エピソード

  • Faut-il tuer des animaux pour sauver d'autres espèces?
    2026/01/22
    La conservation de la nature passe parfois par des méthodes qu'on peut juger brutales. En Australie, dans les Antilles ou aux Galapagos, donner la mort est parfois nécessaire pour la sauvegarde de la biodiversité. Le débat a agité les campagnes françaises avec la dermatose bovine : fallait-il tuer des troupeaux entiers pour sauver les autres vaches ? Un débat qui existe aussi en matière de protection de la biodiversité. En témoigne par exemple celui qui a traversé l'Australie à propos de ses brumbies... Brumby, c'est le nom donné aux chevaux arrivés en Australie avec les premiers colons et retournés à l'état naturel. Dans le parc du Kosciuszko, le plus grand parc national australien, pas très loin de Canberra, ces chevaux, sans prédateurs, proliféraient à tel point qu'on a décidé d'en éliminer une grosse partie, en leur tirant dessus en hélicoptère. Et en quelques années, la population des brumbies est passé de 17 000 à 3 000 animaux. Évidemment, tuer des chevaux, l'un des meilleurs amis de l'homme, cela a fait débat, cela a fait scandale. Mais c'était pour la bonne cause. Ces chevaux sauvages, trop nombreux, causaient des dégâts dans tout l'écosystème. D'abord par leur alimentation : un cheval mange chaque jour 2% de son poids, ce qui fait donc environ 8 kilos d'herbe par jour – et l'herbe c'est léger... Des dégâts provoqués aussi par leurs déplacements, et d'ailleurs visibles par satellite. Un cheval marche (ou trotte) jusqu'à 50 kilomètres par jour. Leurs sabots piétinent les sols, les tourbières, abiment les berges des rivières, et bouleversent ainsi l'équilibre du plus vaste bassin d'eau d'Australie et de toute la faune qui y vit, des reptiles, des poissons, des rongeurs, des batraciens... C'est donc pour sauver la richesse de cet écosystème qu'on a choisi de tuer des chevaux. Et déjà la végétation réapparait, la nature se réoxygène. À lire aussiDermatose en France: selon Jacques Guérin, «il n’y a pas d’alternative à l’abattage d’animaux malades» Exterminer les exterminateurs L'Australie n'en est pas à son coup d'essai contre les espèces invasives. Également en ligne de mire : les chats. Six millions de chats errants accusés de tuer 9 millions d'animaux... toutes les 24 heures ! Pour exterminer les exterminateurs, on a un conçu un robot qui identifie les chats (et seulement les chats) avant qu'il ne les asperge de poison. Moins radical, au Japon, ce sont « seulement » 131 chats qui ont été tués sur une île et l'effet fut immédiat sur une espèce de pigeon au bord de l'extinction : en 3 ans, sa population a été multipliée par 10, et même par 20 pour les juvéniles. Les îles sont particulièrement vulnérables aux espèces invasives, parce que par définition un île est est un territoire à la surface limitée, où la faune a évolué sans prédateurs. L'arrivée d'une espèce invasive va tout de suite faire des dégâts très visibles. La majorité des extinctions d'animaux recensées sur la planète se passent dans les îles, et huit fois sur dix c'est à cause d'une espèce exotique envahissante. Dans les Antilles françaises, on fait la chasse à l'iguane commun, venu du continent sud-américain, qui menace la survie de l'iguane endémique. On chasse également, ce qui veut dire qu'on tue, volontairement, la mangouste, un carnivore qui avait été introduit pour lutter contre les rats dans les champs de canne à sucre. Non seulement les rats sont toujours là, mais la mangouste mange les œufs des tortues, et les œufs d'un oiseau dont il ne reste plus que quelques centaines de couples. À lire aussiL’Australie va déployer des robots tueurs de chats sauvages Tuer des chèvres pour sauver des tortues Aux Galápagos, dans le Pacifique, les chèvres introduites par l'Homme avaient dévoré la végétation, privant d'ombre et d'eau les célèbres tortues. On a alors eu recours à la chèvre de Judas (comme le « traître » de la Bible) : des chèvres stérilisées et peintes en rouge, rejoignant leurs congénères sauvages, ce qui permettait de repérer les troupeaux avant de les abattre. Plus de 50 000 chèvres ont ainsi été tuées pour sauver les tortues des Galápagos. Pour sauvegarder la biodiversité, il apparait inévitable que l'Homme devienne un bourreau – c'est un peu dans sa nature... Mais ici, c'est un mal pour un bien. Bien sûr, il y a toujours des débats, des opposants, des défenseurs des animaux. Il est assez contre-intuitif de penser que donner la mort est écologique. Mais une forme de consensus scientifique s'est établi en matière de conservation de la biodiversité. Mieux vaut tuer une espèce dans un endroit donné (on ne parle pas de l'éliminer de la planète) pour sauver des dizaines d'espèces menacées. On tue, on n'aime pas ça, mais on donne la mort pour sauver d'autres vies. Les espèces invasives, importées, représentent la deuxième cause de ...
