エピソード

  • Projet de gazoduc Nigeria-Maroc: l'Afrique a-t-elle vraiment besoin de gaz?
    2026/08/03
    L'Afrique de l'Ouest doit-elle dépenser 23 milliards d'euros pour construire un nouveau gazoduc et prolonger sa dépendance aux énergies fossiles ? À l'inverse, peut-on empêcher le continent de se développer alors qu'il n'est pas responsable de la crise climatique ? Voici les éléments du débat. Le projet est gigantesque. Un gazoduc long de 7 000 kilomètres, le long des côtes de 13 pays d'Afrique de l'Ouest, entre le Nigéria et le Maroc, pour un budget prévisionnel de 23 milliards de dollars. Il y a huit jours, les pays de la Cédéao, la Communauté économique d'Afrique de l'Ouest, ont finalement donné leur feu vert à ce projet énergétique ancien, au nom du développement économique de l'Afrique. Un moteur de croissance Pour ses promoteurs, malgré son coût faramineux, le gazoduc sera un moteur de croissance et d'emplois. « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores, comme les industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz », a ainsi expliqué à Alexis Bédu du service Économie de RFI la directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc, Amina Benkhadra. Mais dans un XXIe siècle traversé par des crises climatiques de plus en plus violentes, faut-il encore investir en faveur d'une énergie fossile ? Certes, le gaz est un peu plus « propre » que le charbon et le pétrole, deux fois moins émetteur de CO2 que le charbon pour la production d'électricité par exemple. 600 millions d'Africains sans lumière Le problème de l'Afrique est-il aujourd'hui la production d'énergie renouvelable ou tout simplement l'accès à l'énergie, quelle qu'elle soit ? Et à condition encore que le gazoduc ne serve pas d'abord à l'exportation du gaz vers l'Europe... 600 millions d'Africains n'ont toujours pas d'électricité, la base pour avoir de la lumière, cuisiner sans charbon ou pouvoir utiliser un frigo... L'Afrique n'est aussi responsable que de 4% des émissions de CO2, loin, si loin derrière les pollueurs historiques. L'Afrique a droit à l'énergie pour se développer, comme le stipule l'ONU. Mais ce gazoduc, s'il voit un jour le jour, ne risque-t-il pas d'enfermer les pays dans une dépendance au gaz, avec une conséquence, retarder le déploiement des énergies renouvelables ? C'est l'argument développé par certains experts et ONG, parce qu'un gazoduc à 23 milliards d'euros, il faut l'amortir. Transition énergétique retardée « Ces infrastructures gazières, vu les montants d'investissements nécessaires, ont besoin de fonctionner sur plusieurs décennies pour être rentabilisées, au moins 20, 30, 40 ans ou plus. Et dans ce cas, le pays est bloqué dans sa transition puisqu'il doit continuer d'utiliser cette infrastructure gazière, estime Justine Duclos-Gonda, chargée de campagne pour Reclaim Finance, une ONG qui travaille sur le financement de la transition énergétique. C'est quand même préoccupant, voire alarmant, de voir qu'on dédie de telles sommes d'argent à ce type d'infrastructures. Ce sont des montants qui ne sont pas utilisés pour le développement des infrastructures renouvelables. » Outre qu'elles permettent de lutter contre la crise climatique, les énergies renouvelables présentent plusieurs avantages pour l'Afrique. Prenons le cas du solaire : 7 des 10 pays dans le monde les plus ensoleillés sont en Afrique. Le soleil, c'est gratuit, alors que le prix du gaz est très volatil sur le marché des matières premières. Le soleil, c'est gratuit L'un des freins à l'électrification de l'Afrique se trouve aussi au niveau des infrastructures. Mais avec le solaire, nul besoin de construire de lignes électriques. Le prix des batteries pour stocker l'énergie solaire s'est effondré et on peut construire n'importe où des mini-centrales solaires. « L'intérêt aussi des énergies renouvelables, c'est qu'en parallèle de grosses infrastructures qui vont produire des grosses quantités d'énergie, on peut vraiment développer des petites infrastructures décentralisées au niveau des foyers, des villages ou des industries pour accélérer et massifier le déploiement des énergies renouvelables. Et c'est notamment le cas du solaire », poursuit Justine Duclos-Gonda. Gaz ou pas gaz, l'enjeu reste le même : que l'Afrique ne soit plus « le continent noir » comme on le voit de l'espace, la nuit, sans lumière.
