エピソード

  • G7 environnement: la France manque-t-elle de courage face à Donald Trump?
    2026/04/23
    La réunion des ministres de l'Environnement des pays du G7 aujourd'hui et demain à Paris n'abordera pas directement les questions du climat et des énergies fossiles, des lignes rouges pour les États-Unis. Imaginez venir à Paris sans voir la tour Eiffel. Imaginez participer à un sommet environnement sans parler climat. Inimaginable n’est pas français : la crise climatique est la grande absente de la réunion des ministres de l’Environnement des pays du G7, ce groupe des pays les plus industrialisés, présidée cette année par la France, qui se tient jeudi 23 et vendredi 24 à Paris. Cette réunion inclut une escapade en forêt de Fontainebleau pour l’aspect bucolique, team-building et immersion en pleine nature. Les sujets qui fâchent À ce G7 environnement, on va donc parler de plein de choses, de biodiversité, de désertification ou encore d’océan, mais rien sur le climat en tant que tel, rien sur la sortie des énergies fossiles. Ce n’est pas comme si on avait une crise climatique sur le feu. « Ne pas avoir dans un G7 qui rassemble les pays les plus puissants économiquement et les plus responsables de la crise, cela pose tout simplement la question de l'utilité du G7 », déplore Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat qui rassemble en France une trentaine d’associations en lutte contre le changement climatique. « On a choisi de se concentrer sur des sujets moins conflictuels », assume le cabinet de la ministre française de la Transition écologique Monique Barbut au nom de « l’unité du G7 ». La sortie des énergies fossiles est clairement une ligne rouge pour Donald Trump, lui qui ne jure que par l’or noir. Rapport de force Censure ou autocensure ? La France se veut pragmatique, au risque de paraître lâche : « Ce qu'on constate, c'est un manque de courage, estime Gaïa Febvre. On a finalement peu de pays qui tiennent tête aux États-Unis. On a quand même l'Allemagne, le Canada, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni mais aussi l'Union européenne : dans le rapport de force face aux États-Unis, comment ces pays-là n'ont-ils pas pu imposer de traiter plus directement de la crise climatique ? » Climat et énergies fossiles ne sont d’ailleurs pas les seuls sujets absents de ce G7 environnement : la question « genre et climat », qui pourrait aborder notamment comment la crise climatique touche d’abord les femmes, a aussi disparu. « C’est étonnant parce que la France a sa diplomatie féministe, réagit la Malgache Augustine Rasoamahafaly, de passage à Paris pour représenter la plateforme Femme et développement durable au Women7, une coalition de la société civile organisée notamment par l'ONG Care France pour défendre l’égalité de genre dans les politiques du G7. Comme toujours, les États-Unis sont tellement forts qu’ils refusent d'intégrer le genre et le climat dans leur politique. Mais ensemble, avec les autres pays du G7, peut-être y a-t-il des visions communes pour convaincre les États-Unis et intégrer le genre et le climat dans les décisions politiques ». Pouvoir de nuisance Les États-Unis sont « forts » et restent la première puissance mondiale et le président français Emmanuel Macron tient évidemment à ce que son sommet d’Évian, au mois de juin, soit un succès. « La France veut absolument que Trump soit présent au sommet d’Évian. Mais est-ce que cela vaut la peine de sacrifier les thématiques climat pour conserver ce lien avec les États-Unis au regard du contexte et du comportement des États-Unis qui sont clairement climatosceptiques ?, interroge Gaïa Febvre, du Réseau Action Climat. Ensuite, il n’est pas garanti que les éléments discutés et adoptés lors de cette réunion ministérielle vont atterrir dans la déclaration finale. Et rien ne garantit non plus le comportement des États-Unis entre aujourd’hui et juin. » Rien ne garantit que le pouvoir de nuisance des États-Unis s’arrête là.
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  • Santé et biodiversité: pourquoi faut-il cultiver son jardin?
