エピソード

  • Biopiraterie: pourquoi les plantes médicinales sont-elles menacées par les industries pharmaceutique et cosmétique?
    2026/03/03
    La médecine traditionnelle utilise des dizaines de milliers plantes à travers le monde. Mais les savoirs ancestraux des peuples autochtones sont régulièrement pillés par les industries pharmaceutique, cosmétique et des compléments alimentaires. Une plante, c’est généralement assez léger, mais les plantes médicinales pèsent beaucoup financièrement. C'est un énorme marché, estimé à 400 ou 500 milliards d'euros pour toute la médecine traditionnelle, qui n'utilise d'ailleurs pas que les plantes. À l'occasion de la Journée mondiale de la vie sauvage, ce 3 mars, l'ONU met l'accent sur les plantes médicinales et aromatiques, avec un mot d'ordre : « conserver la santé, l'héritage et les moyens d'existence ». À lire aussiCôte d'Ivoire: les plantes médicinales, un recours quand le porte-monnaie est vide Pour l'immense majorité de la population mondiale, les plantes sont bien souvent le seul moyen de se soigner, dans les pays en développement. « 80% des personnes sur Terre commencent par avoir affaire à la médecine traditionnelle. Dans les pharmacopées traditionnelles, généralement il y a une majorité de plantes. On estime qu'on ramasse environ 30 000 plantes à fleurs dans le monde à visée thérapeutique. Cela représente effectivement quelque chose d'extrêmement important et on est sur un marché qui est en constante expansion, de 8 à 15% par an », précise Aline Mercan, médecin, phytothérapeute (qui soigne avec des plantes) et auteure d’un Manuel de phytothérapie écoresponsable. Médicaments plus chers Ces plantes médicinales représentent une richesse culturelle et un savoir ancestral transmis de génération en génération, généralement beaucoup plus abordables que les médicaments modernes. « C'est vrai qu’il est plus compliqué de faire une posologie, de doser une plante, une infusion, une décoction d'une plante traditionnelle que de le doser dans une pilule. Mais c'est aussi beaucoup moins cher. Il faut donc faire attention de ne pas enlever, de ne pas combattre cet usage pour favoriser uniquement des produits pharmaceutiques qui peuvent être très chers », relève Pierre Johnson, socio-économiste, spécialisé dans les filières végétales, et auteur de Biopiraterie : Quelles alternatives au pillage des ressources naturelles et des savoirs ancestraux ? À lire aussi1. Les médicaments dans le sud La biopiraterie est un terme inventé dans les années 1990 pour décrire une forme de privatisation du vivant, quand des entreprises déposent des brevets sur des molécules que contiennent des plantes par exemple, quand l'industrie pharmaceutique (et pas seulement elle) essaie de récupérer ces connaissances ancestrales. La pervenche de Madagascar en est l'un des exemples célèbres. « On a extrait de la pervenche des substances qui ont des effets anticancéreux. Évidemment, il n’y a pas eu du tout de bénéfices pour la population malgache. Mais c'est un cas assez particulier parce que de manière générale, ce ne sont pas les laboratoires pharmaceutiques qui gagnent le plus d'argent sur les plantes de la médecine traditionnelle, ce sont les laboratoires du complément alimentaire. Ce qui n’est pas du tout le même monde ! », pointe Aline Mercan. Cactus coupe-faim Les compléments alimentaires ont la cote, le marché est exponentiel ces dernières années, alors que les effets sur la santé sont parfois discutables. Et les méthodes aussi, comme en témoigne la biopiraterie d’une plante, le hoodia, consommée par le peuple San en Afrique du Sud. « Le hoodia est un cactus d'Afrique du Sud utilisé par les San qui ont des techniques de chasse où ils épuisent le gibier, raconte Aline Mercan. Pour ça, il faut soi-même être très endurant, ne pas manger et ne pas dormir. Et donc ce hoodia a été utilisé par l'industrie du complément alimentaire pour fabriquer des coupe-faim pour le marché du surpoids dans les pays du Nord. Les San n'ont pas touché grand-chose, quelque chose de tout à fait négligeable par rapport au marché que ça a généré. » Précisément 0,003 % du chiffre d’affaires... La convention de Nagoya, signée au Japon en 2010, et entrée en vigueur 4 ans plus tard, tente de réguler la biopiraterie, pour protéger notamment la médecine traditionnelle et les savoirs ancestraux. Deux chiffres résument le problème : 90% des ressources naturelles se trouvent dans les pays du Sud, alors que la quasi-totalité des brevets, 97%, appartiennent à des entreprises des pays riches. C'est là une autre « tradition » : la ressource est au sud, et les profits au nord.