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  • Pourquoi faut-il privilégier les maisons en bois?
    2026/09/02
    Les constructions en bois sont un outil de lutte contre le changement climatique. Le matériau issu des forêts présente de multiples avantages par rapport au béton. Une maison en bois stocke du CO2 de la même manière qu'un arbre. Replongeons dans nos souvenirs d’enfance, avec l’histoire des « Trois petits cochons ». Face au grand méchant loup, leurs maisons en paille et en bois ne font pas long feu, et seule la maison en brique résiste. Mais ça c'était avant la crise climatique : aujourd’hui le bois s'impose comme le matériau roi, surtout face au béton. Ce dernier est tellement pratique, tellement répandu, mais au bilan carbone tellement déplorable. « L'objectif est d'avoir la neutralité carbone en 2050, rappelle Laurent Bléron, enseignant-chercheur à l'Enstib, l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois, à Épinal, dans l'est de la France, la seule école publique d'ingénieurs bois en France. Pour cela, il va falloir utiliser des matériaux biosourcés, dont le bois fait partie. C'est sûr que la transformation du bois par rapport à la transformation du béton est nettement moins énergivore. Et en plus, dans le produit bois, il y a du CO2 qui est stocké. Tout ça est largement bénéfique pour le bois. On a même un bilan négatif. » Un bilan carbone négatif, parce qu'une maison en bois, c'est comme un arbre, elle stocke du CO2, le principal gaz à effet de serre. À lire aussiConstruction: quels sont les atouts du bois de réemploi? Le bois ne brûle pas (pas tout de suite) Aujourd’hui en France, environ 7 % des logements neufs sont en bois, et 15 % des bâtiments tertiaires (bureaux ou gymnases par exemple). La raison tient peut-être au prix, pour les particuliers, parce qu’il faut parfois 20 ans pour amortir une maison en bois. Mais le bois a d'autres qualités. C’est d’abord un excellent isolant, en été comme en hiver. « Naturellement, c'est un matériau qui a plein de vide à l'intérieur. C'est comme un nid d'abeille en fait, explique Laurent Bléron. Mais même s'il est très isolant, il n'est pas autosuffisant de toute façon. Il faut adjoindre une isolation thermique. » Une maison en bois se construit aussi beaucoup plus vite, sans temps de séchage contrairement au béton. On peut livrer sur les chantiers des murs entiers déjà montés en usine. Mais le bois, ça brûle ! Certes, mais comme on peut le remarquer pendant les incendies, certains arbres restent debout, ne brûlent pas instantanément… En fait, contrairement à une idée reçue, le bois n'est pas forcément plus vulnérable face aux incendies. « Si je prends l'exemple de la cathédrale Notre-Dame de Paris, on a eu le temps de sortir les manuscrits, etc. Et la charpente est tombée au bout d'un certain temps. En fait, on doit garantir que les gens à l'intérieur d'un bâtiment aient le temps de sortir en cas d'incendie. On peut avoir une stabilité d'une heure. Le bois a donc une certaine résistance au feu, contrairement à l'acier qui, à partir d'une certaine température, va se déformer et la structure va tomber puis s'écrouler », explique Laurent Bléron, qui travaille aussi au Laboratoire d'études et de recherche sur le matériau bois, au sein de l’université de Lorraine. Des maisons de bûcheron Mais aurait-on assez de forêts pour construire tout en bois ? L'objectif n'est peut-être pas de faire du 100 % bois, mais en Europe, en tout cas, les forêts ont la réputation d’être plutôt bien gérées. « Il faut maximiser l'utilisation de bois local et de notre forêt, rappelle Laurent Bléron. En France, elle est plantée aux deux tiers en feuillus, un tiers en résineux. En revanche, au niveau de la construction bois, on utilise beaucoup plus de résineux que de feuillus. Cela veut dire que l'avenir est peut-être d’essayer de remettre du feuillus en construction, comme ce qu'on faisait il y a de cela 200 ans. » Le feuillu - dont le chêne, par exemple, l'arbre-roi - est quand même plus cher que le résineux - notamment les pins -, qui pousse deux fois plus vite. Les forêts sont l'avenir de nos maisons. Dans les années 1980, Bouygues, le géant français du BTP, vantait ses « maisons de maçon ». Aujourd'hui, on préfère les maisons de bûcheron. À lire aussiLa pénurie de bois de construction pénalise le secteur du bâtiment
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  • Faut-il stocker l'eau pour que les agriculteurs l'utilisent en cas de sécheresse?