    2026/04/22
    Cette chronique est une invitation à mettre la main à la terre. Le jardinage a des effets bénéfiques sur le corps humain et sur l'ensemble du vivant. Un simple petit bout de nature chez soi permet d'attirer abeilles, papillons et oiseaux. Le printemps bat son plein dans l’hémisphère nord, synonyme, sous climat tempéré, d'une renaissance de la nature. Une nature qu'on peut d'ailleurs reproduire chez soi, en jardinant. Partout où vous ferez pousser un peu de nature, la nature vous remerciera. Jardiner, c’est d'abord bon pour vous. Le contact avec la nature a des effets tout à fait mesurables sur la santé, le stress : moins de tension, un meilleur rythme cardiaque... Jardiner est plus naturel qu’un antidépresseur ou évidemment scroller sur son téléphone – même si vous y regardez des vidéos de petits chats mignons, ça ne compte pas ! Il n'y a rien de plus naturel que la nature, et c'est cela, un jardin : un petit bout de nature chez soi. D'amour et d'eau fraîche Même si on n'y connait rien, on peut se lancer dans le jardinage. Il suffit de pas grand-chose pour commencer : un peu de terre, une graine, et un peu d 'eau. Le grand botaniste français Francis Hallé, mort il y a quelques mois, expliquait comment sa passion avait germé : à la vue d'une simple plante, une adventice, une mauvaise herbe comme on dit si mal, qui avait poussé dans un pot, sur le balcon de son studio d'étudiant. Sans qu’il ne s’en mêle, la plante avait fleurie. Un miracle, renouvelé : l'année d'après, il y en avait partout, dans tous les autres pots. Le jardinage n’est donc pas si difficile. On pourrait presque dire qu'il suffit d'un peu d'amour et d'eau fraiche. Un peu d'attention, un peu d'eau. Ne pas oublier non plus de nourrir ses plantes, un peu d'engrais (et il y a des engrais naturels), sinon c'est comme une grève de la faim, on s’épuise vite. Il faut juste mettre un peu la main à la terre. Une pratique souvent plus répandue qu'on ne le pense : 60% des Français, par exemple, jardinent régulièrement. Jeunes pousses Mais malgré tout l'amour qu'on porte à ses plantes, on les fait parfois crever. Pas assez d'eau, trop d'eau... Ce n’est pas grave, on apprend de ses échecs. C'est comme dans la startup nation, on ne pointe pas au RSA quand on a coulé sa boîte ; on retente une jeune pousse… Jardiner est bon pour soi, et pour la biodiversité. En plantant juste de l'herbe, des graminées, vous attirez déjà toute une vie, une microfaune, des insectes, des vers de terre et même des oiseaux qui viendront manger les graines. Choisissez aussi des plantes à fleurs, qui attireront des pollinisateurs. Vous verrez des papillons, des abeilles... Vous serez sûrement surpris en découvrant quantité d'espèces d'abeilles. Rien qu'à Paris, on compte près d'une centaine d’espèces d'abeilles sauvages. Evidemment on évitera de jouer au petit chimiste ; dans un jardin sans pesticides, on trouve deux fois plus d'espèces de papillons. On peut aussi éviter de tondre son gazon, ou alors au moins laisser quelques bandes d'herbes pousser. Corridors écologiques Même un tout petit jardin compte. Même quelques jardinières à sa fenêtre, c'est déjà ça, c'est un bon début. Bien sûr, plus un jardin est grand et plus il attirera de la biodiversité. En Europe, 82% des habitants ont accès à un jardin privé, et dans les villes, la surface totale de ces jardins privés dépasse souvent la superficie des parcs et jardins publics. Au Royaume-Uni, les jardins privés totalisent 1 million d'hectares, ce qui représente presque trois fois la superficie des réserves nationales. L'intérêt des jardins en ville, c'est qu'ils constituent une mosaïque de micro-habitats. Tous ces jardins, les uns après les autres, forment des corridors écologiques pour les espèces qui peuvent passer de l'un à l'autre. Cela dit, le plus beau jardin n'est sûrement pas chez vous : il est dans la nature !
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  • Pourquoi les sargasses envahissent-elles chaque année les plages des Caraïbes?
