エピソード

  • Et si nous mangions (davantage) d'algues?
    2026/06/24

    Alors que plus de 700 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, la solution pourrait venir d'une ressource largement ignorée bien qu'elle soit abondante et écologique : les algues. Et si pour sauver la planète et favoriser le développement économique des zones côtières nous mangions des algues ?

    Manger des algues n'a rien d'une révolution. D'après le musée d'histoire naturelle de Londres, on trouve des traces de consommation d'algues chez les humains il y a 8 000 ans. « En Asie, là où la production d'algues se concentre, là 90 % des algues sont produites, elles font même partie de l'alimentation de tous les jours, abonde Pierre Gilles, chargé de projet politique de l'océan à l'Institut océanographique de Monaco, rencontré à l'occasion du Blue Economy & Finance Forum. Alors qu'en Europe, elles pâtissent plutôt d'un a priori négatif », regrette-t-il.

    Une image négative qui s'explique par les épisodes de pollution aux algues vertes provoqués par le déversement dans l'océan des résidus d'azote de l'agro-industrie, ou encore par la ceinture d'algues sargasses qui, en raison du réchauffement climatique, s'étend désormais du continent africain aux Caraïbes et qui étouffe les côtes. Mais on parle là de deux espèces sur les plus de 70 000 recensées à ce jour. Il ne faut donc pas mettre toutes les algues dans le même panier (de crabes).

    « Elles n'ont pas besoin d'eau, de lumière ou d'engrais »

    Les algues ne manquent pas d'avantages. Sur le plan nutritionnel, elles sont riches en protéines et en oligoéléments. Elles sont aussi faciles à cultiver. « Elles ont pas besoin d'eau, de lumière, d'énergie fossile, elles bénéficient du soleil, elles profitent des nutriments de l'eau, elles poussent toutes seules sans engrais et elles n'émettent pas de gaz à effet de serre, s'enthousiasme Pierre Gilles. C'est tout bénéfice. »

    Et les algues peuvent servir à bien d'autres choses. « On peut en mettre dans l'alimentation des bovins pour limiter leurs émissions de méthane qui contribue au réchauffement climatique, on peut les utiliser pour filtrer l'eau, poursuit ce spécialiste de l'aquaculture. On peut même faire des récipients pour remplacer le plastique ». Quand on sait que, selon les estimations de la fondation Ellen MacArthur, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons d'ici à 2050, la piste mérite au moins d'être étudiée.

    Les algues génératrices de crédit carbone ?

    Les algues pourraient même générer passivement des revenus pour les communautés locales. « Par exemple les Bahamas sont entourés de prairies d'algues qui sont d'extraordinaires puits de carbone, explique l'ancienne ministre française Sylvie Goulard qui co-préside désormais une initiative franco-britannique pour la restauration de la nature. Ce capital naturel a une valeur : il peut générer des crédits carbone puisqu'il absorbe le CO2 qui pourrait être émis par une compagnie aérienne, pour prendre un exemple simple ». Cette compagnie pourrait alors payer le gouvernement des Bahamas pour prendre soin de ces algues qui deviendraient alors une source de revenus stable pour les populations locales. Le potentiel est là, d'après l'ONU le marché mondial des algues a plus que triplé en 20 ans.

