エピソード

  • La France a-t-elle perdu la guerre contre le frelon asiatique?
    2026/04/02
    Malgré un plan d'action national doté de 3 millions d'euros, les autorités français peinent à éradiquer la colonisation du territoire par le frelon asiatique, une espèce invasive présente depuis une vingtaine d'années. Tueur d'abeilles, l'insecte provoque aussi des dégâts dans l'agriculture. Vingt-mille nids détruits en une année. La lutte, en France, contre les frelons asiatiques peut sembler importante, à l’image de la taille de leurs nids, d’énormes boules faites de fibre de bois mâché qui atteignent jusqu’à 80 centimètres de diamètre, généralement perchées dans les arbres. Et pourtant, le frelon asiatique se porte mieux que jamais, en France où il a mis à peine 20 ans pour coloniser la totalité du territoire, mais aussi toute l'Europe de l'ouest et une partie de l'Europe de l'est. Le frelon asiatique vient d’Asie, présent naturellement de l'Afghanistan jusqu'à l'Indonésie. En France, les premiers ont été aperçus en 2005, sans doute arrivés dans une cargaison de poteries chinoises. Et chaque année ils ont avancé de près de 100 kilomètres, sans parler du transport humain qui leur permet de faire des bonds de géant. Peur sur la ruche Cette grosse guêpe aux pattes jaunes, plus petite que le frelon européen, a été classée espèce exotique envahissante, ce qui autorise sa destruction. L’idée de faire la guerre à un animal peut paraître choquante. Mais une espèce invasive, par définition, n'a rien à faire là car elle vient perturber l'équilibre fragile de la nature. « Certains ont la vision d’une espèce vivante qu’il faut respecter en tant que telle. Mais elle n'a rien à faire dans un endroit donné, sachant qu'elle peut avoir des impacts très négatifs qui peuvent conduire à une diminution des populations d'insectes localement, voire la disparition de certaines espèces » souligne Eric Darrouzet, enseignant-chercheur à l'université de Tours, spécialiste des insectes sociaux dont font partie les frelons. Ce sont les apiculteurs, les premiers, qui ont tiré la sonnette d'alarme, en assistant, impuissants, à la disparition de leurs abeilles domestiques. Certaines sont attaquées et tuées par le frelon. Et d'autres, juste terrorisées à la vision d'un insecte deux fois plus gros, posté en embuscade devant la ruche, n'osent plus sortir butiner, et la colonie finit par mourir de faim. Des millions d'euros de pertes Mais les abeilles ne sont pas les seules victimes. « Dans les boulettes de proies que ramènent les frelons à leur nid et analysées par des chercheurs, on a trouvé plus de 150 espèces d'insectes. Dès que les frelons tombent sur un rucher, c'est du pain béni : il y a des dizaines de milliers d'abeilles, de proies potentielles. C’est super intéressant pour récupérer des protéines, pour ramener au nid et nourrir le couvain, les larves en développement », raconte Eric Darrouzet. Les frelons seraient responsables de la disparition prématurée de 20% des abeilles. Juste pour l'apiculture, les pertes se chiffrent en millions d'euros – plus de 5 millions d'euros de préjudice en 2025. Mais le frelon asiatique ne nuit pas qu’à l’apiculture, « il touche aussi d'autres secteurs agricoles, précise Eric Darrouzet, notamment la viticulture et les vergers, parce qu’il va attaquer les fruits avant maturation. On a des baisses de rendement des parcelles qui peuvent être catastrophiques. » Nids détruits, reines piégées Pour tenter d’éradiquer le frelon asiatique, les méthodes sont limitées : détruire les nids et tuer la future reine au printemps. « Si vous détruisez un nid, vous éliminez une colonie. Si vous éliminez la colonie avant fin août, elle ne produira pas de reproductrices. Le piégeage de printemps cible les reproductrices qui se réveillent après leur hivernage. La première chose qu'elles vont faire, c'est rechercher de la nourriture, donc du sucre sur des plantes pour se requinquer et reconstituer leurs réserves corporelles. Le piégeage repose donc sur des appâts sucrés », précise Eric Darrouzet. La semaine dernière, le gouvernement français a présenté un plan d’action national destiné à enrayer la progression du frelon asiatique, doté de 3 millions d’euros. Les espoirs de son éradication semblent abandonnés. « Le frelon est bien installé, confirme Eric Darrouzet. Donc éradiquer cette population invasive semble un peu compliqué. La seule chose que l'on peut faire, c'est d'essayer de diminuer le nombre de colonies pour qu'on ne soit pas trop embêté. » D'autant qu'un autre frelon vient de pointer le bout de son dard : le frelon oriental, un frelon originaire du sud de la Méditerranée, arrivé à Marseille il y a quatre ans. Lui aussi se régale des abeilles, entre autres. Mais lui, on peut encore arrêter sa progression.