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  • Faut-il éviter la livraison à domicile pour sauver la planète?
    2026/03/02
    L'impact environnemental des colis dépend de nombreux critères mais la livraison à domicile n'est pas forcément la pire des solutions. Une nouvelle taxe en France, et c'est pour la bonne cause : pour lutter notamment contre l'ultra fast fashion et la surconsommation liée à l'explosion des sites comme Shein ou Temu. Depuis dimanche 1er mars, les petits colis d'une valeur de moins de 150 euros sont désormais taxés. Le marché de la livraison a doublé en 10 ans, et on s'attend à une croissance annuelle de 3 % à 5 %. Aujourd'hui, plus d'un milliard de colis sont livrés en France chaque année, mais l'impact environnemental reste faible : une livraison correspond en moyenne à 1 kilo de CO₂. En termes d'équivalence carbone, c'est comme si on rechargeait 2,5 fois son téléphone, ce qui reste marginal par rapport à l'empreinte carbone du produit lui-même acheté sur internet. Se pose alors la question : pour l'environnement, vaut-il mieux aller faire ses courses en magasin ou se faire livrer ? L'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a mené l'enquête et la livraison n'est pas la pire des solutions : « Si on a la possibilité d'aller à un point de retrait dans un magasin, à pied, en vélo ou en transports en commun, c'est intéressant. En revanche, si on y va en voiture avec un trajet principalement tourné vers ce retrait, la livraison à domicile devient plus intéressante parce que la livraison va se faire avec une tournée bien optimisée, avec le camion du livreur qui contient plusieurs colis », résume Tristan Bourvon, coordinateur logistique à l'Ademe. Comme si le e-commerce s'apparentait à du transport en commun de marchandises. À lire aussiAchète-t-on trop de vêtements? Ni voiture, ni avion Mais le risque d'une livraison à domicile, c'est qu'on soit absent et que le livreur doive repasser. Cela alourdit l'empreinte carbone de la livraison. Dans ce cas, mieux vaut un point relais, à condition bien sûr de ne pas y aller en voiture. Le critère de la rapidité doit aussi être pris en compte. À part pour les grandes plateformes, qui ont souvent un entrepôt près du client, une livraison express a généralement une empreinte carbone élevée. « Si jamais le produit n'est pas stocké à proximité de chez vous, mais vient plutôt d'un pays très éloigné comme la Chine, le fait d'aller plus vite va souvent engendrer le recours au fret aérien plutôt qu'aux porte-conteneurs. Et l'aérien est beaucoup plus émissif par colis transporté que le maritime. C'est surtout vrai, par exemple, pour les plateformes d'ultra-fast-fashion. La livraison ultra-rapide, en moins de vingt-quatre heures, avec une camionnette dédiée pour livrer dans l'heure, moins bien remplie, va avoir un impact plus fort », détaille Tristan Bourvon. Le poids du vide Dans l'impact environnemental de la livraison, il y a aussi l'emballage. Et on peut même parler de suremballage. En moyenne, un colis est vide à 44 %, et même le vide, ça pèse : le suremballage alourdit les colis « d'un quart ou d'un tiers ». Ce qui a un poids environnemental : 112 tonnes de CO2 en France chaque année, ce qui correspond, selon le comparateur carbone de l'Ademe, à plus de 13 000 kilos de brownies au chocolat – gare à l'indigestion. Pour mieux consommer, il est préférable d'éviter le transport aérien, de privilégier, quand c'est possible, la marche à pied pour faire ses courses, de consommer local, et pourquoi pas d'arrêter d'acheter à tort et à travers. Il existe des solutions alternatives, comme « l'option de la location, l'option du prêt entre particuliers, l'option de la réparation, énumère Tristan Bourvon, de l'Ademe. Ce sont des choses qui permettent d'allonger la durée de vie des objets, d'éviter d'acheter du neuf lorsqu'on ne va s'en servir qu'une seule fois, par exemple. Tout cela peut réduire la surconsommation. Cela ne veut pas dire arrêter d'acheter, bien sûr, mais cela veut dire se poser les bonnes questions avant de le faire. » À lire aussiCommerce: une taxe de 3 euros imposée sur tous les petits colis importés dans l'UE à partir du 1er juillet 2026
