La désoxygénation des mers et océans, provoquée par le réchauffement climatique et l'agriculture, affecte les espèces marines, mais aussi les humains qui vivent de la pêche. Jusqu'à 700 zones mortes sont recensées dans les océans.
En ce 1er avril, on se devait de parler des poissons, mais attention, ce n’est pas une blague : les poissons pourraient manquer d’oxygène. Comme nous humains, ils en ont besoin pour respirer, et donc pour vivre mais, en cinquante ans, la quantité d'oxygène présente dans les océans a baissé de 2%, et la diminution devrait atteindre 7% d'ici la fin du siècle.
La désoxygénation est causée par trois phénomènes, et l'homme y est, comme souvent, pour quelque chose. Il y a d'abord le réchauffement climatique : les océans absorbent 90% de l'excès de chaleur dans l'atmosphère, et l’oxygène se dissout dans l’eau chaude ; une eau plus chaude contient ainsi moins d'oxygène, un phénomène particulièrement marqué lors des canicules marines.
Vie et mort du plancton Le réchauffement climatique a ensuite une autre conséquence : la stratification de l’océan, quand les eaux de surface se mélangent moins avec les eaux des profondeurs. « Et quand le mélange diminue, les couches du dessous perdent de l'oxygène. Le plancton et toutes les formes de vie qui sont produites en surface tombent dans l'océan quand elles meurent, et du fait des attaques bactériennes qu'elles subissent, tendent à consommer de l'oxygène. L'oxygène est consommé et il est moins renouvelé », explique Christophe Rabouille, océanographe et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.
Moins 2% d'oxygène en cinquante ans, c'est une moyenne, et des zones sont beaucoup plus touchées que d'autres. C’est en particulier le cas des zones côtières, et on en arrive à la troisième explication : l'eutrophisation, l'accumulation de nutriments, de l'azote et du phosphore. Les engrais utilisés en agriculture et charriés dans les cours d'eau finissent à la mer. Cet excès de nutriments provoque un excès de micro-algues, qui consomment de l'oxygène. Quand elles meurent et finissent au fond de l’océan, leur décomposition par les bactéries consomme aussi de l'oxygène.
Quand l'eau devient irrespirable Quand les trois phénomènes se combinent (réchauffement, stratification et eutrophisation), comme dans le Golfe du Mexique en été, l'eau devient irrespirable, littéralement. « On s'est effectivement aperçu que la ressource, notamment des crevettes, diminue chaque été, témoigne Christophe Rabouille. En fait, l'eau se réchauffe beaucoup. Sur la partie côtière, l'océan est très stratifié et il y a aussi beaucoup de matières organiques. Ces trois conditions font donc que la teneur en oxygène descend sous des seuils qui sont impropres à la vie. » On recense ainsi quelques 700 zones mortes dans les océans, où l'oxygène a disparu.
Les poissons, coquillages et crustacés ayant besoin d'oxygène, la désoxygénation de l'océan entraine ainsi des migrations forcées pour les espèces vivantes. « Celles qui sont mobiles se déplacent, et celles qui sont immobiles, si l'oxygène vient à manquer complètement, vont finalement mourir et ainsi pourrir sur place et être consommées par les bactéries, ce qui va encore augmenter la désoxygénation », précise Christophe Rabouille.
La pêche menacée La désoxygénation des océans a aussi des conséquences, in fine, pour les humains. On le voit par exemple au large des côtes du Maroc et de la Mauritanie, une zone de pêche réputée, mais jusqu'à quand ? « Une zone extrêmement riche en plancton et donc en poissons, décrit Christophe Rabouille. L'eau du dessous se désoxygène et donc le poisson, à la fois chassé des eaux de fond par la désoxygénation et pêché par-dessus avec la surpêche dans ces zones-là, tend à diminuer. » Une fois encore, l'homme est à la fois coupable et victime.