エピソード

  • RDC: une tour à flux pour mesurer la «respiration» des forêts du Miombo
    2026/09/14
    Une nouvelle tour à flux doit être installée dans les forêts du Miombo, dans le sud de la République démocratique du Congo. Pendant plusieurs années, ses instruments mesureront les échanges de carbone et d’eau entre la végétation et l’atmosphère. L’objectif : mieux comprendre le fonctionnement et la résilience d’un immense écosystème africain encore très peu étudié, soumis à la fois au changement climatique et aux activités humaines. Elle doit dépasser la cime des arbres et ausculter la forêt sans interruption, saison après saison. Dans le sud de la République démocratique du Congo (RDC), une nouvelle tour à flux doit permettre aux scientifiques de mesurer les échanges entre les forêts du Miombo et l’atmosphère. Une infrastructure qui peut sembler modeste face à l'étendue de cette formation forestière, mais qui doit permettre de répondre à des questions essentielles : quelle quantité de carbone la forêt absorbe-t-elle ? Combien en rejette-t-elle ? Comment réagit-elle aux sécheresses ou aux autres perturbations ? « Ces échanges vont mesurer directement les quantités de matière ou d'énergie, comme le carbone ou l’eau, qui vont rentrer ou sortir de l'écosystème qui est en dessous », explique Marc Peaucelle, chargé de recherche à L'INRAE et spécialiste de macroécologie forestière. La tour donnera ainsi accès aux « flux de carbone et aux flux d'eau de la forêt et de son écosystème dans son entièreté ». À lire aussiProtéger les forêts du Bassin du Congo, dernier espoir pour la planète Une station de mesure au-dessus des arbres Une tour à flux ressemble à un grand pylône. Dans un écosystème forestier, elle doit être suffisamment haute pour placer ses instruments au-dessus de la canopée. Elle est notamment équipée d'une station météorologique et d'analyseurs capables de mesurer les concentrations de différents gaz. Le dispositif a d'abord été développé pour suivre le dioxyde de carbone et la vapeur d'eau, mais il peut également servir à mesurer d'autres gaz, comme le méthane ou l'ozone. Le principe consiste à enregistrer très précisément et très rapidement les mouvements de l'air et la concentration des gaz transportés. Les chercheurs peuvent alors déterminer les échanges entre l'écosystème situé sous la tour et l'atmosphère. Pour le carbone, le résultat permet notamment de savoir si, sur une période donnée, la forêt en a davantage capté qu'elle n'en a libéré. Une forêt en croissance absorbe du dioxyde de carbone grâce à la photosynthèse. Mais elle en rejette également par la respiration des végétaux et des sols ou lorsque de la matière organique se décompose. À cela peuvent s'ajouter les effets des sécheresses, des incendies ou d'autres perturbations. « Dans certaines conditions, potentiellement, la forêt va absorber du carbone ; dans d'autres, elle va en émettre », souligne Marc Peaucelle. L'intérêt de la tour est précisément de déterminer dans quelles conditions l'écosystème bascule d'une situation à l'autre. Observer la forêt pendant plusieurs années Impossible cependant d'installer les instruments quelques semaines et de repartir avec une réponse définitive. L'intérêt scientifique d'une tour à flux réside dans la continuité de ses observations : « On ne peut pas avoir une information instantanée avec ce genre d'instrument », insiste Marc Peaucelle. Ces installations doivent fonctionner « sur le long terme, sur plusieurs années ». Les scientifiques peuvent alors comparer les échanges au fil des saisons et les mettre en relation avec les conditions météorologiques. Dans le sud de la RDC, cela permettra notamment de comparer saison sèche et saison humide. Mais les séries de mesures deviennent particulièrement précieuses lorsqu'un événement inhabituel survient : une sécheresse intense, une saison des pluies atypique ou une période exceptionnellement chaude. Les chercheurs peuvent alors observer directement la réponse de l'écosystème. Continue-t-il à absorber du carbone ? Son bilan se dégrade-t-il ? Combien de temps lui faut-il pour retrouver son fonctionnement antérieur ? À terme, ces observations doivent permettre de mieux évaluer la résilience de la forêt face au changement climatique. Le Miombo, une immense forêt encore méconnue C'est particulièrement important dans le cas du Miombo. Cette formation de forêts et de savanes boisées couvre une partie considérable de l'Afrique australe et centrale. « C'est plus de 10 % du continent africain qui est couvert par le Miombo », rappelle Marc Peaucelle. Les populations locales dépendent par ailleurs fortement de cet écosystème et des ressources qu'il fournit. En RDC, le Miombo se trouve dans le sud du pays, notamment dans la région du Katanga. Or cette zone concentre aussi d'importantes activités minières dans l'arc cuprifère. Aux pressions liées au climat viennent donc ...
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  • Existe-t-il un péché écologique?
    2026/09/16