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  • L'agriculture est-elle l'ennemie des oiseaux?
    2026/02/25
    Les pratiques intensives et l'utilisation de pesticides sont responsables de la forte diminution des populations d'oiseaux, alors que ces oiseaux sont les alliés des agriculteurs. C’était juste avant le Salon de l’agriculture, cette grand-messe annuelle où la France célèbre, à Paris, une activité qui occupe la moitié de son territoire. La LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux, a publié deux chiffres sur le déclin des oiseaux : en 25 ans, les populations d'oiseaux ont diminué de plus de 18%. Et quand on s'intéresse aux oiseaux des milieux agricoles, le déclin est presque le double, moins 32,5%. Ils perdent chaque année 1% de leurs effectifs. La cause majeure de ce grand effacement sans bruit est l'utilisation des pesticides et des insecticides par l’agriculture intensive. Il n'y a plus d'insectes pour les nouvelles générations. « En été, ces oiseaux nourrissent leurs poussins avec des insectes parce que c'est une nourriture beaucoup plus énergétique que, par exemple, des graines. Et donc cela permet un élevage des jeunes beaucoup plus rapide. Ces oiseaux ne trouvent plus d'insectes pour nourrir leurs poussins ou même pour pouvoir produire leurs œufs. Ce n'est donc pas de la mortalité adulte, c'est l'absence de reproduction et donc de renouvellement des générations qui entraîne le déclin de ces population », explique Vincent Bretagnolle, écologue et chercheur au CNRS au laboratoire de Chizé, dans l'ouest de la France. D'après une étude du Museum national d'histoire naturelle, c'est là où on achète le plus de pesticides que les oiseaux disparaissent le plus. Les oiseaux sont des alliés Les oiseaux sont pourtant des auxiliaires de l'agriculture. Ils permettent par exemple de réguler les plantes adventices, les mauvaises herbes qui poussent au milieu des champs. L’agriculture est l’ennemi des oiseaux alors que les oiseaux sont les alliés de l’agriculture, et plus largement l’ensemble de la biodiversité. « La production agricole, c'est la production de la nature, la production des écosystèmes, rappelle Vincent Bretagnolle. L'agriculture a besoin de pollinisateurs, de vers de terre... Elle a aussi besoin d'oiseaux, parce que l'alouette des champs, qui a perdu 30% de ses effectifs en 25 ans, se tourne vers les graines pour se nourrir en hiver, et notamment les graines d'adventices. Les alouettes, à elles seules, éliminent à peu près un tiers de la production annuelle d'adventices dans les cultures. » L'agriculture utilise des herbicides qui privent les oiseaux de graines en hiver, alors que ces oiseaux font très bien le travail, de manière équilibrée. À lire aussiFrance: la LPO saisit la Commission européenne contre la chasse à la glu Pesticides, herbicides, engrais et mécanisation sont les ennemis des oiseaux. De nombreuses espèces en milieu agricole nichent au sol, cachées dans les herbes hautes, et régulièrement, au moment des moissons, les nids, les œufs, les poussins et leurs parents se retrouvent écrasés ou broyés par les machines agricoles. Paysages perdus L'agriculture intensive a aussi modifié les paysages. Au nom de la productivité (que la ministre de l'Agriculture veut relancer, comme elle l'a dit il y a deux jours en plein Salon), on a supprimé les haies, les arbres, les murets, pour des champs à perte de vue, de la monoculture. Ce qui est aussi un problème pour les oiseaux. « Les arbres isolés, par exemple, étaient les lieux de reproduction pour un certain nombre d'espèces, rappelle Vincent Bretagnolle. L'agrandissement des parcelles a un autre effet : la plupart de ces espèces, comme les alouettes ou les perdrix, nichent plutôt en bordure de parcelles. Si les parcelles s'agrandissent, la disponibilité en habitat, proportionnellement, diminue. Ce système, qui consiste à éliminer progressivement la biodiversité, notamment par l'agrandissement, se terminera par l'élimination de l'agriculture elle-même. » On n'entendra peut-être bientôt plus de chant dans les champs, s'il y a encore des champs. À lire aussiFrance: un procès s'ouvre après le démantèlement d'un vaste trafic d'oiseaux sauvages
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  • Comment des siècles de colonisation ont-ils exterminé des centaines d'espèces animales et végétales?
    2026/02/26

