エピソード

  • À Davos, le gratin de l'économie se soucie-t-il de la crise climatique?
    2026/01/19
    La réunion annuelle du Forum économique mondial s'ouvre ce lundi 19 janvier en Suisse. Les menaces sur le climat semblent passer au second plan face à l'urgence économique. The place to be. L'endroit où il faut être, et être vu. La station de sports d'hiver de Davos, en Suisse, accueille comme chaque année le Forum économique mondial, le rendez-vous des élites économiques et politiques de la planète, plus ou moins préoccupées par l'avenir de la planète, de son climat et de sa biodiversité. À lire aussiDavos: «L'esprit de dialogue», thème de ce 56e forum sera-t-il au rendez-vous? La « vedette » de cette édition se fiche pas mal du réchauffement climatique et affirme même qu'il n'existe pas. Il s'agit de Donald Trump. Le président des États-Unis aurait d'ailleurs posé ses conditions pour venir à Davos : qu'on évite les sujets « woke », et notamment la crise climatique. Le Forum économique mondial a démenti. Il y aura bien une table ronde intitulée « Comment éviter une récession climatique », avec l'ancien vice-président des États-Unis Al Gore, notamment. Ce sera mercredi, à 9 heures du matin. Donald Trump est attendu plus tard dans la journée... « Je veux que vous paniquiez » A chaque édition ses stars, et en 2019, une autre personnalité avait fait les gros titres à Davos : une jeune fille avec des nattes, âgée de 16 ans, venue secouer de vieux messieurs en costume sur mesure. « Les adultes répètent sans cesse : “nous devons donner de l'espoir aux jeunes”. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez optimistes. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens chaque jour », avait assené Greta Thunberg, la jeune militante du climat. Aujourd'hui, les décideurs économiques mondiaux n'ont pas l'air de « paniquer », à en croire le Rapport sur les risques mondiaux publié comme chaque année par le Forum économique mondial. Dans cette enquête, plus de 1 300 experts et dirigeants sont interrogés sur les menaces qui pèsent, selon eux, sur l'année qui commence. Les catastrophes météo, en deuxième place l'an dernier, passent à la quatrième place ; les risques pour le climat et l'environnement dégringolent dans le classement. Urgence moins urgente L'économie et le climat n'ont pas la même temporalité, entre menaces à court terme et à plus long terme. « Le changement climatique est un problème de long terme, qui va rester avec nous pendant tout le XXIe siècle, explique l'économiste du climat Aurélien Saussay, qui enseigne à la London School of Economics. Aujourd'hui, on est face à une montée de risques à beaucoup plus court terme. Les deux premières menaces, selon ce rapport du Forum économique mondial, sont le risque de compétition économique entre États et le risque, encore pire, de conflits armés entre États. Mais cela ne veut pas dire que, dans leur perception, le changement climatique est moins un problème qu'avant ou que le climat va mieux et est moins un risque qu'à l'avenir. » À lire aussiDavos: une montée en puissance des ultra-riches qui érode les démocraties, selon OXFAM L'urgence climatique parait aujourd'hui moins urgente, comme ce fut le cas après la crise financière de 2008. « La crise était tellement forte et avait tellement pris par surprise par son intensité les gouvernants et les opinions publiques, rappelle Aurélien Saussay. La COP de Copenhague en 2009 est un échec, sans accord concluant qui en ressort. Et pendant les six ans qui ont suivi jusqu'à l'Accord de Paris, il fallait d'abord éteindre l'incendie sur le plan macro-économique avant de s'occuper à nouveau des questions climatiques. » Santé humaine et santé économique Climat et économie sont pourtant liés. Une étude américaine a même tenté de mesurer l'impact de la crise climatique sur la croissance économique : une augmentation de la température mondiale de 1ºC entrainerait une baisse de 12% de l'activité économique mondiale. Les vagues de chaleur à répétition menacent ainsi l'économie. « Quand cela conduit à des sécheresses, on peut avoir des pertes de rendements agricoles qui viennent renchérir le coût des denrées alimentaires. Lorsque les températures sont très élevées, notamment lors de canicules, vous allez avoir un impact sur la productivité – les gens sont plus ou moins productifs lorsqu'ils font face à des vagues de chaleur plus élevée. On va aussi avoir un impact sur les arrêts maladie, sur la santé », précise Aurélien Saussay. La santé des gens et la santé de l'économie dépendent de la santé de la planète.
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  • Pourquoi les humains sont-ils parfois pires que les pollutions?
    2026/01/15

    Y a-t-il une vie après la catastrophe ? À Tchernobyl ou Fukushima, partout où la présence humaine disparait, les plantes et les animaux prospèrent, même dans les pires conditions.

