エピソード

  • Trump et les éoliennes: pourquoi tant de haine?
    2026/02/05

    Ardent défenseur des énergies fossiles, le président des États-Unis attaque les énergies renouvelables. Les compagnies pétrolières et le gouvernement américain auraient même mené une campagne d'influence au sein du parlement européen.

    On s'était dit que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé ici de Donald Trump, et puis l'actualité est venue à notre secours. C’était il y a trois jours : la justice américaine, sans se prononcer sur le fond, a autorisé la reprise du chantier d’un parc éolien en mer, face à New York. Il s'agit de la cinquième décision de justice en ce sens depuis que Donald Trump a décidé de bloquer tous les projets d’éoliennes signés sous la présidence Biden.

    Donald Trump a un problème avec les éoliennes. À l'origine, il y a visiblement un traumatisme indépassable : il y a 5 ans, Donald Trump n’avait pas pu empêcher la construction d’un parc éolien en mer juste en face d’un de ses terrains de golf en Écosse… Les éoliennes, il trouve ça laid. Et il l’a encore répété il y a quelques jours, dans l’une de ses déclarations sorties de nulle part. « C’est la pire et la plus chère des énergies qui existe, et l’Europe est en train de se détruire avec ces stupides éoliennes qu'elle installe partout dans ses magnifiques régions qui possèdent certains des plus beaux paysages du monde, et elles ne font que détruire… », déclarait-il en mode « de quoi je me mêle », comme il l’avait déjà fait quelques jours plus tôt au Forum économique mondial de Davos.

    Domination énergétique américaine

    Mais pour Donald Trump, il n’y a pas que la dimension esthétique qui l’intéresse, ce n’est pas qu’une question de bon goût (et on sait qu’il s’y connait). Le problème des éoliennes, c’est qu’elles ringardisent ses chéris : le pétrole et le charbon. En Europe, les énergies renouvelables (solaire et éolien) ont produit pour la première fois l’an passé plus d’électricité que les énergies fossiles. Ce qui va à l’encontre de la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, adoptée il y a quelques semaines. « L'objectif aujourd'hui de l'administration Trump et de Donald Trump est d'asseoir la domination énergétique. C'est un terme qui est repris dans cette Stratégie nationale de sécurité et donc de s'assurer que l'industrie fossile américaine ait des débouchés. Et c'est en ce sens que Donald Trump se prononce contre les énergies renouvelables en Europe », décrypte Swann Bonnier, le directeur du plaidoyer de l’association écologiste française Bloom.

    Lobbies et ingérence

    Une forme d’ingérence qui s’est concrétisée récemment au Parlement européen, selon les accusations publiées ce matin par Bloom, quand une alliance entre la droite et l’extrême droite a vidé de sa substance la directive sur le devoir de vigilance des entreprises – un texte qui engage les entreprises à prévenir notamment les atteintes à l’environnement et à respecter l’engagement européen de neutralité carbone en 2050. « On a eu tout au long de l'année 2025 une offensive concertée des lobbies de l'industrie fossile américaine et de l'administration Trump pour torpiller le devoir de vigilance. Certaines de ces entreprises se sont alliées dans une alliance qui réunissait ExxonMobil, Chevron, mais aussi TotalEnergies. Et ensemble, ces entreprises portaient auprès des parlementaires une stratégie selon laquelle le Parlement européen devait détruire le devoir de vigilance dans une alliance de droite et d'extrême droite, ce qui était du jamais vu », détaille Swann Bonnier.

    L’ONG Bloom pointe en particulier le rôle joué par le rapporteur parlementaire de cette directive, l’eurodéputé suédois de droite Jorgën Warborn, un homme qui a multiplié les contacts avec le lobby pétrolier. « Jürgen Warborn a été le relais, le cheval de Troie des entreprises américaines et de l'ingérence américaine, puisqu'il a repris à son compte leur stratégie », accuse encore Swann Bonnier. L’union des droites se porte bien, l'internationale climatosceptique aussi, la planète sûrement un peu moins.