    Les humains ne sont pas les seules victimes de l'impérialisme : de nombreux animaux et plantes, comme le dodo, le bison ou le bois d'ébène, ont été victimes de la chasse et de la surexploitation des ressources.

    Des massacres d’humains, mais aussi des massacres d’animaux et la destruction systématique d’espèces végétales. C’est le triste bilan de la colonisation partout dans le monde. L’histoire de la colonisation du point de vue de la biodiversité est édifiante. Le sort du dodo est à cet égard emblématique. Cet oiseau de la famille des pigeons ne vivait que sur l'île Maurice. Un très gros pigeon qui ne volait pas ; il n'en avait pas besoin puisqu'il n'avait pas de prédateurs. Jusqu'à l'arrivée des premiers colons.

    Les colons ne sont pas venus seuls. Dans leurs bateaux, il y avait des chiens, des chats, des porcs et des rats. Les humains ont chassé le dodo, les animaux aussi, et ils ont mis moins d'un siècle à exterminer l'oiseau, parti pour un « dodo » éternel. L’histoire a même donné une expression en anglais : « dead as a dodo », soit « aussi mort qu'un dodo ».

    Les îles vulnérables

    À Maurice, une espèce végétale a aussi failli disparaître : un arbre, l'ébénier, qui donne le bois d'ébène, l'un des bois les plus chers au monde. Quand les colons hollandais sont arrivés à Maurice, l'île était recouverte d'ébéniers. Mais aujourd'hui l'arbre est sur la liste rouge des espèces en danger critique d'extinction. La biodiversité des îles, partout dans le monde, a été particulièrement vulnérable face à la colonisation : on a surexploité les ressources naturelles, on a introduit des espèces invasives, et sur un petit territoire cela fait tout de suite de gros dégâts.

    La colonisation a fait de gros dégâts aussi en Amérique, avec la quasi-disparition du bison d'Amérique, un bovin, le plus gros mammifère terrestre du continent – certains mâles pèsent une tonne. Avant l'arrivée des colons européens, il y en avait plus de 50 millions. À la fin du XIXe siècle, on ne comptait plus que quelques centaines d'individus.

    Au début, les colons européens ont chassé le bison pour sa peau, en laissant les carcasses pourrir sur place. Mais dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la chasse aux bisons est devenue une arme de guerre : contre les peuples amérindiens. L’idée était que, en éliminant les bisons, on privait les Amérindiens de leur principale ressource. La chasse est devenue industrielle, incarnée par le célèbre Buffalo Bill (buffalo étant le nom du bison en anglais). En quelques années, les bisons ont quasiment disparu, et les Amérindiens ont été massacrés. Un exemple d'un écocide qui a servi à un génocide.

    L'Amérique, terrain de chasse

    Mais les colons d'Amérique ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Ils s'en sont aussi pris à un oiseau, le pigeon migrateur (à ne pas confondre avec le pigeon voyageur), une espèce endémique que chassaient aussi les Amérindiens, pour se nourrir. Les colons, eux, les ont chassés parce que ces pigeons s'en prenaient aux récoltes. Et la chasse était facile contre ces oiseaux qui volaient groupés, parfois par nuage de dizaines de millions d'individus, selon des témoignages de l’époque : il suffisait de tirer dans le tas. Alors qu'il y avait des milliards de pigeons migrateurs au début du XIXe siècle, il n'en resta plus qu'un, en 1914, une femelle, appelée Martha, morte dans sa cage au zoo de Cincinnati.

    Des centaines d'espèces ont ainsi disparu dans le monde à cause de la colonisation. La chasse, la destruction des habitats, l'introduction d'espèces invasives, la surexploitation des ressources et l'appât du gain sont les ingrédients de tous ces écocides.

    Dernier exemple : le silphium, une plante aromatique et médicinale qui ne poussait qu'en Libye, et qu'on n'a jamais réussi à cultiver. Une plante découverte sous l'Antiquité par les Grecs, avant les Romains qui l'ont tellement exploitée qu'elle a fini par disparaître, il y a presque 2 000 ans. De tous temps, les colons se sont crus supérieurs à d'autres Hommes et à la nature.