    C’est l'un des endroits les plus sinistrés de la planète : la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. L'explosion d'un des réacteurs en 1986 a provoqué la pire catastrophe nucléaire de l'humanité. Une zone d'exclusion de plusieurs milliers de kilomètres carrés a dû être créée à cheval entre l'Ukraine et la Biélorussie. Une zone sans humains, mais avec beaucoup d'autres animaux : petit à petit, la vie a repris à Tchernobyl.

    C'était pourtant mal parti, après la mort de tous les arbres, devenus rouges. On a cru que Tchernobyl resterait un désert. Mais la végétation est repartie. Les animaux sont revenus, et notamment des mammifères : des lynx, des loups, des bisons. On a aussi introduit à Tchernobyl le cheval de Przwevalski, utilisé un peu comme cobaye ; il a pu se reproduire et sa population a augmenté.

    À lire aussiTchernobyl, 30 ans après : quelles sont les conséquences écologiques ?

    Radioactivité et activités humaines

    Le même phénomène a été observé à Fukushima, après l'accident de la centrale nucléaire en 2011. Le départ des humains a laissé les autres animaux prospérer. On a même observé un ours noir d'Asie, une espèce menacée dont on croyait qu'il avait disparu de la région. On a aussi découvert une nouvelle espèce de sanglier, issue de l'accouplement entre un sanglier sauvage et un cochon d'élevage échappé au moment de la catastrophe. Comme si les animaux préféraient la radioactivité aux activités humaines.

    Mais tout n'est pas complètement rose. À Tchernobyl, il y a un contre-exemple parfait : un champignon qui se porte bien, très bien, qui pousse sur le site même de la centrale. Mais voilà, c'est un champignon radiotrophe, c'est-à-dire qu'il se nourrit de la radioactivité. S'il prospère, en fait, ce n'est pas très bon signe. On a aussi noté une espérance de vie plus courte chez des animaux ou des malformations chez des oiseaux. Une grenouille est aussi particulièrement étudiée, en tant qu’animal sentinelle : à Tchernobyl comme à Fukushima, les catastrophes nucléaires ont entrainé une modification de son ADN.

    Zones fantômes bien vivantes

    Mais la radioactivité semble finalement moins néfaste que la présence humaine, comme si rien n'était pire pour la vie que la vie humaine. C'est le cas aussi de la zone d'exclusion militaire entre les deux Corées, un no man’s land en vigueur depuis 1953, une bande de 4 kilomètres de large et longue de 250 kilomètres, truffée de mines... La DMZ est un véritable sanctuaire, un corridor écologique, avec plus de 6 000 espèces végétales et animales recensées. Et parmi elles, le tiers des espèces menacées de Corée du Sud.

    L'atoll de Bikini, dans le Pacifique, utilisé par les États-Unis pour leurs premiers essais nucléaires, et inhabité aujourd'hui, abrite d'incroyables récifs coraliens. Cap Canaveral, aux Etats-Unis, d'où décollent les fusées de la Nasa, se trouve au milieu d'un parc naturel, avec des restrictions d'accès qui font le bonheur des lamentins, des tortues et des alligators. Il y ainsi de très nombreux exemples où la nature reprend ses droits, sur d'anciens sites industriels, même sur des sols contaminés et pollués. Des plantes qui colonisent le béton abandonné. Une renaturation involontaire. Des zones fantômes peuplées d'être bien vivants pourvu qu'ils ne soient pas humains. Comme si la défaite de l'humanité était une victoire pour le reste du vivant.

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  • Nos chiens et nos chats peuvent-ils être végétariens?
    2026/01/14

    L'empreinte carbone des animaux de compagnie n'est pas négligeable en raison de la viande contenue dans leur alimentation. Mais le passage à un régime végan est compliqué pour les canidés, et totalement exclu pour les félins.