    2026/08/04
    Les canicules à répétition depuis le début de l’été en France entrainent une sécheresse qui perturbe un modèle agricole qui a longtemps considéré l’eau comme une ressource infinie. Or aujourd’hui, plus de la moitié des départements sont touchés par des restrictions d’eau pour les agriculteurs. Les pluies restant abondantes l'hiver, alors ne faut-il pas tout simplement stocker cette eau pour pouvoir l’utiliser en été ? Emmagasiner l’eau qui coule abondamment en hiver pour pouvoir l’utiliser en été, c’est une évidence pour Nicolas Brandy, agriculteur dans le département de la Haute-Vienne. Il a perdu 90 % de sa production de maïs à cause de la sécheresse. Il espère qu'en stockant l'eau il pourra continuer à produire malgré le changement climatique : « Aujourd’hui, l’une des solutions, c’est de stocker l’eau. On voit bien qu’au mois de février, on a eu plus d’eau que ce dont on avait besoin, et on l’a laissé partir. Aujourd’hui, en plein mois de juillet, on court après l’eau. Donc la solution est claire : fabriquer des réserves ». À lire aussiAgriculture : dans le sud de la France, le grand défi du partage de l’eau Évaporation et pollution de la ressource Des retenues d’eau artificielles, il y en a 12 800 en Haute-Vienne : certaines servent à l’irrigation, d’autres à abreuver les bêtes et beaucoup sont des zones de loisir. Leur effet sur la sécheresse est catastrophique : l’eau qui stagne en plein soleil s’évapore et en quantité non négligeable. La surevaporation liée à ces étangs artificiels consomme chaque année plus d’eau que tous les autres usages réunis dans le bassin de Vienne, c’est-à-dire plus que pour l’industrie, l’eau potable, l’irrigation des champs ou l’abreuvement des bêtes. Mais l’évaporation n’est pas la seule difficulté. L’eau qui stagne au soleil se réchauffe, sa concentration en oxygène diminue, des algues et des bactéries peuvent s’y développer. Comme dans cet étang du bassin de la Valoine que nous présente Gilles Villegier de l’association Sources et Rivières : « Ce bassin c’est comme une flaque d'eau en train de croupir. Ces étranges couleurs qu’on peut y voir, ce sont des algues qui se développent, parce que dans cet étang, on a des sédiments qui contiennent du phosphore et de l’azote. Quand il y a de la luminosité et de la chaleur, cela peut entrainer la formation de cyanobactéries dangereuses pour la santé ». Des réserves naturelles Sans stockage, l’eau ne file d’ailleurs pas directement dans l’océan, car la nature la conserve naturellement et de manière beaucoup plus efficace qu’une retenue artificielle : dans ce qu’on appelle les zones humides. Ce sont des terrains qui se gorgent d’eau l’hiver, qui la gardent à l’abri du soleil sous une épaisse végétation, et qui la restituent petit à petit aux rivières en été. Un système que perturbe les retenues d’eau artificielles et le réchauffement climatique, qui va s'accentuer dans les prochaines années. Adapter les exploitations à une ressource qui se fait rare Face au changement climatique, les exploitations agricoles doivent adapter leurs modes de production. Stocker l’eau c’est rester dépendant d'une ressource qui de toute façon va diminuer. Au contraire, il faut essayer de moins en consommer, c’est ce que fait depuis des années l'agriculteur bio Pascal Babaudou dans son exploitation : « On n’a pas d'issue de secours, pas de solution miracle, donc il faut travailler en amont. Avant de stocker de l'eau, on va essayer de ne pas en en utiliser. Un sol vivant emmagasine l'eau, ce qui permet au système racinaire de se développer et celui-ci peut aller très profondément chercher de l'eau. Lorsque durant une sécheresse le sol est complètement sec sur 20 cm, il reste de l'eau en profondeur ». Et cela marche : dans son verger, malgré le sol très sec, les poiriers débordent de fruits. La récolte sera bonne cette année. À lire aussiFrance: les canicules à répétition relancent le débat sur l'accès à l'eau pour l'agriculture
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  • Pourquoi le réchauffement climatique menace-t-il les énergies renouvelables?