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  • Comment les pollutions sonores et lumineuses affectent-elles le vivant?
    2026/02/04
    Humains, oiseaux, baleines ou plantes, nous sommes tous victimes des excès de bruit et de lumière qui accompagnent la présence humaine sur la planète, dans les villes en particulier. Elles ne figurent pas au menu du « Giec de la pollution », le groupe d’experts et de politiques sur la pollution chimique qui tient sa première réunion cette semaine à Genève. Et pourtant… Les pollutions sonores et visuelles sont elles aussi sources de quelques dégâts pour le vivant. Commençons par nous, humains, avec la pollution sonore, et avec un exemple tout bête, et vraiment bête : une moto qui traverse Paris la nuit, avec un pot d'échappement troué, réveille 300 000 personnes. La pollution sonore est source de stress et de maladies cardio-vasculaires. Rien qu'en Europe, le bruit provoque 20 000 décès prématurés chaque année. À lire aussiSous les vagues, la pollution sonore Le bruit perturbe aussi les autres animaux. Et en particulier les oiseaux, comme le merle qu’on commence à entendre très tôt le matin à Paris. Serait-il insomniaque ? « Les chants servent à deux choses : "Je suis chez moi, je ne veux pas que tu rentres chez moi". Ça sert aussi à dire à une femelle qui passerait : "Je suis tout seul"… pas besoin de faire un dessin, sourit Frédéric Malher, ornithologue à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux. Donc les merles chantent plus tôt le matin à cause du bruit, ou plutôt de l’absence de bruit. » Plus fort ou plus aigu Pour dépasser le bruit des voitures, d'autres oiseaux, comme le rossignol, chantent plus fort. La mésange charbonnière, elle, chante plus aigu, « parce que le bruit de fond de la ville est dans les graves. Donc la mésange charbonnière a une note de son chant plus haute en ville », explique Frédéric Malher. Mais toutes ses stratégies déployées par les oiseaux en ville représentent « semble-t-il une dépense d’énergie supplémentaire ». En mer aussi, la pollution sonore perturbe la communication. Et à cet égard, on est loin du Monde du silence, comme le commandant Cousteau avait baptisé les mers et les océans. « Le son circule cinq fois plus plus vite que dans l’air. Surtout, les océans sont un open-space, il n’y a pas de barrière qui limite le son. Les baleines bleues, par exemple, vont pouvoir communiquer à plus de 100 kilomètres de distance, probablement jusqu’à 1000 kilomètres, selon certains chercheurs », explique Olivier Adam, bio acousticien à l'Université Paris Sorbonne. Pertes de repères Mais le bruit des bateaux, des sonars militaires ou des éoliennes est lui aussi sans limite. Et les conséquences peuvent être mortelles pour les cétacés, les baleines ou les cachalots. « Si les intensités sonores sont trop fortes et qu’ils ont une perte même temporaire de leur système auditif, ils perdent tout moyen de se repérer et peuvent aller s’échouer très facilement. Pour des baleines grands plongeurs comme les baleines à bec qui descendent à deux ou trois kilomètres de profondeur pour s’alimenter, elles peuvent remonter trop vite "en mode panique" et avoir des problèmes irréversibles au niveau de la décompression », souligne Olivier Adam. À lire aussiFrance: le bruit, une pollution qui coûte plus de 150 milliards La colonisation de la planète par l’espèce humaine engendre une autre pollution : la pollution lumineuse rendue possible grâce à la fée électricité. Une pollution à laquelle les oiseaux migrateurs sont particulièrement vulnérables. « Elle peut détourner ces oiseaux parce qu’ils sont attirés par la lumière, précise Frédéric Malher de la LPO. Quand il y a du brouillard, ils sont complètement perdus et c’est à ce moment-là qu’on peut avoir des massacres d’oiseaux qui se sont précipités sur les vitres des bâtiments parce qu’ils sont perdus dans un brouillard lumineux où il n’y a plus du tout de repères. » Le progrès nous aveugle Les lumières de la ville perturbent aussi les plantes. « Une plante éclairée la nuit ne repère pas que c'est la nuit. Donc elle continue sa vie, elle continue sa photosynthèse et produit donc un excédent de sucre, racontait pour « C’est dans ta nature » Louis Gerin, qui avait mis au point un lampadaire sans lumière bleue, la plus nuisible au vivant. Avec la lumière, il y a plein d'insectes. Et comme c'est plus sucré, ils viennent la voir ! Et comme elle ne peut pas dormir la nuit, elle est encore plus fatiguée, elle s'épuise et se retrouve plus vulnérable face aux parasites et aux maladies. » Humains, nous sommes nous aussi plus vulnérables face à la lumière artificielle. Les leds, les lampes nouvelles générations, certes économes, abiment la rétine et notre vue vieillit plus vite. Parfois le progrès nous aveugle.
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  • Pourquoi «le Giec de la pollution» arrive-t-il aussi tard?
    2026/02/03