    Ils n’ont pas l’air, comme ça, avec leur regard innocent, mais les animaux de compagnie ont bien leur part de responsabilité dans la crise climatique. Selon une étude britannique réalisée par l’université d’Edimbourg, et relayée par The Guardian, les aliments pour chiens représentent 1% des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni, ce qui n’est pas négligeable. En cause, principalement, la viande présente dans ces aliments. Il y a quelques années, une autre étude avait montré que les chats et les chiens des États-Unis formaient les cinquièmes plus gros consommateurs de viande au monde. Certains fabricants de nourriture pour chien n’hésitent d'ailleurs pas à utiliser des parties nobles habituellement réservées à la consommation humaine, et pas seulement des déchets de carcasse – rien n’est jamais trop bon pour les toutous.

    Peut-on alors avoir un chien végan ? Les chiens sont ce qu’on appelle des carnivores flexibles. Une alimentation carnée est indispensable à certains moments de leur de vie. « Quand un chien est adulte et qu’il ne se reproduit pas, il est assez flexible. Il peut donc être nourri de différentes manières. En l’absence d’éléments d’origine animale dans son alimentation, il aura un poil plus ou moins beau, etc. mais il pourra survivre. En revanche, il n’est pas capable de se reproduire, de grandir correctement s’il n’y a pas dans son alimentation des éléments d’origine animale, obligatoirement », précise Géraldine Blanchard, vétérinaire, spécialiste en nutrition clinique.

    Chat chasseur de viande

    Quant aux chats, c’est pire encore. Une alimentation végan est totalement exclue pour le chat, un carnivore strict, qui ne peut vivre sans protéines animales. D’ailleurs, même s’il est nourri tout à fait comme il faut, il a la viande dans le sang, son instinct de chasseur est intact : chasseur d’oiseaux, et c’est une vraie menace pour la biodiversité ; chasseurs de rongeurs aussi, c’est pour cette qualité-là qu’il avait été recruté, domestiqué par les humains. « La chasse, c’était ce qu’on voulait qu’il fasse, jusqu’à récemment, rappelle Eva-Maria Geigl, chercheuse au CNRS. Parce qu’on ne voulait pas d’un chat sur un canapé, ce n’était pas le but ! Donc, forcément, on n’a pas agi sur ce trait. Le problème n’est pas le chat, le problème est l’être humain qui a laissé les populations de chats prendre une telle ampleur. Un carnivore ne doit pas être présent dans une telle quantité ». Il est bien mignon, Minou, mais rien qu’en France, les chats tueraient 75 millions d’oiseaux chaque année. Au Japon, en éradiquant les chats d’une île, on a pu sauver une espèce de pigeon au bord de l’extinction.

    Un lapin c'est bien aussi

    Pour réduire l’impact climatique des animaux de compagnie, les croquettes peuvent être une solution. Leur empreinte carbone est bien plus faible que ce qu’on appelle la nourriture humide, type pâtée pour chien. Des croquettes pour tous ? Non, parce que les croquettes contiennent de l’amidon, présent dans les féculents, et certains chiens ne le digèrent pas. Oubliez aussi les croquettes végan qu’on peut trouver sur internet, la plupart provoqueront des carences chez votre animal.

    On peut être végan mais on ne peut pas l’imposer à son chat ou à son chien. « La biologie n’est pas une philosophie, estime la vétérinaire Géraldine Blanchard. Respecter un animal, c’est d’abord couvrir ses besoins nutritionnels à lui. Et ne pas se dire : "Puisque je ne veux pas ça pour moi, je ne veux pas ça pour lui". Dans ce cas-là, il faut réfléchir à avoir un animal qui soit végétarien. Il y en a plein. Un lapin est un animal très sympa, et c’est végétarien ». Un lapin, ou même l’animal de compagnie le plus vendu dans le monde : un poisson rouge, omnivore, dont la seule alimentation carnée vient d’insectes. Et tant-pis pour les caresses.

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  • Dans le golfe de Gascogne, les dauphins meurent-ils à cause du réchauffement climatique?
    2026/01/13

    En raison d'un déplacement géographique de leur proies (sardines et anchois, plus petits), les cétacés s'approchent trop près des côtes atlantiques françaises où ils se retrouvent pris au piège dans les filets des pêcheurs.