    2026/08/05
    Solaire, éolien et hydroélectrique subissent les vagues de chaleur à répétition qui les rendent moins performants. Le manque d'eau, de vent et les canicules ont un impact direct sur la production d'électricité propre. C’est l’un des effets souvent méconnus de la chaleur et des canicules, et c’est aussi un drôle de paradoxe : les énergies renouvelables, qui permettent de lutter contre la crise climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre, sont aussi victimes du réchauffement climatique. L’actualité de ces derniers jours en Europe l’a montré, avec des fleuves au plus bas, comme le Danube, ce qui a un impact sur l'énergie renouvelable la plus ancienne : l'énergie hydroélectrique. Bas débit Les fleuves et les rivières permettent de fabriquer de l’électricité, mais encore faut-il qu’il y ait assez d’eau. En Serbie, deux centrales hydroélectriques installées sur le Danube, qui fournissent presque un cinquième de l'électricité du pays, sont en sous-production, à seulement 20% et 30% de leurs capacités. La cause est le manque d’eau, résultat de sécheresses qui commencent de plus en plus tôt dans l’année, dès le printemps, si bien qu'en Serbie, dès le mois de mai, les centrales hydroélectriques n'ont jamais aussi peu produit. Moins de débit, c'est moins de puissance électrique. Quand le niveau des barrages baisse, la hauteur de chute d'eau est aussi moins importante, et c'est donc, moins de force dans les turbines et moins d'électricité. En Autriche, le mois dernier, on était ainsi à la moitié des capacités, et en France aux deux tiers. Mais il arrive qu'on doive carrément arrêter des centrales : le manque d'eau pourrait casser les turbines. Panneaux solaires en surchauffe Le solaire souffre lui aussi de la chaleur. Il ne faut pas confondre lumière et chaleur ; ce n'est pas la chaleur que les panneaux solaires transforment en énergie, c'est bien la lumière du soleil. Ce qui tombe assez bien en été, la saison la plus ensoleillée. Mais de trop grosses chaleurs peuvent altérer la production photovoltaïque. À partir de 25°C – et c’est presque frais, 25°C aujourd'hui –, les panneaux solaires sont moins performants. À chaque degré supplémentaire, ils perdent près de 0,5% d'efficacité. Imaginez en plein cagnard, quand la température peut atteindre facilement les 50°C, sur un toit ou dans un champ... Mais la durée d'ensoleillement permet en partie de récupérer cette perte d'électricité. L'énergie éolienne est aussi en souffrance face aux canicules. Quand il fait beau et chaud, il y a rarement du vent, en raison de la présence d'un anticyclone. Les éoliennes ne produisent donc pas. Il arrive aussi qu'on doive forcer l'arrêt des éoliennes pour éviter la surchauffe des composants électriques ; les systèmes de refroidissement ne sont pas assez efficaces quand la température de l'air approche des 40°C. Au plus mauvais moment Les canicules n'ont d'ailleurs pas que des effets sur la production. Les vagues de chaleur affectent aussi la distribution d'électricité. Les lignes électriques sont moins performantes en période de canicule parce qu'elles chauffent. C'est donc quand on en besoin de beaucoup d'électricité que les énergies renouvelables peuvent faire faux bond. En France, la consommation d'électricité a bondi de 20% pendant la canicule de juin pour faire tourner les climatiseurs. L’Allemagne a dû rallumer ses vieilles centrales à charbon pour faire face à la demande et à une moindre performance des énergies renouvelables. Mais ce n’est pas une raison pour jeter à la poubelle ses panneaux solaires ! Parce qu’on n'a pas trouvé jusqu'ici d'énergie aussi peu chère et aussi peu polluante. À lire aussiQuand le déploiement des énergies renouvelables prend du retard faute de lignes électriques
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  • Détestée ou adulée, comment la trottinette électrique s'est-elle imposée dans le paysage urbain?