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  • En Ukraine, pourquoi les attaques contre l'environnement sont des armes de guerre
    2026/02/24
    Des forêts brûlées, des rivières polluées, des barrages détruits... Quatre ans après l'invasion russe, les impacts sur la nature ont aussi des impacts sur les populations civiles. Les populations sont en première ligne, la nature aussi. Quatre ans de guerre en Ukraine, c'est aussi quatre ans d'attaques contre l'environnement, qui ont aussi un impact sur les civils déjà victimes des bombardements directs. Première cible : les forêts. Elles sont volontairement incendiées pour y déloger les soldats qui s’y cachent. Et ces incendies sont parfois incontrôlés, l’été, en période de sécheresse – on ne peut pas faire la guerre au feu quand on a déjà du mal à faire la guerre à l’armée russe. À lire aussiUkraine: «La nature est une victime silencieuse de cette guerre» « Ces batailles détruisent les arbres, décrit François Grünewald, chercheur au groupe de réflexion URD (Urgence, réhabilitation, développement) et président du Comité d’aide médicale Ukraine. Les armées creusent des trous, font des tranchées. Il y a vraiment des impacts forts sur le couvert forestier. » Autre impact notable dans les campagnes : quand les centrales électriques sont ciblées par les bombardements russes, on coupe aussi des arbres tout simplement pour se chauffer. Des tonnes de poissons morts Mais il n’y a pas que les forêts qui sont prises pour cibles ; les rivières également, qui sont aussi, « dans certaines zones, des lieux de combats, potentiellement minés, poursuit François Grünewald. Les rivières ukrainiennes étaient déjà très polluées avant la guerre, mais il y a eu après des lâchers de produits chimiques venant de Biélorussie, qui ont tué des tonnes de poissons, échoués sur les berges. Il y a aussi toute cette pratique de la destruction des barrages. Cela fait des masses d'eau qui, d'un seul coup, arrivent à toute vitesse et arrachent tout : habitations, unités de stockage de produits chimiques... et tout cela part dans l'eau et a donc des impacts très négatifs sur les rivières. » Il y a eu notamment la destruction du barrage de la Kakhovkha, sur l'immense fleuve Dniepr qui traverse l'Ukraine. Une immense catastrophe humaine et écologique en juin 2023. Les eaux du lac ont provoqué une immense vague qui a tout détruit. Depuis, il n’y a plus de lac, et donc il n’y a plus d’eau pour l’alimentation et pour l’agriculture. « Des zones entières du sud de l'Ukraine, très dépendantes de l'eau pour l'irrigation, se sont retrouvées sans eau. Je suis repassé dans des zones, il y a quelques semaines, où les gens me disaient : “Mais en fait, depuis qu'on n'a plus d'irrigation, nos récoltes de céréales, nos récoltes de tournesol, ont diminué de trois ou quatre” », raconte François Grünewald. À la place du lac, la nature a repris ses droits : une forêt s’est mise à pousser. « Il y a en effet un retour de la biodiversité, de la forêt, des oiseaux, des insectes. Ceci dit, la forêt dans le fond du lac ne remplacera jamais l'accès à l'eau nécessaire pour les populations », nuance François Grünewald. Antibiorésistance Quatre ans de guerre ont aussi renforcé l'antibiorésistance déjà observée au temps de l'URSS. « Dans toute la période soviétique, on utilisait énormément les antibiotiques, notamment à large spectre. L'Ukraine est arrivée à la guerre avec une prévalence de multirésistances très importante. Beaucoup de blessés sur le champ de bataille arrivent avec des plaies souillées, des risques d'infection très importants, et de nouveau on utilise des antibiotiques multirésistants, ce qui continue d'aggraver le problème. Ces bactéries multirésistantes vont vraiment poser un problème de santé publique sur l'ensemble de l'Europe », témoigne le président du Comité d’aide médicale Ukraine. À lire aussiGuerre en Ukraine: Kiev réclame 43 milliards de dollars de compensation climatique à Moscou La liste est longue de toutes les conséquences de la guerre sur l'environnement. On peut aussi évoquer les bombardements ukrainiens sur les infrastructures pétrolières russes, qui produisent de la pollution, des particules fines, et des émissions de CO2. Toutes ces attaques ont un coût environnemental, qui augmente chaque année. Les dommages climatiques de la guerre en Ukraine s’élèvent désormais à plus de 57 milliards d’euros, selon le calcul effectué à partir du prix de la tonne de CO2 par Ecoaction, une organisation ukrainienne qui défend l'environnement.
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  • Une histoire de rendez-vous manqués: pourquoi la voiture électrique a mis plus d’un siècle à s’imposer?
    2026/02/23