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  • Pêche au maquereau en Europe: pourquoi les politiques n'écoutent pas les scientifiques?
    2026/04/02
    L'Union européenne a finalement décidé d'autoriser davantage de captures du poisson à l'avenir menacé. Sur l'environnement, le climat, les pesticides, etc., les alertes de la science sont régulièrement ignorées ou marginalisées. Trois mois pour une volte-face. L’Union européenne révise finalement à la hausse les quotas de pêche du maquereau, en s’en tenant à une réduction de 48% des captures, alors que les scientifiques préconisent une baisse de 70% parce que la survie de cette espèce de poisson est en jeu. On est « au point de rupture », les populations de maquereaux ne seront bientôt plus assez importantes pour se reproduire suffisamment. D'où la nécessité de réduire la pêche. À lire aussiDix choses à savoir sur la surpêche, fléau des océans au fil des siècles L'Union européenne avait d'ailleurs, dans un premier temps, suivi les recommandations scientifiques. « Pendant des mois, on a entendu les dirigeants européens accuser les pays extra-européens que sont la Norvège, l'Islande, les Féroé et le Royaume-Uni d'être des États voyous parce qu'ils refusaient de se mettre en accord avec les recommandations scientifiques, souligne Fabien Randrianarisoa, responsable de la campagne pêche industrielle chez Bloom, l'ONG qui défend l'océan – et ceux qui y vivent. Et on se rend compte à peine trois mois plus tard que l'UE décide de ne plus respecter les avis scientifiques. Cette augmentation-là des captures de maquereaux par l'UE, pour nous, c'est le dernier clou dans le cercueil de cette espèce. » Travail de sape Plusieurs raisons expliquent cette volte-face européenne. D’abord, l’Union européenne n’a pas voulu laisser les pêcheurs britanniques ou islandais profiter de la manne abandonnée quand elle avait décidé, en décembre, de baisser de 70% ses prises de pêche. S’ajoutent le poids des lobbys de la pêche industrielle ainsi que le contexte actuel et la crise pétrolière provoquée par la guerre en Iran. « Il y a un certain nombre d'acteurs économiques, un certain nombre de lobbies industriels qui militent depuis des mois, accuse Fabien Randrianarisoa. Ce travail de sape est donc en train de porter ses fruits, dans un contexte où la pêche est totalement déstabilisée par les coûts du carburant et où les ministres tentent d'éviter un mouvement de colère de grande ampleur dans les ports. » L'Union européenne sacrifie les maquereaux pour protéger les pêcheurs, malgré les alertes scientifiques. La sauvegarde de l’emploi est un argument récurrent en oubliant qu'il n'y aura plus de pêcheurs quand il n'y aura plus de poissons. C'est aussi au nom de l'emploi, des agriculteurs, qu'on a voulu réintroduire des pesticides, comme les néonicotinoïdes, nocifs pour la biodiversité, les abeilles ou les vers de terre. Pour prendre l'exemple d'un autre pesticide, le glyphosate, ce désherbant industriel accusé de provoquer des cancers, l'Union européenne avait renouvelé son autorisation pour dix ans en disant qu'il y avait des lacunes dans les données, que certaines questions restaient en suspens... C'est une autre manière d'agir contre la science, en réclamant toujours plus de preuves alors que les preuves sont là, alors qu'on a n'a jamais autant produit de rapports. Court-terme Un aveuglement volontaire, pour ne pas voir les mauvaises nouvelle. Le premier rapport du Giec (les experts du climat), date de 1990 et on n'a rien fait pendant des années et des années. En 2021, même l'Agence internationale de l'énergie expliquait qu'il fallait arrêter tout nouveau projet gazier ou pétrolier pour respecter l'Accord de Paris sur le climat. Et pourtant, on continue comme avant. Les scientifiques éclairent la décision des politiques, mais les politiques ne prennent pas les décisions. Face à la science, le pouvoir joue la montre. À lire aussiPêche au thon: le jeu trouble de l'Union européenne dans l'océan Indien Politiques et scientifiques ne jouent pas dans la même temporalité. La science, c'est le temps long, quand la politique doit souvent agir à court terme et gérer de multiples contradictions. « Je ne pense pas que la politique se résume au court terme, mais force est de constater que dans la période très instable qu'on connaît en ce moment on n'arrive pas à faire émerger des propositions de réformes sur le temps long », constate Fabien Randrianarisoa, de Bloom, un peu désemparé. Les maquereaux, c'est vrai, ne votent pas aux élections.
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  • Les poissons vont-ils manquer d'oxygène dans l'océan? (Et ce n'est pas un poisson d'avril)
    2026/04/01