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  • Comment, en 80 ans, EDF a changé la vie des Français et veut changer la trajectoire du climat
    2026/06/23
    Électricité de France, l'entreprise publique créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fut au service de la reconstruction du pays, avant d'apporter confort et progrès aux Français. Aujourd'hui, face à la crise climatique, elle accompagne la nouvelle politique énergétique de l'État. C'est une vieille entreprise présente jusque dans l'intimité des Français depuis près d'un siècle, le bras armé de la politique énergétique de l'État français, qui fête cette année ses 80 ans. Tout commence le 8 avril 1946, sous l'impulsion des communistes, avec la loi qui crée Électricité de France, une entreprise nationale, nationalisée, qui remplace les centaines de petites sociétés privées locales qui assuraient jusqu'ici la production et la distribution d'électricité. EDF est au service de la reconstruction d'un pays dévasté par la guerre et l'occupation nazie. « L'essentiel, c'est vraiment de produire, souligne Alain Beltran, directeur de recherche émérite au CNRS, historien de l'électricité. Pour cela, il faut construire de grands barrages et des centrales thermiques, et ce sera possible grâce à l'argent du plan Marshall, des États-Unis. Ce n'est pas le consommateur de base qui est visé, c'est vraiment pour que le pays puisse se reconstruire. Et pour reconstruire, il a besoin de lignes de chemin de fer, il a besoin de ciment et il a besoin d'électricité. » Au service du confort Viennent ensuite « les Trente Glorieuses », cet âge d'or où la France se modernise et entre dans l'ère de la consommation. L'électricité est au service du progrès, comme en faisait la publicité une « réclame » en chanson pour le chauffe-eau électrique en 1953. « Sur l'évier et dans la baignoire, pour la douche et dans le lavabo, c'est une merveille d'avoir toujours de l'eau chaude à gogo ! Et si l'on est ainsi gâté, c'est grâce à l'électricité ! Papa, maman, la bonne et moi, on sait que ça coûte pas cher, ma foi. Parce que le chauffe-eau est économe ...» Les Français s'équipent de frigos, de machines à laver, bientôt de télés, et EDF est là pour les faire fonctionner. « L'électricité, au début, c'était plutôt pour l'industrie. Après, on a essayé d'aider les Français à consommer davantage d'électricité pour leur confort, explique l'auteur de très nombreux livres dont La Vie électrique. On a lancé un compteur qui était d'une couleur bleue, avec une augmentation de puissance, pour dire aux Français : "Maintenant, vous pouvez consommer davantage d'électricité sans faire sauter les plombs !" » Électricité nucléaire Troisième moment important dans l'histoire d'EDF : le nucléaire. EDF se met alors au service de l'indépendance énergétique de la France, avec la première centrale nucléaire en 1963. « L'idée pour EDF, c'est qu'on passera au tout-nucléaire dans les années 80 ou 90, rappelle Alain Beltran. Mais c'était sans prévoir les conséquences du premier choc pétrolier. L'indépendance énergétique était tombée à 25%. À partir de là, l'entreprise se mobilise un peu comme elle s'était mobilisée après-guerre, mais sur la fabrication de centrales nucléaires. » L'électricité d'origine nucléaire, malgré des oppositions marquées dans les années 70, devient même un argument, mieux : un slogan. « Alors, il a fini l'autre crétin avec sa perceuse électrique ? », demande, dans un spot publicitaire, une femme à son mari. « Nucléaire, pas électrique », lui répond-il, avant qu'EDF revendique son tournant atomique : « Aujourd'hui, 75% de l'électricité est nucléaire. » Et à cette période, dans les années 70, on incitera les Français à se chauffer à l'électricité, avec des radiateurs à l'efficacité discutable, surnommés péjorativement « grille-pains ». Au service du climat Les décennies s'écoulent, le monde a terriblement changé, et EDF, qui fut au service de la reconstruction, ensuite de la consommation, puis de la souveraineté énergétique, est désormais au service de la transition énergétique, indispensable face à la crise climatique. C'est le grand retour de la fée électrique et EDF accompagne une nouvelle fois la politique énergétique de l'État français en faveur de « la mobilité, l'automobile, les mobilités douces. Ce sera aussi la climatisation, la domotique, toute une série de nouveaux produits. Il s'opère une espèce de redécouverte, de façon à chasser de plus en plus le pétrole et le gaz. Mais cela ne va pas se faire du jour au lendemain », estime Alain Beltran. EDF a 80 ans ; ce n'est sûrement pas l'âge de la retraite.
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  • Comment le changement climatique fragilise le solstice d’été, véritable «repère» pour certains végétaux?
    2026/06/22

    Le solstice d’été dans l’hémisphère Nord a eu lieu ce dimanche 21 Juin. Ce jour correspond au moment où la durée du jour, et donc de la lumière, est la plus longue de l’année. Sur le plan environnemental, le solstice d’été pourrait constituer un signal fort pour l'évolution de certaines plantes et certains arbres, mais ce signal est lui aussi fragilisé par le dérèglement climatique. Explications.