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  • Cinquante ans après Concorde, les avions ont-ils réduit leur empreinte carbone?
    2026/01/22
    Alors que le secteur aérien représente jusqu'à 5% des émissions de gaz à effet de serre, les progrès technologiques ne parviennent pas compenser l'explosion du nombre de passagers. Il y a tout juste cinquante ans, la France entière célébrait le premier vol du Concorde, l'unique avion civil supersonique jamais construit (avec le Royaume-Uni), capable de voler plus de deux fois plus vite que les avions classiques. L'événement était tel que l'atterrissage du premier vol Air France Paris-Rio le 21 janvier 1976 avait été diffusé en direct dans le journal télévisé. « C'est un grand moment de l'aviation civile. Dans quelques secondes, l'impact des pneus... Et voilà ! Concorde s'est posé sur l'aéroport de Rio, vous avez vu la petite fumée blanche. Une certaine émotion règne ici », s'enthousiasmait l'envoyé spécial de la première chaîne de télévision française. On saluait la prouesse technologique d'un projet pourtant arrivé à contre-temps, juste après le premier choc pétrolier. Et de ce point de vue-là, le Concorde n'était pas franchement exemplaire, en cramant 20 tonnes de kérosène à l'heure, l'équivalent de 75 tonnes de CO2. Une véritable bombe climatique. Sauf qu'à l'époque on ne s'en souciait pas vraiment. À lire aussiConcorde: à 50 ans, le «plus bel avion du monde» fait toujours rêver Les constructeurs sous pression Les avions classiques sont moins gourmands en kérosène et leur consommation en carburant a même été divisée par quatre depuis l'époque du Concorde. Mais pas par souci écologique. Les économies de kérosène réalisées en 50 ans, grâce à un travail sur l'aérodynamisme des avions et les moteurs, « c'est quelque chose qui est mis en avant par les constructeurs, et recherché depuis un certain nombre de décennies. Pas vraiment pour des raisons environnementales ou climatiques, mais avant tout pour des raisons de coût. Les dépenses en carburant peuvent représenter un tiers des coûts et il y a un intérêt naturel à essayer de limiter les consommations d'énergie pour faciliter la rentabilité et avoir une demande plus importante si les billets sont assez attractifs », explique Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports. C'est ainsi que le nombre de passager a été multipliés par 30 en 50 ans, alors que la consommation de kérosène n'a elle été divisé que par 4. On mesure tout de suite le problème. Depuis quelques années, les constructeurs sont ainsi « sous pression », alors que le secteur aérien représente environ 3% des émissions de CO2. L'impact climatique approche même les 5% si on tient compte des autres gaz à effet de serre (et notamment les trainées de condensation). Pour imaginer une aviation plus propre, on a conçu l'avion électrique, comme il y a déjà des voitures électriques. Une solution très marginale, pour de courts trajets et très peu de passagers. Quant au moteur à hydrogène, Airbus a quasiment abandonné l'idée. À lire aussiL’avion écolo existe-t-il vraiment? Limiter le trafic Il y a aussi la piste des carburants de synthèse. Sans entrer dans une démonstration chimique, il faut savoir que leur fabrication mobiliserait, rien qu'en France, la moitié de la production électrique. Il y a aussi les biocarburants. Mais peut-on vraiment cultiver du maïs pour le brûler dans un avion ? Quant aux biocarburants de deuxième génération, fabriqués à partir de déchets de biomasse, on estime qu'il n'y en aura pas assez pour tout le monde... Est-il donc illusoire de croire que l'aviation puisse être climato-compatible ? Puisque les gains technologiques ont toujours un train de retard sur la hausse continue du nombre de voyageurs, il ne reste qu'une solution : limiter le trafic. Mais « cela reste un tabou pour le secteur aérien, qui ne veut pas se poser ces questions-là et plutôt miser toujours sur une croissance du trafic particulièrement forte à l'avenir. Ce n'est pas uniquement le secteur qui va de lui-même s'imposer une certaine restriction de son usage. Cela doit être une question de politique publique qui doit planifier une certaine forme de sobriété qui doit être la plus juste possible pour qu'elle soit partagée assez largement au sein de la population », estime Aurélien Bigo. Oublier l'avion à 19,99 euros, développer le train, et même limiter le nombre de vols autorisés dans une vie – cela vous semble impossible ? Et pourtant, 80% de la population mondiale n'a jamais pris l'avion. À lire aussiTransport: les voyages en avion restent moins chers que le train en Europe