    C’est un moment très attendu par de nombreux chrétiens en France. La venue du pape Léon XIV du 25 au 28 septembre. Et à cette occasion, nous nous intéressons aux liens entre environnement et foi catholique avec cette question : existe-t-il un péché écologique ?

    Cette question a été posée par le défunt pape François en 2022. Il a donc demandé à la Commission théologique internationale (CTI) de se pencher sur le sujet. Et le 2 septembre dernier, cette commission a publié un document intitulé Prendre soin de notre Maison commune : une réponse responsable et fraternelle au Dieu trinitaire.

    Dans ce texte, la CIT apporte une réponse à cette question. Plutôt que d’utiliser les termes de péché écologique ou d’écocide, qui n’expriment pas suffisamment la dimension théologique, selon elle, la commission propose d’utiliser l’expression « péché contre la création et contre le Créateur » : détruire l’environnement est donc bien un péché pour l’Église.

    « On est toujours un peu récalcitrant à parler de péché, parce que cela rappelle une époque où il y avait une dimension de peur liée au péché, je vais brûler en enfer si je fais ci ou ça, explique Laura Morosini, directrice Europe du mouvement Laudato si', dont l’objectif est de sensibiliser à l’écologie. Mais la question de savoir ce qui est bien ou mal, c’est une question fondamentale. On cherche quand même à savoir si je suis dans une vie bonne, ou si ce que je suis en train de construire, non seulement va se démolir mais va rendre la vie de mes descendants ou d’autres personnes plus pénible », affirme-t-elle.

    Rejet d'anciennes conceptions écologistes chrétiennes

    Le document publié par la Commission théologique internationale rejette d’anciennes conceptions écologistes chrétiennes, comme l’anthropocentrisme prédateur et le biocentrisme. L’anthropocentrisme prédateur, c’est de considérer l’Homme comme le maître absolu de la création. Croire qu’il peut se servir de la nature à sa guise, comme si les ressources naturelles étaient intarissables.

    Pour feu le pape François, c’est cette notion qui a abouti à la crise écologique. Et le biocentrisme, c’est de considérer que tous les êtres vivants sont égaux. Cette notion n’est plus d’actualité. Laura Morosini : « On ne dit pas qu’un ver de terre et un être humain, c’est la même chose, mais on dit que le rôle de l’être humain, c’est d’être le gardien de la création. Et ça, c’est dans le livre de la Genèse. »

    Religion catholique et biodiversité : un rapport ancien

    Le lien entre la foi catholique et la Nature n'est pas nouveau, mais il a pris une place prépondérante avec le pape François qui avait une grande conscience écologique. C’est lui qui est à l’origine de l’encyclique du Laudato si' de mai 2015, sur la sauvegarde de la maison commune. L’encyclique, c’est une lettre solennelle envoyée par le pape aux évêques du monde entier et donc à tous les fidèles, pour insister sur la nécessité de préserver la nature. Et Laudato si', signifie « Loué sois-tu » en italien médiéval. C’est un hommage à un texte de saint François d’Assise, considéré comme l’un des premiers saints écologistes au XII-XIIIème siècle.

    « Sainte Hildegarde de Bingen est avec François d’Assise une des grandes saintes, qu’on associe à la question écologique, une sainte allemande du XIIIe siècle, dit Laura Morosini. Elle dit, et c’était fréquent à l’époque, que Dieu se manifeste par deux moyens. L’un, c’est la Bible, le texte, et l’autre c’est la Création. »

    La création, la Nature serait donc symboliquement l’égale de la Bible selon Hildegarde de Bingen. De quoi faire méditer certains puissants de ce monde qui se revendiquent chrétiens tout en détruisant l’environnement.

