エピソード

  • À quoi ressemblerait un monde sans élevage?
    2026/09/30
    Le bilan carbone de l'élevage est élevé. Mais sa disparition n'entrainerait pas forcément des gains climatiques incontestables, car l'élevage a aussi des vertus écologiques et environnementales. Haro sur l’élevage. C’est l’un des secteurs identifiés comme étant fortement émetteurs de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique. L’élevage représentait, en 2023 selon les Nations unies, 12% des émissions de gaz à effet de serre. Un chiffre sans doute dépassé aujourd’hui alors que la consommation de viande ne cesse de croître dans le monde. Arrêter l’élevage permettrait-il de faire un grand pas dans la lutte contre le changement climatique ? La réponse n’est pas aussi simpliste. Les vaches en particulier, et leurs rototos, émettent beaucoup de méthane, le gaz le plus polluant à court terme. Mais les prairies où elles broutent sont aussi d'excellents puits de carbone. « Ces prairies, c'est un sol assez intéressant du point de vue de la matière organique qu'il va stocker, du point de vue de son système racinaire, explique Grégory Loucougaray, chercheur en écologie végétale, pour l'INRAE, au Laboratoire Écosystèmes et Sociétés en Montagne de Grenoble. Selon les dernières études qui ont pu être menées, ces prairies permanentes ont des capacités de stockage de carbone dans leur premier mètre de sol qui sont quasiment équivalentes à ce qu'on observe en forêt ». Certains chercheurs pensent même que le bilan carbone de l'élevage pourrait être neutre, voire positif... Engrais naturel L'élevage extensif, en plein air, a d'ailleurs d'autres vertus. L'élevage, c'est de l'engrais naturel et gratuit. « L'élevage, c'est du recyclage de matière organique, souligne Grégory Loucougaray. Les animaux vont manger de la végétation pour faire du lait, faire de la viande, pour leur croissance et leur survie. Ensuite, le reste va être excrété sous forme de bouse chez les vaches, de crottin chez les chevaux, etc. Et cette matière organique a un rôle d'engrais, de fertilisant naturel pour permettre à la prairie de refaire son cycle de végétation ». Et si on cultivait des protéines végétales pour remplacer la viande ? Et si les légumineuses, comme le soja, les pois, le niabé en Afrique, remplaçaient toutes les prairies jusqu'ici destinées à l'élevage ? Le gain climatique ici, en termes d'émissions de gaz à effet de serre, n'est pas non plus évident. « Si on doit complètement compenser les apports de protéines animales par des apports de protéines végétales, on risque d'avoir besoin de retourner beaucoup de milieux, beaucoup de prairies. Si on laboure les prairies qui stockent du carbone, on libère le carbone. On modifie la matière organique présente dans le sol, qui va se dégrader beaucoup plus vite, ce qui va libérer du carbone dans l'atmosphère. En fait, quand on veut remplacer un système par un autre, ce n'est jamais aussi simple que de dire : "Si j'arrête ça, j'améliore tout d'un côté" ». Le retour des arbres La FAO, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, estime que l'élevage fait vivre 1,3 milliard de personnes. Mais au-delà des questions économiques et alimentaires, le monde serait transformé. Aujourd’hui, le surpâturage peut entrainer de la désertification. La culture du soja, pour nourrir le bétail, provoque de la déforestation. Un monde sans élevage modifierait aussi les paysages. « Des espèces ligneuses, des arbrisseaux, des arbustes, des arbres à terme peuvent s'installer et ce sont des paysages qui se referment. Les paysages que l'on connaît actuellement [en milieu tempéré], les paysages ouverts avec des prairies, disparaîtraient. On aurait une dynamique d'enforestation, de progression de la forêt qui pourrait se mettre en place en fait dans plein d'endroits », prédit Grégory Loucougaray, de l'INRAE. On a parlé ici principalement des vaches, des chèvres et des moutons. Mais en rajoutant la volaille, les porcs et les lapins, on compte 90 milliards d'animaux terrestres élevés sur la planète. C'est presque dix fois plus que les humains. Mais leur espérance de vie est beaucoup plus courte… À lire aussiEnvironnement: l'agriculture pèse lourd dans les émissions de gaz à effet de serre, mais ce n'est pas inéluctable