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  • Trump, un an après: quel impact sur la lutte mondiale contre la crise climatique?
    2026/01/20
    Depuis le 20 janvier 2025, le démantèlement systématique de toutes les politiques climatiques et environnementales est en œuvre aux États-Unis. Le pouvoir de nuisance du premier pollueur historique s'illustre aussi sur la scène internationale. Rien de ce que fait, ou ne fait plus, la première puissance mondiale n'est anodin. Et la question climatique n'y échappe pas. Il y a tout juste un an, le 20 janvier 2025, dès son retour à la Maison Blanche, dès le premier jour, Donald Trump quitte (une nouvelle fois) l'Accord de Paris. Cela a une première conséquence très directe : le premier pollueur historique ne fait plus d'effort pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, à plus forte raison quand le président des États-Unis proclame son amour pour le charbon et le pétrole. Dans cette logique de négation du changement climatique, Donald Trump a aussi annoncé il y a quelques semaines le retrait du Giec, le groupe des experts pour le climat. Leurs rapports sont les références ultimes de la crise climatique. Alors Donald Trump préfère casser le thermomètre. À lire aussiDonald Trump ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales La tête dans le sable « Le fait que les États-Unis se retirent du Giec n'empêche pas d'autres pays d'y nommer des scientifiques américains, précise Lola Vallejo, directrice diplomatie à la Fondation européenne pour le climat. En revanche, ce qui est plus dangereux est la destruction systématique de toutes les bases de données de toutes les institutions chargées de faire de la recherche climat aux États-Unis. Cela laisse peser un risque sur notre capacité à suivre et à comprendre le climat. Evidemment, cela n'enlève rien aux risques réels. C'est plutôt une façon [pour Donald Trump] de se mettre la tête dans le sable ». Et de préférence, le sable bitumineux, d'où on extrait le pétrole de schiste. Au total, ce sont plusieurs dizaines d'organisations sur le climat et l'environnement que les États-Unis ont quitté à la fin de l'année 2025. C'est déjà un manque à gagner financier important pour ces institutions, puisque plus un pays est riche plus il contribue, « ce qui va obérer la capacité de ces agences à fonctionner », regrette Lola Vallejo. Mais le pouvoir de nuisance des États-Unis ne s'arrête pas là. Absents mais présents En quittant la Convention cadre pour le climat, les États-Unis de Donald Trump ne participeront plus aux sommets mondiaux pour le climat, les fameuses COP. Ils avaient d'ailleurs anticipé cette décision spectaculaire en n'envoyant aucune délégation à la COP30, organisée en novembre à Belém au Brésil. Inutile, parce que sur place ils avaient des alliés. « Les États-Unis ont dû juger qu'ils n'avaient pas besoin de se déplacer : les intérêts fossiles ont été très bien représentés à travers d'autres délégations, notamment celle de l'Arabie saoudite. Même en l'absence d'une délégation américaine, leur pensée a été très bien représentée », constate Lola Vallejo. Les États-Unis n'ont pourtant pas quitté toutes les organisations internationales. Ils restent par exemple membres de l'Agence internationale de l'énergie, de l'Organisation maritime internationale ou encore de l'organisation des Nations unies pour l'environnement, et ce n'est pas un hasard. « Dans ces institutions, il va y a voir des négociations importantes cette année pour l'adoption d'un prix du carbone pour le secteur maritime, ainsi que d'un traité sur la pollution plastique. Dans les deux cas, ce sont des négociations où les États-Unis ont fait montre d'intimidations très personnelles envers de nombreux négociateurs », rappelle Lola Vallejo. En restant dans ces organisations, « ils entendent continuer sur cette ligne et bloquer l'adoption d'accords environnementaux ambitieux ». Fuite en arrière climatique La diplomatie environnementale des États-Unis est à géométrie variable, comme cela les arrange. Une conception égoïste du multilatéralisme, qu'on dénonce sauf quand cela sert ses intérêts. Quitte à se tirer une balle dans le pied. « Les États-Unis sous l'administration Trump ont une vision assez étroite de ce que sont leurs intérêts, assez court-termiste finalement, très liée aux intérêts fossiles. Cela montre que les États-Unis sont en train de se mettre en retrait de la course technologique actuelle sur le déploiement des technologies propres », analyse encore Lola Vallejo, de la Fondation européenne pour le climat. Les États-Unis s'isolent. Aucun autre pays ne les a suivis jusqu'ici dans leur politique de la chaise vide, dans leur fuite en arrière climatique. À lire aussiDonald Trump: un an de politiques anti-climat aux États-Unis