    Est-ce que le solstice d’été peut influencer la végétation ? Des chercheurs se sont penchés sur la question et une étude en particulier s'est intéressée à un arbre et ses populations sur le continent européen : le hêtre commun. Les recherches ont démontré que ces arbres devenaient très sensibles à la température au lendemain du jour « le plus long de l’année ».

    Dès que les jours commencent à raccourcir, le hêtre européen ouvre brusquement son « radar, ou plus précisément sa capacité de détection de la température » expliquent les scientifiques. Le solstice semble donc avoir de l’influence sur cette végétation.

    Un « repère » pour la végétation ?

    Les scientifiques qui ont étudié le phénomène estiment que l'arbre devient plus sensible, déclenchant par la suite sa production de graine. Des populations de hêtres européens, pourtant très éloignées géographiquement, réagissent toutes de la même façon au cours de la même semaine. Les chercheurs polonais, hollandais et britanniques qui ont travaillé sur cette étude, publiée en 2024, parlent ainsi d’« une synchronisation stupéfiante » à l’échelle du continent européen.

    Une autre étude canadienne publiée l’an dernier souligne de son côté que le solstice est un « repère » pour la végétation. Selon les scientifiques, cet événement correspond tout simplement à une « période de croissance optimale » qui pourrait constituer un « déclencheur important pour la reproduction » des végétaux.

    Comment le changement climatique peut impacter ce repère ?

    Mais avec le dérèglement climatique, il semblerait que ce « repère » soit de plus en plus complexe à comprendre pour certains végétaux, car ces derniers utilisent à la fois la durée du jour et la température comme des « indices » pour leur évolution, et notamment leur reproduction.

    Avec le réchauffement climatique, le solstice - et la durée des jours – pourrait devenir un « signal brouillé » par des températures de plus en plus chaudes. Contacté par RFI, Michał Bogdziewicz, responsable du Centre de biologie forestière, de la Faculté de biologie d'Adam Mickiewicz University, explique : « Les plantes commencent à produire des feuilles ou des fleurs de plus en plus tôt chaque année. Vous avez sans doute déjà entendu parler de ce jour au Japon, où les fleurs de Cerisiers apparaissent à la même période depuis des centaines d'années... Mais elles apparaissent de plus en plus rapidement. Avec le temps, beaucoup de chercheurs prédisent que ce phénomène se déclenchera de plus en plus tôt dans l'année ».

    Derrière ce constat, les végétaux pourraient malgré tout compter sur la durée des jours pour diminuer l'impact des températures imprévisibles sur leur floraison par exemple : « L'un des freins, c'est le photopériodisme - c'est-à-dire la réaction des êtres vivants à la variation de la durée du jour et de la nuit », explique Michał Bogdziewicz, « Les plantes utilisent deux indices dans leur évolution : les températures, mais aussi la durée du jour. Et cette dernière ne changera pas. Donc l'avancée d’un phénomène comme la floraison sera un peu ralenti, parce que la photopériode le bloque un peu. C'est plutôt positif, sinon les plantes souffriraient encore plus. L'évolution est intelligente ». Le solstice reste donc un « signal clé » pour la croissance et la reproduction des plantes, mais un signal fragilisé par le dérèglement climatique.