    Les premiers moteurs électriques sont nés avant les moteurs à essence. Mais l'autonomie des batteries fut longtemps son plus gros handicap face au pétrole, une énergie « facile ». Une voiture sur cinq vendue dans le monde est aujourd'hui électrique. En Norvège, on a même dépassé les 95% en 2025. La voiture électrique, vecteur phare de la transition énergétique, a ainsi mis plus d’un siècle à s’imposer, et même près de 200 ans si on considère le premier véhicule électrique, conçu en 1834, bien avant l'invention du moteur thermique, le moteur à essence. À lire aussiVéhicules électriques: face au ralentissement du marché, les constructeurs revoient leurs ambitions à la baisse À la fin du XIXe siècle, quand l'automobile commence à se développer, trois énergies sont en concurrence : la vapeur, celle qui fait rouler les trains ; le pétrole, pour les voitures à essence ; et l'électricité, qui se déploie partout. Mais la voiture électrique a alors un énorme handicap, son autonomie. « Elle est dérisoire, raconte Jean-Louis Loubet, historien, co-auteur de L'incroyable histoire de l'automobile (éditions Les Arènes). On doit faire 80 kilomètres avec une flopée de batteries dans la voiture. On ne peut pas s'en servir si on a envie de prendre la route. Cela explique pourquoi ça ne marche pas en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Au contraire, aux États-Unis, où vous n'avez pas de réseau routier, on roule uniquement dans les villes. Et donc, dans ces conditions, au tout début du XXe siècle, à peu près un tiers des automobiles aux États-Unis sont électriques. » L'électricité contre l'électrique Mais ce succès ne dure pas. Grâce, ou à cause de trois Américains. D’abord Henry Ford, qui popularise la voiture à essence, avec un modèle bon marché, la Ford T. Ensuite, John D. Rockfeller, le premier milliardaire américain (grâce au pétrole), qui développe les stations-service. « Rockefeller se rend compte de la possibilité d'un marché quasiment sans limite. Donc les stations-service se développent en dehors des villes. Enfin, et surtout, un ingénieur, Charles Kettering, va inventer un engin merveilleux qui s'appelle le démarreur électrique. Les gens qui étaient gênés par la voiture thermique à cause de la manivelle, qui est dangereuse à manipuler, vont avoir un démarreur électrique. Et voilà comment l'électricité va tuer la voiture électrique, ce qui est quand même paradoxal ! », sourit Jean-Louis Loubet. À lire aussiL'Union européenne renonce au tout-électrique en 2035 et autorise une part limitée de voitures thermiques Mais la voiture électrique ne s'avoue pas vaincue, notamment en France, pendant la Seconde Guerre mondiale. Face à la pénurie de pétrole, monopolisé par l’occupant nazi, le régime de Vichy finance un modèle de voiture électrique, plutôt performant. Arrive la Libération, « et là, on se demande, puisqu'on manque de tout en France, si l'automobile électrique ne va pas pouvoir redémarrer vraiment. Mais pas du tout. Dans la mentalité des Français, une voiture électrique, c'est une voiture de Vichy, donc on n'en veut pas. Quel est le modèle à la Libération ? C'est l'Amérique, c'est le pétrole, c'est la Jeep », poursuit Jean-Louis Loubet. La révolution du lithium Dans l'histoire de la voiture électrique, il y a encore un autre rendez-vous manqué, aux États-Unis dans les années 90. Face à la pollution, la Californie veut imposer des quotas de voitures électriques. General Motors fait semblant de jouer le jeu, sort la EV1, un modèle futuriste. « La voiture électrique n'est pas en train d’arriver, elle est là », assène une publicité qui ressemble en fait à un film d'horreur : on a plutôt l'impression de l'arrivée des extra-terrestres sur Terre. General Motors refuse d'ailleurs de vendre ses modèles, réservés à la location. Ils finiront broyés dans le désert... Son patron reconnaitra plus tard une erreur historique. À lire aussiAutomobile: la stratégie chinoise qui bouleverse le marché mondial du thermique Il faut finalement attendre un saut technologique pour que la voiture électrique commence à s’imposer. Avec les batteries à lithium, on entre dans une autre dimension. « Ça, ça change la donne parce qu’enfin, il y a des batteries avec une autonomie bien supérieure. Le saut est vertigineux en l'espace d'un quart de siècle ! », souligne Jean-Louis Loubet. Mais la technologie ne fait pas tout. Il y a la COP21, en 2015, une vraie prise de conscience de la crise climatique, suivie de décisions politiques, en Europe, ou en Chine, pour imposer la voiture électrique. Elle est, enfin, au rendez-vous.
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  • Pourquoi les baleines sont-elles des alliées du climat?
    2026/02/19