    2026/08/06
    C'est l'un des nouveaux moyens de transport emblématiques de la transition climatique. Mais la trottinette électrique, partagée ou personnelle, est-elle vraiment écologique ? Elles filent parfois à toute vitesse, frôlant cyclistes et piétons. Les trottinettes électriques, qui font désormais partie du paysage urbain (mais pas que), ont parfois mauvaise réputation. En témoigne encore un article publié cette semaine en France par Le Figaro : « Comment la trottinette est devenue l’accessoire indispensable des narcotrafiquants lyonnais ». Mais les voyous ne sont pas les seuls à plébisciter l’un des rares moyens de transport où l’on se tient debout (exceptés les transports en commun bondés). En quelques années, la trottinette électrique a fait des millions d'adeptes dans le monde. Les premières trottinettes à moteur, inventées il y a une centaine d'années, roulaient grâce à un moteur thermique, à essence. Ce n'est qu'au début de notre siècle que la trottinette électrique fait son apparition, aux États-Unis, avant de conquérir le monde, grâce au système des trottinettes partagées en libre-service. Le boom de 2017 « C'est parti de la Silicon Valley qui s'est dit : "Ah, il y a en fait un créneau pour la micromobilité". Il y avait déjà les vélos partagés depuis longtemps. La trottinette, c'était nouveau, même si la patinette est aussi vieille que le monde. C'était un nouveau business model qui s'est vite répandu », analyse Anne de Bortoli, chercheuse et professeur associée à Polytechnique Montréal. Les trottinettes partagées explosent aux États-Unis en 2017, et un an plus tard le phénomène gagne Paris, avec ces nouveaux « engins de déplacement personnel motorisés », selon la classification officielle, qui envahissent la chaussée, les pistes cyclables mais aussi les trottoirs, avec pas moins de 13 opérateurs qui se partagent le marché à l'époque – c'est un peu l'anarchie au début... Cinq ans plus tard, un référendum local mettra un terme à l'aventure, en bannissant les trottinettes partagées, comme dans plusieurs villes européennes, Bruxelles étant la dernière à franchir le pas, en raison d'un trop grand nombre d'accidents. La voiture résiste Le système de trottinette en libre-service permet de passer le pas et nombreux sont ceux qui achètent ensuite leur propre engin. En France, il s'en est vendu 5 millions en 10 ans, et plus de 600 000 rien que pour l'année 2025. Mais le succès des trottinettes électriques n’a eu qu’un effet marginal sur la circulation automobile. On abandonne peu sa voiture au profit d’une trottinette, comme l’ont montré de nombreuses études, et notamment celle réalisée par Anne de Bortoli en 2019 à Paris : « Globalement, à Paris, la trottinette a surtout remplacé des kilomètres auparavant parcourus en transports en commun ainsi qu’en mobilité active, à savoir la marche et le vélo. En moyenne, on retrouve seulement 20% des kilomètres parcourus qui étaient auparavant réalisés avec des modes motorisés privés type voiture ou taxi, ceux qu'on veut éviter du point de vue environnemental ». Un outil de la transition écologique Du point de vue environnemental, la trottinette électrique est avantageuse. On a fait beaucoup de progrès en dix ans. Fini le temps où des auto-entrepreneurs venaient ramasser les trottinettes en ville à bord d'une camionnette diesel, avant de les recharger sur un groupe électrogène à essence. L'empreinte carbone de la trottinette a fortement baissé. Leur durée de vie s'est allongée. D'ailleurs, dans le bilan carbone, ce sont moins les batteries qui pèsent que la fabrication du cadre en aluminium (comme pour les vélos électriques). La trottinette électrique, partagée ou personnelle, est devenue un moyen de transport emblématique de la transition écologique qui « se focalise beaucoup, pour le secteur des transports, sur l'électrification de la voiture, relève Anne de Bortoli. C'est très pratique parce que ça ne nécessite pas un changement de système majeur, encore plus en Amérique du Nord où les villes sont très orientées autour de la voiture, un peu moins en Europe. Donc pour moi, tout ce qui est micromobilité personnelle ou partagée, bien gérée, va faire partie des solutions de transition climatique et écologique pour le secteur des transports ». Contrairement à la voiture, une trottinette (ou un vélo) ne prend pas de place, et elle a toute sa place.
