviennent de collisions, de pièces détachées, parfois aussi d’explosions. Certains puissances militaires ont aussi pu détruire un de leur satellite à coup de missile, histoire d’étaler leur savoir-faire technologique. Selon le syndrome de Kessler, un scenario théorique établi par Donald Kessler, un consultant de la Nasa, une multiplication des collisions entrainerait une hausse exponentielle du nombre de débris, et l’espace deviendrait alors inutilisable… Pour l’heure on n’en est pas là. « Seulement » 650 incidents ont été recensés depuis le début de la conquête spatiale. Mais en 2009, un accident majeur fut à l’origine d’une vraie prise de conscience. « Un satellite actif de l'entreprise Iridium et un satellite inactif russe, Cosmos, sont entrés en collision et ont généré des milliers de débris supérieurs à 10 cm, raconte Quentin Verspieren. On s'est rendu compte à ce moment-là que certes l'espace est vaste et infini, mais que les parties utiles de l'espace, les orbites utiles, pourraient être à terme surchargées par des satellites actifs ou par des débris spatiaux. » Espace saturé Un sujet d’autant plus brûlant que la pollution spatiale s’accélère. Avec la multiplication des constellations de mini-satellites, types Starlink, l’espace est un espace presque saturé. Sans parler du dernier projet d'Elon Musk d'installer dans l'espace des data-centers... « Il est effectivement important de comprendre dans quelle mesure cet ajout massif de satellites pourrait déstabiliser l'environnement spatial. Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour s'assurer que tout ajout de satellite soit fait de manière sûre, limitant l'impact sur l'environnement spatial ? C'est un point fondamental pour les années à venir », assure Quentin Verspieren. À lire aussiDerrière le vol de Sophie Adenot, une passion bien française pour l'espace Pour limiter les risques, l’ESA a initié la Charte Zéro débris en 2023, et son budget Sécurité spatiale vient d’augmenter de 30%. Avec un objectif, pour 2030, parvenir non pas à la neutralité carbone mais à la neutralité en termes de débris. Parce que la protection de l’environnement ne s’arrête pas à la fin de l’atmosphère terrestre. « Il est important d'adopter une approche complète sur la protection de l'environnement dans lequel l'humanité évolue. Et cet environnement inclut l'espace. C'est une distinction qu'il faut essayer de gommer dans les années à venir », estime Quentin Verspieren. Les deux sont liés. Plus de la moitié des variables climatiques, comme la hausse du niveau des mers ou l’étendue de la déforestation, n’est observable que depuis l’espace. Sans satellites, l’humanité perdrait des outils précieux pour affronter la crise climatique – et la pollution terrienne...
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  • Loi Duplomb: quels sont les coûts cachés des pesticides?
    2026/02/11

    Cancers, pollutions... Les insecticides et autres engrais utilisés par l'agriculture intensive engendrent des frais pour la collectivité, jamais répercutés dans le prix d'achat des produits.

    Elle fait son grand retour dans l'actualité française. Plus de six mois après l’adoption de la loi Duplomb, en faveur d’une agriculture productiviste et gourmande en pesticides, un débat est organisé aujourd’hui à l’Assemblée nationale après le succès de la mobilisation citoyenne contre le texte déposé par le sénateur Laurent Duplomb. La pétition qui avait recueilli plus de deux millions de signatures pointait en particulier la réintroduction d’un pesticide auparavant interdit, l’acétamipride.

    Les pesticides et plus largement l'agriculture industrielle représentent des « coûts cachés », une notion assez récente établie par la FAO (l'agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation), pour alerter sur la réalité de certaines pratiques agricoles. L'utilisation d'engrais et de pesticides n'est pas neutre, ni pour la santé des humains, ni pour l'environnement et la biodiversité. Cela a donc un coût, qui n'est pas répercuté dans le prix du produit, qu'on ne paie pas directement en passant à la caisse. « On a des coûts sanitaires exorbitants, pointe Olivier de Shutter, ancien rapporteur des Nations unies sur le droit à l'alimentation. On a des coûts environnementaux extrêmement importants avec une pollution des nappes phréatiques, avec une destruction de la santé des sols liée à l'agriculture industrielle. Tous ces coûts ne sont pas reflétés dans le prix de l'alimentation. Et en réalité, on paie malgré tout ces coûts infligés à la collectivité en impôts, on paie en soins de santé, on paie et les générations futures vont payer les dommages environnementaux. Quelqu'un, à un moment donné, doit supporter ces coûts ».