    続きを読む 一部表示
    4 分
  • Va-t-on manquer de cuivre, le métal le plus utilisé dans la transition énergétique?
    2026/10/01
    Métal phare de l'électrification, le cuivre atteint des prix records. Le risque de pénurie est-il réel ? Les mines peuvent-elles répondre à l'explosion de la demande ? Que ferait-on sans cuivre ? Le métal couleur rouge-orange est une matière première indispensable à la transition énergétique. Certains font même le parallèle avec le rôle qu'a eu le pétrole au XXe siècle. Aujourd'hui, le cuivre est partout, en raison de ses grandes qualités. « Le cuivre est très utile dans toute la transition énergétique, évidemment, parce que c'est un bon conducteur de chaleur et d'électricité. Donc on le trouve dans les pompes à chaleur, dans les échangeurs thermiques, dans les moteurs électriques, dans les transformateurs, dans les réseaux, on le trouve dans les panneaux photovoltaïques, dans les éoliennes… on le trouve absolument partout dans la transition », souligne Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Vols de cuivre Mais ses qualités se paient. En raison de la forte demande, sans parler des phénomènes spéculatifs et des stocks gigantesques que font les États-Unis, le prix du cuivre a augmenté de 36 % en un an. Ce qui suscite d'ailleurs des convoitises. En France, il n'y a pas une semaine, voire un jour, sans qu'on évoque un vol de cuivre : des câbles de la SNCF, du réseau électrique, de l'éclairage public... Déjà en 2014, le journal de France 2 évoquait « le nouveau terrain de prédilection des voleurs de métaux : les éoliennes », un des symboles de la transition énergétique. « Quelques minutes ont suffi aux malfrats pour faire disjoncter l'éolienne et pour sectionner le long des parois 910 mètres de câble, une tonne de cuivre. » Le risque de pénurie est ainsi régulièrement évoqué par des analystes et des experts. Mais « le cuivre n'est pas le métal le plus en tension, estime Cédric Philbert, de l'Ifri. C'est le plus important du point de vue de la transition par son volume. On prévoit toujours à cinq ans ou dix ans qu'on ne va pas avoir assez de ressources. Et en fait, quand on arrive au moment dit, on s'aperçoit qu'on a assez de ressources. Parce que quand les prix montent, on trouve des alternatives [comme l’aluminium, plus léger mais moins bon conducteur], on apprend des façons d'économiser le cuivre, on trouve des astuces. Si on regarde ce qui s'est passé, on s’aperçoit qu’on a toujours répondu à la demande de cuivre ». Près de 15 000 dollars la tonne Certes, des usages et des besoins disparaissent, comme les fils du téléphone, remplacés par la fibre optique, mais la consommation de cuivre est en forte hausse. Pour un véhicule électrique, il faut quatre fois plus de cuivre que pour une voiture thermique. La Chine absorbe la moitié de la consommation mondiale de cuivre. Il y a aussi l'explosion récente de l'intelligence artificielle, qui a besoin de cuivre – mais là on n'est plus dans la transition énergétique, avec l'IA on est juste dans la surconsommation énergétique. Il arrive que les mines de cuivre soient sous tension, comme la semaine dernière, dans la plus grande mine de cuivre au monde, la mine à ciel ouvert d'Escondida, au Chili, dans le désert d'Atacama. Après la mort d'un ouvrier, l'extraction a été interrompue, ce qui a immédiatement entraîné une flambée du cours du cuivre, qui a frôlé les 15 000 dollars la tonne. Mais pour l'essentiel, les mines de cuivre sont capables de répondre à la grosse demande. « On nous dit : "On ne va pas y arriver parce qu'il faudrait ouvrir des tas de mines nouvelles et ça prend 15 ans pour une mine". Je lis ça tous les jours sur les réseaux sociaux. La réalité, c'est que les mines procèdent par extension, soit en profondeur, soit latérale, et donc produisent plus si nécessaire en fonction de la demande et de la rentabilité. » Le cuivre est aussi 100 % recyclable. Il ne devrait donc pas menacer la transition énergétique, même si elle risque de coûter cher. À lire aussiPrix du cuivre: les stocks américains bouleversent le marché mondial
    続きを読む 一部表示
    4 分
  • Des alliés biologiques de l'agriculture: qui sont les autres animaux de la ferme?
    2026/09/24