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  • À Davos, le gratin de l'économie se soucie-t-il de la crise climatique?
    2026/01/19
    La réunion annuelle du Forum économique mondial s'ouvre ce lundi 19 janvier en Suisse. Les menaces sur le climat semblent passer au second plan face à l'urgence économique. The place to be. L'endroit où il faut être, et être vu. La station de sports d'hiver de Davos, en Suisse, accueille comme chaque année le Forum économique mondial, le rendez-vous des élites économiques et politiques de la planète, plus ou moins préoccupées par l'avenir de la planète, de son climat et de sa biodiversité. À lire aussiDavos: «L'esprit de dialogue», thème de ce 56e forum sera-t-il au rendez-vous? La « vedette » de cette édition se fiche pas mal du réchauffement climatique et affirme même qu'il n'existe pas. Il s'agit de Donald Trump. Le président des États-Unis aurait d'ailleurs posé ses conditions pour venir à Davos : qu'on évite les sujets « woke », et notamment la crise climatique. Le Forum économique mondial a démenti. Il y aura bien une table ronde intitulée « Comment éviter une récession climatique », avec l'ancien vice-président des États-Unis Al Gore, notamment. Ce sera mercredi, à 9 heures du matin. Donald Trump est attendu plus tard dans la journée... « Je veux que vous paniquiez » A chaque édition ses stars, et en 2019, une autre personnalité avait fait les gros titres à Davos : une jeune fille avec des nattes, âgée de 16 ans, venue secouer de vieux messieurs en costume sur mesure. « Les adultes répètent sans cesse : “nous devons donner de l'espoir aux jeunes”. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez optimistes. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens chaque jour », avait assené Greta Thunberg, la jeune militante du climat. Aujourd'hui, les décideurs économiques mondiaux n'ont pas l'air de « paniquer », à en croire le Rapport sur les risques mondiaux publié comme chaque année par le Forum économique mondial. Dans cette enquête, plus de 1 300 experts et dirigeants sont interrogés sur les menaces qui pèsent, selon eux, sur l'année qui commence. Les catastrophes météo, en deuxième place l'an dernier, passent à la quatrième place ; les risques pour le climat et l'environnement dégringolent dans le classement. Urgence moins urgente L'économie et le climat n'ont pas la même temporalité, entre menaces à court terme et à plus long terme. « Le changement climatique est un problème de long terme, qui va rester avec nous pendant tout le XXIe siècle, explique l'économiste du climat Aurélien Saussay, qui enseigne à la London School of Economics. Aujourd'hui, on est face à une montée de risques à beaucoup plus court terme. Les deux premières menaces, selon ce rapport du Forum économique mondial, sont le risque de compétition économique entre États et le risque, encore pire, de conflits armés entre États. Mais cela ne veut pas dire que, dans leur perception, le changement climatique est moins un problème qu'avant ou que le climat va mieux et est moins un risque qu'à l'avenir. » À lire aussiDavos: une montée en puissance des ultra-riches qui érode les démocraties, selon OXFAM L'urgence climatique parait aujourd'hui moins urgente, comme ce fut le cas après la crise financière de 2008. « La crise était tellement forte et avait tellement pris par surprise par son intensité les gouvernants et les opinions publiques, rappelle Aurélien Saussay. La COP de Copenhague en 2009 est un échec, sans accord concluant qui en ressort. Et pendant les six ans qui ont suivi jusqu'à l'Accord de Paris, il fallait d'abord éteindre l'incendie sur le plan macro-économique avant de s'occuper à nouveau des questions climatiques. » Santé humaine et santé économique Climat et économie sont pourtant liés. Une étude américaine a même tenté de mesurer l'impact de la crise climatique sur la croissance économique : une augmentation de la température mondiale de 1ºC entrainerait une baisse de 12% de l'activité économique mondiale. Les vagues de chaleur à répétition menacent ainsi l'économie. « Quand cela conduit à des sécheresses, on peut avoir des pertes de rendements agricoles qui viennent renchérir le coût des denrées alimentaires. Lorsque les températures sont très élevées, notamment lors de canicules, vous allez avoir un impact sur la productivité – les gens sont plus ou moins productifs lorsqu'ils font face à des vagues de chaleur plus élevée. On va aussi avoir un impact sur les arrêts maladie, sur la santé », précise Aurélien Saussay. La santé des gens et la santé de l'économie dépendent de la santé de la planète.
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  • Pourquoi les humains sont-ils parfois pires que les pollutions?
    2026/01/15