    C'est une réaction en chaîne, et c'est un mystère enfin levé. On sait désormais pourquoi trop de dauphins meurent dans le Golfe de Gascogne, sur la façade atlantique française, échoués sur les plages et surtout dans les filets des pêcheurs du Golfe de Gascogne. 9000 dauphins morts chaque année, sur une population d'environ 200 000 individus. Certes, ce n’est « que » 5%, mais au-delà de 5000 morts par an, la survie de l'espèce est menacée. Face à cette hécatombe, une mesure a d'ailleurs été prise, aux effets incontestables : l’interdiction de la pêche pendant un mois l’hiver. Le nombre de dauphins tués a ainsi été divisé par quatre. Mais cela a évidemment un coût économique et social pour tous les pêcheurs empêchés de travailler, et pour toute la filière.

    Mais le premier responsable de cette hécatombe, ce ne sont pas les pêcheurs. L’accusé numéro un, à l'origine de tout, c'est le réchauffement climatique. Il a d'abord un effet sur le débit des fleuves, en l'occurrence ici la Loire, qui se jette dans l'Atlantique. Moins d'eau douce, à cause du réchauffement, c'est moins de nutriments dans l'océan, « essentiellement du phosphore, d’origine terrestre, qui permet aux microalgues de se développer. En raison des politiques de réduction du phosphore dans les lessives, moins de phosphore est apporté, détaille Mathieu Doray, chercheur à l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, et co-responsable du projet Delmoges qui vient de publier une étude sur les dauphins à l’issue de trois ans de recherches et d’observations. Il y a aussi moins de débit dans la Loire et toutes ces microalgues ont donc moins de nutriments pour se développer. De plus, elles vivent dans des conditions plus chaudes et donc moins favorables pour elles ». L’océan, dans cette zone, s'est réchauffé de presque 0,8 degré en 20 ans.

    À lire aussiDauphins: la justice française confirme une interdiction de pêche d'un mois dans le golfe de Gascogne

    Petits poissons de plus en plus petits

    Ces microalgues se trouvent à la base de la chaine alimentaire. Et s’il y en a moins, il y a aussi moins de zooplancton, ces petits organismes qui mesurent 1 millimètre, qui se nourrissent de microalgues, et qui sont à la base de l'alimentation des sardines et des anchois. Moins de zooplancton, c'est ainsi des poissons plus petits. Depuis le début du siècle, les sardines et les anchois ont perdu 2 centimètres. Les sardines et les anchois, à la base du repas des dauphins.

    Il y a beaucoup moins de sardines et d'anchois au large : parce qu'ils sont plus petits, ils restent près des côtes. Les dauphins suivent donc leurs proies, là où se trouvent aussi beaucoup de bateaux de pêche. « L’essentiel de la pêche qui peut nuire aux dauphins est déployé dans la bande côtière, entre 0 et 100 mètres de profondeur, pour capturer des espèces comme la sole, le bar ou le merlu. Plus les dauphins se rapprochent des côtes, plus ils se retrouvent en interaction avec des engins de pêche qui ne sont pas déployés plus au large. Ils sont donc soumis à un risque de capture accidentelle beaucoup plus important », explique Mathieu Doray.

    Outre la suspension de la pêche, il existe d’autre solutions pour protéger les dauphins : établir des cartes très précises des concentrations de sardines et d'anchois pour éviter la pêche au filet dans ces zones-là, comme le préconise l’Ifremer. On étudie aussi la possibilité d'équiper les filets de caméras et d'effaroucheurs sonores pour éloigner les dauphins, en reproduisant le son émis par un dauphin face à un danger. On est là au cœur d'une problématique posée par le réchauffement climatique : préserver l'activité humaine tout en protégeant la biodiversité. Une problématique et bien souvent une contradiction.

