エピソード

  • Municipales en France: parle-t-on encore d'écologie et d'environnement?
    2026/03/11
    Après la « vague verte » des élections de 2020, plusieurs maires écologistes sortants semblent en difficulté, comme à Lyon ou Strasbourg. L'environnement n'est plus, comme il y a six ans, la première préoccupation des Français. Après la vague du Covid-19, il y eut la « vague verte ». Les dernières élections municipales organisées en France en 2020, décalées de quelques mois en raison du premier confinement, avaient été marquées par le succès des listes écologistes dans plusieurs grandes villes, à tel point que les médias ne parlaient plus que de « vague verte ». « Ils n'en revenaient pas eux-mêmes hier soir, lançait ainsi la présentatrice du journal de 20 heures de France 2, Anne-Sophie Lapix, au lendemain du second tour. Les écologistes ont fait une percée spectaculaire aux municipales, en particulier dans les grandes villes. Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Besançon, Poitiers, Tours... La liste des conquêtes est impressionnante ». Mais six ans plus tard, à quelques jours du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, la vague semble retombée. En 2020, en pleine pandémie du Covid-19, les questions d’environnement étaient en tête des préoccupations, pour 47% des électeurs. La France, et le monde, venaient de subir toute une série de catastrophes, aggravées par le changement climatique. Mais aujourd’hui, l’environnement est passé à l’arrière-plan, selon les dernières enquêtes de l’institut de sondage Ipsos-BVA, loin derrière la sécurité, le pouvoir d’achat et l’emploi. Les catastrophes climatiques se sont pourtant aggravées. Mais c’est comme si on s’y habituait. « C'est un peu ce qu'on appelle l'effet de la grenouille qu'on met dans de l'eau chaude et qui ne se rend pas compte qu'elle est en train de brûler quand on augmente la température, analyse Matthieu Gallard, directeur d’études à Ipsos-BVA. Pour une partie des Français, il y a le sentiment de plus en plus fort, comme on le voit dans les enquêtes qu'on peut mener, que ces événements climatiques extrêmes rentrent finalement dans la normale. Ce n’est plus aussi interpellant que ce que ça pouvait l’être il y a quelques années ». À lire aussiLa crise du logement en France, enjeu majeur des élections municipales En situation délicate C’est sans doute pour cela que les écologistes ont moins le vent en poupe aujourd’hui, comme le disent tous les sondages. 24% des Français interrogés seraient satisfaits si leur maire élu dans dix jours était écologiste – c’est 27 points de moins qu’en 2020. Plusieurs maires écolos élus il y a six ans sont ainsi en difficulté, comme à Lyon ou à Strasbourg. « Même si les électeurs, dans ces villes, peuvent penser que les maires écologistes ont mis en place des bonnes politiques sur le plan environnemental, ils ont avant tout en tête des questions de nature économico-sociale, des questions liées à la sécurité et l’emploi, ce qui rend forcément la situation plus difficile pour les maires. Et c'est vrai qu'on en a un certain nombre qui, dans nos enquêtes, semblent être en situation assez délicate », poursuit Matthieu Gallard. Pour autant, l’écologie n’a pas forcément été absente de la campagne. À Paris, on parle, encore et toujours, de la place de la voiture. À Marseille, c’est la pollution provoquée par les grands bateaux de croisière, un sujet déjà à la une en 2008. À Lyon, en plus de la voiture, on a aussi parlé du sort des animaux du zoo du Parc de la Tête d’or… Un collectif de scientifiques vient d’ailleurs de rappeler le rôle majeur des communes dans la lutte contre le changement climatique et la manière de s’y adapter : l’isolation des bâtiments, des écoles, les menus dans les cantines, les espaces verts, la biodiversité et bien sûr les transports avec les mobilités douces. En fait, face à la crise climatique, les maires ne peuvent pas échapper à l’environnement, mais tous n’ont pas la même approche. « Pour les maires d'autres sensibilités politiques, plus à droite de l'échiquier politique, il peut être intéressant de prendre en compte cet enjeu-là. Mais il est certain que cela ne va pas du tout être les mêmes solutions qui vont être mises en avant selon la couleur politique des élus et des candidats », souligne Matthieu Gallard d’Ipsos-BVA. En 2020, Europe Écologie-Les Verts était le parti préféré des Français. Aujourd’hui, c’est le Rassemblement national. Reportage FranceÀ Lyon, les écologistes pourraient perdre la mairie face à Jean-Michel Aulas
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  • Énergie nucléaire: stop ou encore?
    2026/03/10