    Le Groupe intergouvernemental scientifique et politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution se réunit pour la première fois cette semaine, alors que le phénomène est aussi vieux que la Révolution industrielle du XIXe siècle et tue plus que les guerres, le sida ou la crise climatique.

    Une grande première pour une tragédie ancienne. La première réunion du Groupe intergouvernemental scientifique et politique sur les produits chimiques, les déchets et la pollution a commencé lundi 2 février 2026 à Genève, en Suisse. On le surnomme « le Giec de la pollution », en référence au groupe des experts internationaux sur le climat, qui publiait son premier rapport en 1990, un quart de siècle après les premières études scientifiques sur le changement climatique provoqué par les activités humaines. Le Giec de la pollution arrive bien plus tard. Est-ce trop tard ?

    On sait que la pollution, également d’origine anthropique, existe depuis le début de la Révolution industrielle, quand les feuilles des arbres se couvraient de noir à cause du charbon. L’écrivain britannique Charles Dickens évoquait déjà le fameux smog londonien, ce brouillard provoqué par les poussières industrielles, dans un roman publié au milieu du 19e siècle.

    9 millions de morts par an

    La pollution n’est pas un phénomène récent et ses effets sur la santé ne sont pas négligeables. On commence à mourir du climat, mais on meurt déjà beaucoup et depuis longtemps de la pollution. Elle provoque chaque année 9 millions de morts prématurées dans le monde, plus d'un décès sur dix. La pollution tue plus que les guerres, le sida, ou même le climat. La crise climatique ne tue « que » 600 000 personnes par an. Et alors qu’on parle beaucoup des Cop, les sommets pour le climat, alors qu’il existe aussi des Cop sur la biodiversité et sur la désertification, la pollution, les pollutions, elles, passent un peu en-dessous des radars, alors que les constats sont tout aussi alarmants.

    Plusieurs dizaines de milliers de produits chimiques sont en circulation sur la planète – on peut à cet égard saluer la créativité humaine. Il y a tous ces mots qu’on entend presque chaque jour, désormais : plastique, microplastiques, particules fines, PFAS, les fameux polluants éternels qui s’immiscent partout et pour toujours. On boit des PFAS et on mange des pesticides. À tel point qu’aujourd’hui, on est tous contaminés. On a des microplastiques dans le cerveau. On nait déjà contaminé. Oui, les bébés naissent déjà le corps pollué…

    On consomme de la pollution

    D'ailleurs on n'est pas sûr d'en mourir, ou alors pas tout de suite, on peut juste être malade de la pollution. On en est venu à inventer une expression : les cancers environnementaux. Un autre chiffre suffit à mesurer l'ampleur du problème : les maladies provoquées par une exposition aux produits chimiques représentent plus de 10% du produit intérieur brut mondial, plus de 10 000 milliards d’euros par an.

    Comment s’explique alors cette relative indifférence ? Sur le climat, il y a un ennemi identifié, le CO2 et les producteurs d'énergies fossiles. Mais sur la pollution chimique, il y a des milliers et des milliers de coupables. Les données et les études sont dispersées. Les scandales multiples mais isolés, microéconomiques. Le principe de précaution est à géométrie variable. Enfin les lobbies sont beaucoup plus nombreux, présents dans de nombreux secteurs : l'automobile, l'agriculture, l'agroalimentaire, les emballages, les vêtements, les produits de beauté... Partout il y a de la pollution chimique, dans tout ce qu'on consomme au quotidien. S'y attaquer, c'est aussi, d'une certaine manière, remettre en cause nos habitudes de consommation et notre mode de vie. C'est réaliser que cette belle idée du progrès recouvre une réalité beaucoup plus sale.