    Pour éviter l'utilisation de pesticides, les agriculteurs disposent d'une main-d'œuvre parfois insoupçonnée : des insectes, des poissons ou des moutons sont introduits dans les cultures pour lutter contre les parasites ou les mauvaises herbes.

    Il n'y a pas que les veaux, vaches et cochons qu’on peut rencontrer à la ferme. D'autres animaux sont de véritables alliés de l'agriculture. Des ouvriers agricoles d'un genre un peu spécial : ils n'ont pas choisi le travail à la ferme et ils ne sont pas payés. On connait bien sûr le rôle éminent des abeilles, pour la pollinisation des fleurs, qui permet d'obtenir des fruits. Chaque année aux États-Unis, au début du printemps, on transporte des milliards d'abeilles, dans leurs ruches, par camion, pour aller polliniser les amandiers de Californie qui assurent 80 % de la récolte mondiale d'amandes.

    Des animaux permettent aussi d’éviter l'utilisation d'herbicides. Plutôt que de polluer la terre et l'air, on préfère l'écopâturage. Les moutons sont particulièrement utiles pour désherber. Ils vont où les tracteurs ne peuvent pas passer. On les utilise notamment dans les vignes, au printemps, où ils mangent les jeunes pousses inutiles au pied des ceps qui ne produiront pas de raisin. En passant, leurs crottes sont un excellent engrais naturel. On peut aussi citer les poules ou les canards, de plus en plus utilisés dans les vergers. Une poule gratte le sol, mange les limaces, les mauvaises herbes, et en plus elle fait caca, ce qui produit de l'engrais là encore. Cerise sur le gâteau, la poule pond aussi des œufs !

    Guêpes parasites anti-parasites

    D'autres animaux servent aussi à lutter contre les parasites, ce qui évite l'utilisation de pesticides. Il y a bien sûr tous les oiseaux, d'où l'importance de respecter leur habitat, les arbres, les haies, le long des champs. Mais les agriculteurs introduisent aussi des espèces. Des acariens par exemple, qui sont relâchés dans les serres où sont cultivées des fraises ou des tomates. Ils se nourrissent de l'araignée rouge, qui n'est pas une araignée mais un autre acarien, et qui suce la sève des plantes, ce qui provoque d'importants dégâts dans les récoltes.

    On introduit aussi dans les champs de minuscules guêpes parasitoïdes, élevées en laboratoire : elles parasitent les larves des insectes ravageurs, en y pondant à l'intérieur – coucou c'est moi ! C'est très efficace par exemple contre la pyrale du maïs. Tous ces insectes minuscules, au poids plume, forment ainsi une armée silencieuse, invisible, engagée dans la lutte biologique, au service de l'humanité.

    Poissons de rizière

    Certains animaux ont même plusieurs fonctions. C'est par exemple le cas des poissons qu'on introduit dans les rizières. Leurs déjections sont un très bon fertilisant qui facilite la croissance du riz. Ces poissons mangent aussi les moustiques et les parasites. Et en ce moment, dans des rizières du Sénégal, on expérimente la présence de deux poissons pour lutter aussi contre la bilharziose, cette maladie qui tue près de 300 000 personnes par an sur la planète. Les poissons mangent l'escargot qui transmet le ver responsable de la bilharziose.

    Enfin, même si l'on sort du domaine animal, il y a parfois un autre allié, contre-intuitif. C'est même le phénomène que redoutent par-dessus tout les agriculteurs : la sécheresse. Mais cette année, dans le sud de la France, après cet été historiquement chaud et sec, la récolte d'olives pourrait atteindre un niveau record, parce que la canicule a tué les larves d'une mouche qui s'attaque aux olives. Mais c'est bien la seule culture qui a profité de la sécheresse.

    À écouter aussiLes leçons d'un été brûlant: pourquoi la sécheresse de 2026 est-elle vraiment historique?

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Comment le changement climatique menace-t-il le patrimoine culturel mondial de l'Unesco?
    2026/09/28

    À la différence d'une route, un joyau architectural ne peut pas être remplacé. Inondations, chaleurs ou incendies, amplifiés par la crise climatique, mettent en danger les biens culturels partout sur la planète.

    Le sujet n’apparaît pas prioritaire, au regard des effets attendus et redoutés du changement climatique sur l’alimentation, la santé et la survie de l’humanité. Voire passe au-dessous des radars. Mais le patrimoine culturel mondial, qui raconte l’histoire de l’humanité, est tout aussi menacé par la crise climatique. Une étude que vient de publier l’EDHEC Climate Institute liste ainsi les dix sites les plus menacés en France.