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  • Face au changement climatique, pourquoi le train est à la croisée des chemins?
    2026/08/10
    Partout sur la planète, de nouvelles lignes de chemin de fer sont construites, pour des raisons économiques mais aussi écologiques. Outil de lutte contre la crise climatique, le moyen de transport le plus propre est aussi vulnérable face au changement climatique. Partout dans le monde, on pose des rails. La Suède et la Finlande inaugurent lundi 10 août leur première liaison ferroviaire. À l’échelle mondiale, la Chine est championne du monde du chemin de fer : le pays, parmi les plus vastes au monde, possède aujourd'hui le plus grand réseau de lignes à grande vitesse. Il devrait doubler en 15 ans et atteindre 70 000 kilomètres en 2035 : jusqu'à 90 % de la population chinoise pourra ainsi prendre le train. « On développe le train entre des zones denses de population, souligne Victor Thévenet, le directeur ferroviaire de l'ONG Transport et Environnement. C'est là où cela fait plus de sens parce que c'est un transport de masse. Si on veut que ce soit rentable, il faut qu'il y ait de la demande. Aujourd'hui, on construit donc surtout des lignes entre des grandes villes. » De nouveaux chemins de fer sont construits donc sur tous les continents : en Inde, au Maroc, en Côte d'Ivoire ou en RDC. En Europe, l'Union européenne vient de doubler le budget du ferroviaire. À lire aussiLa compagnie italienne Trenitalia veut devenir le géant européen du train à grande vitesse Prise de conscience écologique Dans cet engouement pour le train, il y a évidemment une dimension économique, pour favoriser les échanges. Avec le rail, on fait de l'aménagement du territoire. Le train est aussi un moyen de transport écologique, beaucoup moins polluant que la voiture et bien sûr l'avion. « Sur les dix dernières années, il y a eu une prise de conscience écologique assez forte dans le secteur des transports. Et, il y a eu cette envie de beaucoup de citoyens de faire leur part et donc de voyager plus en train. C'est vrai que les trains sont beaucoup plus pleins que dans le passé », relève Victor Thévenet. Pour autant, le train ne peut pas tout le temps remplacer l'avion. Il n’y a toujours pas de train Paris-New York : à se demander pourquoi ! Au-delà de l'humour, il y a un problème d'offre, notamment pour les liaisons transfrontalières en Europe. Chaque jour, 1 000 billets de train Paris-Barcelone sont disponibles contre 10 000 sièges d'avion. Certes, le train est plus long, mais, en réalité, la durée du voyage devient moins déterminante que le prix. À lire aussiL'Autriche, pays modèle en Europe pour la renaissance du train de nuit Une arme contre le changement climatique... vulnérable au nouveau climat « On voit que la durée acceptable d'un trajet est en train d'augmenter très fortement, estime Alexis Chaillou, responsable transports au Réseau Action Climat. Dans le train, vous avez du temps utile, vous pouvez travailler, lire, jouer, discuter, manger, plein de choses que vous ne pouvez pas faire en avion. En revanche, le prix est un vrai sujet qui n'est pas résolu. Sur Paris-Barcelone, un billet d'avion va coûter 80 euros et un billet de train 200 euros. C’est le résultat de choix politiques. Ce n’est pas une fatalité, c'est le résultat d'exonérations fiscales pour le secteur aérien. » Il n’y a pas de TVA sur le kérosène des avions, mais il y en a sur l'électricité qui fait rouler les trains. Le train fait face à un paradoxe : il est une arme contre la crise climatique mais devient vulnérable face au nouveau climat, comme on a par exemple pu le voir de manière brûlante cet été en France. « La chaleur va dilater le métal. Les arbres qui sont à proximité des voies peuvent tomber en cas de tempête ou brûler en cas d'incendie. Vous allez avoir des coulées de boue en cas d'inondation. Oui, le réseau est vulnérable, souligne Alexis Chaillou, du Réseau Action Climat. La principale solution est de trouver de l'argent, suffisamment d'argent pour réussir à mettre le réseau à niveau pour résister au mieux. » En France, ce sont près de 5 milliards d'euros par an que la SNCF prévoit de dépenser pour rendre le réseau résilient – ce qui ne va pas aider à faire baisser le prix des billets. À lire aussiLes voies contrariées du ferroviaire en Europe
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  • Pourquoi les plus grands animaux sont les plus menacés?