    À lire aussiL'encyclique du pape François Laudato si’ «a favorisé la signature de l’Accord de Paris»

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  • Data centers: la pollution de l’eau, nouvelle menace environnementale?
    2026/09/10

    Aux États-Unis, un thème se fait de plus en plus présent dans la campagne pour les élections de mi-mandat qui auront lieu au mois de novembre : les centres de données pour l'intelligence artificielle. S'ils sont ardemment promus par l'administration Trump, ils sont aussi de plus en plus contestés sur le terrain, notamment en raison de l’électricité qu'ils consomment mais aussi de l'eau nécessaire à leur refroidissement, auquel s'ajoute le problème de sa pollution et de sa qualité une fois celle-ci passée par ces installations.

    On sait que les centres de données consomment énormément d’électricité. On sait aussi qu’ils consomment beaucoup d’eau pour refroidir les milliers de serveurs qui y tournent en permanence mais qu'il faut ensuite la rejeter… Et c'est là qu'une question émerge : que contient-elle ? Un exemple récent nous vient du Wyoming : à Cheyenne, où un immense centre de données de Meta est en construction - un chantier chiffré à 800 millions de dollars -, les autorités locales ont analysé quelque trois millions de litres d’eau rejetés lors d’une opération de nettoyage des canalisations du site. Et elles y ont trouvé Cupriavidus gilardii, une bactérie rare qui peut notamment présenter un risque pour les personnes fragiles. Par précaution, la ville a donc décidé de ne plus accepter cette eau dans son système de traitement.

    Est-ce un incident isolé ou s'agit-il d'un nouveau problème lié aux centres de données ?

    C’est justement la question, parce que cette affaire s’ajoute à d'autres du même genre aux États-Unis. En Géorgie, une association environnementale accuse par exemple un centre de données d’avoir rejeté des concentrations importantes de métaux dans une rivière. En Virginie, plusieurs installations ont fait l’objet de procédures pour des infractions liées aux eaux usées ou aux zones humides. Et il y a surtout une inquiétude autour des PFAS, les « polluants éternels » : certains d'entre eux sont utilisés dans les équipements ou dans les systèmes de refroidissement. Mais comme ils sont extrêmement persistants dans l’environnement, les stations d’épuration conventionnelles ont beaucoup de mal à les éliminer.

    À écouter aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques ?

    Le problème n’est donc pas seulement la quantité d’eau prélevée, mais aussi ce qu’on y ajoute avant de la rendre au milieu naturel, d'autant plus que celle-ci subit même une troisième forme de pollution à laquelle l'on pense moins : la chaleur. Dans un centre de données, l’eau sert à refroidir les serveurs et en ressort donc beaucoup plus chaude, ce qui n'est pas sans conséquences lorsqu'elle est rejetée dans un lac ou dansune rivière. Certaines espèces, notamment les poissons d’eau froide, supportent en effet très mal les hausses de température qui peuvent aussi favoriser la prolifération de certaines algues.

    Sait-on aujourd'hui mesurer l’ampleur de cette pollution ?

    Pas vraiment. Il n’y a pas de tableau de suivi permettant de suivre avec précision ce que les centres de données rejettent dans l’eau et en quelles quantités, un manque de transparence que dénoncent d'ailleurs les associations environnementales. Dans plusieurs États américains, ces dernières ont même dû engager des procédures judiciaires simplement pour obtenir des informations sur la consommation ou les rejets d’eau de certaines installations. Si l'on connaissait l’empreinte carbone de l’IA, on découvre désormais qu’il va peut-être falloir aussi regarder son empreinte aquatique.

    À écouter aussiBig data, big cata : enquête sur l'empreinte écologique des data centers

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  • Espace: quel est l'impact environnemental des satellites?
    2026/09/09

    Le sommet international dédié à l'espace réunit 120 pays à Paris mercredi 9 et jeudi 10 septembre pour parler de l'exploration, de la sécurité, de l'économie, mais aussi de la durabilité du secteur spatial. Car à l'heure où des géants comme SpaceX et Amazon déploient des constellations de milliers de satellites, se pose la question de la pollution associée.