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  • Traité UE-Mercosur: pourquoi l'environnement et le climat ont disparu du débat?
    2026/01/12
    L'Union européenne a finalement donné son feu vert à la signature de l'accord de libre-échange avec le Mercosur. La France, qui a voté contre, s'est focalisée sur le sort des agriculteurs en occultant les menaces que fait peser le commerce international sur la planète. C'est un aboutissement, mais à quel prix ? Un quart de siècle plus tard, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Bolivie, Uruguay, Paraguay) sera officiellement signé samedi 17 janvier, après le feu vert des vingt-sept pays de l'UE vendredi dernier. La France, elle, en pleine crise agricole, a voté contre, pour la défense des agriculteurs, mais pas pour les menaces que fait peser le traité sur l'environnement. La défense du climat est passée complètement en-dessous des radars, et pas qu'en France. Le président du Brésil, qui accueillait pourtant il y a quelques mois le dernier sommet mondial pour le climat (la COP30), s'est contenté de saluer un « accord en faveur du commerce international comme moteur de la croissance économique ». Mais certainement pas en faveur de la planète. Que le meilleur gagne En réalité, ni la planète ni le sort de l'agriculture européenne ne sortiront gagnants si, à l'issue de l'étape ultime, le traité UE-Mercosur venait à être ratifié pour entrer en vigueur. « La logique en œuvre est de mettre sur un même ring des acteurs économiques qui ont des compétitivités différentes et de leur dire : "Que le meilleur gagne". On construit ainsi du moins-disant sur les prix, et donc sur la rémunération des producteurs. On créé également du moins-disant environnemental, des pressions à la baisse sur les normes environnementales », analyse l'économiste Maxime Combes, animateur en France du collectif de la société civile Stop Mercosur Cette dimension environnementale a d'ailleurs totalement disparu ces derniers jours dans le débat français. Il y a quelques temps pourtant, le gouvernement avait mis en place une commission sur les impacts de ce traité de libre-échange. Avec au final un chiffre implacable : plus 34% de CO2 dans les échanges commerciaux entre l'Union européenne et le Mercosur. Mais depuis, les tracteurs sont entrés dans Paris, la fronde agricole ne faiblit pas. C'est visible, spectaculaire, alors que la déforestation de l'Amazonie nous semble bien lointaine. Le court terme, le court-termisme, l'ont emporté. Et dans ce dossier-là, le backlash écologique a encore fait son œuvre. « Aujourd'hui, avec le retour en arrière sur cette problématique dans les priorités politiques et du débat médiatique, c'est beaucoup moins audible et beaucoup moins entendu que les mobilisations du monde agricole », regrette Maxime Combe. Pesticides interdits et exportés Ce traité est pourtant en contradiction avec les engagements climatiques de l'Union européenne, et tout simplement avec l'Accord de Paris pour le climat. Mais on ne le dit pas ou peu. On se soucie des éleveurs français, à juste titre, mais jamais on ne s'interroge sur l'impact de la consommation de viande sur la crise climatique. Vu d'Europe, on parle d'un traité favorable aux constructeurs de voitures, alors même qu'on va peu à peu interdire en Europe les moteurs thermiques. On va aussi exporter davantage de pesticides en Amérique du Sud, ces mêmes pesticides qui sont interdit en Europe... En fait ce traité, qu'on a commencé à négocier il y a 25 ans, est un traité d'un autre siècle. « Il est certain que l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur n'a pas été pensé, réfléchi et négocié dans une perspective de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de la biodiversité, constate Maxime Combes. Tous les enjeux environnementaux ont donc été laissés de côté, et en ce sens c'est un accord très largement dépassé, obsolète, dont les principes datent réellement du XXe siècle ». En occultant les questions climatiques et environnementales, on évite de poser les questions qui fâchent, on évite un débat explosif : la remise en cause du dogme libéral en vigueur depuis 40 ans. Le commerce international et la compétitivité ne sont pas compatibles avec les intérêts de la planète. « Vous ne pouvez pas mener des politiques environnementales ambitieuses et dire en même temps que vous voulez que les acteurs économiques soient les plus compétitifs sur les marchés mondiaux », affirme ainsi l'économiste Maxime Combes. Parce que la défense de l'environnement remet en cause le modèle économique dominant, elle passe au second plan. Elle est pourtant loin d'être secondaire. À lire aussiLe débat sur l'accord UE-Mercosur illustre les complexités de la politique européenne
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  • Froid, neige et verglas en France: a-t-on oublié ce qu'était l'hiver?
    2026/01/08

    Avec le réchauffement climatique, les températures négatives sont désormais exceptionnelles. Il n'y a plus de saison et de moins en moins de « vrai hiver », alors que le gel a des avantages.