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  • Comment se protéger de la chaleur en ville?
    2026/06/17
    Deux semaines après une canicule d'une ampleur inédite pour un mois de mai, l'Europe est frappée par une nouvelle vague de chaleur précoce, avec des pointes à 40 degrés possibles. L'air chaud qui remonte par l'Espagne devrait atteindre les pays scandinaves et les Balkans d'ici quelques jours. De quoi alimenter le phénomène « d'îlot de chaleur urbain » qui peut être dangereux pour la santé. Heureusement des solutions existent. Vous l'avez sans doute déjà ressenti si vous habitez en ville : la chaleur semble parfois irradier du sol et des bâtiments qui nous entourent. C’est un îlot de chaleur urbain, une sorte de dôme d’air chaud en ville, qui se fait ressentir essentiellement pendant la nuit, surtout entre quatre et six heures du matin. Météo France a étudié le phénomène dans 42 villes françaises, toutes sont touchées, Paris en premier. Il fait en moyenne 4 à 5 degrés de plus en ville par rapport à la campagne environnante et dans certains quartiers cela peut aller jusqu'à 10 degrés de plus selon cette étude. La ville absorbe la chaleur des rayons du soleil pendant la journée ainsi que la chaleur des moteurs de voitures ou des industries, etc., et une fois la nuit venue, elle ne se refroidit pas. « C’est vraiment une question de matériaux, explique Sylvain Mondon, directeur de Météo France pour l’Île-de-France. Ce sont les matériaux minéraux : les pierres, le béton, le bitume, … qui montent en température et qui restent chauds longtemps, contrairement à des arbres, qui eux sont chauds au moment où ils sont éclairés par le soleil, mais dès que le soleil s’arrête, la température du bois ou des végétaux baisse rapidement. » À lire aussiFace au réchauffement climatique, Paris se végétalise Alors que l’Inde subit également des températures records depuis plusieurs semaines, mardi dernier, le Service météorologique indien (IMD) a enregistré une température maximale de 43,5 °C dans la capitale. Pourtant, lorsque Greenpeace Inde a déployé une caméra thermique pour mesurer la température à la surface des rues de New Delhi, le thermomètre a ainsi grimpé jusqu’à 64 °C à certains endroits, relève la BBC. À lire aussiInde: face aux vagues de chaleur fréquentes, les habitants des bidonvilles luttent pour leur survie « L’organisme ne récupère plus » Au-delà d'une certaine température, environ 20 °C la nuit, on parle de nuit tropicale. Si on peut être plus ou moins sensible, acclimaté, à ces nuits tropicales, elles n’en demeurent pas moins dangereuses pour la santé. « L’organisme ne récupère plus et avec l’accumulation de nuits chaudes, favorisées par ces îlots de chaleur urbain, les organismes se fatiguent, voire s’épuisent, voire conduisent à des passages aux urgences », alerte Sylvain Mondon. La chaleur peut directement causer des malaises ou favoriser des pathologies. En Europe, plus de 200 000 personnes sont ainsi décédées des suites de la chaleur au cours de ces quatre dernières années seulement, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). À lire aussiLes arbres: une solution pour refroidir les villes? Il est nécessaire de s'adapter car les vagues de chaleur vont devenir plus nombreuses et plus intenses avec le réchauffement climatique. La climatisation n’est pas une solution, en tout cas pas partout. Les climatiseurs rejettent en effet de la chaleur à l'extérieur. Ils augmentent donc encore cet effet d'îlot de chaleur urbain. À Paris, selon une étude, l'utilisation de climatiseurs pendant l'été serait responsable d’une augmentation allant jusqu’à 2 °C de la température dans certains quartiers. Des solutions variées, dépendant des climats et des villes, existent cependant. Il est possible de déminéraliser, dédensifier et végétaliser ou d'ajouter des points d’eau. « Sur une place, on peut retirer le bitume ou les dalles en pierre du sol, et planter des arbres » pour l'ombre et l'humidité rafraichissante qu'ils génèrent, « on peut comme ça gagner cinq à six degrés », estime Sylvain Mondon de Météo France. S'inspirer des constructions traditionnelles Une autre solution consiste à jouer sur la forme urbaine, à réfléchir au positionnement des bâtiments les uns par rapport aux autres pour favoriser la circulation de l'air ou pour qu'un immeuble fasse de l'ombre à son voisin. Ces travaux coûtent cher, il est nécessaire d’y penser dès la conception des quartiers et de profiter de toute rénovation urbaine pour les mettre en place. Enfin, il est possible de construire différemment, en prenant en compte le climat futur tout en s’inspirant des méthodes passées. C’est ce que fait l’architecte nigérienne Mariam Issoufou, qui a été nommée « Championne de la Terre » par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en 2025. Dans une vidéo sur le site du PNUE, elle fait remarquer que « le 20ᵉ...