    C'était un enjeu considéré comme anecdotique il y a encore quelques années, mais qui ne l'est plus tant que cela, étant donné le nombre d'engins envoyés en orbite chaque année. Un sujet paradoxal tant les satellites sont essentiels pour comprendre ce qui se passe sur notre planète et l'évolution de son climat. Ce sont eux qui nous permettent de mesurer la montée du niveau des océans, le recul des glaciers et de la banquise, de suivre les sécheresses, les incendies, la déforestation. Et une bonne partie de ce que nous savons aujourd'hui sur le changement climatique repose sur plusieurs décennies d'observation de la Terre depuis l'espace.

    Mais à côté d'eux se multiplient les constellations de satellites de communication. Starlink de SpaceX est la plus connue : il y a presque 10 000 de ces engins en orbite, en ce moment, au-dessus de nos têtes. Mais ces satellites ont une fin de vie. Beaucoup de ceux qui évoluent en orbite basse sont volontairement précipités vers la Terre. Ils entrent dans l'atmosphère à plusieurs kilomètres par seconde, chauffent à des températures extrêmes, se désagrègent et, pour une large part, se vaporisent. Si l'engin part en poussière, sa poussière, elle, reste, dispersée dans la haute atmosphère sous forme de gaz et de minuscules particules.

    À lire aussiVingt ans de SpaceX: du risque de faillite au conglomérat mêlant spatial et IA

    Parmi ces matériaux, il y en a un qui intéresse particulièrement les chercheurs : l'aluminium, qui n'est pas sans effets sur l'environnement. Pendant la rentrée dans l'atmosphère, une partie de l'aluminium qui compose le satellite peut former de minuscules particules d'alumine. Les chercheurs pensent que ces particules pourraient favoriser des réactions chimiques qui, au bout de la chaîne, contribuent à détruire l'ozone. Une étude publiée en 2024 a essayé d'évaluer l'ampleur du phénomène. Pour un satellite de 250 kilos contenant 30 % d'aluminium, les chercheurs estiment que la rentrée peut produire environ 30 kilos de nanoparticules d'alumine. Avec les grandes constellations, on pourrait arriver à terme à plusieurs centaines de tonnes d'alumine produites chaque année par les rentrées atmosphériques.

    Mais sait-on exactement si cela abîme la couche d'ozone ? Non, c'est là qu'il faut distinguer ce qu'on sait de ce qu'on soupçonne. Ce qu'on sait, c'est que cette pollution existe. En 2023, des chercheurs américains ont prélevé des particules directement dans la stratosphère. Ils y ont retrouvé de l'aluminium, mais aussi du cuivre, du lithium et d'autres métaux dans des proportions qui portent la signature des engins spatiaux. Donc nos activités spatiales modifient déjà, au moins localement, la composition de la haute atmosphère.

    Ce qu'on ne sait pas, du moins ce qu'on ne sait pas encore bien mesurer, c'est la conséquence de cette pollution sur la couche d'ozone dans son ensemble. On sait qu'il y a un effet, reste à déterminer les proportions. Il y a encore de la recherche à faire sur le sujet. Le problème, c'est que le secteur n'attend pas : il y a cinq ans, on mettait environ 1 300 satellites en orbite chaque année ; en 2025, on a dépassé les 4 000, essentiellement sous l'effet du déploiement des grandes constellations.

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  • Où en est la transition énergique en Chine?
    2026/09/08

    La Chine connaît une croissance fulgurante de ses installations d'énergies renouvelables depuis plus de 10 ans. Pourtant, le charbon demeure la source d'énergie principale dans le pays, qui reste le plus grand pollueur de la planète. Comment expliquer ce paradoxe ?