    Il a neigé sur la France, le froid s’est abattu sur le pays. Des températures négatives, du verglas, de quoi faire les gros titres des journaux et des chaînes télé d’information s’alarmant d’une « vague de froid » frappant la France – et visiblement cela fait mal à la France. L’hiver n’aurait ainsi pas commencé le 21 décembre, mais le 5 janvier, à en croire une journaliste de la télévision : « Il n’aura fallu cet après-midi que quelques heures pour faire basculer l’Île-de-France dans l’hiver et la galère. »

    Dans un reportage, de jeunes filles s’exclament : « C’est vrai qu’il fait super froid ! ». Tandis qu’un éditorialiste économique nous dit le prix du froid : « Rassurez-vous, une vague de froid, ça coûte moins cher qu’une canicule. » Pas de quoi nous rassurer en fait, puisqu'il y a désormais en France, et plus généralement sous climat tempéré, plus de canicules que de vagues de froid de plus en plus rares.

    L'expression « vague de froid », un raccourci de langage sensationnaliste, est d’ailleurs inappropriée. On ne décrète pas une vague de froid, car il y a des critères à remplir, et par exemple une moyenne nationale de –2°C. « Mais nous n’avons pas atteint une moyenne nationale de –2°C, ce qui fait qu’en fait ce que nous avons n‘est pas une vague de froid et ne peut pas être comptabilisé comme un épisode exceptionnel », souligne l'agroclimatologue Serge Zaka.

    Premier froid, première fois

    Aurait-on ainsi perdu l'habitude du froid ? Certains sont trop jeunes pour avoir connu l'hiver 1985, où il faisait –25°C au petit matin. La probabilité qu'un tel événement se reproduise aujourd'hui est d’ailleurs de 1 %. La dernière vague de froid en France remonte à 2018 et il y en a de moins en moins. Si on regarde l'année 2025, on a battu dans tout le pays 724 records de chaleur et seulement 60 de froid : c'est cela le changement climatique. On ne sait plus ce qu’est le froid.

    « Toutes les personnes qui ont en dessous de 25 ans, donc qui sont nées après 2000, ont l’habitude d’avoir des hivers doux et peu de vagues de froid, estime Serge Zaka. Pour certains, avoir autant de neige et voir qu’il fasse aussi froid, c’est la première fois de leur vie. Et on oublie au fil des générations ce qu’on appelle un vrai hiver en France. »

    Moins de froid l’hiver ne serait a priori pas un problème pour les humains, dont le corps préfère les températures modérées. Mais le gel est parfois bien utile pour éviter les maladies. « Le manque de froid de plus en plus prégnant en hiver implique une faible mortalité des pucerons, des mouches et des moustiques, des vecteurs de maladies, rappelle Serge Zaka. Donc s’il y a peu de gel et pas assez de froid, on a une reproduction latente de maladies, voire une surpopulation au printemps parce que le gel n’a pas, comme on disait dans les années 1970, nettoyé la vermine. »

    Adieu pommes, pêches et abricots

    Certains végétaux ont même besoin de froid, qui permet aux plantes et aux arbres de se reposer. Un repos de moins en moins fréquent avec le réchauffement climatique. Et pour avoir des fruits l'été, il faut du froid l'hiver. « L’hiver n’est pas là par hasard. Pour fleurir, nos arbres ont besoin de froid. C’est ce qu’on appelle la vernalisation, les besoins en froid pour fleurir. Lorsqu’il ne fait pas suffisamment froid, on peut avoir des problèmes de floraison au printemps, voire pas du tout de floraison, et c’est problématique si cela concerne des pommiers, des pêchers ou des abricotiers puisque dans ce cas-là il n’y a pas de fruit », explique Serge Zaka.

    L’épisode de froid que vient de subir la France est donc une bonne nouvelle : sauf gel tardif au printemps, il y aura plein de pêches et d’abricots cet été.