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  • Restera-t-il des chênes dans cinquante ans?
    2026/02/02

    L'un des arbres les plus répandus en Europe (et dans tout l'hémisphère nord) est-il armé face au réchauffement climatique ? Quinze millions d'années d'évolution lui confèrent quelques atouts.

    Il est le roi des forêts européennes, l'un des arbres qu'à peu près tout le monde est capable d'identifier. On a toujours un chêne près de chez soi. « Un jour je me suis amusé à estimer le nombre de chênes en France, et on arrive à plusieurs milliards, en y incluant les petits semis évidemment, explique Antoine Kremer, directeur de recherche émérite à Biogeco à l'université de Bordeaux, spécialiste de l’évolution des arbres et en particulier du chêne. Vous n’êtes jamais très loin d’un chêne si vous êtes en France, à moins de quelques kilomètres, mis à part si vous êtes en haute altitude. Et c’est vrai aussi en Europe. On ne s’en rend pas compte mais c’est quelque chose qui nous est très proche ».

    Face au réchauffement climatique, ce monument forestier a quelques atouts. D'abord, le chêne est l'un des arbres à la plus grande diversité génétique, rendue possible par les échanges entre individus, grâce au pollen, et même entre espèces – rien qu'en Europe on compte une trentaine d'espèces de chêne. Et la diversité génétique, c'est un grand avantage. « Quand il y a une crise environnementale, si tout le monde est pareil génétiquement dans une population, la probabilité est forte que cette population s’éteigne. En revanche, si vous avez une forte diversité, la probabilité pour qu’au sein de cette population il y ait des individus qui résistent est beaucoup plus élevée. Cette diversité est une espèce d’assurance vis-à-vis de l’avenir », souligne Antoine Kremer.

    La lutte pour la vie

    La force du chêne, c'est donc son nombre, et son âge aussi. Le chêne a 15 millions d'années, autant dire qu'il a vu passer des changements climatiques, des alternances de froid et de chaud. Les plus résilients ont survécu et se sont répandus, par la sélection naturelle. « En fait il a fait le yoyo en termes de migrations, raconte Antoine Kremer. Quand il faisait chaud, il est resté présent dans toute l’Europe tempérée, mais quand il faisait froid, quand la moitié de l’Europe était couverte de glaciers, les chênes se sont retrouvés dans le sud de l’Europe. Et dès que le climat s’est réchauffé, ils ont migré vers le nord. C’était la lutte pour la vie, en quelque sorte. C’est celui qui colonisait le plus vite qui s’en est sorti à chaque fois ».

    Les arbres migrent, ce qui peut sembler paradoxal puisque ce qui différencie les plantes des animaux, c'est leur incapacité à bouger, à fuir un danger... Mais les arbres ont quelques alliés pour transporter leurs graines, les glands en l'occurrence : des oiseaux, des mammifères, les rivières et mêmes les humains qui se nourrissaient de glands. Cette migration est encore à l'œuvre aujourd'hui. On voit par exemple le chêne vert, présent en Méditerranée, se déplacer vers le nord. On le retrouve aussi le long de la côte Atlantique « mais juste sur deux ou trois kilomètres le long de la côte, où un microclimat lui permet de se maintenir. Quand vous regardez dans ces forêts-là, il migre vers l’intérieur, vers l’est, de manière assez vigoureuse. Parmi les espèces qui sont appelées à se développer numériquement dans le contexte du changement climatique, à cause de leur meilleure adaptation à la sécheresse, il y a notamment le chêne vert, et également le pin maritime ». Le problème, c'est que la vitesse du réchauffement climatique actuel, le seul provoqué par l'homme, est beaucoup plus rapide que la vitesse de migration du chêne. Des arbres disparaîtront, mais le chêne sera toujours là. Il y aura toujours des forêts, mais sûrement moins dans le sud…