    Chaque année, la Chine construit de nouvelles centrales à charbon : il y en a eu pour 78 gigawatts l'année dernière. En même temps, la Chine prévoit d'installer 200 gigawatts d'énergie solaire et éolienne chaque année jusqu'en 2035, soit l'équivalent de 125 réacteurs nucléaires dernière génération par an : un chiffre gigantesque. On pourrait se dire que l'énergie verte ne fait que s'ajouter à un système basé sur les énergies fossiles polluantes, pour répondre à la hausse de la demande due à la croissance, et qu'au fond, il n'y a pas de réelle transition, mais seulement une addition.

    Mais la transition en Chine repose sur le concept de « construire avant de détruire ». Concept développé par le président Xi Jinping en 2021. En gros, le pays veut d'abord construire un système énergétique propre avant de démolir, ensuite, le système polluant. On en serait donc au stade où deux systèmes existent en parallèle. Le tout pour ne pas ralentir la machine économique chinoise.

    Le système « propre » a-t-il les reins assez solides pour bientôt remplacer le système « sale » ? Le développement massif du solaire et de l'éolien a déjà permis de faire reculer la part du charbon dans la consommation d'énergie de 65 % à moins de 50 % pour la première fois cette année. Dans 17 des 26 provinces chinoises, la production d'électricité au charbon a atteint un pic, selon une étude publiée par le think tank Ember, spécialiste de la transition énergétique.

    Il n'y a pas que l'énergie : dans le secteur du transport, les nouvelles voitures sont majoritairement électriques, et les camions électriques sont désormais en plein boom. Dans l'industrie aussi, il y a des signes que la transition gagne du terrain, estime Muyi Yang, analyste chez Ember : « Dans l'industrie manufacturière, l'électronique, les équipements auto, le textile, etc., l'électricité est déjà devenue la première source d'énergie. Et l'utilisation d'énergies fossiles pour faire tourner les usines est donc en train de décliner. Restent les secteurs difficiles à électrifier, car nécessitant des fours très puissants, comme la métallurgie ou la pétrochimie. Même dans ces secteurs, l'électrification progresse et les énergies fossiles ralentissent. »

    En d'autres termes, le point de rupture où l'ancien système va bientôt être détruit s'approche ? C'est ce que pensent certains analystes. Mais restent de nombreux défis. D'abord mieux gérer l'électricité verte, c'est en cours avec le développement de batteries grande capacité pour stocker l'énergie propre, et ne pas avoir à rallumer les centrales à charbon quand il n'y a plus de vent ou de soleil.

    Ensuite, il faut changer de nombreuses politiques, explique Qi Qing, analyste au Centre de recherche sur l'énergie et la pollution de l'air (Créa) : « Au niveau local, il y a toujours des incitations pour construire de nouvelles centrales à charbon. Les gouvernements provinciaux, par exemple, voient toujours les centrales au charbon comme source de nouveaux emplois, de revenus grâce aux impôts, et surtout comme une source d'énergie locale sûre. »

    Ce qui nous amène à une autre difficulté, et de taille : prévoir ce que vont devenir les producteurs de charbon, les travailleurs du charbon, les infrastructures développées depuis des décennies. Bref, que faire du vieux système, derrière lequel il y a des hommes et des femmes et toute une économie ?