    2026/04/21
    La saison des sargasses a commencé et elle s'annonce record. Ces algues brunes ont de forts impacts sur la santé, la biodiversité et l'économie. C’est une question que les habitants de la Caraïbe se posent depuis 15 ans maintenant, depuis la première arrivée spectaculaire de sargasses sur leurs îles : pourquoi ces algues ont-elles pris l’habitude de venir s’échouer sur leurs côtes et leurs plages, en formant d’immenses tapis marronnasses, parfois d'un mètre d'épaisseur, dégageant une odeur d'œuf pourri lorsqu’elles se décomposent hors de l’eau, avec de gros impacts sur la santé, l’économie et la biodiversité ? Les premières invasions de sargasses remontent à 2011 et sont liées au changement d'un courant marin l'année d'avant. Jusqu'ici, les sargasses vivaient tranquillement leur vie, sans déranger personne, en mer des Sargasses, en plein océan Atlantique, à hauteur de New-York, là où Christophe Colomb les avait aperçues. « Il y a eu un transport de sargasses depuis la mer des Sargasses vers une zone plus au sud, le centre de l'Atlantique tropical, où elles ont trouvé des conditions d'ensoleillement, de température et de concentration en nutritifs beaucoup plus favorables à leur prolifération. Puis, à partir du printemps, elles vont migrer sous l'influence des alizés vers l'intérieur de la Caraïbe », explique Julien Jouanno, océanographe à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement, au sein du LEGOS, le Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales. Biomasse considérable Une deuxième mer des Sargasses s’est en quelque sorte constituée, et dans cette eau plus chaude pendant toute l’année, les algues brunes prolifèrent, visibles depuis l'espace, sur des milliers de kilomètres. Le phénomène touche tout le golfe du Mexique. Le record d’échouements de l’an dernier devrait être battu cette année. Le port de La Désirade, en Guadeloupe, a déjà été bloqué plusieurs jours, les sargasses empêchant la navigation. Le problème est tel que Météo-France publie carrément une météo des sargasses et prévoit pour les prochains jours « des arrivées massives », « une biomasse toujours considérable », « des menaces qui s’étendent vers la Caraïbe ». Beaucoup de questions se posent encore sur les sargasses, et beaucoup d’hypothèses ont été avancées pour tenter d’expliquer leur prolifération : le réchauffement climatique, l'apport de nitrates charriés par l'Amazone, ce qui a été démenti... En fait, la sargasse est opportuniste. « Elle va être capable de stocker dans ses tissus des nutritifs jusqu'à trouver des conditions, par exemple de température, qui soient favorables à sa croissance. Elle est également capable de fixer l'azote de l'atmosphère, un avantage très important dans des régions où les concentrations en azote dans l'océan sont souvent très faibles. Et la question qui se pose, c'est : est-ce qu'à un moment, on va arriver dans un plateau ou est-ce que le phénomène va continuer de s'amplifier et peut-être de se propager à de nouvelles régions ? », se demande Julien Jouanno. Des milliards d'euros d'impacts C'est clairement une espèce invasive, qui fait moins de bruit qu'un ouragan, des dégâts moins spectaculaires, mais qui coûte des milliards d'euros chaque année, entre le ramassage, les pertes économiques (le tourisme en particulier), et la santé. Cette odeur d'œuf pourri, quand les algues se décomposent, c'est du sulfure d'hydrogène, provoquant notamment nausées et maux de tête, et qui oblige parfois à fermer des écoles. « Il y a un suivi des populations qui vivent à proximité des zones d'échouage puisque ces dégagements gazeux peuvent entraîner des problèmes de santé, souligne Pascal Jean Lopez, directeur de recherche au CNRS. Ces problèmes d’acidité dans l’air entraînent aussi, notamment, des corrosions sur l’électroménager lors d'échouages importants ; frigo et télé meurent » à cause des sargasses. Marée brune Les sargasses s’en prennent aussi à la biodiversité. Certes, ces marées brunes n'ont pas le même impact qu'une marée noire, mais elles sèment aussi la mort. « Leur dégradation va produire du lixiviat, des eaux marron qui vont empêcher la lumière de traverser la colonne d'eau, ce qui va donc avoir un impact négatif sur les récifs. Elles vont pouvoir aussi étouffer les mangroves et les herbiers marins qui sont des zones extrêmement importantes pour la biodiversité de la Caraïbe, déjà fragilisée par le réchauffement climatique et les activités anthropiques », précise Julien Jouanno. Mais les sargasses ne sont pas que des ennemies de la biodiversité. En plein océan, ces radeaux d'algues sont des refuges pour plus de 300 espèces. « Certains organismes dits endémiques ont évolué avec la présence de sargasses. Il y a certains poissons absolument magnifiques...
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  • En RDC ou au Sénégal, en quoi les satellites sont-ils des lanceurs d'alerte climatiques?