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  • Les pays du G7 fuient-ils leur responsabilité historique dans la crise climatique?
    2026/06/15
    Les pays occidentaux, les premiers à se développer avec la Révolution industrielle, ont émis le plus de gaz à effet de serre depuis un siècle et demi. Ils sont censés payer. Les sommes en jeu sont gigantesques, alors que la Chine, premier pollueur aujourd'hui, refuse de prendre sa part. C'est l'apothéose d'une présidence française quelque peu éclipsée par une lourde actualité internationale. La tenue du sommet du G7 du lundi 15 au mercredi 17 juin à Évian est ici l'occasion d'évoquer la responsabilité historique des pays les plus industrialisés dans la crise climatique. Les pays occidentaux, l'Europe et les États-Unis, les premiers à se développer, sont ceux qui ont émis le plus de gaz à effet de serre depuis 1850 et la Révolution industrielle. Les pays du G7, qui regroupent également le Japon et le Canada, ont ainsi cumulé environ un tiers des émissions de CO2. À lire aussiG7 à Évian: un sommet sous haute sécurité dont la tenue est contestée 1 300 milliards de dollars Puisqu'ils sont les premiers responsables, c'est à eux de payer la facture, c'est-à-dire d'aider les pays en développement à affronter la crise climatique et ses conséquences (ce qu'on appelle les préjudices et l'adaptation). À ce niveau-là, on parle en centaines de milliards de dollars. Les revendications des pays en développement, les pays les plus pauvres, qui ne sont pas responsables de la crise climatique, ont reçu ces dernières années le soutien de l'axe fossile, les pays producteurs de pétrole, qui ont notamment organisé les COP, les sommets mondiaux pour le climat, à Dubaï et à Bakou. « De 100 milliards de dollars par an, on est brusquement passé en deux ans à l'exigence de 1 300 milliards par an à donner aux pays en développement, rappelle Amy Dahan, spécialiste des négociations climatiques, et auteure, avec Stephan Haykut, de La Mutation climatique (éditions Les Presses de Science-Po). Et à Belém, on l'a vu cette année au Brésil, on a eu une certaine coalition qui concentrait tous les efforts de la négociation climatique sur cela et refusait d'aller plus loin dans la sortie des fossiles, en considérant que ce n'était pas à l'ordre du jour. » Une coalition portée d'ailleurs par un fort courant anti-occident. L'Europe isolée Cette question de la dette climatique ne figure pas à l'ordre du jour du G7 d'Évian, car les États-Unis, climato-négationnistes, ont obtenu de la présidence française de ce G7 que les questions climatiques soient écartées. Les États-Unis ayant d'ailleurs déserté toutes les instances climatiques, l'Europe se retrouverait toute seule à devoir assumer cette responsabilité historique, alors qu'elle est le meilleur élève aujourd'hui, la seule à baisser ses émissions de CO2. « Les ONG ont tendance à développer ce discours : c'est aux pays riches, historiquement développés, de payer, et si les États-Unis ne sont pas là, tant pis, c'est à l'Europe de le faire. Ce n'est pas très raisonnable et ce n'est pas très vraisemblable. Donc ça bloque tout, constate Amy Dahan. Les pays historiquement développés doivent prendre leur part importante, mais ils ne peuvent pas payer pour l'ensemble du monde. C'est impossible. C'est invraisemblable et cela n'aura jamais lieu. » À lire aussiLes ministres du G7 se réunissent à Paris pour parler d’environnement, mais écartent le climat des discussions La Chine, néo-pollueur Les pays du G7 sont certes les premiers responsables de la crise climatique, mais ils ne sont plus les seuls. Il y a certes les émissions historiques, mais il y a aussi les émissions actuelles. Et aujourd'hui, le plus gros pollueur, c'est la Chine, avec un tiers des émissions annuelles de gaz à effet de serre, très loin devant les États-Unis. Mais pour Pékin, il n'est pas question de payer. « La Chine a produit autant de ciment en trois ans que l'Amérique en un siècle, c'est absolument énorme, souligne Amy Dahan. Elle avait besoin d'utiliser son charbon, elle l'utilise. Elle fait passer avant tout ses propres intérêts. Elle a fourni au monde un certain nombre de technologies qui ne vont pas sauver le monde mais qui permettent quand même d'envisager des énergies non carbonées, donc c'est important. Mais elle ne veut pas payer pour les autres, c'est sûr. » Ce serait comme au restaurant, quand arrive l'addition : les gros riches refusent de payer, alors que les plus pauvres n'ont rien mangé ou n'ont presque rien dans leur assiette. À lire aussiEnvironnement: la Chine manque un objectif-clé sur les émissions de CO2 en 2024