    Le deuxième Sommet sur l’Énergie Nucléaire civile a lieu ce 10 mars 2026 à Paris, coorganisé par la France et l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). L'énergie nucléaire représente 10% de la production électrique dans le monde et presque 70% en France. C'est un enjeu stratégique pour le pays. Dans un contexte international marqué par le retour en force des enjeux liés au nucléaire militaire, la France pousse pour relancer le nucléaire civil dans le monde. « Nuclear energy is back ! », le nucléaire est de retour ! avait lancé Emmanuel Macron lors de la COP28, il y a trois ans. À cette occasion, la France et d'autres pays s'étaient engagés à tripler la capacité de production d'énergie nucléaire d'ici 2050. En tout, 33 pays ont signé cette déclaration, dont les derniers en date, le Sénégal et le Rwanda, ont rejoint la coalition novembre dernier. Pour atteindre cet objectif, le sommet sur l’Énergie nucléaire vise donc à promouvoir cette industrie sensible et au passage, les fleurons économiques français EDF, sa filiale Framatome et Orano. Le secteur connaît un regain d'intérêt dans le monde et quarante États devraient être présents. Alors que les pays cherchent à lutter contre la crise climatique et se défaire de leur dépendance au pétrole, au gaz et au charbon, le nucléaire a des atouts. C'est une énergie qui n'émet quasiment pas de gaz à effet de serre. Les scientifiques du Giec estiment que c'est un des leviers possibles pour produire une énergie décarbonée et limiter le changement climatique, même si d'autres scénarios de décarbonation basés sur les énergies renouvelables sont également possibles. Déchets radioactifs dangereux Le nucléaire a aussi des désavantages et ce n’est pas « une énergie propre » pour autant comme l’affirmait Emmanuel Macron en 2023. Les centrales produisent des déchets radioactifs, potentiellement dangereux pendant des dizaines de milliers d'années et qui s’accumulent. Selon un recensement en 2021, la France stocke ainsi 1,760 millions de mètres cube de déchets radioactifs sur son sol (60% issus des centrales nucléaires, le reste d’autres activités comme la défense, la médecine ou la recherche). Trouver des sites de stockage est une question épineuse qui inquiète les populations riveraines. Des pays les ont pendant un temps immergé dans la mer, désormais on préfère les enfouir loin sous terre. Le Japon envisage même d'utiliser une île déserte et reculée de l'océan Pacifique, située à près de 2000 kilomètres de Tokyo, comme site d'enfouissement. À cela s'ajoute le risque d'accident nucléaire. Un risque faible mais qui existera toujours. Les drames de Tchernobyl en Ukraine et Fukushima au Japon, dont c'est le quinzième anniversaire ce 11 mars, le rappellent. Ce risque augmente avec le vieillissement du parc nucléaire dans certains pays comme la France, et avec le changement climatique. Il faut en effet beaucoup d'eau pour refroidir les centrales qui se trouvent donc souvent au bord de fleuves ou sur les littoraux. Or l'eau douce se raréfie, il a déjà fallu mettre à l'arrêt des réacteurs en période de sécheresse, et la montée du niveau de la mer menace les réacteurs sur les côtes, sans parler des tempêtes qui promettent d’être de plus en plus violentes. La construction de centrales nucléaires prend du temps, leur durée de vie et leur démantèlement aussi. Alors que la France prévoit de construire au moins six nouveaux EPR2 dans son programme énergétique, et que l’UE mise sur les petits réacteurs modulaires, Pauline Boyer, spécialiste de transition énergétique chez Greenpeace s’alarme : « le dérèglement climatique intensifie la fréquence et le pouvoir destructeur des évènements climatiques extrêmes auxquels vont être exposés les centrales nucléaires. Quelle sera l’envergure des catastrophes climatiques dans 70 ou 100 ans quand ces réacteurs seront en fonction ? La construction d’installations aussi dangereuses doit être questionnée ». L’ONG, prône plutôt les économies d’énergies et le développement d’énergies renouvelables, « moins chères ». « Porosité entre nucléaire civil et militaire évidente » Surtout, la militante souligne le risque en cas de conflit armé, comme c’est le cas en Iran. « Quand on bombarde un champ éolien quand on bombarde une centrale nucléaire, il n’y a pas le même danger derrière. On a aujourd’hui d’un côté une guerre qui a été déclarée en Iran avec des installations nucléaires ciblées et de l’autre, en Ukraine, il y a quatre ans, les troupes russes ont attaqué la centrale nucléaire de Zaporijia et l’occupent toujours aujourd’hui. C’est comme un butin de guerre pour la Russie et un énorme caillou dans le processus de paix ». Pour Pauline Boyer, un sommet qui veut développer « une énergie nucléaire sûre et accessible à tous ...