    2026/04/20
    À l'occasion de la conférence NewSpace Africa, gros plan sur le rôle du secteur spatial dans la connaissance des phénomènes environnementaux, pour prévenir des catastrophes. En Afrique, les satellites compensent le manque d'instruments au sol. Si vous voulez mesurer l'étendue d'une forêt, c'est plus rapide avec une photo satellite qu'en comptant les arbres un par un... L’utilité des satellites dans la connaissance des phénomènes climatiques et environnementaux n’est plus à démontrer – plus de la moitié des variables climatiques et environnementales ne sont observables que depuis l'espace. Alors que s’ouvre ce lundi 20 avril à Libreville au Gabon la conférence NewSpace Africa consacrée à l'innovation spatiale, les satellites s’avèrent particulièrement utiles au continent africain, plus encore qu’à l’Europe par exemple, en raison du manque d’appareils au sol en Afrique. Dix centimètres de marge d'erreur « Aujourd'hui, on n'a quasiment pas d'instruments au sol qui mesurent les paramètres hydrométéorologiques, témoigne Benjamin Kitambo, enseignant-chercheur aux universités de Kinshasa et Lubumbashi et directeur scientifique du projet Initiative science pour le Bassin du Congo, un immense territoire de plus de 3 millions et demi de kilomètres carrés le long du fleuve Congo. Il y a de plus en plus d’inondations et de sécheresses, qui sont de plus en plus violentes. Les satellites ont donc un rôle très important et très crucial dans notre société parce qu’ils nous donnent des outils pour adopter des mesures résilientes face au changement global auquel on fait face actuellement. Les données satellites voient partout et de manière régulière. » Les satellites permettent un saut technologique, et leur précision est remarquable : sur la hauteur d'eau du Congo, la marge d'erreur est de 10 centimètres seulement. Le signal pour semer Les satellites permettent de bien voir ce qu'on voit mal depuis la Terre, par exemple pour prévenir les catastrophes climatiques. Ils ont permis de suivre la dernière invasion de criquets en Afrique de l'Est. Ils sont aussi un outil pour l'agriculture en alertant les paysans pour qu'ils commencent à semer juste avant la saison des pluies. Les satellites Météosat, géostationnaires, en position fixe, à 36 000 kilomètres au-dessus du golfe de Guinée, couvrent l'Afrique et l'Europe. Situés au-dessus de l'Équateur, là où on voit le mieux. « Des choses qu'on voit très bien, notamment avec les satellites géostationnaires sont par exemple le déplacement des cyclones, des tempêtes de sable, l'évolution de la végétation, les feux également, les nuages annonciateurs d'orages et donc qui créent souvent des inondations. Toutes ces observations qui sont faites en continu sur l'ensemble de l'Afrique par les satellites permettent aux prévisionnistes africains de pouvoir lancer des alertes », explique Vincent Gabaglio, chargé de relations internationales à EUMETSAT, l'organisme européen qui gère les satellites météo Météosat. Premier satellite sénégalais Mais l'Afrique commence à développer ses propres satellites. C'est le cas du Sénégal, qui a lancé son premier satellite en 2024, GaindéSat, chargé de collecter les données des instruments de mesures environnementales au sol, avant de les retransmettre en temps réel ; c'est un avantage certain quand il faut prendre une décision rapide. « Pour accéder à ces données, il faut parfois envoyer quelqu'un sur place ou bien utiliser le réseau téléphonie. Il y a des zones qui ne sont pas couvertes par Internet et cela coûte cher aussi. Alors que quand vous faites cette connexion-là, depuis votre bureau, vous récupérez directement les données, souligne Gayane Faye, professeur à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar et coordinateur du projet. S'il y a une période de crue du fleuve Sénégal, par exemple, ce dispositif permet de récupérer plus rapidement les données de façon beaucoup plus fiable et donc permet à l'autorité d'avoir la bonne information à temps pour prendre la bonne décision. » Les satellites qu’on lance dans l’espace sont des lanceurs d'alerte.
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  • Pourquoi ne faut-il pas jeter n'importe quoi dans ses toilettes ou son évier?