    2026/08/11
    Des colosses aux pieds d'argile : éléphants, tigres ou ours sont parmi les espèces les plus en danger sur Terre. Leur grande taille, un atout face aux prédateurs, est aussi un handicap face aux activités humaines. Bien que de nature pacifique, nous allons ici tordre le cou à une idée reçue. On peut penser, instinctivement, que plus un animal est gros, plus il est fort. Mais les rhinocéros, les éléphants ou les bisons sont des colosses aux pattes d'argile. Les grands mammifères, la mégafaune, sont parmi les animaux les plus menacés. Une petite souris a l'air fragile, mais est en réalité beaucoup plus résiliente qu'un lion. C'est d'abord une question de reproduction. Un lion - ou plutôt une lionne - ne sera fertile qu'à l'âge de 3 ou 4 ans, avec en moyenne 5 portées dans sa vie. La souris, elle, peut avoir en moyenne 10 portées par an et peut donner naissance à chaque fois à une douzaine de petits. Chez les grands mammifères, il faut parfois des décennies pour reconstituer une population décimée. Et c'est le même principe pour l'adaptation au changement climatique. Plus une espèce se reproduit, plus vite elle va pouvoir évoluer et s'adapter. À lire aussiPourquoi préserver les vieux animaux? La taille du territoire Deuxième handicap : les grands animaux ont besoin de grands territoires. Une fourmilière mesure quelques dizaines de centimètres en général, et quelques dizaines de mètres carrés sont nécessaires aux fourmis pour trouver de la nourriture (à part les fourmis légionnaires). À l'inverse, l'ours blanc, l'ours polaire, est l'animal qui a besoin du plus grand espace vital, sur des milliers de kilomètres carrés de banquise. Plus un animal est grand, plus il a besoin de nourriture, d'énergie, pour vivre, et plus il aura besoin d'un grand territoire pour y trouver les ressources alimentaires nécessaires. Tous ces gros mammifères se retrouvent généralement tout en haut de la chaîne alimentaire. Le déclin de la biodiversité a un impact in fine sur la nourriture disponible. Mais les territoires sauvages rétrécissent. Depuis que l'espèce humaine a colonisé la Terre, les autres animaux doivent céder leur place. On construit des routes, on coupe des forêts, les villes s’étendent toujours plus, et les grands animaux se retrouvent avec des territoires fragmentés, ce qui entraîne de la consanguinité, donc un affaiblissement de l'espèce. En Asie, par exemple, les gros mammifères ont perdu 80 % de leurs territoires. À lire aussiAu Rwanda, la population grandissante de gorilles en danger à cause du manque d'espace Le poids de l'Homme dans le poids des mammifères Le poids de l'Homme ne s'arrête pas là. Il est un chasseur, un prédateur universel. Depuis qu'Homo sapiens est sorti d'Afrique, il y a 50 000 ou 70 000 ans, on a observé un déclin continu de la mégafaune, à mesure que les humains colonisaient la planète. Il y a 50 000 ans, on comptait 58 espèces d'herbivores de plus d'une tonne ; il n'en reste que 11 aujourd'hui. Parce qu'à chasser, autant chasser gros, quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre. Plus aucune population d'herbivore ne progresse depuis cette époque, si bien qu'on pense que dans quelques siècles le plus gros herbivore encore vivant sera la vache, un animal domestique… Les signaux sont inquiétants, mais la mégafaune n’est pas vouée à disparaître – il faut garder un peu d’espoir ! Ce qu'on a réussi au Rwanda et en RDC pour les gorilles de montagne, la seule espèce de grands singes dont la population augmente, on peut le faire pour les autres grands animaux. Même s’ils seront moins gros qu'avant. Dès qu'un humain met le pied quelque part, la taille des animaux diminue. Il y a 125 000 ans, les mammifères pesaient en moyenne 98 kilos : aujourd'hui on n'est plus qu'à 8 kilos. À lire aussiRDC: une deuxième paire de jumeaux gorilles voit le jour en trois mois dans le parc des Virunga
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  • Comment les animaux réagissent-ils aux éclipses du soleil?