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  • Pourrait-on vivre sans pétrole?
    2026/01/29
    Que serait un monde sans hydrocarbure ? Le pétrole est partout. L'économie pourrait-elle fonctionner sans cet or noir dont l'humanité est dépendante depuis plus d'un siècle et demi ? Ce serait un film de science-fiction, une dystopie, un scénario-catastrophe dans un monde se réveillant un matin sans plus aucune goutte de pétrole. Que serait notre vie si le pétrole disparaissait complètement ? Sachant que le pétrole est responsable d’un tiers des émissions de CO2, la crise climatique serait presque réglée… Mais pour le reste, il n’y aurait plus de transport, on ne pourrait plus travailler, ce serait très vite la pénurie alimentaire, plus de médicament non plus… bref, le chaos. « On serait bien embêté, sourit Matthieu Auzanneau, le directeur de The Shift Project, un groupe de réflexion qui travaille sur la décarbonation de l’économie. Tout s’arrêterait en fait. Le pétrole, c’est ce qui permet de faire circuler le sang dans tout l’organisme économique mondial. Ce serait un cataclysme. À part pour quelqu’un qui vivrait en ermite, et encore : il serait content d’avoir des vêtements polaires bien chaud qui sont en général des dérivés de pétrole. Il y a très très peu d’activités humaines qui ne sont pas très directement ou indirectement liées au pétrole ». Oui, il y a du pétrole dans nos vêtements : les tissus synthétiques sont fabriqués avec du pétrole, et même pour produire un tee-shirt 100% coton bio, on a besoin d’hydrocarbure. Sans pétrole, pas de shampoing. Pour manger, il faut du pétrole : entre les engrais, les tracteurs, les pesticides et le transport, la nourriture consommée par une personne en une année représente 1 500 litres de pétrole. Même pour fabriquer une voiture électrique il faut du pétrole. En fait, depuis le milieu du XIXe siècle, nous sommes totalement accros. La désintoxication prendra du temps Pour autant, pourrait-on pourrait se passer de l'or noir ? La majorité du pétrole consommé aujourd’hui, c’est pour le transport (les voitures, les avions et les bateaux). Alors oui, on peut consommer moins de pétrole, sans revenir à l’âge de pierre, sans changer son mode de vie, il faut juste envisager une société plus douce et plus paisible. Voyager moins, acheter moins... « Il n’y a pas une fonction technique qui ne peut pas être remplacée par autre chose, assure Mathieu Auzanneau. Vous pouvez faire du plastique et des engrais avec autre chose que des hydrocarbures. Vous pouvez faire voler des avions avec des biocarburants. Ce n’est pas un problème de qualité, mais de quantité. Cela veut dire qu’il faut s’organiser pour avoir besoin de moins d’engrais, moins de carburant. Cela suppose simplement des politiques industrielles audacieuses. Mais tout est possible en fait ». Continuer à faire de la prospection pétrolière a-t-il alors un sens ? En France, un sénateur macroniste a déposé une proposition de loi discutée ce jeudi pour autoriser de nouveau l’exploitation pétrolière en Outre-mer, et en particulier en Guyane, pas loin des gisements vénézuéliens convoités par Donald Trump. C’est contre le sens de l’histoire. Simplement, se passer de pétrole, se désintoxiquer, va prendre du temps. Même le Giec, dans ses scénarios sur le réchauffement climatique, n'envisage pas un monde sans pétrole. C’est pour ça qu’on parle de transition écologique. « Pour éviter le chaos, on a besoin qu’il y ait de l’essence dans les stations-service. Sinon c’est la guerre civile, estime Matthieu Auzanneau. Donc tant qu’on a besoin de pétrole, il faut bien des puits de pétrole. Je ne dis pas qu’il faut relancer la prospection en France. Symboliquement, c’est un très mauvais message à envoyer. En revanche, ce serait se faire des illusions de se dire que la décarbonation de la société commence et se termine par arrêter de pomper du pétrole. Ça commence et ça se termine en réalité par s’organiser différemment. Le problème, ce n’est pas le buraliste, c’est le fumeur. Tant que le fumeur a besoin de cigarettes, heureusement qu’il y a des clopes chez les buralistes ». Le tabac, c’est comme le pétrole, c’est mauvais pour la santé. À lire aussiAllons-nous réussir à nous passer des énergies fossiles ?
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  • Pourquoi le pastoralisme est un modèle d'agriculture durable en Afrique de l'Ouest?
    2026/01/28