    La désoxygénation des mers et océans, provoquée par le réchauffement climatique et l'agriculture, affecte les espèces marines, mais aussi les humains qui vivent de la pêche. Jusqu'à 700 zones mortes sont recensées dans les océans.

    En ce 1er avril, on se devait de parler des poissons, mais attention, ce n’est pas une blague : les poissons pourraient manquer d’oxygène. Comme nous humains, ils en ont besoin pour respirer, et donc pour vivre mais, en cinquante ans, la quantité d'oxygène présente dans les océans a baissé de 2%, et la diminution devrait atteindre 7% d'ici la fin du siècle.

    La désoxygénation est causée par trois phénomènes, et l'homme y est, comme souvent, pour quelque chose. Il y a d'abord le réchauffement climatique : les océans absorbent 90% de l'excès de chaleur dans l'atmosphère, et l’oxygène se dissout dans l’eau chaude ; une eau plus chaude contient ainsi moins d'oxygène, un phénomène particulièrement marqué lors des canicules marines.

    Vie et mort du plancton

    Le réchauffement climatique a ensuite une autre conséquence : la stratification de l’océan, quand les eaux de surface se mélangent moins avec les eaux des profondeurs. « Et quand le mélange diminue, les couches du dessous perdent de l'oxygène. Le plancton et toutes les formes de vie qui sont produites en surface tombent dans l'océan quand elles meurent, et du fait des attaques bactériennes qu'elles subissent, tendent à consommer de l'oxygène. L'oxygène est consommé et il est moins renouvelé », explique Christophe Rabouille, océanographe et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.

    Moins 2% d'oxygène en cinquante ans, c'est une moyenne, et des zones sont beaucoup plus touchées que d'autres. C’est en particulier le cas des zones côtières, et on en arrive à la troisième explication : l'eutrophisation, l'accumulation de nutriments, de l'azote et du phosphore. Les engrais utilisés en agriculture et charriés dans les cours d'eau finissent à la mer. Cet excès de nutriments provoque un excès de micro-algues, qui consomment de l'oxygène. Quand elles meurent et finissent au fond de l’océan, leur décomposition par les bactéries consomme aussi de l'oxygène.

    Quand l'eau devient irrespirable

    Quand les trois phénomènes se combinent (réchauffement, stratification et eutrophisation), comme dans le Golfe du Mexique en été, l'eau devient irrespirable, littéralement. « On s'est effectivement aperçu que la ressource, notamment des crevettes, diminue chaque été, témoigne Christophe Rabouille. En fait, l'eau se réchauffe beaucoup. Sur la partie côtière, l'océan est très stratifié et il y a aussi beaucoup de matières organiques. Ces trois conditions font donc que la teneur en oxygène descend sous des seuils qui sont impropres à la vie. » On recense ainsi quelques 700 zones mortes dans les océans, où l'oxygène a disparu.

    Les poissons, coquillages et crustacés ayant besoin d'oxygène, la désoxygénation de l'océan entraine ainsi des migrations forcées pour les espèces vivantes. « Celles qui sont mobiles se déplacent, et celles qui sont immobiles, si l'oxygène vient à manquer complètement, vont finalement mourir et ainsi pourrir sur place et être consommées par les bactéries, ce qui va encore augmenter la désoxygénation », précise Christophe Rabouille.