    Du simple au double

    Selon les estimations et les pays, pour un euro dépensé, les coûts cachés sont de un à deux euros. L'utilisation de pesticides augmente les risques de cancer, et les agriculteurs sont d'ailleurs les premiers touchés, et cela engendre des frais de santé. Les pesticides polluent aussi les nappes phréatiques. Il faut donc compter tous les coûts de dépollution, de traitement des eaux. Et puis quand votre eau du robinet est contaminée, et que vous devez acheter de l'eau en bouteille, cela aussi a un prix.

    Un tiers de ces coûts cachés concernent les dépenses de santé, près de la moitié l'environnement, et le reste l'économie. Si les risques de l'acétamipride, cette molécule que veut réintroduire le sénateur Laurent Duplomb, pour la santé humaine sont débattus, on est en revanche certain que les abeilles n'apprécient pas trop. Et ces valeureuses pollinisatrices ont une valeur : les services qu'elles rendent à l'agriculture, gratuitement, sont estimés à 150 milliards d'euros dans le monde.

    Puissants lobbys

    On n'utilise pas les pesticides pour le plaisir mais il existe d'autres modèles que l'agriculture intensive, industrielle, qui fait la course à la productivité : l'agriculture biologique et l'agroécologie, respectueuses de l'environnement, des consommateurs et des agriculteurs. Derrière le sénateur Duplomb, membre de la FNSEA, le puissant syndicat agricole français, ses détracteurs pointent le poids des lobbys de l'agro-industrie, qui ont tout intérêt à défendre un modèle productiviste pour continuer de vendre les produits chimiques que les paysans dispersent dans leurs champs et finalement dans la nature. « On sous-estime le poids très important des grands lobbys de l'agrochimie et des firmes semencières dans le développement des politiques publiques, dénonce Olivier de Shutter. Ne nous trompons pas de diagnostic, on n'est pas aujourd'hui dans une situation de rareté. L'impératif n'est pas d'augmenter la production, même si c'est le discours que ces lobbys très influents continuent de tenir ».

    D’ailleurs Laurent Duplomb s'entête et espère arriver à ses fins, après la censure de certaines dispositions de sa loi par le Conseil constitutionnel l’été dernier. Il a déposé une nouvelle proposition de loi le 3 février, une semaine avant le débat organisé à l'Assemblée nationale. Une ultime provocation, doublée d'une cruelle ironie : c'était la veille de la Journée mondiale contre le cancer.

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  • Géothermie: y a-t-il de l'électricité sous nos pieds?
    2026/02/10

    La chaleur issue de la Terre est une source d'énergie infinie et durable. Elle reste encore très marginale malgré son potentiel face à la crise climatique.

    Sous nos pieds, il n'y a pas que du pétrole ou du charbon. La Terre, notre planète Terre, produit naturellement de la chaleur, qui reste encore très largement sous-exploitée. La production d’électricité par la géothermie, la chaleur du sol, représente moins de 1% de la production totale dans le monde. Il s’agit pourtant d’une énergie abondante, disponible et infinie, offerte par la planète. « On a une chaleur qui s’est mise en place au moment de la création de la Terre en tant que planète, qui se diffuse progressivement du centre de la Terre jusqu’à la surface. Et puis essentiellement dans la partie superficielle, c’est-à-dire la croûte, on a de la décroissance radiogénique : des atomes sur le temps long qui, en se cassant, libèrent de l’énergie en même temps », explique Damien Bonté, ingénieur et responsable de filière Géothermie au BRGM, le Bureau de recherche géologique et minière, un organisme public français.