    Les grands cétacés produisent des déjections qui favorisent le phytoplancton, les microalgues au rôle majeur dans la séquestration du CO2.

    C’est animal exceptionnel qui mérite bien une journée mondiale, comme chaque 19 février. Exceptionnel d'abord par sa taille et son poids. La baleine est le plus grand animal qu'on peut rencontrer sur la planète. La baleine bleue, le plus imposant de tous les cétacés, pèse en moyenne 130 tonnes, sa langue est plus lourde qu'un éléphant, et chez le mâle, le pénis mesure plus de deux mètres -de quoi raviver des complexes chez d'autres mammifères. Mais le plus important n'est pas la taille mais le rôle que jouent les baleines dans la lutte contre le réchauffement climatique, en faisant caca et pipi.

    Une baleine produit près de 1000 litres d'urine par jour, et dans l'urine, il y a de l'azote, de l'engrais qui favorise la production de phytoplancton. Ces microalgues sont à la base de tout, à l'origine de la vie, à la base aussi de la chaîne alimentaire en mer. Lorsqu'il est à la surface de l'océan, le phytoplancton fait de la photosynthèse, comme toutes les plantes : il produit de l'oxygène (il produit même la moitié de l'oxygène de la planète), et il capte du CO2 (40% du CO2 présent dans l'atmosphère).

    Fèces et fer

    Mais le plus intéressant, ce sont les déjections des baleines, qui contiennent du fer, un nutriment encore plus important pour les microalgues. « Ce fer va être rendu biodisponible pour stimuler une nouvelle production de phytoplancton, détaille Christophe Guinet, directeur de recherche CNRS au Centre d'études biologiques de Chizé dans l’ouest de la France. Ce phytoplancton fixe à travers la photosynthèse du carbone atmosphérique. Les herbivores vont brouter ce phytoplancton et vont produire en profondeur ce qu'on appelle des pelotes fécales qui vont sédimenter vers le fond des océans et entraîner avec elles le carbone organique ».

    C'est ce qu'on appelle la pompe biologique, la pompe à carbone. D'une autre manière, les microalgues qui meurent sans avoir été avalées finissent au fond de l’océan, et le carbone qu'elles contiennent est lui aussi coincé tout en bas, loin, très loin de l'atmosphère.

    Les baleines ont d'ailleurs un rôle majeur dans l'écosystème marin et in fine dans la séquestration du CO2. Dans l'océan Austral, après l'interdiction de la chasse à la baleine, la population des cétacés a augmenté, tout comme le phytoplancton. « Ce qu'on observe, c'est une augmentation probablement multifactorielle, avec une contribution tout à fait possible des grands cétacés. Plus de phytoplancton, ce sont plus d'organismes qui vont brouter ce phytoplancton et qui vont contribuer à l'exportation du carbone vers l'océan profond », souligne Christophe Guinet.

    CO2 en stock

    Enfin les baleines capturent directement du carbone, et même beaucoup, compte tenu de leurs poids et de leur longévité – une baleine peut parfois vivre un siècle, ce qui représente une énorme quantité de CO2 stocké qui se retrouvera au fond de l'océan à la mort de l'animal. Cela dit, c'est un phénomène qui joue à la marge par rapport au phytoplancton. D'ailleurs toutes les baleines mortes ne coulent pas au fond de l'océan – c'est une question de densité.