    La pêche menacée

    La désoxygénation des océans a aussi des conséquences, in fine, pour les humains. On le voit par exemple au large des côtes du Maroc et de la Mauritanie, une zone de pêche réputée, mais jusqu'à quand ? « Une zone extrêmement riche en plancton et donc en poissons, décrit Christophe Rabouille. L'eau du dessous se désoxygène et donc le poisson, à la fois chassé des eaux de fond par la désoxygénation et pêché par-dessus avec la surpêche dans ces zones-là, tend à diminuer. » Une fois encore, l'homme est à la fois coupable et victime.

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  • El Niño est de retour: quelles seront les conséquences en Afrique?
    2026/03/30
    « L'enfant terrible du Pacifique », comme on le surnomme, est de retour : le phénomène climatique El Niño devrait se former pendant les mois d’été et persister jusqu’à la fin de 2026, voire plus longtemps, avec une chance sur trois de devenir fort durant les mois d’hiver, selon la NOAA, l'agence américaine d'étude de l'atmosphère et de l'océan. Canicules, sécheresses ou inondations, El Niño entraîne des évènements météo mondiaux. El Niño est un phénomène naturel qui a lieu tous les deux à sept ans et qui dure plusieurs mois. Normalement, au-dessus du Pacifique au large de l'Amérique latine, les vents dominants font remonter des eaux froides en surface de l'océan, ce qui rafraîchit l'atmosphère. Mais de temps en temps, ces vents s'affaiblissent. L'eau est donc plus chaude dans cette région et l’atmosphère aussi. Les pêcheurs péruviens l'ont constaté depuis longtemps et ont appelé ce phénomène El Niño, « l'enfant » en espagnol, en référence à Jésus car le phénomène est le plus fort vers la fin de l'année, date officielle de l'arrivée de l'enfant Jésus, dans la croyance chrétienne. El Niño n'a pas que des effets dans la région. Ce réchauffement de l'atmosphère de quelques dixièmes de degrés va bousculer le climat planétaire. On s'attend à des sécheresses en Australie et en Asie du Sud-Est ou à des inondations en Amérique du Nord. Sécheresses et inondations en Afrique En Afrique, en général, une forte sécheresse sévit dans le sud du continent, dans des pays comme le Mozambique, le Zimbabwe ou l'Afrique du Sud. L’Afrique de l’Ouest peut également, dans une moindre mesure, être touchée. Lors du dernier El Niño en 2024, ces sécheresses ont entraîné « des pertes de récoltes et des problèmes de malnutrition et d'insécurité alimentaire pour des millions de personnes », rappelle Benjamin Sultan, climatologue à l’Institut de recherche sur le développement (IRD). L’Organisation mondiale de la météorologie (OMM) note que « les rendements céréaliers globaux en Afrique australe ont été inférieurs de 16 % à la moyenne sur cinq ans – et, dans le cas de la Zambie et du Zimbabwe, de 43 % et 50 % respectivement. Les faibles niveaux d'eau et la faible production hydroélectrique du lac Kariba, le plus grand réservoir artificiel d'Afrique qui se situe entre les deux pays, ont provoqué des coupures d'électricité prolongées et des perturbations économiques ». En Afrique de l'Est, au contraire, El Niño provoque de fortes pluies. En 2024, « des pluies exceptionnellement abondantes et prolongées de mars à mai ont provoqué de graves inondations au Kenya, en Tanzanie et au Burundi », relate l’OMM. Il y a deux ans en Éthiopie, dans la région de Somali, « il s’est mis à pleuvoir très fort, c’était incontrôlable, et la maison s’est effondrée sur nous. Des voisins sont venus nous secourir », témoignait un homme au micro de RFI. « Je plantais beaucoup de choses, du maïs, de la papaye, des bananes… beaucoup de nourriture. Mais il ne reste plus rien des arbres, juste le tronc », se désole un autre habitant. « On utilisait des sacs de terre pour retenir l’eau. Mais au bout de 20 jours, ce n’était plus possible de garder le contrôle, et tout a été emporté. On a retrouvé dans l’eau quatre corps de personnes âgées et beaucoup d’animaux sont morts aussi ». Selon l’OMM, « des centaines de personnes ont perdu la vie et plus de 700 000 ont été touchées ». Au niveau sanitaire, l'humidité favorise aussi le développement des moustiques qui transmettent le paludisme. El Niño s'ajoute au réchauffement climatique Le continent est particulièrement vulnérable, les scientifiques du GIEC estiment que les évènements climatiques extrêmes font 15 fois plus de victimes dans les pays en développement que dans les pays riches. Surtout, El Niño s'additionne au changement climatique d'origine humaine, lui, explique Benjamin Sultan. « Dans un monde qui va être plus chaud, avec El Niño, il va faire encore plus chaud, donc on pourra trouver des températures à des niveaux très extrêmes, peut être insupportables pour certaines plantes, certains animaux, voire les hommes ». L’année 2024 a ainsi été la plus chaude jamais enregistrée. La moyenne des températures mondiales a dépassé pour la première fois 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, le seuil critique fixé par l’Accord de Paris pour lutter contre le changement climatique. « De la même manière, si on a des pluies qui sont plus intenses avec le réchauffement climatique et des sécheresses qui seront plus sévères, là, ça sera d'autant plus intense, d'autant plus sévère si on est pendant un épisode El Niño. Il aggrave finalement les impacts, menace les ressources en eau, l'économie, les infrastructures, la sécurité alimentaire, la santé en Afrique », résume le ...
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  • Pourquoi protéger les poissons qui migrent dans nos rivières?
    2026/03/26