    C’est ainsi que plus on descend, plus il fait chaud. En Europe, quand on creuse, on gagne 3°C tous les 100 mètres, 30°C à chaque kilomètre. Il y a des régions où la terre est beaucoup plus chaude beaucoup moins profondément, notamment les régions volcaniques. Le Kenya, champion africain de la géothermie, produit ainsi près de la moitié de son électricité. La France, elle, possède une centrale électrique géothermique en Guadeloupe, au pied du volcan de la Soufrière.

    Chaleur propre

    On distingue deux types de géothermies. D’abord la géothermie de surface, jusqu'à 200 mètres, qui sert pour le chauffage des maisons, avec les pompes à chaleur. C’est la géothermie profonde qui permet de produire de l'électricité : il faut une chaleur sous-terraine d'environ 200°C ; il faut donc forer en profondeur, et la géothermie a bénéficié des avancées technologiques de l’industrie pétrolière. « On fore assez facilement à 3 kilomètres, précise Damien Bonté. Les choses se compliquent généralement dès qu’on commence à dépasser ces 3 kilomètres. C’est encore un sujet de recherche et d’innovation pour trouver des solutions qui permettent d’accéder à ces ressources éventuellement profondes qui pourraient fournir d’autant plus d’énergie et de chaleur ».

    L’intérêt de la géothermie s’affirme à l’heure de la crise climatique, parce qu’il s’agit d’une énergie abondante et propre. Certes, la géothermie profonde peut provoquer une activité sismique et peut aussi polluer les nappes phréatiques – des risques, assure le BRGM, aujourd'hui maîtrisés. Pour le reste, elle n'émet pratiquement pas de CO2. C'est une énergie renouvelable, encore plus durable que le solaire ou l'éolien, tout le temps disponible, « 24 heures sur 24, sans effet climatique à la différence du solaire et de l’éolien qui sont considérés comme des énergies intermittentes. On utilise une énergie inépuisable », rappelle Damien Bonté, du Bureau de recherche géologique et minière

    Remplacer le gaz et le charbon

    Malgré ses qualités, la géothermie reste une énergie sous-exploitée, comme le souligne un rapport publié lundi 9 février par Ember, un groupe de réflexion sur la transition énergétique. En Europe, la géothermie pourrait remplacer 42% de l'électricité produite actuellement par le gaz et le charbon (des énergies fossiles), pour un coût comparable, et sans subir la volatilité des prix des matières premières. Ember a identifié plusieurs pays aux sous-sol prometteurs : la Hongrie, la Pologne, l'Allemagne et la France.

    La géothermie pourrait aussi couvrir les deux tiers des besoins énergétiques attendus des datacenters, les centres de données particulièrement gourmands en électricité. L'énergie, c'est ce qui fait avancer le monde, et dans un monde qui se réchauffe à cause des énergies fossiles, la géothermie ne devrait plus nous laisser froid.

    À écouter aussiSur l'archipel des Açores, la géothermie comme solution vers l'indépendance énergétique