    2026/04/16
    Les canalisations ne sont pas des poubelles. Lingettes, médicaments ou huiles de cuisine finissent trop souvent dans les eaux usées, ce qui entraine surcoûts et pollutions de l'environnement. C’est un geste anodin, qui peut entraîner des conséquences ennuyeuses. Jeter ce qu’on trouve dans ses poches ou se débarrasser de n’importe quel objet en le jetant au fond de la cuvette des WC n’est pas une bonne idée, tout simplement parce que les toilettes ne sont pas des poubelles. Même si ce n’est pas toujours le cas sur l’ensemble de la planète, nos eaux usées arrivent normalement dans des stations d'épuration, où elles sont traitées, nettoyées, avant d'être rejetées dans les rivières, qui finiront, elles, par se jeter dans la mer. Mais les usines d'assainissement ne servent, en gros, qu'à nettoyer pipi et caca. « On peut croire parfois que le système d'assainissement est une poubelle. Or, ce n'est pas le cas. Et d'ailleurs, il faut en finir avec l'expression du tout à l'égout. Le tout à l'égout, c'était une expression qui faisait sens il y a un siècle mais plus maintenant : on ne met pas n'importe quoi dans l'égout », insiste Vincent Rocher, le directeur de l'innovation, de la stratégie et de l'environnement du SIAAP, le syndicat en charge des eaux usées de la région parisienne. Le danger des lingettes Le premier objet à bannir de ses toilettes est la grande ennemie des stations d'épuration : la lingette, antiécologique au possible. D’abord réservée aux restaurants sous la forme de rince-doigts au parfum citron discutable, la lingette est devenue grand public dans les années 90 pour nettoyer les fesses de bébé, avant de servir à faire le ménage. On a même inventé la lingette pour nettoyer les fruits et les légumes, sans que lesdits fruits et légumes soient garantis sans pesticides. Chaque année, les Français consomment 7 milliards de lingettes. Mais « les lingettes, ça bouche, rappelle Vincent Rocher. À l'échelle de l'agglomération francilienne, on va récupérer à l'entrée de nos usines plusieurs tonnes de lingettes tous les jours. Et elles peuvent conduire à dégrader le traitement, ce qui peut conduire à rejeter des eaux moins bien traitées à la rivière. Et tout cela a un coût. À l'échelle de l'Europe, c'est entre 500 millions et un milliard d’euros de surcoûts par an ». Monstre de graisse D'une manière générale, on évite de jeter tout ce qui peut boucher le réseau, y compris ses propres canalisations : le coton, les tampons périodiques, les préservatifs, le marc de café – qui peut absorber les mauvaises odeurs mais ne rend pas plus fluides ses canalisations, bien au contraire, et contrairement à une idée reçue. Verser dans l’évier de la cuisine les graisses et les huiles de cuisson n’est pas non plus une bonne idée. « Quand elles sont chaudes, elles sont bien fluides, mais quand elles refroidissent, elles ont une capacité à se figer. Et lorsqu'elles sont introduites en trop grande quantité, cela peut poser des problèmes de colmatage des systèmes. Ce sujet nous concerne tous en tant que petits utilisateurs, parce qu'un grand nombre de petits utilisateurs, cela fait finalement des grandes quantités », souligne Vincent Rocher. À la fin de l'année dernière, un « monstre » de graisse a ainsi été découvert dans les égouts de Londres, composé d'huile et de lingettes. Il mesurait 100 mètres de long et pesait une centaine de tonnes... Poissons sous Prozac Il y a aussi le problème des médicaments. Ses médicaments périmés, on les ramène à la pharmacie, on ne les jette pas dans les toilettes. « On retrouve dans nos réseaux des molécules qui sont présentes à l'état de traces, partiellement ou plus ou moins éliminées en fonction de leurs propriétés, avec d'éventuels impacts sur la biodiversité », explique Vincent Rocher. Même s’il s’agit de quantités minuscules, elles s'accumulent dans les organismes avec des effets sur la croissance et la reproduction des poissons. On s'est aussi rendu compte que le Prozac, le célèbre anti-dépresseur, retrouvé dans les rivières augmentait la prise de risque de certains poissons face aux prédateurs. Nos gestes individuels ont en fait des conséquences collectives. Il faudrait même se dire que tout ce qu'on verse dans son évier, on le boira peut-être un jour. « Ce qu'il y a dans nos eaux, hein, c'est ce qu'on y met, rappelle Vincent Rocher, du SIAAP, le service public de l'assainissement de la région parisienne. On a l'impression que la chasse d'eau, c'est quelque chose de magique. Une fois qu'on l'a tirée, tout disparaît. Bien entendu, tout cela n'est pas tout à fait vrai… » L'écologie commence à la porte des WC.