    L'abbaye de Fontenay, en Bourgogne, est en tête. Ce joyau monastique du XIIe siècle se situe près d'un ruisseau, ce qui est bien utile quand on n'a pas l'eau courante. Mais 800 ans plus tard, c'est une autre histoire. « C'est un site qui a été construit au fond d'un vallon, à proximité d'un ruisseau, mais c'est justement ce qui fait que c'est le site le plus exposé. Être au bord d'un ruisseau, qui était un avantage à l'époque médiévale, devient avec l'intensification du cycle de l'eau et l'augmentation des risques d'inondation un facteur de vulnérabilité », explique Anthony Schrapffer, le directeur scientifique de l’EDHEC Climate Institute.

    Les inondations menacent un tiers des sites français

    Les crues, les submersions, représentent le principal risque pour le patrimoine français. Un site sur trois classé à l'Unesco en France est menacé par des inondations à l'horizon 2050. C'est le cas par exemple d'Avignon, la cité des papes, au bord du Rhône. Ou du Mont-Saint-Michel, en première ligne face aux événements que le changement climatique rend encore plus extrêmes.

    « Avec une tempête, on a une submersion marine qui va inonder les côtes. C'est un événement qui est accentué par l'augmentation du niveau de la mer. Le Mont-Saint-Michel est un site culturel qui est déjà exposé à l'océan, aux tempêtes, etc. Mais avec l'augmentation du niveau de la mer, on a un risque de dommages sur ce site », souligne Anthony Schrapffer. Ce qui rend la menace plus aigüe, c'est lorsque des sites cumulent plusieurs aléas climatiques, comme le Pont du Gard : le célèbre aqueduc romain dans le sud de la France est menacé par les inondations, la chaleur et les incendies.

    Mais il n'y a pas qu'en France que les sites de l'Unesco sont menacés. Le changement climatique ne connait pas de frontière. L'exemple sans doute le plus connu est Venise, menacée par la montée des eaux. Une autre étude, réalisée il y a deux ans par Climate X, a identifié les 50 sites de l'Unesco les plus menacés. En tête, le système d'irrigation Subak en Indonésie, et en Chine l’Emporium mondial Song-Yuan, l'ancien comptoir maritime des routes de la soie.

    Sécheresses et tempêtes de sable au Mali

    L'Afrique n'est pas non plus épargnée, et notamment au Mali, avec Tombouctou, menacée par l'avancée du désert et les tempêtes de sable. Plus au sud, les 2 000 maisons en terre de Djenne sont fissurées par les sécheresses, et l'argile de qualité pour les entretenir est de moins en moins disponible. Plus que les guerres, désormais, c'est la crise climatique qui menace le patrimoine culturel mondial.

    Il est important de le protéger, au même titre que le vivant. On peut ressentir la même émotion devant un chêne de 300 ans, un éléphant, ou une abbaye du 12e siècle. Le patrimoine culturel mondial, c'est notre histoire à tous, notre héritage. D'où la nécessité d'identifier les risques, pour tenter de les protéger. « On a réalisé en fait que le patrimoine culturel est un des secteurs qui peuvent être affectés et qui n’est pas suffisamment regardé. Une route, par exemple, peut se reconstruire si elle est endommagée, mais une abbaye du XIIe siècle ne pourra pas être remplacée. Si on ne montre pas que le patrimoine culturel peut être affecté, on ne pourra pas agir ensuite. On sera juste témoin d'événements extrêmes dans le futur qui affectent ces sites », relève Anthony Schrapffer. Plus que jamais, le changement climatique est une question de civilisation.