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  • Y aura-t-il encore des JO d'hiver dans 50 ans?
    2026/02/09
    Les Jeux olympiques de Milan-Cortina se déroulent sous la pression de la crise climatique. Le manque de neige provoqué par le réchauffement de la planète pourrait à terme menacer les compétitions de ski. Ce n’est pas la première fois que Cortina d’Ampezzo accueille les Jeux olympiques d’hiver. La station de ski des Dolomites, dans le nord de l’Italie, organisait déjà la compétition en 1956. Soixante-dix ans plus tard, des critiques se font désormais entendre sur l'impact environnemental de ces JO présentés pourtant comme « les plus responsables ». En 70 ans, la température là-bas, ou plutôt là-haut, a augmenté de 3,6°C, illustrant l’intensité du réchauffement climatique et les menaces qu’il fait aussi peser sur les Jeux olympiques d’hiver, qui ont besoin de neige et de froid. Le réchauffement climatique est généralement plus visible et plus rapide en montagne. « Ce sont des zones moins influencées par la présence de l'océan, explique à propos des Alpes françaises Carlo Carmagnola, chercheur associé à Météo France, au Centre d'étude de la neige. Il n’y a donc pas assez d’atténuation des écarts thermiques à cause des masses d’eau. Cela n’empêchera pas la possibilité d’avoir de très bonnes saisons de neige. Mais la probabilité d’en avoir est plus faible par rapport à celle d’aujourd’hui, qui est plus faible par rapport à celle des années passées. » C'est surtout en basse et moyenne altitude que la neige tend à disparaître, en dessous des 2 000 mètres. À terme, la saison des sports d'hiver devrait être raccourcie de deux mois – en 50 ans, on a déjà perdu un mois d'enneigement. À écouter aussi« Aucune évaluation environnementale stratégique »: aux JO de Milan-Cortina, la colère des écologistes De la neige par hélicoptère La situation ne devrait pas s'arranger si on n'arrive pas (ou si on n'essaie pas) à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Des chercheurs ont d'ailleurs fait le calcul : sur la trajectoire actuelle du réchauffement, parmi les 21 villes qui ont accueilli les Jeux olympiques d'hiver depuis 1924, seules quatre pourraient organiser la compétition en 2050, et même une seule en 2080, Sapporo au Japon. Face au manque de neige, les JO ont déjà expérimenté des solutions radicales, comme à Vancouver en 2010 : on était allé jusqu’à verser de la neige fraîche sur les pistes par hélicoptère… Les derniers JO d’hiver à Pékin étaient garantis 100% neige artificielle. Cette année, en Italie, on devrait utiliser quelques 2 millions de m3 d'eau pour fabriquer cette neige de production, comme on l'appelle aussi. D'immenses réserves d'eau ont dû être construites dans la montagne. Au risque d’entrer en conflit avec d’autres usages, comme l’eau potable. « On arrive à faire deux m3 de neige avec un m3 d’eau, ou un peu moins dans la pratique, puisqu’il y a des pertes. Il peut y avoir, et il y en a déjà, des tensions liées à l’eau. On bloque de l’eau, qui est ensuite restituée en bonne partie par la fonte. Mais cela change le bilan hydrologique parce qu’on la stocke », souligne Carlo Carmagnola. Les canons à neige artificielle ne seront d’ailleurs pas toujours la solution miracle : « On peut mettre des enneigeurs un peu partout mais si on n’a pas le froid pour les faire tourner, cela ne servira à rien. » 3,5 millions de tonnes de glace perdues Le bilan carbone de ces Jeux olympiques de Milan-Cortina est estimé à près d’un million de tonnes de CO2, ce qui représente, par exemple, 950 000 Paris/New York en avion. Un tel bilan pèse dans la crise climatique, et des chercheurs ont estimé que ces JO entraineraient la perte de plus de 3,5 millions de tonnes de glaciers. C’est le serpent qui se mord la queue : les JO accentuent le réchauffement climatique et aggravent donc le manque de neige dont ils souffrent. Mais dans le bilan carbone des jeux, et c'est valable pour tous les grands évènements, ce sont les transports et les infrastructures qui pèsent le plus. « Ce n’est pas tant la compétition en tant que telle, ce n’est pas tant la neige qu’on produit, c’est essentiellement le fait qu’il y ait beaucoup de gens qui bougent, qui se déplacent en avion, à quoi s’ajoute l’hébergement, etc. Si le même nombre de personnes se déplaçait et qu’on ne fasse pas de ski, l’impact CO2 serait presque identique. La question n’est donc pas les JO ; c’est la mobilité, le transport et globalement le tourisme », résume Carlo Carmagnola de Météo France. On en reparlera encore quand viendront les Jeux olympiques d'hiver 2030, en France. D'ici là, on aura peut-être gagné des médailles, et sûrement quelques dixièmes de degrés.
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  • Trump et les éoliennes: pourquoi tant de haine?
    2026/02/05

    Ardent défenseur des énergies fossiles, le président des États-Unis attaque les énergies renouvelables. Les compagnies pétrolières et le gouvernement américain auraient même mené une campagne d'influence au sein du parlement européen.

