エピソード

  • Pourrait-on vivre sans pétrole?
    2026/01/29
    Que serait un monde sans hydrocarbure ? Le pétrole est partout. L'économie pourrait-elle fonctionner sans cet or noir dont l'humanité est dépendante depuis plus d'un siècle et demi ? Ce serait un film de science-fiction, une dystopie, un scénario-catastrophe dans un monde se réveillant un matin sans plus aucune goutte de pétrole. Que serait notre vie si le pétrole disparaissait complètement ? Sachant que le pétrole est responsable d’un tiers des émissions de CO2, la crise climatique serait presque réglée… Mais pour le reste, il n’y aurait plus de transport, on ne pourrait plus travailler, ce serait très vite la pénurie alimentaire, plus de médicament non plus… bref, le chaos. « On serait bien embêté, sourit Matthieu Auzanneau, le directeur de The Shift Project, un groupe de réflexion qui travaille sur la décarbonation de l’économie. Tout s’arrêterait en fait. Le pétrole, c’est ce qui permet de faire circuler le sang dans tout l’organisme économique mondial. Ce serait un cataclysme. À part pour quelqu’un qui vivrait en ermite, et encore : il serait content d’avoir des vêtements polaires bien chaud qui sont en général des dérivés de pétrole. Il y a très très peu d’activités humaines qui ne sont pas très directement ou indirectement liées au pétrole ». Oui, il y a du pétrole dans nos vêtements : les tissus synthétiques sont fabriqués avec du pétrole, et même pour produire un tee-shirt 100% coton bio, on a besoin d’hydrocarbure. Sans pétrole, pas de shampoing. Pour manger, il faut du pétrole : entre les engrais, les tracteurs, les pesticides et le transport, la nourriture consommée par une personne en une année représente 1 500 litres de pétrole. Même pour fabriquer une voiture électrique il faut du pétrole. En fait, depuis le milieu du XIXe siècle, nous sommes totalement accros. La désintoxication prendra du temps Pour autant, pourrait-on pourrait se passer de l'or noir ? La majorité du pétrole consommé aujourd’hui, c’est pour le transport (les voitures, les avions et les bateaux). Alors oui, on peut consommer moins de pétrole, sans revenir à l’âge de pierre, sans changer son mode de vie, il faut juste envisager une société plus douce et plus paisible. Voyager moins, acheter moins... « Il n’y a pas une fonction technique qui ne peut pas être remplacée par autre chose, assure Mathieu Auzanneau. Vous pouvez faire du plastique et des engrais avec autre chose que des hydrocarbures. Vous pouvez faire voler des avions avec des biocarburants. Ce n’est pas un problème de qualité, mais de quantité. Cela veut dire qu’il faut s’organiser pour avoir besoin de moins d’engrais, moins de carburant. Cela suppose simplement des politiques industrielles audacieuses. Mais tout est possible en fait ». Continuer à faire de la prospection pétrolière a-t-il alors un sens ? En France, un sénateur macroniste a déposé une proposition de loi discutée ce jeudi pour autoriser de nouveau l’exploitation pétrolière en Outre-mer, et en particulier en Guyane, pas loin des gisements vénézuéliens convoités par Donald Trump. C’est contre le sens de l’histoire. Simplement, se passer de pétrole, se désintoxiquer, va prendre du temps. Même le Giec, dans ses scénarios sur le réchauffement climatique, n'envisage pas un monde sans pétrole. C’est pour ça qu’on parle de transition écologique. « Pour éviter le chaos, on a besoin qu’il y ait de l’essence dans les stations-service. Sinon c’est la guerre civile, estime Matthieu Auzanneau. Donc tant qu’on a besoin de pétrole, il faut bien des puits de pétrole. Je ne dis pas qu’il faut relancer la prospection en France. Symboliquement, c’est un très mauvais message à envoyer. En revanche, ce serait se faire des illusions de se dire que la décarbonation de la société commence et se termine par arrêter de pomper du pétrole. Ça commence et ça se termine en réalité par s’organiser différemment. Le problème, ce n’est pas le buraliste, c’est le fumeur. Tant que le fumeur a besoin de cigarettes, heureusement qu’il y a des clopes chez les buralistes ». Le tabac, c’est comme le pétrole, c’est mauvais pour la santé. À lire aussiAllons-nous réussir à nous passer des énergies fossiles ?
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  • Pourquoi le pastoralisme est un modèle d'agriculture durable en Afrique de l'Ouest?
    2026/01/28

    Les Nations unies mettent l'accent sur l'élevage nomade, en décrétant 2026 année internationale du pastoralisme. Cette pratique ancestrale permet de lutter contre la désertification et de protéger la biodiversité.