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  • Comment peut-on mourir de soif au Soudan?
    2026/04/15
    La question de l'eau est centrale est dans la guerre civile soudanaise, déclenchée il y a tout juste trois ans. L'eau est une arme de guerre, aggravée par la crise climatique. On meurt de soif au Soudan, et l'énoncé de cette phrase peut paraître inconcevable, nous ramenant à l'injustice la plus cruelle de l'humanité, dans l'un des guerres les plus cruelles de la planète – une guerre civile qui a éclaté il y a tout juste trois ans, le 15 avril 2023. La question de l’eau est centrale dans ce conflit qui a provoqué des dizaines de milliers de morts, et plus d’une dizaine de millions de personnes déplacées. En novembre dernier, quand les paramilitaires s’emparent d’El-Fasher, la grande ville du Darfour, des milliers et des milliers d’habitant s’enfuient et prennent la route pour rejoindre, ou tenter de rejoindre, la ville de Tawila. « Il fallait traverser cette immensité, marcher pendant 70 kilomètres sans accès à l'eau pour des personnes qui étaient extrêmement dénutries. Les gens qui ont pu arriver ont rapporté qu'ils ont dû abandonner familles et amis sur la route, parce qu'eux-mêmes ne pouvaient pas les porter. Ils étaient trop faibles et ils en sont morts », raconte Amande Bazerolle, responsable des opérations d'urgence de l'ONG Médecins sans frontières au Soudan. Morts, viols et maladies L'eau est aussi une arme de guerre au Soudan. Des infrastructures ont été bombardées, souvent de manière volontaire. Le manque d'électricité empêche aussi les pompes de fonctionner. Dans certaines régions, selon l'Unicef, plus de la moitié des systèmes d'eau sont hors service. Et quand il y a de l'eau disponible, il faut souvent marcher des kilomètres pour aller la chercher, au risque de se faire violer. « Ce sont très souvent les femmes ou les enfants qui ont la charge d'aller chercher de l'eau et qui sont extrêmement exposés et vulnérables, souligne Amande Bazerolle. Dans cette guerre, on a aussi vu que le viol a été utilisé comme une arme de guerre pour faire plier la société soudanaise. Certaines ethnies sont ciblées et sont donc les plus exposées de manière quotidienne à ces risques de viol ». Le manque d'eau entraine aussi des maladies. Des épidémies de choléra, notamment, ont tué des milliers de personnes. La crise de l'eau aggrave la crise humanitaire. Certains en sont réduits à boire l’eau du Nil. « Avec mon petit frère, on ramène tous les jours deux gros seaux et trois petits. Ce n’est pas assez, mais on se débrouille. On s’en sert pour cuisiner, se laver et boire. L’eau est sale, elle nous rend malades, mais on n’a pas le choix », témoignait une petite fille de la banlieue de Khartoum, Iman Abdallah, au micro de l’envoyée spéciale de RFI Gaëlle Laleix. La crise climatique aggrave la crise humanitaire La guerre au Soudan a en fait aggravé une situation déjà dramatique. Avant le conflit, on estimait qu'un Soudanais sur trois n'avait pas accès à l'eau potable, et le changement climatique n'arrange rien, avec une aggravation des phénomènes extrêmes, de graves inondations en saison des pluies, et des sécheresses plus intenses qu'avant. « Dès que la saison des pluies arrive, elles sont très intenses et ont tendance à dégrader et à éroder les terrains avec le risque d'abimer les cultures, explique Amande Bazerolle de MSF. Aujourd'hui, on voit que les précipitations se sont réduites ces dernières années. La saison des pluies n'apporte plus autant d'eau qu'avant, ce qui pèse évidemment sur les nappes phréatiques pour le reste de l'année pour les populations ». Le Soudan endure à la fois une crise climatique, une crise humanitaire et une crise de l'eau. Même dans un pays traversé par l'un des plus grands fleuves au monde, on peut manquer d'eau, et en mourir.
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  • Israël convoite-t-il l'eau du Liban?