    Y a-t-il une vie après la catastrophe ? À Tchernobyl ou Fukushima, partout où la présence humaine disparait, les plantes et les animaux prospèrent, même dans les pires conditions.

    C’est l'un des endroits les plus sinistrés de la planète : la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. L'explosion d'un des réacteurs en 1986 a provoqué la pire catastrophe nucléaire de l'humanité. Une zone d'exclusion de plusieurs milliers de kilomètres carrés a dû être créée à cheval entre l'Ukraine et la Biélorussie. Une zone sans humains, mais avec beaucoup d'autres animaux : petit à petit, la vie a repris à Tchernobyl.

    C'était pourtant mal parti, après la mort de tous les arbres, devenus rouges. On a cru que Tchernobyl resterait un désert. Mais la végétation est repartie. Les animaux sont revenus, et notamment des mammifères : des lynx, des loups, des bisons. On a aussi introduit à Tchernobyl le cheval de Przwevalski, utilisé un peu comme cobaye ; il a pu se reproduire et sa population a augmenté.

    À lire aussiTchernobyl, 30 ans après : quelles sont les conséquences écologiques ?

    Radioactivité et activités humaines

    Le même phénomène a été observé à Fukushima, après l'accident de la centrale nucléaire en 2011. Le départ des humains a laissé les autres animaux prospérer. On a même observé un ours noir d'Asie, une espèce menacée dont on croyait qu'il avait disparu de la région. On a aussi découvert une nouvelle espèce de sanglier, issue de l'accouplement entre un sanglier sauvage et un cochon d'élevage échappé au moment de la catastrophe. Comme si les animaux préféraient la radioactivité aux activités humaines.

    Mais tout n'est pas complètement rose. À Tchernobyl, il y a un contre-exemple parfait : un champignon qui se porte bien, très bien, qui pousse sur le site même de la centrale. Mais voilà, c'est un champignon radiotrophe, c'est-à-dire qu'il se nourrit de la radioactivité. S'il prospère, en fait, ce n'est pas très bon signe. On a aussi noté une espérance de vie plus courte chez des animaux ou des malformations chez des oiseaux. Une grenouille est aussi particulièrement étudiée, en tant qu’animal sentinelle : à Tchernobyl comme à Fukushima, les catastrophes nucléaires ont entrainé une modification de son ADN.

    Zones fantômes bien vivantes

    Mais la radioactivité semble finalement moins néfaste que la présence humaine, comme si rien n'était pire pour la vie que la vie humaine. C'est le cas aussi de la zone d'exclusion militaire entre les deux Corées, un no man’s land en vigueur depuis 1953, une bande de 4 kilomètres de large et longue de 250 kilomètres, truffée de mines... La DMZ est un véritable sanctuaire, un corridor écologique, avec plus de 6 000 espèces végétales et animales recensées. Et parmi elles, le tiers des espèces menacées de Corée du Sud.

    L'atoll de Bikini, dans le Pacifique, utilisé par les États-Unis pour leurs premiers essais nucléaires, et inhabité aujourd'hui, abrite d'incroyables récifs coraliens. Cap Canaveral, aux Etats-Unis, d'où décollent les fusées de la Nasa, se trouve au milieu d'un parc naturel, avec des restrictions d'accès qui font le bonheur des lamentins, des tortues et des alligators. Il y ainsi de très nombreux exemples où la nature reprend ses droits, sur d'anciens sites industriels, même sur des sols contaminés et pollués. Des plantes qui colonisent le béton abandonné. Une renaturation involontaire. Des zones fantômes peuplées d'être bien vivants pourvu qu'ils ne soient pas humains. Comme si la défaite de l'humanité était une victoire pour le reste du vivant.