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Y a-t-il autant de gaspillage alimentaire dans la nature que chez les humains?
    2026/09/29
    Un tiers de la nourriture est jeté à la poubelle dans les sociétés humaines. Mais chez les plantes et les animaux, le gaspillage finit toujours en recyclage : rien n'est jamais perdu. C’est l’un des fléaux de la société de consommation. Le gaspillage alimentaire se chiffre en milliers de tonnes chaque année. On jette un tiers de la nourriture produite dans le monde, « un drame écologique, constate le biologiste Marc-André Selosse. Si on gaspillait moins, on réduirait d'un tiers les intrants. Le poids écologique de l'agriculture serait trois fois moins important puisque c'est un tiers de la nourriture qui finit à la poubelle dans nos sociétés ». Nos sociétés humaines, parce que dans la nature, le gaspillage n’est pas la règle. Les ressources alimentaires ne sont pas toujours abondantes, ni toujours disponibles – on n’a pas l’épicier du coin ouvert quand tout le reste est fermé. Donc quand on peut manger, on mange, on ne laisse rien, puisqu’on ne sait pas si un tel festin se représentera bientôt. Mais le gaspillage existe bel et bien chez les animaux. Les perroquets, par exemple, peuvent gaspiller jusqu’à 80% de leur nourriture, en laissant tomber au sol les fruits qui ne semblent pas à leur goût (le gaspillage touche surtout les fruits qui ne sont pas assez murs). Les perroquets font la fine bouche, mais ce n’est pas perdu pour tout le monde : près d’une centaine d’espèces, principalement des oiseaux, se nourrissent de ces « déchets ». Dans la nature, zéro déchet Le même phénomène est observé face au super killing, quand un prédateur tue beaucoup plus de proies qu’il n’en a besoin, comme le loup ou le renard. Non, ils n’ont pas les yeux plus gros que le ventre. Non, ils ne sont pas psychopathes. Leur instinct de prédateurs les pousse en fait à tuer tout animal qui s’enfuit. Mais là encore, la nature est bien faite : ces proies feront le bonheur d’autres animaux, comme les charognards, mammifères, oiseaux, insectes détritivores. « Chaque fois qu'il y avait des restes, cela a sélectionné dans l'évolution des organismes qui allaient les consommer, explique Marc-André Selosse, professeur au Muséum d’histoire naturelle à Paris. Quand vous n’avez pas mangé toute votre viande, il y a des microbes qui vont les manger ou il y a d'autres animaux qui mangent des déchets de viande avariée. Depuis le temps que cela existe, il y a des mangeurs pour tous les déchets. Le vrai problème aujourd'hui, c'est que dans la nature, on met, nous, des déchets qui sont nouveaux comme des plastiques. Et là, il n’y a personne pour les manger ! » Il peut aussi y avoir dans la nature de la surconsommation, comme dans les sociétés humaines. Certains animaux prélèvent plus qu’il n’en faut pour leur prochain repas et font des stocks : les écureuils, ou des oiseaux comme les geais, vont enterrer des graines. Mais parfois ils les oublient. Est-ce alors une forme de gaspillage ? Pas forcément, parce que ces graines ne sont pas perdues pour autant. Dans la terre, elles vont germer et donner naissance à de nouvelles plantes et de nouveaux arbres. Dans la nature, rien ne se perd, tout se transforme – et ne finit pas à la décharge. Plus bêtes que les bêtes Chez les plantes, comme chez les animaux, le système est bien fait. Prenons l’exemple d’un pommier. Il perd certains fruits au début de l’été parce qu’il sait qu’il n’aura pas assez d’énergie pour leur permettre d’arriver tous à maturité. C’est une forme de gaspillage, sauf que ces mini fruits qui tombent par terre, c’est de la matière organique qui va servir de repas à d’autres organismes. Et c’est la même chose pour les feuilles des arbres. « On peut dire que la plante gaspille du magnésium, de l'azote et du phosphore quand elle perd ses feuilles mortes. Mais celles-ci sont décomposées par des micro-organismes. En décomposent les feuilles mortes, ils relibèrent l'azote, le magnésium et le phosphore sur les racines des plantes pérennes », détaille Marc-André Selosse. Rien ne se perd chez les plantes et les animaux, même si le gaspillage peut exister. Ce qui distingue les humains des autres animaux, c'est notre humanité, et c’est pour cela que nous, nous n’avons aucune excuse face au gaspillage. « Il ne faut pas voir que l'homme est contre-nature dans le gaspillage. Il faut juste voir qu’il gaspille énormément, plus que bien d'autres espèces, parce qu'il en a les moyens. Ensuite, il a la capacité à prendre conscience de cela et de s'organiser pour ne pas le faire. C'est humainement bête de gaspiller », conclut Marc-André Selosse. Nous sommes plus bêtes que les bêtes. À lire aussiDes millions de tonnes de fruits et légumes jetés: le gaspillage alimentaire est-il de notre faute?