    2026/04/14
    Des discussions de paix s'ouvrent ce mardi à Washington entre Israéliens et Libanais, alors que l'État hébreu entend occuper le Sud-Liban jusqu'au fleuve Litani. En raison de ses ressources hydriques, le Liban est considéré comme le château d'eau de la région. La gestion de l'eau est-elle une des raisons de cette guerre ? Ce sont les premières discussions directes depuis 1993. Les ambassadeurs israéliens et libanais aux États-Unis se retrouvent ce mardi à Washington pour tenter de mettre fin aux bombardements de l’armée israélienne et du Hezbollah. Et ce alors que l'État hébreu entend instaurer une zone tampon au Sud-Liban, jusqu'au Litani, le fleuve de 170 kilomètres qui traverse le pays d’est en ouest, qui ne coule dans aucun autre pays en prenant sa source dans la Bekaa et en se jetant dans la Méditerranée. Le Litani est un pilier du Liban, et le Liban est une exception dans une zone où l'eau est rare. À tel point que le pays du Cèdre est aussi surnommé « le château d'eau » de la région. « Dans la région, le Liban est le seul pays qui dispose de ressources naturelles très diversifiées, par comparaison avec l'état de la ressource en eau des pays voisins, souligne Charlotte Touzot-Fadel, docteure en droit, spécialisée en droit de l'environnement. Le Liban est traversé par plusieurs cours d'eau, dont le fleuve Litani, dont on parle beaucoup. Et il y a surtout une quantité assez importante de neige, ce qu'il n'y a pas dans les pays voisins. Ces neiges vont alimenter également les cours d'eau, le fleuve Litani, les nappes phréatiques. Ce bon état de la ressource en eau naturelle du pays le caractérise et en fait vraiment un objet de convoitise ». En particulier de la part d’Israël. « Frontière naturelle » Avant même la création du futur État juif, le mouvement sioniste parle du fleuve Litani comme d'une « frontière naturelle d'Israël ». Dans les années 70, l'armée israélienne lancera même « l'Opération Litani ». Plus tard, de 1982 jusqu’en 2000, Israël occupera le Sud-Liban jusqu'au fleuve. Et aujourd'hui, c'est une zone tampon qu'Israël veut instaurer jusqu'au cours d'eau, en expulsant toutes les populations et en tentant d’y rendre la vie impossible. Officiellement, c'est une question de sécurité face au Hezbollah, mais dans la région, la question de l'eau est omniprésente. « Depuis la première partie du XXe siècle, cette question de la raréfaction de la ressource en eau se pose. Et en raison des conséquences du changement climatique, cette ressource va devenir dans la région un point crucial de négociation, de marchandisation et de pression de façon globale », estime Charlotte Touzot-Fadel. Pour Israël, la question de l'eau est majeure. Structurellement, le pays est en déficit hydrique. Et l'histoire des annexions territoriales peut se lire aussi comme la volonté de sécuriser son accès à l'eau. C'est le cas de l'occupation du plateau du Golan, depuis 1967, déclenchée en partie par la volonté des pays arabes de détourner une partie de l’eau du Jourdain. Après la guerre des Six-jours, Israël va s’assurer le contrôle de ses eaux. Arme de guerre et but de guerre L'implantation des colonies en Cisjordanie est aussi une question d'eau, qu'Israël partage à son gré, et le partage est très inégal. Selon une étude d'Amnesty international, il y a quelques année, 80% de l'eau revient aux Israéliens, les 20% restants aux Palestiniens. L'eau est même devenue une arme pour chasser les Palestiniens, comme nous le racontait l'an dernier Alice Moreno dans un reportage tourné après le sabotage, par des colons, d'une station de distribution d'eau. « Ils ont pris le contrôle des ordinateurs qui permettent normalement d'envoyer l'eau vers les villages. Couper l'eau comme ça, c'est un moyen d'assoiffer les gens et de tenter de les déplacer », témoignait un Palestinien. On parle ainsi d'une militarisation de l'eau. L'eau est une arme de guerre, et une raison de faire la guerre. « La valeur d'un territoire se mesure, notamment par la présence ou non de ressources naturelles et notamment de la ressource en eau. Donc derrière la militarisation de la ressource, c'est le contrôle tout simplement de la ressource et donc le fait de monopoliser ou non cette ressource qui va être un enjeu clé ensuite, non seulement de géopolitique dans un premier temps, mais ensuite de construction et de développement d'une société », analyse Charlotte Touzot-Fadel. L'eau se fait de plus en rare, les guerres de moins en moins.