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  • Y a-t-il de la vie au fond des océans?
    2026/03/09
    Face aux partisans de l'exploitation minière des grands fonds marins, dont la richesse suscite des convoitises, ses adversaires dénoncent les dangers que ferait peser le deep sea mining sur une biodiversité unique et encore largement méconnue. Vous n'irez jamais là-bas, et ça vaut pourtant le coup d'œil ! Le Conseil de l'Autorité internationale des fonds marins, un organisme de l'ONU en charge des profondeurs océaniques, s'ouvre aujourd'hui, alors que la possibilité d'exploiter les minerais des grands fonds marins divise la communauté internationale. L'opposition au deep sea mining, malgré des richesses en minerais de plus en plus convoitées, s'appuie sur les risques de destruction de la biodiversité. Parce qu'il y a de la vie au fond de l'océan. Il y a de la vie partout sur Terre, et donc sous mer, et c'est même ce qui nous distingue des autres planètes, jusqu'à preuve du contraire... Dans les grands fonds marins, malgré des conditions extrêmes, jusqu'à 11 000 mètres (oui, 11 kilomètres) de profondeur, dans des zones où aucun être humain n'a jamais mis les pieds alors qu'on a déjà marché sur la Lune, où les températures sont proches de 0ºC, sans aucune lumière, où la pression est énorme, il y a pourtant de la vie, des formes de vie particulières, et des écosystèmes uniques. Plus d'un million d'espèces Les habitants des grands fonds marins restent pour beaucoup encore inconnus : on estime ainsi qu'un million d'espèces n'ont pas encore été identifiées, alors que 250 000 ont été découvertes, ce qui est déjà pas mal compte tenu des difficultés d'observation. Mais la science et la connaissance progressent, grâce à quelques sous-marins ultra-performants ainsi que des robots. Au fond de l'océan, on peut croiser des crustacés, des vers, des concombres de mer, des bactéries ainsi que quelques poissons des abysses aux formes étranges et presque monstrueuses. Le poisson pêcheur abyssal, par exemple, est équipé d'une antenne lumineuse pour attirer les proies qu'il dévore avec d'énormes dents. Le bathynome géant, lui, est un crustacé qui ressemble à un cloporte, mais de la taille d'un chat. La particularité de ces organismes est qu'ils sont souvent tout mou, pour résister à la pression. Ils sont aussi très lents à se déplacer, pour économiser l'énergie qui est rare. Pour se nourrir, certaines espèces récupèrent le reste du plancton qu'on trouve à la surface et les déchets organiques qui retombent tout au fond, cet ensemble formant ce qu'on appelle la neige marine. D'autres se nourrissent de bactéries. On trouve aussi des organismes qui font de la chimiosynthèse, comme les micro-algues font de la photosynthèse. Ici il n'y a pas de lumière, mais des volcans sous marins, où la température atteint plusieurs centaines de degrés. De ces cheminées hydrothermales se dégage une énergie chimique dont se nourrissent les très nombreux organismes vivants qui s'y trouvent, car la vie y est foisonnante. À lire aussiL'exploration minière provoque la chute de 37% du nombre des animaux des fonds marins Pollution plastique à - 7000 mètres Mais ce monde fantastique pourrait être menacé. Il l'est déjà d'ailleurs. Il n'échappe pas à la pollution. On a par exemple retrouvé des microplastiques dans l'estomac de crustacés qui vivent à plus de 7000 mètres de profondeur. Mais la plus grande menace, ce serait l'exploitation minière des ces grands fonds marins, qu'imaginait déjà le Capitaine Némo dans 20 000 lieux sous les mers, le roman de Jules Verne. On y trouve du uivre ou du cobalt, des nodules polymétalliques qui ont mis des millions d'années à se former et qui semblent jouer un rôle majeur pour la biodiversité des profondeurs, des minerais rares et des terres rares dont on a de plus en plus besoin pour les nouvelles technologies vertes. Les conséquences de l'exploitation minière sur la biodiversité restent encore méconnues, car la connaissance de cette faune ultra sous-marine n'est que très récente et très parcellaire ; on n'a aucune idée de son impact à long terme. Mais c'est précisément l'argument de tous les acteurs opposés au deep sea mining : ce n'est pas parce qu'on connaît mal ou pas tous ces animaux qu'on ne doit pas s'en préoccuper et appliquer, aussi pour eux, le principe de précaution. À lire aussiLes fonds marins: une nouvelle frontière géopolitique?
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  • La Chine est-elle championne du monde du climat?
    2026/03/05