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  • Pourquoi le Mondial de foot 2026 sera le plus polluant (et pourquoi la Fifa a tort de l'ignorer)?
    2026/06/10
    Le bilan carbone de la Coupe du monde de football organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada devrait atteindre les 9 millions de tonnes de CO2, un record. La démesure orchestrée par Gianni Infantino, le patron de la Fifa, est un mauvais coup porté à la planète... et au football. On pensait avoir touché le fond avec le dernier Mondial de foot organisé au Qatar, il y a quatre ans, avec des stades climatisés… Mais la Coupe du monde 2026, aux États-Unis, au Mexique et au Canada, qui démarre ce 11 juin, et durera 39 jours, du jamais-vu, s’annonce comme l’événement sportif le plus gros émetteur de gaz à effet de serre de l’histoire de l’humanité. Pour paraphraser la devise de l’olympisme, le foot mondial aujourd’hui c’est toujours plus haut, toujours plus fort et toujours plus polluant. Le bilan carbone de ce Mondial devrait être deux fois plus élevé qu’au Qatar. Ce qui n’est finalement pas étonnant quand on fait passer la compétition à 48 équipes, avec une centaine de matches (presque deux fois plus qu’avant) et quand les stades sont répartis aux quatre coins du continent nord-américain, de Boston à Vancouver, et de Toronto à Mexico. Le Mondial, c’est comme les SUV : plus c’est gros plus ça pollue. Gigantisme anti-climatique « La Fifa prend une orientation qui, fatalement, augmente le bilan carbone des événements. On va vers un gigantisme et un nombre de déplacements des spectateurs, des équipes, qui est à l'opposé de ce qu'il faudrait faire pour maintenir un climat à peu près vivable sur la planète », constate Maël Besson, spécialiste de la transition écologique du sport et fondateur de l’agence Sport 1.5. Dans ce genre d’événement, ce qui pèse le plus dans les émissions de CO2, c’est le transport, à 85%, et on est certain que personne ne prendra le train pour aller par exemple de Philadelphie à San Francisco. Résultat, le bilan carbone estimé de ce mondial pourrait atteindre les 9 millions de tonnes de CO2 – comme si on faisait un million de fois le tour de la Terre en voiture, et c’est absurde de faire un million de fois le tour de la planète, personne ne fait ça ! Contre son temps, contre son camp Ce bilan carbone estimé ne tient d’ailleurs pas compte des « coûts cachés » du Mondial, tous les produits dérivés et la frénésie consumériste qui s’emballe pendant plus d’un mois. « On ne prend pas en compte l'impact de la surconsommation adoptée par effet d'imitation ou par la publicité. Et s'il y a autant de sponsoring, c'est bien que cela a un effet sur nos comportements de consommation, qui ne sont pas compatibles avec les limites planétaires », relève Maël Besson. Cette année, il y a encore plus de publicités à la télé grâce, ou à cause, des pauses fraîcheur imposées pendant les matches, parce qu’on sait déjà que la quasi-totalité des rencontres se jouera à une température supérieure à 28°C, sans parler de l’humidité. Tout se passe comme si planète foot vivait sur une autre planète et comme si la Fifa, la fédération internationale de foot, n’avait rien compris de l’enjeu du réchauffement climatique. La Fifa, sous la direction de Gianni Infantino, est plus que jamais devenue une machine à cash, alors que le foot, comme n’importe qui sur la Terre, est confronté à la crise climatique. « Le football, malheureusement, va subir les conséquences du dérèglement climatique, que ce soit des fortes chaleurs mais aussi des sécheresses pour les pelouses, des phénomènes météorologiques extrêmes, orages, tempêtes qui vont dégrader les infrastructures. Malheureusement, dans les moments de crise, sur des sécheresses par exemple, ce n'est pas forcément le sport qui est priorisé mais les hôpitaux, les écoles, etc. Donc la Fifa aurait tout intérêt pour la propre survie du football à être le premier défenseur du climat. » À fois victime et acteur de la crise climatique, le foot mondial, à contre-temps, risque bien le plus beau but contre son camp de l’histoire. À lire aussiBilan carbone désastreux, chaleurs extrêmes: le Mondial de football, symbole puissant du dérèglement climatique
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  • À quoi ça sert de savoir si les oiseaux se portent bien ou mal?
    2026/06/09