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  • Pourquoi nos maisons sont-elles plus polluées que l'air extérieur?
    2026/09/07
    La pollution de l'air tue chaque année dans le monde des millions de personnes. Et c'est paradoxalement à l'intérieur que l'air est le plus contaminé. Mais des solutions existent. C'est un fléau invisible qui tue en silence. Six millions et demi de personnes meurent chaque année dans le monde à cause de la pollution de l'air, selon une estimation de l'Organisation mondiale de la santé. Face à ce bilan macabre, l'ONU a institué, depuis 2020, chaque 7 septembre, une Journée mondiale contre la pollution de l'air joliment baptisée « Journée internationale de l'air pur pour des ciels bleus ». La pollution de l'air est partout, et pour échapper aux gaz d'échappement des voitures et aux fumées des usines, vous pensiez vous réfugier chez vous ? Grave erreur. L'air de nos maisons est même plus pollué que l'air extérieur. « On a l'impression que lorsqu'on est en intérieur, on est plus protégé, on retrouve le cocon du domicile. Mais dans la réalité des faits, on s'aperçoit que l'air est souvent beaucoup plus pollué qu'à l'extérieur, deux à trois fois plus », alerte Jean-Luc Savello, référent qualité de l'air intérieur pour Atmo France, la fédération des associations de surveillance de la qualité de l'air en France. Cuisiner génère de la pollution Cette pollution intérieure vient d'abord de l'air extérieur qui s'accumule dans un espace confiné. Mais nos maisons engendrent elles-mêmes un air pollué. Peindre ses murs dégage de la pollution, et tout au long des années les peintures, qui contiennent des produits chimiques, continuent de polluer. La pollution intérieure est en fait partout dans notre vie quotidienne, par exemple quand on prépare à manger. Des pics de pollution, il y en a dans les embouteillages mais aussi dans la cuisine. « Le fait de faire cuire, de faire chauffer de l'huile, tout ce qui est activité de combustion émet des particules fines, ce qui va dégrader la qualité de l'air intérieur, en particulier lors de la friture », poursuit Jean-Luc Savello. Plus la température de cuisson est élevée, plus elle dégage des particules fines et des composés organiques volatils. Manger moins de frites est donc bon pour la santé, à double titre. Et ouvrir la fenêtre quand on cuisine ne sert pas seulement à chasser les odeurs. Produits ménagers polluants Et si on fait le ménage pour dépolluer ? Paradoxalement, l'entretien du domicile peut provoquer de la pollution, et c'est de la faute des industriels. « Depuis longtemps, la publicité nous a vendu le fait qu'on devait avoir forcément des produits qui ont des odeurs. Mais comme pour les bougies parfumées, on se retrouve avec des composés chimiques ajoutés, constate Jean-Luc Savello. Ce qu'on conseille, c'est d'utiliser des produits naturels pour nettoyer, voire de l'eau chaude tout simplement. La propreté n'a pas d'odeur. » Mais la pollution peut être naturelle. La nature produit par exemple du radon, un gaz radioactif, « inodore, qu'on retrouve dans les roches, dans plusieurs régions de France (le Massif central, l'est, la Bretagne, la Corse...), qui va s'accumuler dans les maisons et qui peut provoquer des cancers du poumon, notamment. C'est la deuxième cause de cancer du poumon après la cigarette », explique Jean-Luc Savello, qui est aussi le directeur de Qualitair Corse. Du radon, il y en a un peu partout sur la planète. Au Cameroun, une étude avait estimé que les trois quarts des maisons pouvaient contenir des taux anormaux de radon. Faire « roter » sa maison Face à la pollution de nos intérieurs, les plantes dépolluantes peuvent-elles être des alliées ? Certes, des plantes à la maison participent au bien-être, c'est joli, mais l'effet dépolluant signalé dans les jardineries est surtout un effet marketing. « Une plante permet de réduire le dioxyde de carbone (CO2) dans une pièce. En revanche, il n'y a pas de preuve que la plante permette d'améliorer la qualité de l'air intérieur. Parfois c'est même l'inverse, lorsqu'on arrose trop les plantes, par exemple, il peut y avoir des moisissures qui se créent », souligne Jean-Luc Savello, d'Atmo France. Il n'existe en réalité que deux solutions pour éviter que la pollution intérieure n'encrasse nos poumons, alors que nous passons environ 80 % de notre temps à l'intérieur : limiter ces pollutions intérieures, et surtout aérer, ouvrir ses fenêtres. Dix minutes par jour suffisent, et c'est mieux le matin. Il y a pour cela une expression en anglais, plutôt imagée : c'est le « house burping ». En français, faire « roter » sa maison ! À lire aussiPourquoi les PFAS, polluants éternels inquiètent-ils les scientifiques sur la santé neurologique?