    C'est le paradoxe chinois : un pays ultra dominant sur les énergies renouvelables, mais qui reste le premier pollueur mondial.

    C’est la Chine de tous les records. Il y a plus de panneaux solaires en Chine que dans tout le reste du monde. 40% de son électricité est désormais issue des énergies renouvelables. Le constructeur de voitures électriques BYD a dépassé Tesla. En 25 ans, la Chine a aussi planté plus d’arbres que partout ailleurs sur la planète. Le pays s’est imposé en quelques années comme un champion du monde du climat et de l’environnement, et l’Assemblée nationale populaire, le rendez-vous politique majeur de la Chine qui s’est ouvert ce jeudi 5 mars, doit notamment dévoiler la nouvelle feuille de route énergétique chinoise. Une énergie de plus en plus verte, comme le soulignait l’an passé le président Xi Jinping, en saluant le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat : « Au cours des dix dernières années, bien que la gouvernance climatique mondiale ait connu des hauts et des bas, le développement vert et à faible émission carbone est devenu la tendance de notre époque. »

    Mais cela n’a pas toujours été le cas, loin de là. L’usine du monde a longtemps tourné uniquement au charbon, aux énergies fossiles. Avec des signaux très alarmants au début du siècle : une pollution de l’air record, 80% des eaux souterraines polluées. Ce qui a déclenché toute une série de mouvements de contestation sociale. Un déclic pour le pouvoir chinois. « Il faut juste se rappeler des Jeux olympiques de Pékin en 2008 et la course que la Chine a menée pour essayer d'effacer le smog persistant dans sa capitale, raconte Virginie Arantes, chargée de recherche FNRS à l’Université libre de Bruxelles. Il y a eu aussi plein de manifestations face à ces problématiques environnementales, donc c'était un point très chaud pour la stabilité sociale de la Chine. »

    « Civilisation écologique »

    C’est ainsi qu’est apparu le concept de « civilisation écologique », formulé dès 2007, quand la Chine devient le plus gros émetteur de CO2, devant les Etats-Unis. Une fois au pouvoir, Xi Jinping en fait un des marqueurs idéologiques centraux du régime, inscrit dans la constitution en 2018. Un marqueur et un nouveau moteur pour l’économie tout entière. « La Chine devient pour ainsi dire championne du climat, non pas par pur altruisme écologique, mais pour une convergence entre stratégie industrielle, sécurité nationale et stabilité politique. La Chine ne se contente pas aujourd'hui d'installer des panneaux solaires, elle les fabrique pour le monde entier. Elle maîtrise plus de 80 % de la production mondiale des composants solaires et des batteries. En mettant son énergie dans l'industrie des nouvelles technologies vertes, elle a réussi à redynamiser son économie », analyse Virginie Arantes. La Chine est ainsi le premier investisseur au monde pour les énergies propres, ce qui se chiffre en centaine et en centaines de milliards d’euros.

    À marche forcée

    Le succès de la Chine repose aussi sur son modèle politique, un régime autoritaire, ultra vertical. Quand en France il faut des années pour construire une centrale solaire, parce qu’il y a des enquêtes publiques, parce que la société civile à son mot à dire, évidemment en Chine cela va beaucoup plus vite ; c’est à marche forcée. « C'est un modèle très technocratique et autoritaire, qui s'appuie sur des objectifs quantifiés et sur une discipline administrative très forte. Si on dit on doit planter x arbres d'ici trois ans, les responsables locaux se doivent d'atteindre ces objectifs », souligne Virginie Arantes.

    Mais il y a un « mais ». La Chine reste le premier consommateur au monde de charbon, la pire des énergies fossiles, et elle construit encore aujourd’hui de nouvelles centrales à charbon. La Chine est peut-être championne du monde du climat, mais elle est encore et toujours championne du monde de la pollution.