    続きを読む 一部表示
    4 分
  • La mer Méditerranée est-elle une poubelle?
    2026/09/23
    Le film documentaire Oxygène montre le travail sans fin de plongeurs engagés à ramasser les tonnes de déchets jetés à la mer dans la région de Marseille. Canettes, plastiques et pneus tapissent les fonds marins et menacent la biodiversité et la beauté des profondeurs. C’est une poubelle, invisible, sous-marine, insoupçonnée quand on est sur la plage. La mer Méditerranée est une véritable décharge, mais pas à ciel ouvert puisqu'il faut plonger dans les profondeurs pour s'en apercevoir. Le documentaire Oxygène, réalisé par les Marseillais Roxanne Perrot et Ugo Isoard, suit ainsi le travail bénévole de plongeurs apnéistes qui nettoient les fonds marins dans la région de Marseille. « Je crois que ça m'étonnera toujours de voir des objets qu'on utilise tous les jours et qu'on retrouve dans des endroits qu'on pensait plutôt épargnés », témoigne dans le film l’une ces apnéistes, membre de l’association Oxygène. « Les gens ont vraiment pris l'habitude de balancer des trucs dans l'eau, mais dans l'eau, on ne voit plus rien en fait. Une fois que c'est sous l'eau, c'est sous l'eau. Pas vu, pas pris ! », souligne un autre. « C'est comme si on avait un joyau, quelque chose de, de magnifique. Et là, on vient le salir ». Deux tonnes de déchets en une semaine Lors du tournage du documentaire, deux tonnes de déchets ont été remontées à la surface, « un chiffre énorme, évidemment, constate Ugo Isoard, le coréalisateur du film. Le point de départ de ce documentaire, c'était un peu le mythe de Sisyphe. Les déchets reviennent toujours, et on a un peu l'impression que ces gens, ces bénévoles, reviennent chaque semaine et refont un peu les mêmes choses et récupèrent énormément de déchets. En période estivale, une ou deux tonnes, c'est assez commun, mine de rien ». Ces déchets qui jonchent les fonds de la Méditerranée sont un véritable échantillon de la société de consommation. On y trouve de tout : des pneus, des sacs plastiques, beaucoup de plastique. Les apnéistes ont même retrouvé une voiture et un obus de la Deuxième Guerre mondiale. Mais la pollution la plus visible, c’est celle des canettes, par milliers. « À côté des plages du Prado, donc un endroit où énormément de gens vont se baigner, on met la tête à 4 ou 5 mètres sous l’eau, et ce sont des tapis de cannettes, raconte l'autre réalisatrice d'Oxygène, Roxanne Perrot. C'est vraiment la marque de la société, de la surconsommation de sucre, de sodas, etc. qui se retrouvent dans cet environnement qui n'a rien demandé ». Un poulpe dans une canette L'environnement est évidemment la première victime de ces déchets. Vous n'aimeriez pas vivre dans une poubelle ; les plantes et les poissons non plus. « Les apnéistes ne peuvent même plus retirer les déchets quand un poulpe va vivre dans une canette, souligne Roxanne Perrot. Après, ces déchets se désagrègent en des milliers de microparticules de plastique que les poissons mangent, que les êtres humains mangent après. Ce sont des microparticules de plastique qu'il est très compliqué de récupérer dans les océans. C'est une catastrophe écologique, évidemment ». Les déchets qui peuvent être récupérés sont en revanche parfois difficilement recyclables. « C’est le truc un peu terrible des déchets sous-marins, constate Ugo Isoard. Au bout d'un moment, en fait, s’ils sont trop rongés par le sel, il y a une vraie difficulté à le recycler. Donc c'est un peu la double peine ». Et ça fait de la peine. « La mer, le poumon de la planète » Un sentiment d’abattement peut d‘ailleurs envahir le spectateur de ce film où on voit moins de poissons que de déchets. Mais même si le travail de ces éboueurs de la mer peut sembler « une goutte d'eau dans la mer », comme le dit l'un d'entre eux, la force de l'engagement est plus fort que le découragement. En dévoilant cette poubelle cachée, Oxygène veut nous alerter, nous, simples citoyens (pauvres buveurs de canettes), mais aussi pouvoirs publics et industriels. « Il n'y aura plus de mer. Qu'est-ce qu'on va faire ? La mer, au-delà des poissons, au-delà des beautés, c'est le poumon de la planète », rappelle l’un des héros du film. « Peut-être qu'il faut se rappeler qu'en la protégeant, on se protège nous-mêmes », espère une autre. Les Romains appelaient la Méditerranée Mare nostrum, notre mer à tous. Elle est notre mère aussi, mais ses enfants sont en train de la saccager. Questions d'environnementSommet des océans: faut-il vraiment que les mégots de cigarette finissent dans la mer?
    続きを読む 一部表示
    4 分
  • Quelle place occupe le changement climatique dans la course au poste du secrétaire général de l'ONU?
    2026/09/22