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  • Y a-t-il de la vie sous les éoliennes et les panneaux solaires?
    2026/04/13
    Le plan français d'électrification de l'énergie, dont le gouvernement vient de dévoiler une partie, passe notamment par les énergies renouvelables. Eolien et photovoltaïque peuvent nuire à la biodiversité, mais pas toujours. L'électrification est en marche. Le Premier ministre français a dévoilé vendredi soir une partie du plan destiné à renverser la tendance énergétique, pour que la France se sèvre un jour des énergies fossiles, en misant davantage sur le nucléaire et les énergies renouvelables, qui produisent de l'électricité sans émettre de gaz à effet de serre. Elles peuvent toutefois porter atteinte à la biodiversité. Il y a de la vie sous les panneaux solaires et les éoliennes, mais il y a aussi des morts. Les centrales photovoltaïques, d'immenses champs plantés de panneaux solaires, peuvent nuire à l'activité de certaines espèces, comme les pollinisateurs, notamment les abeilles. « Ces pollinisateurs visitent beaucoup moins la végétation qui est sous les panneaux pour deux raisons principales, détaille Raphaël Gros, professeur à l'Université d'Aix-Marseille et à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie. On a beaucoup moins de fleurs. Et puis ces abeilles ne vont pas rencontrer des conditions très intéressantes à leur activité. Il fait en été un peu plus frais, c'est à l'ombre... » Des impacts contrastés Mais cette ombre des panneaux solaires a aussi des atouts. Dans les zones arides, l'ombre peut favoriser un microclimat et la végétation peut s'y développer. Ailleurs, le manque de lumière peut aussi avoir un effet stimulant. « On constate par exemple des situations où la végétation est assez abondante, pour pas dire assez luxuriante. Par le manque de lumière, les plantes devoir trouver des solutions pour aller capter cette lumière. Et généralement, elles produisent davantage de feuilles ou des feuilles qui sont plus longues. Mais c'est aux dépens des fleurs », explique Raphaël Gros. Les impacts des panneaux solaires sur la biodiversité sont souvent contrastés, en fonction des écosystèmes, des endroits où ils sont implantés. Comme le soleil, le vent est une énergie gratuite, sans pollution. Mais les éoliennes, sur terre et en mer, peuvent tuer les oiseaux, surtout quand elles sont installées sur les routes migratoires. Elles peuvent aussi tuer les chauve-souris attirées par les petites lumières qui clignotent pour que les avions les repèrent. Les chauve-souris peuvent mourir juste en s'approchant : le changement de pression de l'air (avec l'extrémité des pâles qui tourne à 200 km/h) provoque des hémorragies internes. Enfin, des études ont aussi montré que les éoliennes pouvaient tuer des milliards d'insectes. L'effet récif Les éoliennes en mer ont aussi un impact sur la faune marine. Le bruit du chantier peut tuer des animaux. En tout cas les perturber fortement. Mais il peut y avoir aussi des effets positifs. Les socles des éoliennes forment des récifs artificiels, pour des algues, des moules, ce qui attire toute une population d'espèces marines. Et si la pêche y est interdite, ce sont des refuges pour les poissons. Mais en France, à ce jour, rien de tel n'est prévu. « Là, il y a un vrai enjeu, estime Cédric Marteau, le directeur général de la LPO (la Ligue pour la protection des oiseaux). Est-ce qu'on suit les travaux scientifiques sur ce qu'on appelle l'effet récif pour voir un peu si s'y concentrent des poissons, des coquillages et comment tout cela se dynamise, à condition évidemment de ne pas les prélever ? En France, on n'a aucune certitude qu'il n'y aura pas de pêche dans les zones de parc. » Il peut y avoir conflit entre climat et biodiversité mais on doit concilier les deux, et on le peut. « Que cette volonté de diminution des impacts climatiques se fasse au détriment du vivant, ce n'est pas acceptable, insiste Cédric Marteau, de la LPO. On a fait la démonstration que les secteurs favorables étaient évidemment beaucoup plus nombreux que nécessaires pour la production qui est envisagée. Donc évidemment, n'opposons pas ces deux politiques publiques qui sont des politiques d'urgence. » Pour lutter contre la crise climatique, on a besoin des renouvelables, mais on a besoin aussi de la biodiversité.
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