    On s'était dit que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé ici de Donald Trump, et puis l'actualité est venue à notre secours. C’était il y a trois jours : la justice américaine, sans se prononcer sur le fond, a autorisé la reprise du chantier d’un parc éolien en mer, face à New York. Il s'agit de la cinquième décision de justice en ce sens depuis que Donald Trump a décidé de bloquer tous les projets d’éoliennes signés sous la présidence Biden.

    Donald Trump a un problème avec les éoliennes. À l'origine, il y a visiblement un traumatisme indépassable : il y a 5 ans, Donald Trump n’avait pas pu empêcher la construction d’un parc éolien en mer juste en face d’un de ses terrains de golf en Écosse… Les éoliennes, il trouve ça laid. Et il l’a encore répété il y a quelques jours, dans l’une de ses déclarations sorties de nulle part. « C’est la pire et la plus chère des énergies qui existe, et l’Europe est en train de se détruire avec ces stupides éoliennes qu'elle installe partout dans ses magnifiques régions qui possèdent certains des plus beaux paysages du monde, et elles ne font que détruire… », déclarait-il en mode « de quoi je me mêle », comme il l’avait déjà fait quelques jours plus tôt au Forum économique mondial de Davos.

    Domination énergétique américaine

    Mais pour Donald Trump, il n’y a pas que la dimension esthétique qui l’intéresse, ce n’est pas qu’une question de bon goût (et on sait qu’il s’y connait). Le problème des éoliennes, c’est qu’elles ringardisent ses chéris : le pétrole et le charbon. En Europe, les énergies renouvelables (solaire et éolien) ont produit pour la première fois l’an passé plus d’électricité que les énergies fossiles. Ce qui va à l’encontre de la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, adoptée il y a quelques semaines. « L'objectif aujourd'hui de l'administration Trump et de Donald Trump est d'asseoir la domination énergétique. C'est un terme qui est repris dans cette Stratégie nationale de sécurité et donc de s'assurer que l'industrie fossile américaine ait des débouchés. Et c'est en ce sens que Donald Trump se prononce contre les énergies renouvelables en Europe », décrypte Swann Bommier, le directeur du plaidoyer de l’association écologiste française Bloom.

    Lobbies et ingérence

    Une forme d’ingérence qui s’est concrétisée récemment au Parlement européen, selon les accusations publiées ce matin par Bloom, quand une alliance entre la droite et l’extrême droite a vidé de sa substance la directive sur le devoir de vigilance des entreprises – un texte qui engage les entreprises à prévenir notamment les atteintes à l’environnement et à respecter l’engagement européen de neutralité carbone en 2050. « On a eu tout au long de l'année 2025 une offensive concertée des lobbies de l'industrie fossile américaine et de l'administration Trump pour torpiller le devoir de vigilance. Certaines de ces entreprises se sont alliées dans une alliance qui réunissait ExxonMobil, Chevron, mais aussi TotalEnergies. Et ensemble, ces entreprises portaient auprès des parlementaires une stratégie selon laquelle le Parlement européen devait détruire le devoir de vigilance dans une alliance de droite et d'extrême droite, ce qui était du jamais vu », détaille Swann Bommier.

    L’ONG Bloom pointe en particulier le rôle joué par le rapporteur parlementaire de cette directive, l’eurodéputé suédois de droite Jörgen Warborn, un homme qui a multiplié les contacts avec le lobby pétrolier. « Jörgen Warborn a été le relais, le cheval de Troie des entreprises américaines et de l'ingérence américaine, puisqu'il a repris à son compte leur stratégie », accuse encore Swann Bommier. L’union des droites se porte bien, l'internationale climatosceptique aussi, la planète sûrement un peu moins.

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