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  • Pourquoi la fonte des glaces du Groenland menace l'humanité (et ferait les affaires de Trump)?
    2026/01/07
    Le territoire convoité par le président des États-Unis renferme un riche sous-sol. Si la fonte de ses glaciers pourrait rendre exploitables ses sols et ses minérais, elle pourrait également rayer de la carte des centaines de milliers de villes du monde entier. C’est un territoire convoité et immense. Le Groenland s’étend sur 2 millions de kilomètres carrés, soit un territoire presque quatre fois plus grand que la France. C’est aussi, et surtout, la deuxième plus grande masse de glace sur terre après l'Antarctique, au pôle opposé. Cette masse commence à fondre et pourrait provoquer, à terme, une hausse considérable du niveau des océans. Contrairement à la banquise, qui flotte comme un glaçon, la calotte glaciaire du Groenland se trouve, par définition, au-dessus de la terre, et c'est ce qui fait toute la différence. « Au Groenland, on a des masses tellement importantes, des volumes considérables, qui recouvrent la totalité de cette île. On parle donc dans ce cas-là de calotte glaciaire qui peut avoir plusieurs centaines de mètres d’épaisseur. On estime donc que la masse complète du Groenland pourrait faire lever le niveau des océans de plusieurs mètres, de l’ordre de 5, 6 ou 7 mètres », explique Glenn Yannic, enseignant-chercheur à l'université Savoie-Mont-Blanc. La fonte de la calotte glaciaire provoque la hausse du niveau des océans, et non pas la banquise qui fond chaque été en Arctique. « La banquise, lorsqu’elle fond, c’est comme lorsque vous mettez un glaçon dans un verre et que vous remplissez l’eau à ras bord, le glaçon va fondre et ne fera pas augmenter le niveau de l’eau », poursuit Glenn Yannic, qui travaille sur le Groenland. À lire aussiConvoitise américaine sur le Groenland: tour d'horizon des enjeux Réchauffement accéléré Une hausse des océans de 5 à 7 mètres à la fin du siècle serait énorme, et cela signifie la disparition de centaines de milliers de villes des littoraux du monde entier : des millions et des millions de personnes en seraient concernées. L'hypothèse est de plus en plus crédible, parce que le Groenland est l'une des régions du monde qui se réchauffe le plus vite. Au printemps dernier, les glaciers ont fondu 17 fois plus vite que la moyenne, avec des records de chaleur. Une étude publiée par des scientifiques américains lundi 5 janvier dans la revue Nature Geoscience vient de refroidir tout le monde, sans jeu de mot. Grâce à des prélèvements de calottes glaciaires, les chercheurs « ont pu déterminer qu’il y a 7 000 ans la température était supérieure de 3°C à 5°C à la température actuelle qui sévit au Groenland. Ils ont pu montrer que c’était une partie du nord du Groenland qui était dépourvue de glace. C’est tout l’intérêt de cette étude, et c’est pour cela qu’elle a un tel retentissement : 3°C à 5°C, on y est presque, on est à bout touchant. À la fin du siècle, on peut prédire que la totalité de la glace qui recouvre actuellement le Groenland aura fondu », détaille Glenn Yannic. Dans le viseur de Trump Sous la glace actuelle du Groenland, dans le sous-sol, se trouvent des richesses naturelles qui intéressent vivement Donald Trump. Ivre de sa puissance et de son appétit de prédateur, le président des États-Unis n'arrête pas de le répéter depuis l'enlèvement du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro : après le pétrole vénézuélien, il vise le Groenland, pour des questions de « sécurité nationale ». Il y a aussi dans son viseur les richesses naturelles du territoire : les hydrocarbures, les minerais, et même l'eau, si pure qu’elle vaut de l'or. Terrible paradoxe si Donald Trump arrivait à ses fins : le plus puissant négationniste de la crise climatique pourrait profiter du réchauffement climatique. « Cette accélération de la fonte de la calotte glaciaire va libérer des espaces et va faciliter l’accès à certains gisements miniers, estime Glenn Yannic. Il faut savoir que cette recherche de minerais et d’hydrocarbures, et leur exploitation, sont des dossiers qui ont déjà été soumis au gouvernement du Groenland qui a décidé, il y a quelques années, de mettre un moratoire sur cette exploitation. » Un arrêt de la prospection pour préserver l’environnement. Le Groenland résiste, mais jusqu'à quand ? À lire aussiGroenland: après les propos de Trump, les députés français demandent plus de fermeté de la France et de l'UE