    Les Nations unies mettent l'accent sur l'élevage nomade, en décrétant 2026 année internationale du pastoralisme. Cette pratique ancestrale permet de lutter contre la désertification et de protéger la biodiversité.

    C’est l'un des plus vieux métiers du monde, apparu il y a des milliers d'années avec la domestication des premiers animaux, et aujourd'hui encore il fait vivre plusieurs centaines de millions de personnes partout sur la planète, dans les territoires souvent les plus arides, là où rien ne pousse ou presque, à part des chèvres. L’élevage nomade est mis en avant cette année par les Nations unies qui ont décrété 2026 année internationale du pastoralisme. « Le pastoralisme ne saurait être un vestige du passé, confirme Tamsir Mbaye, de l'ISRA, l'Institut sénégalais de recherches agricoles. C’est un système qui structure des territoires, qui protège des écosystèmes, mais surtout qui nourrit des populations. Fragiliser cette activité, c’est affaiblir notre sécurité alimentaire. » En Afrique de l’Ouest, dans la zone sahélienne en particulier, le pastoralisme nourrit ainsi des millions de personnes.

    Le pastoralisme permet de se nourrir, également de se vêtir. Il est aussi un allié de la biodiversité. Il permet de lutter contre la désertification, de restaurer les sols grâce au passage des animaux – certaines herbes aiment bien qu'on les piétine. Ces animaux, comme vous et moi, font aussi caca, ce qui vaut presque de l'or. « Les déjections animales contribuent à enrichir naturellement les sols. C’est un fertilisant gratuit, recyclé sur place, souligne Tamsir Mbaye. Le pastoralisme contribue aussi à la lutte contre la désertification, en permettant de conserver des paysages ouverts, riches en espèces animales et végétales. Les troupeaux jouent un rôle-clé dans le transport des graines », et cela de deux manières. D'abord dans les excréments - on y revient toujours... Les graines voyagent aussi en s'accrochant aux poils des chèvres ou des moutons. C'est d'ailleurs en s'inspirant d'une de ces graines qu'on a inventé le velcro, les fameux scratchs.

    Un modèle menacé

    Mais le pastoralisme est aujourd'hui confronté au changement climatique qui perturbe le cycle des pluies, modifie les saisons d'une certaine manière. « L’assèchement des points d’eau est de plus en plus rapide », constate Tamsir Mbaye, coordinateur du Pôle pastoralisme et zone sèche (une coopération franco-sénégalaise), qui pointe aussi « la raréfaction des pâturages, tant en quantité qu’en qualité avec l’avènement d’herbes de mauvaise qualité, comme Diodia scandens », qu'on appelle njoja sur place, une mauvaise herbe, envahissante, qui peut être mortelle pour les vaches.

    Le pastoralisme est menacé, et pas que par le changement climatique. Son espace rétrécit, en concurrence avec les terres agricoles. Les barrières humaines se multiplient, alors que la transhumance existait bien avant l'invention des frontières. On a aussi tendance à se méfier des nomades et il y a parfois des conflits... Mais malgré une image un peu archaïque, le pastoralisme est un modèle d'agriculture durable, et d'ailleurs cela fait 10 000 ans que ça dure.