    À lire aussiÉnergie: entre charbon et renouvelable, une Chine à deux vitesses

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  • Guerre au Moyen-Orient: le pétrole est-il une arme?
    2026/03/04
    En fermant le détroit d'Ormuz et en attaquant des installations pétrolières et gazières des pays du Golfe, Téhéran provoque une flambée des prix des hydrocarbures. De leur côté, les énergies renouvelables, dominées par la Chine, ne sont pas à l'abri de tensions géopolitiques. Les règles sont presque immuables. Une guerre dans le Golfe persique s’accompagne généralement d’une flambée du prix du pétrole. Depuis les attaques des États-Unis et d'Israël en Iran, et la riposte de Téhéran, le brut a augmenté de 13%. L’Iran a aussi fait du détroit d’Ormuz un pilier de sa contre-attaque, en bloquant le trafic maritime sur cet axe majeur pour l'exportation des hydrocarbures, par où transitent un cinquième du pétrole et du gaz vendu dans le monde. Le pétrole, pour l’Iran, est une arme de guerre. Le phénomène n’est pas nouveau. En 1973, au lendemain de la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes, l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, décidait d'un embargo contre les alliés d'Israël, provoquant une flambée des prix du pétrole, qu’on a appelée le premier choc pétrolier. « Le pétrole semble jouer un rôle important dans l'évolution des relations internationales maintenant, parce qu'il jette un éclairage tout à fait nouveau sur la question du Moyen-Orient », déclarait Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères de l’Algérie, pays membre de l’OPEP. Pour André Giraud, ministre français de l'Industrie au moment du deuxième choc pétrolier provoqué par la révolution islamique en Iran, en 1979, « le pétrole est une matière première à fort contenu diplomatique et militaire ». L'arme du faible au fort Aujourd'hui, l'Iran bloque le détroit d'Ormuz, comme il l’avait déjà fait pendant la guerre Iran-Irak, dans les années 80, en coulant des dizaines de bateaux dans le détroit d'Ormuz. « Pour l'Iran, le détroit d'Ormuz est un enjeu stratégique, analyse Olivier Appert, conseiller au Centre Energie-Climat de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. C'est peut-être l'arme du faible par rapport au fort. Ce n’est pas une première, mais c'est quand même inquiétant. » En riposte aux bombardements israélo-américains, l’Iran a frappé la plus grande raffinerie d'Arabie saoudite ainsi que des installations gazières du Qatar, ce qui provoque aussi une envolée des prix du GNL, le gaz naturel liquéfié. Il y a quelques années, les Houthis du Yémen, soutenus et armés par l'Iran, avait également bombardé une installation pétrolière saoudienne majeure. C’est donc une constance : l'énergie fossile est une cible. À l'inverse, les énergies renouvelables pourraient sembler à l'abri des tensions géopolitiques. Le solaire et l'éolien, des énergies vertes, ont une image a priori plus pacifique – à part les éoliennes pour les oiseaux. Une fois installés, les panneaux solaires sont à l'abri des aléas géopolitiques et de subites hausses de prix. Dans une tribune au journal Le Monde, publiée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Antonio Guterres, le secrétaire général de l'Onu, écrivait que « les énergies renouvelables sont les garantes de la paix au XXIe siècle ». Imposer ses vues Mais les renouvelables n'échappent pas à une forme de guerre, commerciale, de la part de la Chine, qui possèdent les fameuses terres rares indispensables notamment à la fabrication des batteries. « Les acteurs ne sont pas les mêmes, mais dès 2011, la Chine avait décidé un contrôle des exportations de terres rares vers le Japon, rappelle Olivier Appert. La Chine utilise très clairement sa capacité monopolistique pour pouvoir imposer ses vues. Malheureusement, les énergies renouvelables répondent en fait à des enjeux géopolitiques tout à fait déterminants. » Reste cette question, face à la guerre en Iran : cette nouvelle flambée des prix du pétrole peut-elle accélérer la transition énergétique ? « Économisons l'essence, économisons l’électricité, économisons le chauffage, et mon Dieu, nous arriverons bien, je l'espère, à surmonter les difficultés ! », s’exclamait à la télévision le président français Georges Pompidou, en 1973 au moment du premier choc pétrolier. La France n'avait pas de pétrole, mais avait des idées, et lançait alors un vaste programme de centrales nucléaires, pour produire une énergie décarbonée. Cinquante ans plus tard, le contexte n’est pas le même, mais la crise actuelle « justifie la nécessité de réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Mais attention à ne pas retomber dans une dépendance vis-à-vis de la Chine », prévient Olivier Appert, de l'IFRI. Moins visible, moins spectaculaire, cette guerre-là reste une guerre de l'énergie. À lire aussiÀ la Une : la guerre en Iran, une opportunité pour le pétrole africain