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  • Pourquoi manger devient plus cher avec le changement climatique?
    2026/09/03
    L'été de canicules et de sécheresse que la France et l'Europe viennent de vivre l'a encore montré : la crise climatique entraîne une perte de récoltes agricoles. La hausse des prix de l'alimentation devrait ainsi atteindre 3 % dans la zone euro en 2027. C’est un barbarisme appelé à faire école. Un nouveau mot engendré par la crise climatique : la « climafation » est un mot-valise, la contraction du mot « climat » et du mot « inflation », pour décrire un phénomène qui va prendre de l’ampleur à mesure que le changement climatique va s’aggraver. Les catastrophes climatiques ont directement un impact sur le prix de notre alimentation. C’est la fameuse loi de l’offre et de la demande, immuable, à la base de l’économie. La crise climatique entraîne une baisse de la production agricole, et quand l'offre diminue, les prix augmentent. En France, les premiers effets d’un été brûlant inédit se font déjà sentir. Au supermarché, au rayon salade, des affichettes annoncent des problèmes d'approvisionnement pour les prochaines semaines. Beaucoup de salades plantées cet été ne verront jamais le jour. La situation est catastrophique pour beaucoup d'agriculteurs, de maraîchers, d'arboriculteurs. Inflation alimentaire de 3 % La production de tomates, par exemple, a chuté de 30 %, et celle des pommes de terre devrait baisser de plus de 20 % – ce sera la pire récolte depuis 30 ans. Mais il n'y a pas que la France qui a été touchée, et le cabinet Oxford Economics prévoit, pour la zone euro, une inflation alimentaire de 3 % l'an prochain, alors qu'elle n'était que de 1,6 % en juin. Ce phénomène de « climafation » touche le monde entier, car personne n'est à l'abri d'une catastrophe climatique, que ce soit la sécheresse ou les inondations qui peuvent elles aussi détruire des cultures. Dans une économie mondialisée, une crise agricole limitée à quelques pays peut toucher le monde entier. Exemple avec la célèbre crise du cacao de 2023-2024, en Côte d'Ivoire et dans plusieurs autres pays producteurs d'Afrique de l’Ouest. Le changement climatique et le phénomène El Niño avaient provoqué une chute brutale de la production et la tonne de cacao n'avait jamais coûté aussi cher : 12 000 euros, avec des répercussions sur le prix du chocolat qu'on mange partout sur la planète ou presque. Pluie en baisse, prix en hausse On a connu le même phénomène avec l'olivier en Espagne. Faute de pluie, une grave sécheresse en 2022 avait entraîné une hausse de 50 % du prix de l'huile d'olive sur tout le continent européen – parce que même les oliviers peuvent avoir soif. Même si les fruits et les légumes sont les plus vulnérables face à la sécheresse, aucun secteur de l'alimentation n'échappe aux conséquences du changement climatique. C’est le cas notamment du marché de la viande. Pendant l’été français, l’extrême chaleur a tué plus de 6 millions de volailles, et notamment 700 000 poules pondeuses. À lire aussiEn Espagne, la sécheresse affecte considérablement la production d'huile d'olive Facture salée Les canicules ont eu aussi un impact sur la production de lait, les vaches subissant un stress thermique important, entraînant jusqu'à 10 % de lait en moins, ce qui peut représenter 15 litres par vache. Pour nourrir ces vaches, il faut du fourrage, mais tout a grillé dans les prés cet été et beaucoup d'éleveurs ont déjà dû puiser dans les stocks normalement prévus pour l'hiver prochain. Ils doivent aussi en acheter, ce qui va renchérir in fine le coût de la viande. On n'a pas encore la facture de l'été 2026, mais elle s'annonce salée, y compris pour les fruits. Après l'été 2025, des chercheurs avaient estimé l'impact de la sécheresse à 43 milliards d'euros pour l'Europe, et les pertes pourraient dépasser les 120 milliards en 2029. On n’a parlé ici que d'alimentation, mais la crise climatique a aussi un impact sur les assurances, les infrastructures ou encore les dépenses de santé, et à la fin, « c'est nous qu'on paye », comme disait l'autre. On est en train de ruiner la planète, et on va finir ruinés. À lire aussiFace au changement climatique, les prix de l'alimentation s'envolent dans le monde