    Le premier baromètre avifaune publié en France par la Ligue pour la protection des oiseaux présente un bilan contrasté. La chute des espèces communes est un signal d'alerte pour la santé humaine.

    Un bilan mitigé, avec quelques bonnes nouvelles, et beaucoup de mauvaises. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) vient de publier son premier Baromètre de l’avifaune sur l’état des populations d’oiseaux en France. Des données précieuses, auxquelles l’espèce humaine ne devrait pas rester insensible. Si les oiseaux vont mal, peut-être que nous, humains, n’allons pas très bien. Les oiseaux sont des espèces de lanceurs d'alerte, malgré eux, sur l'état de la nature.

    « L'oiseau est reconnu comme le meilleur bioindicateur permettant de prendre la température de l'état de la nature, précise Cédric Marteau, le directeur général de la LPO. Si les oiseaux augmentent, c'est que notre environnement s'améliore : la qualité de l'air, de l'eau, de l'alimentation, des sols… À l'inverse, quand les oiseaux chutent, c'est qu'il y a encore des problèmes à régler ».

    Succès des plans de conversation

    C’est la bonne nouvelle de ce premier baromètre de la LPO : certaines espèces d’oiseaux se portent bien, grâce aux politiques de conservation et de réintroduction d'espèces menacées. « Si on prend soin de la nature et notamment des oiseaux, on arrive à les sauver. Cela a été le cas de la cigogne, des grands rapaces, comme des vautours, des espèces emblématiques... On a mis beaucoup d'énergie à les sauver et cela a fonctionné. Et c'est tant-mieux, évidemment. Malheureusement, pour les petites espèces, et notamment celles qui sont les plus nombreuses, il n’y a pas de plan de conservation spécifique. Et qu'est-ce qu'on constate ? Un effondrement des populations », déplore Cédric Marteau.

    Ces petites espèces, comme les hirondelles, les moineaux ou les rouges-gorges, qui représentent 90% des oiseaux de France, sont en constante diminution, avec une chute des populations de 18,2% en 25 ans. L'ennemi numéro 1 de ces oiseaux, c'est l'agriculture intensive, les pesticides qui privent les oiseaux de nourriture.

    Les oiseaux victimes de l'agriculture

    « Les espèces qui disparaissent le plus sont les espèces qu'on va retrouver dans les plaines agricoles, et elles disparaissent principalement à cause de l'agriculture chimique avec son cortège de produits phytosanitaires. Les pesticides provoquent la disparition de la nourriture des oiseaux. On note plus de 80% de diminution des insectes sur les 30 dernières années, c’est donc autant de nourriture en moins pour les poussins. C’est d’ailleurs la première cause de mortalité chez les oiseaux », souligne Cédric Marteau. À l'échelle de l'Europe, ce sont ainsi 800 millions d'oiseaux qui ont disparu en 40 ans, à cause des pesticides, mais aussi de la mécanisation et de l'arrachage des haies.

    Une solution existe pourtant : un autre modèle agricole. « Le système agricole industriel est à bout de souffle et il est temps de le changer pour les oiseaux, et à travers eux, pour notre santé. Cela devient vital, insiste le directeur de la LPO. On le voit avec les cancers pédiatriques, la qualité de l'eau… tout ça ne peut plus durer. Nous devons changer de système. Il en va de notre propre santé ». Parce que tant que les oiseaux chanteront, nous, humains, nous pourrons danser.

    À lire aussiPrintemps silencieux : mais où sont passés les oiseaux?