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  • Biopiraterie: pourquoi les plantes médicinales sont-elles menacées par les industries pharmaceutique et cosmétique?
    2026/03/03
    La médecine traditionnelle utilise des dizaines de milliers plantes à travers le monde. Mais les savoirs ancestraux des peuples autochtones sont régulièrement pillés par les industries pharmaceutique, cosmétique et des compléments alimentaires. Une plante, c’est généralement assez léger, mais les plantes médicinales pèsent beaucoup financièrement. C'est un énorme marché, estimé à 400 ou 500 milliards d'euros pour toute la médecine traditionnelle, qui n'utilise d'ailleurs pas que les plantes. À l'occasion de la Journée mondiale de la vie sauvage, ce 3 mars, l'ONU met l'accent sur les plantes médicinales et aromatiques, avec un mot d'ordre : « conserver la santé, l'héritage et les moyens d'existence ». À lire aussiCôte d'Ivoire: les plantes médicinales, un recours quand le porte-monnaie est vide Pour l'immense majorité de la population mondiale, les plantes sont bien souvent le seul moyen de se soigner, dans les pays en développement. « 80% des personnes sur Terre commencent par avoir affaire à la médecine traditionnelle. Dans les pharmacopées traditionnelles, généralement il y a une majorité de plantes. On estime qu'on ramasse environ 30 000 plantes à fleurs dans le monde à visée thérapeutique. Cela représente effectivement quelque chose d'extrêmement important et on est sur un marché qui est en constante expansion, de 8 à 15% par an », précise Aline Mercan, médecin, phytothérapeute (qui soigne avec des plantes) et auteure d’un Manuel de phytothérapie écoresponsable. Médicaments plus chers Ces plantes médicinales représentent une richesse culturelle et un savoir ancestral transmis de génération en génération, généralement beaucoup plus abordables que les médicaments modernes. « C'est vrai qu’il est plus compliqué de faire une posologie, de doser une plante, une infusion, une décoction d'une plante traditionnelle que de le doser dans une pilule. Mais c'est aussi beaucoup moins cher. Il faut donc faire attention de ne pas enlever, de ne pas combattre cet usage pour favoriser uniquement des produits pharmaceutiques qui peuvent être très chers », relève Pierre Johnson, socio-économiste, spécialisé dans les filières végétales, et auteur de Biopiraterie : Quelles alternatives au pillage des ressources naturelles et des savoirs ancestraux ? À lire aussi1. Les médicaments dans le sud La biopiraterie est un terme inventé dans les années 1990 pour décrire une forme de privatisation du vivant, quand des entreprises déposent des brevets sur des molécules que contiennent des plantes par exemple, quand l'industrie pharmaceutique (et pas seulement elle) essaie de récupérer ces connaissances ancestrales. La pervenche de Madagascar en est l'un des exemples célèbres. « On a extrait de la pervenche des substances qui ont des effets anticancéreux. Évidemment, il n’y a pas eu du tout de bénéfices pour la population malgache. Mais c'est un cas assez particulier parce que de manière générale, ce ne sont pas les laboratoires pharmaceutiques qui gagnent le plus d'argent sur les plantes de la médecine traditionnelle, ce sont les laboratoires du complément alimentaire. Ce qui n’est pas du tout le même monde ! », pointe Aline Mercan. Cactus coupe-faim Les compléments alimentaires ont la cote, le marché est exponentiel ces dernières années, alors que les effets sur la santé sont parfois discutables. Et les méthodes aussi, comme en témoigne la biopiraterie d’une plante, le hoodia, consommée par le peuple San en Afrique du Sud. « Le hoodia est un cactus d'Afrique du Sud utilisé par les San qui ont des techniques de chasse où ils épuisent le gibier, raconte Aline Mercan. Pour ça, il faut soi-même être très endurant, ne pas manger et ne pas dormir. Et donc ce hoodia a été utilisé par l'industrie du complément alimentaire pour fabriquer des coupe-faim pour le marché du surpoids dans les pays du Nord. Les San n'ont pas touché grand-chose, quelque chose de tout à fait négligeable par rapport au marché que ça a généré. » Précisément 0,003 % du chiffre d’affaires... La convention de Nagoya, signée au Japon en 2010, et entrée en vigueur 4 ans plus tard, tente de réguler la biopiraterie, pour protéger notamment la médecine traditionnelle et les savoirs ancestraux. Deux chiffres résument le problème : 90% des ressources naturelles se trouvent dans les pays du Sud, alors que la quasi-totalité des brevets, 97%, appartiennent à des entreprises des pays riches. C'est là une autre « tradition » : la ressource est au sud, et les profits au nord.