    Anguilles d'Afrique, poissons-chats d’Amazonie, truites des neiges, saumons atlantiques. Des milliards de poissons migrent dans nos rivières et des centaines de millions de personnes dans le monde en dépendent pour vivre. Et pourtant, nous sommes en train de les laisser mourir en silence.

    Les 132 pays qui font partie de la Convention onusienne pour la Conservation des espèces migratrices sont réunis cette semaine au Brésil et à cette occasion, des scientifiques alertent sur la disparition des poissons migrateurs d'eau douce. Leurs populations ont en effet chuté de 81% depuis les années 70. À tel point qu'ils sont aujourd'hui parmi les plus menacés, en particulier les très gros poissons.

    Un déclin invisible à nos yeux car il a lieu sous les flots tumultueux du fleuve Congo, du Mékong ou encore du Nil et un déclin ignoré car nous ne connaissons pas ces champions des longues distances. En Amérique latine par exemple, le silure doré parcourt plus de 11 000 km pour son voyage aller-retour entre les contreforts des Andes et l'embouchure de l'Amazone.

    Signe de notre méconnaissance : en mer, nous savons que le plus gros animal est la baleine bleue et sur terre l'éléphant d'Afrique, mais dans nos rivières ? Il s'agit de la raie géante d'eau douce, qui peut dépasser les 300 kilos.

    Barrages et surpêche, les deux principales menaces

    « Certaines de ces migrations de poissons sont aussi importantes en quantité que la Grande migration des zèbres et des gnous du Serengeti en Afrique, souligne le biologiste Zeb Hogan, de l'Université du Nevada aux États-Unis. Imaginez-vous des milliards et des milliards de poissons qui descendent et remontent les rivières ! »

    Les poissons migrateurs d'eau douce souffrent en premier lieu des barrages que nous construisons sur leur route dans les rivières. Cela réduit le débit dont ils ont besoin dans les fleuves, cela les empêche d'aller se reproduire ou d'élever les petits dans les endroits propices. La surpêche est aussi destructrice. Et les pollutions et le changement climatique les affectent.

    Ces animaux jouent pourtant un rôle crucial dans la bonne santé des rivières, explique Zeb Hogan qui a mené l'étude publiée ce 24 mars 2026 à l'occasion de la Convention pour la Conservation des Espèces Migratrices et qui constitue la première photographie sur l'état des populations de poissons migrateurs d'eau douce.

    « Le meilleur exemple c'est le saumon, indique le scientifique. Les femelles déposent les œufs et les mâles les fécondent en eau douce. De ces millions de saumons qui naissent, la plupart meurent. Et quand ils meurent, cela apporte des nutriments aux écosystèmes des rivières ». Ces saumons sont aussi une nourriture indispensable pour les oiseaux, les ours, les loups, les loutres et toute une série d'animaux.