    Ce mardi 22 septembre s'ouvre à New York la 81ᵉ assemblée générale de l'ONU, où plus de 130 chefs d’État et de gouvernement vont se succéder à la tribune, dans un monde en crise. Pour le Portugais Antonio Guterres ce sera le dernier de ces grands rendez-vous annuels. Après deux mandats, il quittera le poste de secrétaire général des Nations unies. Sept candidats sont en lice pour succéder à celui qui fut un défenseur infatigable de l'action climatique.

    « Le climat mondial est en état d'urgence. La Terre est poussée au-delà de ses limites. Tous les indicateurs climatiques clés sont au rouge. La voie à suivre doit s'appuyer sur la science, le bon sens et le courage d'agir. » Comme dans cet extrait de mars, Antonio Guterres a fait de l'action climatique la priorité de ses deux mandats à la tête des Nations unies.

    Après l'abandon de la Chilienne Michelle Bachelet le week-end dernier, ils sont encore quatre femmes et trois hommes dans la course à sa succession : Rebeca Grynspan du Costa Rica, Carolyn Rodrigues-Birkett du Guyana, deux Équatoriennes, Maria Fernanda Espinosa et Ivonne A-Baki, l'Argentin Rafael Mariano Grossi, le Sénégalais Macky Sall et Olara Otunnu de l'Ouganda.

    Environnement et climat : les candidats n'affichent pas tous la même ambition

    Mais sur des questions climatiques, tous n'emboîtent pas le pas du patron de l'ONU sortant. Avant de faire carrière en politique, Maria Fernanda Espinosa, par exemple, s'est fait connaitre pour son engagement auprès des peuples autochtones en Amazonie équatorienne et en faveur de la biodiversité. L'Ougandais Olara Otunnu a qualifié le changement climatique de « l’un des plus grands défis de notre époque », mais compte le relever « sans sacrifier la prospérité économique ou la sécurité énergétique ».

    « D'un côté, il y a Carolyn Rodrigues-Birkett, originaire du Guyana, qui a placé la sécurité alimentaire et le climat en tête de ses priorités », constate Erin Sikorsky, qui dirige le Center for Climate and Security à Washington et qui suit attentivement les positionnements des candidats sur les questions environnementales et climatiques. « D’un autre côté, il y a Rafael Grossi, actuellement à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui n’a pas du tout mentionné le climat dans sa déclaration liminaire. C’est donc un tableau contrasté. »

    Trois tours de vote test ont déjà eu lieu au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Le dernier était le 18 septembre et Rebeca Grynspan est arrivée en tête. La candidate costaricaine dit avoir trois priorités si elle est élue : la paix, la sécurité et la réforme des Nations unies. Si à première vue la lutte contre le changement climatique ne semble pas un point central dans les programmes des candidats, cela est en partie dû au mode de désignation du prochain ou de la prochaine secrétaire générale de l'ONU, croit savoir Erin Sikorsky. Il ou elle doit obtenir neuf votes des 15 pays membres et aucun veto d'un des membres permanents du Conseil de sécurité. Les candidats tentent donc de faire consensus, alors que les États-Unis de Donald Trump ne veulent surtout pas entendre parler du réchauffement planétaire d’origine humaine.

    « Parler trop de climat, c'est s'exposer à un veto américain »

    « Trop s’exprimer sur le climat pendant la sélection risque de mettre les candidats en danger », estime la politologue américaine. « Mais une fois élu, je ne vois pas comment on pourrait diriger l’ONU sans prendre le sujet à bras-le-corps qui touche tant de pays à travers le monde - nous l’avons encore vu cet été avec les vagues de chaleur en Europe ou les inondations au Népal. Les membres de l’Assemblée générale l’exigeront. »

    Le nouveau ou la nouvelle secrétaire générale devra prendre ses fonctions le 1er janvier 2027. Le changement climatique et ses effets s’inviteront alors tout en haut de son agenda.