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  • Faut-il éviter la livraison à domicile pour sauver la planète?
    2026/03/02
    L'impact environnemental des colis dépend de nombreux critères mais la livraison à domicile n'est pas forcément la pire des solutions. Une nouvelle taxe en France, et c'est pour la bonne cause : pour lutter notamment contre l'ultra fast fashion et la surconsommation liée à l'explosion des sites comme Shein ou Temu. Depuis dimanche 1er mars, les petits colis d'une valeur de moins de 150 euros sont désormais taxés. Le marché de la livraison a doublé en 10 ans, et on s'attend à une croissance annuelle de 3 % à 5 %. Aujourd'hui, plus d'un milliard de colis sont livrés en France chaque année, mais l'impact environnemental reste faible : une livraison correspond en moyenne à 1 kilo de CO₂. En termes d'équivalence carbone, c'est comme si on rechargeait 2,5 fois son téléphone, ce qui reste marginal par rapport à l'empreinte carbone du produit lui-même acheté sur internet. Se pose alors la question : pour l'environnement, vaut-il mieux aller faire ses courses en magasin ou se faire livrer ? L'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a mené l'enquête et la livraison n'est pas la pire des solutions : « Si on a la possibilité d'aller à un point de retrait dans un magasin, à pied, en vélo ou en transports en commun, c'est intéressant. En revanche, si on y va en voiture avec un trajet principalement tourné vers ce retrait, la livraison à domicile devient plus intéressante parce que la livraison va se faire avec une tournée bien optimisée, avec le camion du livreur qui contient plusieurs colis », résume Tristan Bourvon, coordinateur logistique à l'Ademe. Comme si le e-commerce s'apparentait à du transport en commun de marchandises. À lire aussiAchète-t-on trop de vêtements? Ni voiture, ni avion Mais le risque d'une livraison à domicile, c'est qu'on soit absent et que le livreur doive repasser. Cela alourdit l'empreinte carbone de la livraison. Dans ce cas, mieux vaut un point relais, à condition bien sûr de ne pas y aller en voiture. Le critère de la rapidité doit aussi être pris en compte. À part pour les grandes plateformes, qui ont souvent un entrepôt près du client, une livraison express a généralement une empreinte carbone élevée. « Si jamais le produit n'est pas stocké à proximité de chez vous, mais vient plutôt d'un pays très éloigné comme la Chine, le fait d'aller plus vite va souvent engendrer le recours au fret aérien plutôt qu'aux porte-conteneurs. Et l'aérien est beaucoup plus émissif par colis transporté que le maritime. C'est surtout vrai, par exemple, pour les plateformes d'ultra-fast-fashion. La livraison ultra-rapide, en moins de vingt-quatre heures, avec une camionnette dédiée pour livrer dans l'heure, moins bien remplie, va avoir un impact plus fort », détaille Tristan Bourvon. Le poids du vide Dans l'impact environnemental de la livraison, il y a aussi l'emballage. Et on peut même parler de suremballage. En moyenne, un colis est vide à 44 %, et même le vide, ça pèse : le suremballage alourdit les colis « d'un quart ou d'un tiers ». Ce qui a un poids environnemental : 112 tonnes de CO2 en France chaque année, ce qui correspond, selon le comparateur carbone de l'Ademe, à plus de 13 000 kilos de brownies au chocolat – gare à l'indigestion. Pour mieux consommer, il est préférable d'éviter le transport aérien, de privilégier, quand c'est possible, la marche à pied pour faire ses courses, de consommer local, et pourquoi pas d'arrêter d'acheter à tort et à travers. Il existe des solutions alternatives, comme « l'option de la location, l'option du prêt entre particuliers, l'option de la réparation, énumère Tristan Bourvon, de l'Ademe. Ce sont des choses qui permettent d'allonger la durée de vie des objets, d'éviter d'acheter du neuf lorsqu'on ne va s'en servir qu'une seule fois, par exemple. Tout cela peut réduire la surconsommation. Cela ne veut pas dire arrêter d'acheter, bien sûr, mais cela veut dire se poser les bonnes questions avant de le faire. » À lire aussiCommerce: une taxe de 3 euros imposée sur tous les petits colis importés dans l'UE à partir du 1er juillet 2026
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  • Comment des siècles de colonisation ont-ils exterminé des centaines d'espèces animales et végétales?
    2026/02/26