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  • Trente ans après le dernier essai nucléaire français, quels effets sur la santé et la biodiversité?
    2026/01/27
    La France a toujours sous-estimé, voire nié, les conséquences de ses essais nucléaires en Algérie et en Polynésie française. Le monde entier porte encore aujourd'hui la trace des essais réalisés par toutes les puissances nucléaires. C’était il y a tout juste 30 ans, le 27 janvier 1996 : la France effectuait son dernier essai nucléaire réel dans le Pacifique. L’histoire des essais nucléaires français, d’abord en Algérie, puis en Polynésie française, est celle d’un long mensonge d’État. Un mensonge répété encore par Jacques Chirac en 1995, quand il annonce, à la surprise générale, la reprise des essais en Polynésie, cinq ans après le moratoire décidé par François Mitterrand. « Vous savez que ces essais se passent dans le Pacifique-Sud, qu’ils ont lieu dans des conditions, euh, où, sans entrer dans des polémiques, il n’y a strictement aucune conséquence écologique », osait déclarer le président français, responsable d’une crise diplomatique majeure avec de nombreux pays du Pacifique, Australie et Nouvelle-Zélande en tête. Évidemment il n’en est rien : les essais nucléaires ont bien eu des conséquences sanitaires et environnementales. Entre 1960 et 1996, la France a réalisé plus de 200 essais nucléaires, tous dans des territoires colonisés : 17 en Algérie (dont certains après l’indépendance algérienne), et 193 en Polynésie (dont 46 dans l’atmosphère, le reste souterrains). Ce sont évidemment les essais réalisés en plein air qui sont les plus dangereux : les particules radioactives sont dispersées par les vents, et tout ne se passe pas toujours comme prévu. Ce fut le cas par exemple lors du dernier essai atmosphérique, tiré au-dessus de l’atoll de Mururoa, en 1974, l’essai Centaure. À lire aussiLes secrets des essais nucléaires français dévoilés Vingt-trois maladies « Au lieu de partir vers l’Est, le nuage radioactif est parti en direction de l’Ouest, directement vers l’île de Tahiti qui abritait la plus grande population, plus de 80 000 personnes, raconte Sébastien Philippe, professeur d’ingénierie nucléaire et physique à l’université du Wisconsin, aux États-Unis, et co-auteur d’une livre-enquête, Toxique, révélant il y a cinq ans, à partir de nombreux documents déclassifiés, le scandale sanitaire et environnemental des essais nucléaires français. Ce qu’on a pu démontrer, c’est qu’à l’époque toutes les personnes ont pu recevoir des doses supérieures au seuil d’exposition du public. Les risques étaient très bien connus, les retombées mesurées et les mesures ont été cachées au public. À l’époque, c’est "loin des yeux, loin du cœur », ironise-t-il. La quasi-totalité de la population polynésienne a subi des retombées radioactives, cancérogènes. Une liste de 23 maladies liées à la radioactivité a été établie. Le problème, c’est que les autorités françaises ont toujours avancé des taux de radioactivité jusqu’à 10 fois moins importants que la réalité, avec des conséquences pour l’indemnisation des victimes. Seulement un millier de victimes ont été reconnues, mais une proposition de loi arrive au parlement, avec des critères réévalués. Sur les essais en Algérie, la loi du silence est encore plus forte, alors que le parlement algérien, en votant une loi en décembre dernier sur la criminalisation de la colonisation française, demande des réparations pour les victimes algériennes. Sangliers radioactifs Ces essais nucléaires ont aussi entraîné des conséquences pour l’environnement. Quand on fait exploser une bombe 100 fois plus puissante que celle d’Hiroshima, le vivant disparait. « Sur les sites de tirs, il est clair que tout ce qui était à la surface de l’atoll, à l’intérieur du lagon, que ce soit la faune ou la flore, a été complètement décimé », souligne Sébastien Philippe. Les retombées radioactives ne sont d’ailleurs limitées ni dans le temps ni dans l’espace, comme une bombe à retardement. En Polynésie, le traumatisme est tel que des femmes ne veulent pas avoir d’enfants, de peur de leur transmettre des maladies. La puissance des essais souterrains a aussi provoqué des fractures dans les atolls. L’une d’elles est particulièrement surveillée, parce qu’en cas d’effondrement une vague engloutirait l’île la plus proche, habitée. À l'échelle mondiale, plus de 2 000 essais ont été réalisés par toutes les puissances nucléaires, et partout, on en trouve des traces encore aujourd’hui. Dans la nature, on a notamment mesuré de la radioactivité sur les carapaces de tortues et sur des sangliers en Allemagne. « Encore aujourd’hui, on peut le mesurer dans le sol, dans des troncs d’arbres, dans du vin, dans des abeilles, souligne Sébastien Philippe. C’est un peu partout. C’est une contamination qui est faible mais qui est là, qui fait de partie de ...
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  • Pourquoi la guerre dans l'est de la RDC menace-t-elle aussi les forêts et les animaux?
    2026/01/26