    « Si vous avez une baleine très très grasse, elle va flotter à la surface de l'océan et elle va être consommée par un ensemble de prédateurs, des oiseaux marins, des requins aussi qui peuvent s'alimenter sur les carcasses. Une partie de ce carbone va donc être finalement remise en circulation avant d'être piégée dans les sédiments du fond de l'océan », précise Christophe Guinet. Une baleine morte stocke en moyenne 33 tonnes de CO2 ; c'est le bilan carbone de plus de 400 smartphones. Alors si vous pensez que vous ne pouvez pas vous passer de votre téléphone, on est sûr qu'on ne peut pas se passer des baleines.

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  • Inondations en France ou au Maroc: que faire de toute cette eau?
    2026/02/18

    Toutes les solutions ne se valent pas pour récupérer l'eau des fleuves et rivières qui débordent, en prévision des sécheresses estivales.

    De l'eau partout. Des fleuves et des rivières qui débordent, une « crue généralisée » qui dépasse « tous les records ». La France, mais aussi l’Espagne, le Portugal ou le Maroc sont touchées par des inondations provoquées par de fortes pluies sur une longue durée, un phénomène aggravé par le changement climatique. Face à ce trop d’eau qui inonde les territoires, et en pensant aux sécheresses estivales, il est tentant d’imaginer récupérer toute cette eau qui déborde. C’est en fait une très mauvaise idée.

    « Cette eau n'est pas utilisable du tout en tant que telle, tout simplement parce que nous avons énormément de matériaux qui sont charriés, de matières en suspension, parfois même des déchets, et donc on a des risques sanitaires très importants », résume Emma Haziza, hydrologue et présidente du Mayane Resilience Center sur l'adaptation climatique.

    L’eau qui tombe du ciel, en revanche, peut-être récupérée et stockée, mais à certaines conditions. « Récupérer au maximum de l'eau à l'échelle de ses toitures, c'est intelligent parce qu'on va la restituer dans son jardin avec un effet retard, explique Emma Haziza. En revanche, mettre des stockages à ciel ouvert comme l'exemple des bassines qui a été particulièrement polémique en France, c'est tout simplement laisser des eaux croupissantes dans une période de réchauffement climatique où il risque d'y avoir notamment des moustiques tigres », une espèce invasive en France, vecteur de maladies.

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    La réussite des barrages

    En revanche les barrages ont fait leurs preuves dans le monde entier. Ils permettent de réguler l'eau – et ils peuvent même aussi produire de l'électricité, et c'est une énergie renouvelable. Au Maroc, les barrages sont l'une des colonnes vertébrales de l'économie parce qu'ils servent à irriguer l'agriculture quand il ne pleut plus. Mais il a tellement plu ces derniers temps que certains barrages sont au maximum de leur capacité et qu'il faut relâcher de l'eau, ce qui crée des inondations. En France, en amont de la Seine, toute une série de lac-barrages, d'immenses retenues d'eau, permettent d'agir sur le niveau du fleuve, hiver comme été.

    « Non seulement cette eau va être récupérée et peut freiner les crues à l'aval, mais qui plus est c'est vraiment une eau qui va servir à ce que l'on appelle soutenir l'étiage, c'est-à-dire permettre un débit suffisant dans des périodes notamment de sécheresse intense. Et c'est plutôt une réussite parce que ce sont des zones de biodiversité, des zones totalement protégées qui, en même temps, vont permettre de réguler ces extrêmes », décrit l’hydrologue.

    Face au changement climatique qui exacerbe les phénomènes, inondations et sécheresses, des solutions d’ingénieries sont imaginées, à l’image des « autoroutes de l’eau » qui consistent à apporter l’eau là où il en manque, sachant que la moitié des fleuves sont déjà détournés. Mais un fleuve, ça se respecte.

    « Lorsqu'un fleuve se crée, ou une rivière, il est accompagné par une nappe qui est située en-dessous, qui permet de réguler le cycle de l'eau à l'échelle locale, et le cycle du carbone, précise Emma Haziza. Commencer à imaginer que l'on va prendre ces cours d'eau et qu'on va les transformer en tuyaux, c'est un peu comme se dire qu’on prend un corps humain, on prend la tête et le cerveau et puis on l'amène ailleurs. Et ce n’est pas grave pour le corps, on n'en a pas besoin... Il faut respecter le cycle de l'eau, il faut l'aider à ralentir. Il faut donner le plus long chemin possible à la goutte d'eau lorsqu'elle tombe sur le sol ». Car ce qui tombe au sol est un don du ciel.

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