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  • Nos chiens et nos chats peuvent-ils être végétariens?
    2026/01/14

    L'empreinte carbone des animaux de compagnie n'est pas négligeable en raison de la viande contenue dans leur alimentation. Mais le passage à un régime végan est compliqué pour les canidés, et totalement exclu pour les félins.

    Ils n’ont pas l’air, comme ça, avec leur regard innocent, mais les animaux de compagnie ont bien leur part de responsabilité dans la crise climatique. Selon une étude britannique réalisée par l’université d’Edimbourg, et relayée par The Guardian, les aliments pour chiens représentent 1% des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni, ce qui n’est pas négligeable. En cause, principalement, la viande présente dans ces aliments. Il y a quelques années, une autre étude avait montré que les chats et les chiens des États-Unis formaient les cinquièmes plus gros consommateurs de viande au monde. Certains fabricants de nourriture pour chien n’hésitent d'ailleurs pas à utiliser des parties nobles habituellement réservées à la consommation humaine, et pas seulement des déchets de carcasse – rien n’est jamais trop bon pour les toutous.

    Peut-on alors avoir un chien végan ? Les chiens sont ce qu’on appelle des carnivores flexibles. Une alimentation carnée est indispensable à certains moments de leur de vie. « Quand un chien est adulte et qu’il ne se reproduit pas, il est assez flexible. Il peut donc être nourri de différentes manières. En l’absence d’éléments d’origine animale dans son alimentation, il aura un poil plus ou moins beau, etc. mais il pourra survivre. En revanche, il n’est pas capable de se reproduire, de grandir correctement s’il n’y a pas dans son alimentation des éléments d’origine animale, obligatoirement », précise Géraldine Blanchard, vétérinaire, spécialiste en nutrition clinique.

    Chat chasseur de viande

    Quant aux chats, c’est pire encore. Une alimentation végan est totalement exclue pour le chat, un carnivore strict, qui ne peut vivre sans protéines animales. D’ailleurs, même s’il est nourri tout à fait comme il faut, il a la viande dans le sang, son instinct de chasseur est intact : chasseur d’oiseaux, et c’est une vraie menace pour la biodiversité ; chasseurs de rongeurs aussi, c’est pour cette qualité-là qu’il avait été recruté, domestiqué par les humains. « La chasse, c’était ce qu’on voulait qu’il fasse, jusqu’à récemment, rappelle Eva-Maria Geigl, chercheuse au CNRS. Parce qu’on ne voulait pas d’un chat sur un canapé, ce n’était pas le but ! Donc, forcément, on n’a pas agi sur ce trait. Le problème n’est pas le chat, le problème est l’être humain qui a laissé les populations de chats prendre une telle ampleur. Un carnivore ne doit pas être présent dans une telle quantité ». Il est bien mignon, Minou, mais rien qu’en France, les chats tueraient 75 millions d’oiseaux chaque année. Au Japon, en éradiquant les chats d’une île, on a pu sauver une espèce de pigeon au bord de l’extinction.

    Un lapin c'est bien aussi

    Pour réduire l’impact climatique des animaux de compagnie, les croquettes peuvent être une solution. Leur empreinte carbone est bien plus faible que ce qu’on appelle la nourriture humide, type pâtée pour chien. Des croquettes pour tous ? Non, parce que les croquettes contiennent de l’amidon, présent dans les féculents, et certains chiens ne le digèrent pas. Oubliez aussi les croquettes végan qu’on peut trouver sur internet, la plupart provoqueront des carences chez votre animal.

    On peut être végan mais on ne peut pas l’imposer à son chat ou à son chien. « La biologie n’est pas une philosophie, estime la vétérinaire Géraldine Blanchard. Respecter un animal, c’est d’abord couvrir ses besoins nutritionnels à lui. Et ne pas se dire : "Puisque je ne veux pas ça pour moi, je ne veux pas ça pour lui". Dans ce cas-là, il faut réfléchir à avoir un animal qui soit végétarien. Il y en a plein. Un lapin est un animal très sympa, et c’est végétarien ». Un lapin, ou même l’animal de compagnie le plus vendu dans le monde : un poisson rouge, omnivore, dont la seule alimentation carnée vient d’insectes. Et tant-pis pour les caresses.