    Déforestation, braconnage... Un an après la bataille de Goma, la grande ville de l'est du Congo-Kinshasa, la biodiversité, elle aussi, continue de souffrir des combats.

    La guerre dans l’est de ma République démocratique du Congo (RDC) n'épargne rien ni personne, et évidemment pas les populations civiles. L'avancée de l'AFC/M23 avait poussé des centaines de milliers de personnes à fuir les combats, avec un effet inattendu : une déforestation accrue, provoquée par une demande importante en charbon de bois (le makala, en swahili). Une déforestation visible sur des images satellites, qui a doublé à cause de la guerre, notamment sur les pentes du volcan Nyiragongo.

    Partout dans la région, la forêt souffre, parce que les écogardes ne peuvent plus faire leur travail. « En notre absence, on en profite pour aller couper la forêt et fabriquer la braise, témoigne Alain Mukiranya, écogarde pour l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Au-delà de la dégradation et de la perte de l’habitat pour la faune, il y a aussi la perturbation des services écosystémiques que la forêt fournit, notamment la régulation climatique, l’approvisionnement en eau et même en produits forestiers non ligneux », comme les feuilles par exemple, utilisées pour se soigner – il n'y en a plus, parce qu'on a tout brûlé.

    Braconnage

    Les écogardes sont directement victimes de la guerre. Il est difficile d'obtenir un bilan précis, mais certains estiment qu'une trentaine d'entre eux sont morts depuis l'offensive du M23. La guerre a aussi coupé les principales routes, et les écogardes ne reçoivent plus le matériel, les armes, les munitions, pour bien faire leur travail.

    Moins d'écogardes sur le terrain, ce sont des animaux moins protégés. Il y a plus d'un an, le directeur des parcs à l'ICCN estimait que la moitié des animaux du parc des Virunga avait disparu à cause de la guerre. Un chiffre impossible à vérifier. Mais il y a une certitude : la guerre facilite le braconnage. « Des cas de braconnage d’okapis ont été signalés dans les zones où nous n’avons pas accès parce que la sécurité n’est pas très bonne, raconte Alain Mukiranya, l'assistant du directeur du parc national de la Maiko, au nord-ouest de Goma. Les petits primates sont aussi les espèces les plus braconnées. Les hommes qui exploitent illégalement les minerais comme l’or et le diamant autour du parc en profitent pour braconner pour leur survie. »

    On ne tue pas forcément les animaux pour le trafic, pour les revendre et ainsi acheter des armes, mais parfois juste pour se nourrir.

    Naissances

    Dans ce tableau sombre pour la biodiversité percent parfois de bonnes nouvelles, comme la naissance, au début du mois, à une trentaine de kilomètres de Goma, de jumeaux gorilles. Des jumeaux, cela n'arrive qu'une fois sur 100, c'est exceptionnel et à plus forte raison en temps de guerre. « Malgré la situation de guerre dans toute la zone, cela veut dire qu’ils ressentent une certaine forme de stabilité pour pouvoir donner naissance, estime Jérôme Lombart, le directeur des opérations de la fondation Virunga, interrogé par Alexandra Branjon du service Afrique. Dès que les bombardements reprennent, ce sont souvent les nouveau-nés qui risquent le plus, surtout dans les premières semaines et les premiers mois. C’est important, au niveau de la nutrition notamment, que le clan les garde. C’est ce qu’on espère. »

    Un miracle n'arrivant jamais seul, on vient d'apprendre la naissance d'un autre bébé gorille, toujours dans les Virunga. Et c'est ce qu'on veut croire : la vie est (parfois) plus forte que la guerre.

    À lire aussiRDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23

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