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  • Quand la croisière s'amuse, pourquoi l'environnement fait grise mine?
    2026/06/08
    Journée mondiale des océans : les bateaux de croisière sont de plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Un tourisme de masse dangereux pour la santé et la faune marine. Jusqu’où ira la course au gigantisme ? Combien de monstres des mers vont encore voguer sur les océans dont c’est la Journée mondiale, ce 8 juin ? On compte aujourd'hui dans le monde plus de 500 bateaux de croisière, et le plus gros d’entre eux, l'Icon of the Seas (« icône des mers »), mesure 365 mètres de long, peut transporter 8 000 personnes, avec un tonnage brut de 250 000 tonnes, cinq fois plus que le Titanic… Comme une immense barre HLM qu’on aurait transposée sur les flots. Aujourd'hui la croisière s'amuse en masse. « La croisière, au départ, était plutôt un tourisme de luxe. Et puis, au fur et à mesure du temps, à partir des années 70, on a vu que la croisière s'est démocratisée et s'est ouverte aux classes moyennes. Aujourd'hui, on a même des croisières low cost. C'est devenu un tourisme de masse. Sur ces vingt dernières années, les bateaux ont à la fois doublé de taille et doublé en nombre. On a des bateaux toujours plus gros et toujours plus nombreux », constate Fanny Pointet, en charge du transport maritime au sein de l'ONG Transport et Environnement. À lire aussiLa grande pollution des paquebots de croisière en Méditerranée Ville flottante Cette course au gigantisme n’est sans doute pas près de s’arrêter. En témoigne la relance d’un projet utopique ou cauchemardesque : le Freedom Ship. Ce « bateau de la liberté » consisterait en fait à vivre enfermé dans une ville flottante de 1,5 km de long. 50 000 personnes pourraient y habiter en permanence. Le « navire » pouvant transporter 80 000 personnes au total, en comptant les touristes et tout le personnel. Une vraie grosse ville, avec écoles, bureaux, hôpital, musée, stade de foot… Un projet qui laisse cependant quelque peu sceptiques de nombreux experts. « Est-ce que les gens auront vraiment envie de vivre empaquetés ?, se demande Fanny Pointet. Dans ce cas-là, pourquoi ne pas vivre sur une île si c'est pour voir le ciel bleu et la mer toute la journée ? Nous, ça nous interroge : il y a vraiment une course au gigantisme que rien n'arrête. » Pollution gigantesque Ce gigantisme a un coût, la pollution. Même si les bateaux de croisière ne représentent que 1% de tous les navires dans le monde, ils polluent relativement beaucoup plus, à cause de leur taille. Un bateau de croisière émet 20 000 tonnes de gaz à effet de serre par an, autant que 10 000 voitures. Il y a aussi la pollution de l'air, particulièrement dangereuse pour la santé humaine quand les bateaux sont au port. Et ils y restent longtemps, pour que les touristes fassent du tourisme, pendant que les cheminées crachent leurs fumées bien sales. « On a des particules fines, des oxydes de soufre, des oxydes d'azote, et tout cela peut générer des maladies respiratoires, des maladies cardiovasculaires chez les gens qui respirent toutes ces particules fines », souligne Fanny Pointet. À lire aussiEnvironnement: les croisiéristes promettent la décarbonation totale d'ici 2050 Bateaux interdits Face à cette pollution, et à tous les dégâts annexes que causent les bateaux de croisière, certains ports ont pris une mesure radicale : leur interdiction, à Nice, Amsterdam, ou Venise, où les bateaux menaçaient la lagune et même les fondations de la plus belle ville lacustre au monde. D’autres solutions sont possibles. À Marseille, depuis un mois, les bateaux de croisière arrêtent leurs moteurs et se branchent à l'électricité, comme l’exigera une réglementation européenne dans tous les ports européens en 2030. Il y a aussi des nouveaux carburants, un peu moins polluants, mais qui coûtent plus cher. Le secteur promet d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Baleines tuées En pleine mer aussi, les bateaux de croisière sont un problème, en particulier pour la faune marine, à cause du bruit, très perturbant. Sans parler des collisions dont sont victimes les cétacés. « Un navire qui va très vite, qui est très gros, s'il se prend une baleine en pleine face, la baleine n'a pas beaucoup de chance de s'en sortir », résume Fanny Pointet. L'ONG IFAW milite ainsi pour une réduction de la vitesse de tous les bateaux. « Une simple réduction de vitesse de 10% permettrait de réduire de moitié le risque de collisions avec les baleines et de 40% les émissions sonores sous-marines émises par le trafic maritime », plaide Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine pour IFAW. Une mesure simple à mettre en œuvre, qui aurait aussi des effets bénéfiques sur le climat. Mais en attendant, la croisière, ça use. À lire aussiLes océans se dégradent, malgré des avancées en matière de protection
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