    Les humains ne sont pas les seules victimes de l'impérialisme : de nombreux animaux et plantes, comme le dodo, le bison ou le bois d'ébène, ont été victimes de la chasse et de la surexploitation des ressources.

    Des massacres d’humains, mais aussi des massacres d’animaux et la destruction systématique d’espèces végétales. C’est le triste bilan de la colonisation partout dans le monde. L’histoire de la colonisation du point de vue de la biodiversité est édifiante. Le sort du dodo est à cet égard emblématique. Cet oiseau de la famille des pigeons ne vivait que sur l'île Maurice. Un très gros pigeon qui ne volait pas ; il n'en avait pas besoin puisqu'il n'avait pas de prédateurs. Jusqu'à l'arrivée des premiers colons.

    Les colons ne sont pas venus seuls. Dans leurs bateaux, il y avait des chiens, des chats, des porcs et des rats. Les humains ont chassé le dodo, les animaux aussi, et ils ont mis moins d'un siècle à exterminer l'oiseau, parti pour un « dodo » éternel. L’histoire a même donné une expression en anglais : « dead as a dodo », soit « aussi mort qu'un dodo ».

    Les îles vulnérables

    À Maurice, une espèce végétale a aussi failli disparaître : un arbre, l'ébénier, qui donne le bois d'ébène, l'un des bois les plus chers au monde. Quand les colons hollandais sont arrivés à Maurice, l'île était recouverte d'ébéniers. Mais aujourd'hui l'arbre est sur la liste rouge des espèces en danger critique d'extinction. La biodiversité des îles, partout dans le monde, a été particulièrement vulnérable face à la colonisation : on a surexploité les ressources naturelles, on a introduit des espèces invasives, et sur un petit territoire cela fait tout de suite de gros dégâts.

    La colonisation a fait de gros dégâts aussi en Amérique, avec la quasi-disparition du bison d'Amérique, un bovin, le plus gros mammifère terrestre du continent – certains mâles pèsent une tonne. Avant l'arrivée des colons européens, il y en avait plus de 50 millions. À la fin du XIXe siècle, on ne comptait plus que quelques centaines d'individus.

    Au début, les colons européens ont chassé le bison pour sa peau, en laissant les carcasses pourrir sur place. Mais dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la chasse aux bisons est devenue une arme de guerre : contre les peuples amérindiens. L’idée était que, en éliminant les bisons, on privait les Amérindiens de leur principale ressource. La chasse est devenue industrielle, incarnée par le célèbre Buffalo Bill (buffalo étant le nom du bison en anglais). En quelques années, les bisons ont quasiment disparu, et les Amérindiens ont été massacrés. Un exemple d'un écocide qui a servi à un génocide.

    L'Amérique, terrain de chasse

    Mais les colons d'Amérique ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Ils s'en sont aussi pris à un oiseau, le pigeon migrateur (à ne pas confondre avec le pigeon voyageur), une espèce endémique que chassaient aussi les Amérindiens, pour se nourrir. Les colons, eux, les ont chassés parce que ces pigeons s'en prenaient aux récoltes. Et la chasse était facile contre ces oiseaux qui volaient groupés, parfois par nuage de dizaines de millions d'individus, selon des témoignages de l’époque : il suffisait de tirer dans le tas. Alors qu'il y avait des milliards de pigeons migrateurs au début du XIXe siècle, il n'en resta plus qu'un, en 1914, une femelle, appelée Martha, morte dans sa cage au zoo de Cincinnati.

    Des centaines d'espèces ont ainsi disparu dans le monde à cause de la colonisation. La chasse, la destruction des habitats, l'introduction d'espèces invasives, la surexploitation des ressources et l'appât du gain sont les ingrédients de tous ces écocides.

    Dernier exemple : le silphium, une plante aromatique et médicinale qui ne poussait qu'en Libye, et qu'on n'a jamais réussi à cultiver. Une plante découverte sous l'Antiquité par les Grecs, avant les Romains qui l'ont tellement exploitée qu'elle a fini par disparaître, il y a presque 2 000 ans. De tous temps, les colons se sont crus supérieurs à d'autres Hommes et à la nature.

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