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  • Pourquoi la tech menace-t-elle la planète?
    2026/01/06
    Alors que s'ouvre à Las Vegas le CES, le plus grand salon au monde consacré à l'électronique grand public, quels sont les risques que font peser les nouvelles technologies sur le climat et l'environnement ? C’est le grand rendez-vous mondial de tous les geeks et autres passionnés d’innovations technologiques : le CES, organisé chaque année à Las Vegas aux États-Unis. Les nouvelles technologies, plus si nouvelles d'ailleurs pour certaines, sont un moteur indéniable de croissance économique. Elles ont aussi leur utilité pour l'environnement, mais à quel prix ? La course à la nouveauté, célébrée à Las Vegas, entraine une surconsommation souvent délétère. À lire aussiLes start-ups marocaines, véritables pépites du CES de Las Vegas Les déchets, d’abord, sont un problème planétaire. Quand ils ne finissent pas dans la nature, nos vieux téléphones dorment dans un tiroir. Rien qu'en France, il y en aurait 50 millions, alors que 80 % des composants pourraient être récupérés. Dans le monde, les déchets électroniques augmentent ainsi cinq fois plus vite que leur recyclage, alors que les smartphones contiennent quantité de métaux plus ou moins précieux, comme l’or, l’argent et ce qu’on appelle les métaux rares. Terres rares, pollution fréquente On parle de terres rares parce qu’il faut forer en quantité pour isoler quelques grammes de ces métaux indispensables à la tech. Pour un ordinateur qui pèse 2 kilos, il faut extraire 800 kilos de matières premières, dont ces fameuses terres rares. Leur exploitation n’est pas anodine pour l’environnement. « C’est d’abord un trou dans le sol, ça s’appelle une mine. Le raffinage des terres rares et leur purification sont des processus extrêmement polluants, énergivores, consommateurs d’eau, rejetant toutes sortes de produits chimiques dans l’environnement », explique Guillaume Pitron, journaliste et chercheur associé à l'IRIS, l'Institut des relations internationales et stratégiques. Cette course aux terres rares, au profit notamment de l’industrie numérique, a aussi des conséquences géopolitiques. On parle ici de « colonialisme vert ». « Les États occidentaux ne veulent pas assumer la pollution associée au raffinage et à l’extraction des terres rares et autres métaux critiques et ils sous-traitent à des pays qui acceptent de se polluer. Ce sont en gros les pauvres qui creusent et ce sont les riches qui voudraient tirer le meilleur parti de la ressource mais en ne mettant pas les mains dans le cambouis », constate Guillaume Pitron, qui a écrit un livre intitulé La guerre des terres rares. Crise énergétique La tech présente aussi une lourde facture énergétique. Pour ne parler que des datacenters, les centres de données qui font marcher l'intelligence artificielle, ils représentent aujourd'hui 3 % de la consommation d'électricité mondiale et la hausse est exponentielle. Y a-t-il risque de panne générale d'électricité ? « Les besoins des datacenters sont organisés de sorte que le risque de pénurie d’électricité soit évité, répond Guillaume Pitron. Ces industries ont les moyens de se fournir en électricité mais également de la produire eux-mêmes, avec des fermes solaires ou des miniréacteurs nucléaires. » Pour autant, il peut exister des conflits d'usage et des conflits locaux entre les industriels et les consommateurs comme vous et moi. En Irlande par exemple, plus de 20 % de l'électricité est consommée par les datacenters. Aux États-Unis, le prix de l'électricité augmente à cause des datacenters. On relance les vieilles centrales à charbon, très polluantes. En Inde aussi, on a dû annuler la fermeture de centrales à charbon. Sans parler de la consommation d'eau pour refroidir les serveurs. À lire aussiAu CES de Las Vegas, la tech se révèle enjeu économique et géopolitique mondial Face à ce bilan accablant, que font les entreprises de la tech, alors que leur réputation est en jeu et leur modèle économique aussi ? Elles n’en font pas assez. « Ça ne peut pas être pire qu’aujourd’hui, estime Guillaume Pitron. Les entreprises regardent progressivement ces sujets. Les regardent-elles suffisamment ? Je dirais non. Commencent-elles à s’y mettre ? Oui. Est-ce assez rapide ? Non. Est-ce que leur capacité à répondre à ces enjeux environnementaux va aller suffisamment vite et va aller plus vite que l’accroissement de nos usages ? » À la pointe de l'innovation, la tech aurait ainsi toujours un train de retard.
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