    À lire aussiRéchauffement climatique: le seuil de 1,5°C sera dépassé, mais faire machine arrière reste possible, selon l'ONU

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Présidentielle française: à quoi peut servir l’initiative citoyenne «Un commun accord» de Jean-Marc Jancovici?
    2026/09/17
    Lancée le 26 août par le médiatique expert de la transition énergétique, elle réunit à partir de ce 19 septembre 150 citoyens à Paris et ouvre une plateforme en ligne. Elle compte bien peser dans la campagne électorale pour remettre au centre de l'agenda les grands enjeux socio-environnementaux. Elle s’inspire, sur la forme, de la Convention citoyenne pour le climat de 2020. Quel est ce projet et que peut-il en sortir ? Ils sont 150, hommes et femmes, venus de toute la France. Ils ont été tirés au sort parmi 200 000 numéros appelés au hasard, qui n’avaient aucune connaissance du projet avant d’être appelés. Puis ils ont été sélectionnés selon la règle des quotas : âge, catégorie socio-professionnelle, niveau de diplôme, lieu de vie, etc., en théorie représentatifs de la diversité de la population française. Enseignante et chercheuse à l’université de Bordeaux, la sociologue Sandrine Rui nuance la capacité de ces panels à refléter cette diversité : « En dépit du tirage au sort, les citoyens et citoyennes qui s’engagent dans ce type d’assemblée sont des volontaires qui n’ont pas de contraintes pour participer. Il y a souvent une surreprésentation de gens plus diplômés que la moyenne. Ils ont souvent plus conscience de l’enjeu que ça représente pour eux et ils s’autorisent surtout à prendre leur part de ce type d’expérience. » Ceux qui le souhaitent et le peuvent prendront place ce samedi 19 et dimanche 20 septembre dans l’auditorium du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Ils reviendront cinq autres week-ends. Les participants sont pris en charge et défrayés, selon le montant journalier d’un juré d’assises (une centaine d’euros), par un financement participatif. Le montant n’est pas connu, mais la cagnotte, qui démarre à « 1 euro symbolique », dépasse ce 17 septembre les 326 000 contributions – pour près de 175 000 contributeurs – dont la moitié dans les 24 premières heures. En amont, le soutien est aussi venu de quelques personnalités et de particuliers. Une première levée de fonds qui a réuni d’emblée deux millions d’euros sur un budget prévisionnel initial de trois millions, indique à RFI Audrey Cerdan, du comité de pilotage : « On met en place les meilleures conditions possibles pour que 150 Français puissent se réunir et réfléchir aux sujets importants du moment et qu’on entende la voix citoyenne pendant la campagne présidentielle. » Une initiative inédite à cette échelle nationale durant cette période-clé, et qui se revendique apartisane. « Se mettre d’accord » Les deux premiers week-ends seront consacrés à des auditions de scientifiques et d’experts, « avec une approche factuelle », précise Un commun accord. Les deux week-ends suivants, place au débat et à la réflexion en sous-groupe ou en assemblée, une animation confiée au cabinet Res publica. Les deux derniers jours, les 6 et 7 février, viseront à arbitrer les propositions et surtout à décider ce qu’il faut en faire… Objectif fixé par le concepteur du projet, Jean-Marc Jancovici : « se mettre d’accord », explique-t-il dans le clip du projet, « sur quelques grands dilemmes de notre époque, nés du fait que nous commençons à toucher les limites de notre planète ». « On sait que [le climat] est un sujet important pour les Français, complète Audrey Cerdan. Mais pour s’attaquer aux enjeux climatiques, il faut aussi parler d’économie, des enjeux de souveraineté, de santé, des conflits d’usages, sur l’eau par exemple, des préférences sociétales. » L’été qui s’achève en France a été le plus chaud jamais enregistré, avec cinq vagues de chaleur dont trois canicules, une sécheresse agricole violente et des incendies ravageurs. Environ 8 100 morts de plus que la moyenne ont été enregistrés, selon un bilan officiel encore provisoire communiqué mercredi 16 septembre. Les quatre derniers mois ont prouvé, s’il le faut encore, que nos villes et nos modes de vie ne sont pas adaptés au changement du climat, aux températures élevées comme à des manières de se déplacer plus durables. Le fonctionnement de nos sociétés et de nos économies repose quasi-exclusivement sur les énergies fossiles, ressources non seulement polluantes mais finies, et qu’aucune alternative aussi abondante et qualitative ne peut remplacer, vouant nos sociétés à la décroissance. C’est la thèse que soutient depuis longtemps l'ingénieur et expert de la transition écologique Jean-Marc Jancovici. Personnalité médiatique en France, le fondateur de l’association The Shift Project est à l’origine de nombreuses études sur la manière de mener la transition dans différents secteurs. Nous entrons, explique-t-il dans une vidéo à la tonalité dramatique, « dans un monde nouveau, un monde déstabilisé pour lequel nous ne sommes à l’évidence pas...
    続きを読む 一部表示
    4 分