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  • Dans le golfe de Gascogne, les dauphins meurent-ils à cause du réchauffement climatique?
    2026/01/13

    En raison d'un déplacement géographique de leur proies (sardines et anchois, plus petits), les cétacés s'approchent trop près des côtes atlantiques françaises où ils se retrouvent pris au piège dans les filets des pêcheurs.

    C'est une réaction en chaîne, et c'est un mystère enfin levé. On sait désormais pourquoi trop de dauphins meurent dans le Golfe de Gascogne, sur la façade atlantique française, échoués sur les plages et surtout dans les filets des pêcheurs du Golfe de Gascogne. 9000 dauphins morts chaque année, sur une population d'environ 200 000 individus. Certes, ce n’est « que » 5%, mais au-delà de 5000 morts par an, la survie de l'espèce est menacée. Face à cette hécatombe, une mesure a d'ailleurs été prise, aux effets incontestables : l’interdiction de la pêche pendant un mois l’hiver. Le nombre de dauphins tués a ainsi été divisé par quatre. Mais cela a évidemment un coût économique et social pour tous les pêcheurs empêchés de travailler, et pour toute la filière.

    Mais le premier responsable de cette hécatombe, ce ne sont pas les pêcheurs. L’accusé numéro un, à l'origine de tout, c'est le réchauffement climatique. Il a d'abord un effet sur le débit des fleuves, en l'occurrence ici la Loire, qui se jette dans l'Atlantique. Moins d'eau douce, à cause du réchauffement, c'est moins de nutriments dans l'océan, « essentiellement du phosphore, d’origine terrestre, qui permet aux microalgues de se développer. En raison des politiques de réduction du phosphore dans les lessives, moins de phosphore est apporté, détaille Mathieu Doray, chercheur à l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, et co-responsable du projet Delmoges qui vient de publier une étude sur les dauphins à l’issue de trois ans de recherches et d’observations. Il y a aussi moins de débit dans la Loire et toutes ces microalgues ont donc moins de nutriments pour se développer. De plus, elles vivent dans des conditions plus chaudes et donc moins favorables pour elles ». L’océan, dans cette zone, s'est réchauffé de presque 0,8 degré en 20 ans.

    À lire aussiDauphins: la justice française confirme une interdiction de pêche d'un mois dans le golfe de Gascogne

    Petits poissons de plus en plus petits

    Ces microalgues se trouvent à la base de la chaine alimentaire. Et s’il y en a moins, il y a aussi moins de zooplancton, ces petits organismes qui mesurent 1 millimètre, qui se nourrissent de microalgues, et qui sont à la base de l'alimentation des sardines et des anchois. Moins de zooplancton, c'est ainsi des poissons plus petits. Depuis le début du siècle, les sardines et les anchois ont perdu 2 centimètres. Les sardines et les anchois, à la base du repas des dauphins.

    Il y a beaucoup moins de sardines et d'anchois au large : parce qu'ils sont plus petits, ils restent près des côtes. Les dauphins suivent donc leurs proies, là où se trouvent aussi beaucoup de bateaux de pêche. « L’essentiel de la pêche qui peut nuire aux dauphins est déployé dans la bande côtière, entre 0 et 100 mètres de profondeur, pour capturer des espèces comme la sole, le bar ou le merlu. Plus les dauphins se rapprochent des côtes, plus ils se retrouvent en interaction avec des engins de pêche qui ne sont pas déployés plus au large. Ils sont donc soumis à un risque de capture accidentelle beaucoup plus important », explique Mathieu Doray.

    Outre la suspension de la pêche, il existe d’autre solutions pour protéger les dauphins : établir des cartes très précises des concentrations de sardines et d'anchois pour éviter la pêche au filet dans ces zones-là, comme le préconise l’Ifremer. On étudie aussi la possibilité d'équiper les filets de caméras et d'effaroucheurs sonores pour éloigner les dauphins, en reproduisant le son émis par un dauphin face à un danger. On est là au cœur d'une problématique posée par le réchauffement climatique : préserver l'activité humaine tout en protégeant la biodiversité. Une problématique et bien souvent une contradiction.