    10 milliards de dollars par dans le Mékong

    L'enjeu autour des poissons migrateurs d'eau douce est aussi économique. Dans le bassin du Mékong, la pêche pèse près de 10 milliards de dollars chaque année et dans le bassin amazonien, c'est plus de 430 millions de dollars par an. Ces poissons nous nourrissent donc, et ils sont liées à nos cultures.

    « Le poisson-chat géant du Mékong est appelé poisson royal au Cambodge et il existe des cérémonies spéciales pour l'attraper, raconte Zeb Hogan qui parcourt le monde à la découverte des plus gros spécimens de poissons d'eau douce pour une émission de télévision de National Geographic. Et au Bangladesh et en Inde, il y a un poisson migrateur qui est très important pour les mariages ».

    Pour enrayer le déclin des poissons migrateurs, les scientifiques appellent les États du monde à raisonner la pêche, à retirer ou éviter de construire des barrages et à agir pour conserver un débit suffisant dans les fleuves. Surtout, il convient de coordonner ces efforts entre nations car les poissons ne connaissent pas de frontières.

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  • Comment la guerre au Moyen-Orient remet en lumière les vertus de la sobriété énergétique?
    2026/03/25
    En ce début de semaine, les Philippines ont déclaré l'état d'urgence énergétique national. Comme Manille, les gouvernements du monde entier cherchent la parade pour réduire la pression que fait peser la guerre au Moyen-Orient sur les prix et les stocks d'hydrocarbures. Et c'est dans ce contexte qu'un mot ressort enfin du placard : « sobriété ». Sobriété, un terme qu’on n'avait plus entendu depuis le début de la guerre en Ukraine, quand en France les ministres sortaient en col roulé du palais de l'Élysée parce que le président avait voulu montrer l'exemple en baissant le chauffage. Par sobriété, on comprend les politiques publiques, mais aussi nos comportements individuels au quotidien qui, ensemble, font en sorte qu'on atténue la demande en ressources naturelles. Il s'agit de mesures qui garantissent notre bien-être à tous et qui respectent en même temps les limites de notre planète, selon la définition qu'a trouvée Yamina Saheb, l'une des auteures du dernier rapport du Giec et qui a fondé, il y a deux ans, le Laboratoire mondial de la sobriété. À écouter dans C'est pas du ventLa sobriété? Oui mais pour tout le monde! Du télétravail à la baisse des climatiseurs Après le début de la guerre au Moyen-Orient, les premiers à réagir étaient les pays d'Asie. Particulièrement dépendants du pétrole et du gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe, ils ont dû prendre très rapidement des mesures de sobriété concrètes. Le Pakistan a prolongé les vacances scolaires et les fonctionnaires sont passés à la « semaine de quatre jours ». Le Bangladesh a supprimé les illuminations pour la fête nationale. Le Vietnam a généralisé le télétravail et la Birmanie mise sur la circulation alternée. À lire aussiL’effet rebond, ce phénomène insidieux qui complexifie encore la transition écologique Le transport routier représente 45% en moyenne de la demande mondiale de pétrole Le transport routier représente 45% en moyenne de la demande mondiale de pétrole. Pourtant tous les gouvernements ne prônent pas la sobriété dans ce secteur. Pour soulager leurs automobilistes qui souffrent des prix mirobolants à la pompe, l'Italie et l'Espagne, par exemple, ont préféré baisser les taxes sur les carburants au lieu d'inciter à une baisse de la demande. Et l'Autriche leur a emboîté le pas mardi 24 mars. Les ONG environnementales sont vent debout. Selon Viktoria Auer, du WWF Autriche, le gouvernement de Vienne devrait plutôt « baisser les tarifs pour les transports en commun et instaurer des limitations de vitesse. En passant de 130 km/h à 100 km/h, on économise jusqu'à 23% de carburant. Quant aux citoyens, ils devraient envisager de se mettre au vélo pour les trajets courts ». L'Agence internationale de l'énergie a, elle aussi, publié 10 mesures de sobriété, parmi lesquelles le covoiturage, ou encore le retour des réunions par visioconférence plutôt qu'en présentiel. Et comme le rappelle Viktoria Auer du WWF : « Ce sont des habitudes que nous devrons garder à l'avenir. Car au-delà des crises géopolitiques, le réchauffement climatique nous menace. En réduisant notre consommation d'énergie, nous contribuons également à adopter un mode de vie plus respectueux du climat et à baisser les émissions de gaz à effet de serre ». Contrairement à certains discours, la sobriété et la pauvreté sont deux choses différentes : la première est choisie, résultat d'une démarche volontaire, quand la seconde est subie. À écouter dans Le débat du jourLa décroissance : utopie ou solution ?