    2026/08/12
    Des millions de personnes se préparent à vivre en Europe un spectacle fascinant. Mais les autres animaux partagent-ils cet enthousiasme ? Ou sont-ils plus simplement indifférents ? Les animaux ne font pas le tour des pharmacies à la recherche des fameuses lunettes protectrices, indispensables pour observer l’éclipse totale du soleil visible d’une partie de l’Europe. Alors qu’une forme de frénésie s’empare des humains à quelques heures du spectacle soli-lunaire, comment la faune réagit-elle à une obscurité inattendue de quelques minutes ? « J’ai été surpris de voir toute une volée d'oiseaux qui, en piaillant, sont rentrés au nid – il y avait des nids d'hirondelles sous un pont. Et puis, à la fin de l'éclipse, tous ces oiseaux-là sont repartis pour vivre leur vie d'oiseaux. Comme si, finalement, ils avaient vécu une nuit très courte durant l'éclipse et qu’ils reprenaient leurs activités matinales par la suite », raconte Pierre Chastenay, astronome québécois et chasseur d’éclipse, témoin d’une éclipse totale en 2017 aux États-Unis. Un non-événement Après cette expérience, Pierre Chastenay, professeur de didactique des sciences à l’université du Québec, a voulu en savoir plus et a décidé de mener une étude scientifique auprès d’une douzaine d’espèces d’animaux dans un zoo, le zoo de Granby, près de Montréal, pendant l’éclipse totale de 2024. Il n’y avait aucun visiteur dans le zoo pour ne pas influencer les résultats qui se sont avérés presque décevants : « Ce que nous avons observé en comparant les deux journées précédentes, les deux journées suivantes avec la journée de l'éclipse elle-même, c'est qu'essentiellement il ne s'est rien passé. Pour la majorité des animaux, l'éclipse a été un non-événement, relate Pierre Chastenay. Je prends l'exemple de l'ours de l'Himalaya, avec deux individus qui passent essentiellement leur journée à dormir. Ils ont continué à dormir ! » À lire aussiDeux minutes de nuit en plein jour: une partie de l'Europe va vivre une éclipse solaire totale L'heure d'aller dormir Seules deux espèces ont particulièrement réagi. « Lorsque le ciel s'est assombri, les zèbres se sont mis à hennir, raconte Pierre Chastenay. Ils se sont mis à courir vers la porte qui mène à leur quartier de nuit. C’est une espèce d'habitude qu'ils ont lorsque le soleil se couche, en se disant sûrement : "C’est bientôt la nuit, les prédateurs vont sortir. Il faudrait que je me mette à l'abri." » Les macaques japonais eux aussi ont cru que la nuit tombait. « Durant les cinq minutes qui ont précédé l'éclipse, tous les macaques se sont réfugiés sur des branches en hauteur, poursuit Pierre Chastenay. Ils se sont recroquevillés en position presque fœtale et ils n'ont plus bougé. Ce qui est très différent d'une autre étude qui a été menée dans les années 1970 dans un dispensaire où il y avait des chimpanzés qui, eux, se sont mis à regarder le soleil. Mais c'est parce qu'ils étaient entourés d'humains qui regardaient le soleil durant l'éclipse. » À l'ombre de la lune Finalement, les humains réagissent beaucoup plus que les autres animaux. Il y a chez nous une forme d’excitation qui monte dans la journée parce qu’on sait ce qui va arriver, alors que les animaux n’écoutent pas RFI. « Les humains deviennent un peu fous durant une éclipse, estime le chasseur d’éclipse. Les gens se mettent à crier. Notre intelligence et notre sensibilité à l'environnement font que nous sommes clairement très impressionnés par une éclipse totale du soleil. Pour les animaux eux-mêmes, parce qu'ils n'ont pas la mémoire des éclipses passées et que ce n'est pas un événement qu'ils peuvent prévoir, c’est un non-phénomène, alors que les humains voyagent parfois à l'autre bout du monde pour se tenir dans l'ombre de la Lune. » Et ce soir, en Europe, ils seront des millions à l’ombre de la lune pour admirer ce non-phénomène… À lire aussiL'Éclipse solaire «est une expérience unique» et crée «une magie entre les personnes» présentes
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