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  • Pourquoi faut-il privilégier les maisons en bois?
    2026/09/02
    Les constructions en bois sont un outil de lutte contre le changement climatique. Le matériau issu des forêts présente de multiples avantages par rapport au béton. Une maison en bois stocke du CO2 de la même manière qu'un arbre. Replongeons dans nos souvenirs d’enfance, avec l’histoire des « Trois petits cochons ». Face au grand méchant loup, leurs maisons en paille et en bois ne font pas long feu, et seule la maison en brique résiste. Mais ça c'était avant la crise climatique : aujourd’hui le bois s'impose comme le matériau roi, surtout face au béton. Ce dernier est tellement pratique, tellement répandu, mais au bilan carbone tellement déplorable. « L'objectif est d'avoir la neutralité carbone en 2050, rappelle Laurent Bléron, enseignant-chercheur à l'Enstib, l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois, à Épinal, dans l'est de la France, la seule école publique d'ingénieurs bois en France. Pour cela, il va falloir utiliser des matériaux biosourcés, dont le bois fait partie. C'est sûr que la transformation du bois par rapport à la transformation du béton est nettement moins énergivore. Et en plus, dans le produit bois, il y a du CO2 qui est stocké. Tout ça est largement bénéfique pour le bois. On a même un bilan négatif. » Un bilan carbone négatif, parce qu'une maison en bois, c'est comme un arbre, elle stocke du CO2, le principal gaz à effet de serre. À lire aussiConstruction: quels sont les atouts du bois de réemploi? Le bois ne brûle pas (pas tout de suite) Aujourd’hui en France, environ 7 % des logements neufs sont en bois, et 15 % des bâtiments tertiaires (bureaux ou gymnases par exemple). La raison tient peut-être au prix, pour les particuliers, parce qu’il faut parfois 20 ans pour amortir une maison en bois. Mais le bois a d'autres qualités. C’est d’abord un excellent isolant, en été comme en hiver. « Naturellement, c'est un matériau qui a plein de vide à l'intérieur. C'est comme un nid d'abeille en fait, explique Laurent Bléron. Mais même s'il est très isolant, il n'est pas autosuffisant de toute façon. Il faut adjoindre une isolation thermique. » Une maison en bois se construit aussi beaucoup plus vite, sans temps de séchage contrairement au béton. On peut livrer sur les chantiers des murs entiers déjà montés en usine. Mais le bois, ça brûle ! Certes, mais comme on peut le remarquer pendant les incendies, certains arbres restent debout, ne brûlent pas instantanément… En fait, contrairement à une idée reçue, le bois n'est pas forcément plus vulnérable face aux incendies. « Si je prends l'exemple de la cathédrale Notre-Dame de Paris, on a eu le temps de sortir les manuscrits, etc. Et la charpente est tombée au bout d'un certain temps. En fait, on doit garantir que les gens à l'intérieur d'un bâtiment aient le temps de sortir en cas d'incendie. On peut avoir une stabilité d'une heure. Le bois a donc une certaine résistance au feu, contrairement à l'acier qui, à partir d'une certaine température, va se déformer et la structure va tomber puis s'écrouler », explique Laurent Bléron, qui travaille aussi au Laboratoire d'études et de recherche sur le matériau bois, au sein de l’université de Lorraine. Des maisons de bûcheron Mais aurait-on assez de forêts pour construire tout en bois ? L'objectif n'est peut-être pas de faire du 100 % bois, mais en Europe, en tout cas, les forêts ont la réputation d’être plutôt bien gérées. « Il faut maximiser l'utilisation de bois local et de notre forêt, rappelle Laurent Bléron. En France, elle est plantée aux deux tiers en feuillus, un tiers en résineux. En revanche, au niveau de la construction bois, on utilise beaucoup plus de résineux que de feuillus. Cela veut dire que l'avenir est peut-être d’essayer de remettre du feuillus en construction, comme ce qu'on faisait il y a de cela 200 ans. » Le feuillu - dont le chêne, par exemple, l'arbre-roi - est quand même plus cher que le résineux - notamment les pins -, qui pousse deux fois plus vite. Les forêts sont l'avenir de nos maisons. Dans les années 1980, Bouygues, le géant français du BTP, vantait ses « maisons de maçon ». Aujourd'hui, on préfère les maisons de bûcheron. À lire aussiLa pénurie de bois de construction pénalise le secteur du bâtiment
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