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  • Quelles alternatives aux engrais chimiques?
    2026/03/24
    La guerre au Moyen-Orient ne fait pas seulement flamber les prix à la pompe, mais aussi ceux des engrais. En effet, 30% des fertilisants chimiques viennent de la région du Golfe. Leur prix augmente comme celui du gaz, nécessaire à leur fabrication. De plus, les cargaisons entières d'engrais sont actuellement bloquées dans le détroit d'Ormuz. Sur les marchés agricoles béninois, les prix des fertilisants chimiques s’envolent. « Avant (le début de la guerre en Iran, ndlr) le sac de l’urée était à 12 000 francs CFA. Maintenant, il est à 20 000 francs CFA », constate Brunelle Guezodje, chargée de programme à l'Association nationale des femmes agricultrices. « Au Bénin, une grande partie des agriculteurs et agricultrices dépendent encore des engrais chimiques, notamment pour certaines cultures comme le maïs, le riz, le coton. Comme les sols s’appauvrissent, les agriculteurs se tournent vers les engrais chimiques à la recherche de rendements rapides. » Le prix d’un sac d’urée qui grimpe de 12 000 à 20 000 francs CFA, cela correspond à une augmentation de 66%. Et cette crise tombe au pire moment, puisque dans l'hémisphère Nord c'est le printemps et donc la saison des semis. À écouter aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde Première option : la substitution Avec la crise causée par la guerre au Moyen-Orient, la question revient sur le devant de la scène. La première option, c’est la substitution. Elle consiste à remplacer les engrais chimiques par les engrais organiques. Et dans la plupart des pays du monde, la principale source d'engrais organique, ce sont les déchets issus de l'élevage, comme le fumier. « Seulement voilà : aujourd’hui la totalité des effluents d'élevage sont déjà utilisés en agriculture », fait remarquer Guy Richard. Directeur de recherche à l'Inrae, il réfléchit donc avec ses collègues à d'autres substituts, comme « une meilleure valorisation des urines d'origine humaine qui pourraient apporter entre 10 et 20% de l'azote aujourd'hui utilisé dans l'agriculture en France. Il faudrait récupérer ces urines dans les zones géographiquement denses : des manifestations sportives, des aires d'autoroute seraient des lieux où on pourrait facilement les collecter. » Pallier la pénurie actuelle d’engrais chimiques par des fertilisants organiques n’est donc pas aisé. La marge de manœuvre est réduite. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient : l'impact sur l'importation d'engrais et d'aliments en Afrique Deuxième option : la reconception de l’agriculture La deuxième option est plus structurelle. Il s’agit de transformer le système agricole en se tournant vers des cultures dont les besoins en azote sont moindres. Les stars de ces cultures sont les légumineuses. « Elles n’ont pas besoin d'être fertilisées », explique Guy Richard, « et elles laissent, une fois récoltées et incorporées au sol, une dose d'azote dans le sol qui peut être valorisée par des cultures suivantes. » Une technique que conseille également Brunelle Guezodje aux agricultrices qu'elle accompagne au Bénin. Pourtant, cette transition vers l'agroécologie ne se fera pas du jour au lendemain. Les freins sont encore nombreux : « L'agroécologie, c'est une agriculture qui est exigeante », souligne l’agronome. « Les producteurs se disent que ça devient compliqué parce qu'il n'y a pas la main-d’œuvre. Il y a aussi des problèmes de marché : les consommateurs veulent acheter des produits agroécologiques au même prix que les produits conventionnels. » En Europe, les deux tiers de l’azote utilisé dans l’agriculture servent à cultiver l’alimentation des animaux de l’élevage. Se rendre moins dépendant des engrais chimiques passe donc également par une politique de rééquilibrage alimentaire entre les aliments à base végétale et ceux à base animale. À lire aussiLes agriculteurs français mis en difficulté avec la flambée des prix en raison de la guerre au Moyen-Orient La crise actuelle relance le débat « Les crises géopolitiques mais aussi climatiques se multiplient », souligne Ronan Groussier. Chaque crise « affecte l'agriculture au niveau local mais aussi les marchés mondiaux parce que cela crée souvent des déséquilibres de production » et menace la sécurité alimentaire, souligne le responsable agriculture au sein du Réseau Action Climat qui estime « qu’il est important de sortir enfin des dogmes d’une productivité théorique maximale à travers un modèle agricole intensif ». Des modèles d’agriculture durable seront plus résilients et robustes face aux crises à venir.
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  • Qu'est-ce qui perturbe la migration des animaux marins?
    2026/03/23