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  • Traité UE-Mercosur: pourquoi l'environnement et le climat ont disparu du débat?
    2026/01/12
    L'Union européenne a finalement donné son feu vert à la signature de l'accord de libre-échange avec le Mercosur. La France, qui a voté contre, s'est focalisée sur le sort des agriculteurs en occultant les menaces que fait peser le commerce international sur la planète. C'est un aboutissement, mais à quel prix ? Un quart de siècle plus tard, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Bolivie, Uruguay, Paraguay) sera officiellement signé samedi 17 janvier, après le feu vert des vingt-sept pays de l'UE vendredi dernier. La France, elle, en pleine crise agricole, a voté contre, pour la défense des agriculteurs, mais pas pour les menaces que fait peser le traité sur l'environnement. La défense du climat est passée complètement en-dessous des radars, et pas qu'en France. Le président du Brésil, qui accueillait pourtant il y a quelques mois le dernier sommet mondial pour le climat (la COP30), s'est contenté de saluer un « accord en faveur du commerce international comme moteur de la croissance économique ». Mais certainement pas en faveur de la planète. Que le meilleur gagne En réalité, ni la planète ni le sort de l'agriculture européenne ne sortiront gagnants si, à l'issue de l'étape ultime, le traité UE-Mercosur venait à être ratifié pour entrer en vigueur. « La logique en œuvre est de mettre sur un même ring des acteurs économiques qui ont des compétitivités différentes et de leur dire : "Que le meilleur gagne". On construit ainsi du moins-disant sur les prix, et donc sur la rémunération des producteurs. On créé également du moins-disant environnemental, des pressions à la baisse sur les normes environnementales », analyse l'économiste Maxime Combes, animateur en France du collectif de la société civile Stop Mercosur Cette dimension environnementale a d'ailleurs totalement disparu ces derniers jours dans le débat français. Il y a quelques temps pourtant, le gouvernement avait mis en place une commission sur les impacts de ce traité de libre-échange. Avec au final un chiffre implacable : plus 34% de CO2 dans les échanges commerciaux entre l'Union européenne et le Mercosur. Mais depuis, les tracteurs sont entrés dans Paris, la fronde agricole ne faiblit pas. C'est visible, spectaculaire, alors que la déforestation de l'Amazonie nous semble bien lointaine. Le court terme, le court-termisme, l'ont emporté. Et dans ce dossier-là, le backlash écologique a encore fait son œuvre. « Aujourd'hui, avec le retour en arrière sur cette problématique dans les priorités politiques et du débat médiatique, c'est beaucoup moins audible et beaucoup moins entendu que les mobilisations du monde agricole », regrette Maxime Combe. Pesticides interdits et exportés Ce traité est pourtant en contradiction avec les engagements climatiques de l'Union européenne, et tout simplement avec l'Accord de Paris pour le climat. Mais on ne le dit pas ou peu. On se soucie des éleveurs français, à juste titre, mais jamais on ne s'interroge sur l'impact de la consommation de viande sur la crise climatique. Vu d'Europe, on parle d'un traité favorable aux constructeurs de voitures, alors même qu'on va peu à peu interdire en Europe les moteurs thermiques. On va aussi exporter davantage de pesticides en Amérique du Sud, ces mêmes pesticides qui sont interdit en Europe... En fait ce traité, qu'on a commencé à négocier il y a 25 ans, est un traité d'un autre siècle. « Il est certain que l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur n'a pas été pensé, réfléchi et négocié dans une perspective de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de la biodiversité, constate Maxime Combes. Tous les enjeux environnementaux ont donc été laissés de côté, et en ce sens c'est un accord très largement dépassé, obsolète, dont les principes datent réellement du XXe siècle ». En occultant les questions climatiques et environnementales, on évite de poser les questions qui fâchent, on évite un débat explosif : la remise en cause du dogme libéral en vigueur depuis 40 ans. Le commerce international et la compétitivité ne sont pas compatibles avec les intérêts de la planète. « Vous ne pouvez pas mener des politiques environnementales ambitieuses et dire en même temps que vous voulez que les acteurs économiques soient les plus compétitifs sur les marchés mondiaux », affirme ainsi l'économiste Maxime Combes. Parce que la défense de l'environnement remet en cause le modèle économique dominant, elle passe au second plan. Elle est pourtant loin d'être secondaire. À lire aussiLe débat sur l'accord UE-Mercosur illustre les complexités de la politique européenne
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