    À l'occasion de la COP15 sur les espèces migratrices, gros plan sur les poissons, les cétacés et autres organismes vivant en mer, grands voyageurs à la recherche de nourriture ou de lieux de reproduction, confrontés au changement climatique et aux activités humaines.

    Le quinzième sommet mondial consacré à la conservation des espèces migratrices (COP15) démarre aujourd'hui à Campo Verde au Brésil, jusqu'au 29 mars. De nombreux animaux parcourent des distances plus ou moins longues pour trouver de meilleures conditions de vie, comme les humains. La recherche de nourriture constitue le principal moteur, et c'est le cas notamment des espèces marines.

    L'une des migrations les plus spectaculaires de la planète se déroule ainsi chaque année au large de la côte sud de l'Afrique. Elle est provoquée par un bloom, une explosion de plancton, qui attire notamment des milliards de sardines qui forment des bancs de plusieurs kilomètres de long, d'immenses tâches qui s'étirent à la surface de l'océan, et qui attire toutes sortes de prédateurs, des manchots, des requins ou des baleines. Un spectacle époustouflant surnommé « le cœur battant de l'océan ».

    22 000 kilomètres aller-retour

    Les baleines sont parmi les plus grands migrateurs marins. Et ce sont les baleines grises du Pacifique Nord qui se déplacent le plus, pour se reproduire, dans des eaux plus chaudes. Le record appartient à une femelle appelée Varvara : en six mois, elle a parcouru plus de 22 000 kilomètres aller-retour, entre l'Arctique russe et le Mexique, à la vitesse moyenne de 6 km/h.

    Mais les activités humaines perturbent le voyage des baleines : la pêche, le bruit des bateaux... « On les voit tourner en rond, faire des carrés et non plus suivre leur trajectoire habituelle. Les animaux vont finir par retrouver leur chemin, mais finalement ils auront dû dépenser plus d'énergie que s'ils n'avaient pas été dérangés », témoigne Noémie Coulon, chercheuse à l'université de Montpellier.

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    Aller simple

    Le changement climatique perturbe aussi les migrations. Des eaux plus chaudes provoquent aussi une migration durable, un aller simple en fait. Les animaux marins se déplacent ainsi de 70 kilomètres tous les dix ans en direction des pôles, pour trouver une eau plus fraîche. « Ce qu'on observe aujourd'hui, ce n'est pas juste un changement de température, mais c'est vraiment une réorganisation des écosystèmes marins », constate Noémie Coulon.

    Certaines espèces migrent aussi en profondeur, d'environ sept mètres tous les dix ans, pour échapper aux activités humaines près des côtes, ce qui n'est pas sans conséquence pour la reproduction et le renouvellement des générations. « Il y a une relation très forte entre la température de l'eau et le temps de développement embryonnaire, plus long à des profondeurs plus élevées, explique Noémie Coulon. Sachant qu'on est sur des espèces qui ont un cycle de vie très lent, on va avoir beaucoup plus de difficultés à renouveler le nombre d'individus. »

    Impacts humains

    Tout ce qui se passe dans la nature a des conséquences pour les humains, l'économie, l'alimentation… « Les changements de migration des animaux peuvent affecter les villes et les pays qui dépendent majoritairement de la mer pour leur apport en protéines. Si des pays qui autrefois avaient une économie fortement basée sur la pêche d'une espèce, et si 50 ans après cette espèce n'est plus présente et qu'elle se retrouve dans le pays voisin, cela peut créer des tensions », souligne Noémie Coulon, du laboratoire Marbec sur l'écologie marine. Le problème des migrations n'est pas celui que certains nous présentent…

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