    C’est l'un des plus vieux métiers du monde, apparu il y a des milliers d'années avec la domestication des premiers animaux, et aujourd'hui encore il fait vivre plusieurs centaines de millions de personnes partout sur la planète, dans les territoires souvent les plus arides, là où rien ne pousse ou presque, à part des chèvres. L’élevage nomade est mis en avant cette année par les Nations unies qui ont décrété 2026 année internationale du pastoralisme. « Le pastoralisme ne saurait être un vestige du passé, confirme Tamsir Mbaye, de l'ISRA, l'Institut sénégalais de recherches agricoles. C’est un système qui structure des territoires, qui protège des écosystèmes, mais surtout qui nourrit des populations. Fragiliser cette activité, c’est affaiblir notre sécurité alimentaire. » En Afrique de l’Ouest, dans la zone sahélienne en particulier, le pastoralisme nourrit ainsi des millions de personnes.

    Le pastoralisme permet de se nourrir, également de se vêtir. Il est aussi un allié de la biodiversité. Il permet de lutter contre la désertification, de restaurer les sols grâce au passage des animaux – certaines herbes aiment bien qu'on les piétine. Ces animaux, comme vous et moi, font aussi caca, ce qui vaut presque de l'or. « Les déjections animales contribuent à enrichir naturellement les sols. C’est un fertilisant gratuit, recyclé sur place, souligne Tamsir Mbaye. Le pastoralisme contribue aussi à la lutte contre la désertification, en permettant de conserver des paysages ouverts, riches en espèces animales et végétales. Les troupeaux jouent un rôle-clé dans le transport des graines », et cela de deux manières. D'abord dans les excréments - on y revient toujours... Les graines voyagent aussi en s'accrochant aux poils des chèvres ou des moutons. C'est d'ailleurs en s'inspirant d'une de ces graines qu'on a inventé le velcro, les fameux scratchs.

    Un modèle menacé

    Mais le pastoralisme est aujourd'hui confronté au changement climatique qui perturbe le cycle des pluies, modifie les saisons d'une certaine manière. « L’assèchement des points d’eau est de plus en plus rapide », constate Tamsir Mbaye, coordinateur du Pôle pastoralisme et zone sèche (une coopération franco-sénégalaise), qui pointe aussi « la raréfaction des pâturages, tant en quantité qu’en qualité avec l’avènement d’herbes de mauvaise qualité, comme Diodia scandens », qu'on appelle njoja sur place, une mauvaise herbe, envahissante, qui peut être mortelle pour les vaches.

    Le pastoralisme est menacé, et pas que par le changement climatique. Son espace rétrécit, en concurrence avec les terres agricoles. Les barrières humaines se multiplient, alors que la transhumance existait bien avant l'invention des frontières. On a aussi tendance à se méfier des nomades et il y a parfois des conflits... Mais malgré une image un peu archaïque, le pastoralisme est un modèle d'agriculture durable, et d'ailleurs cela fait 10 000 ans que ça dure.

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  • Trente ans après le dernier essai nucléaire français, quels effets sur la santé et la biodiversité?
    2026/01/27
    La France a toujours sous-estimé, voire nié, les conséquences de ses essais nucléaires en Algérie et en Polynésie française. Le monde entier porte encore aujourd'hui la trace des essais réalisés par toutes les puissances nucléaires. C’était il y a tout juste 30 ans, le 27 janvier 1996 : la France effectuait son dernier essai nucléaire réel dans le Pacifique. L’histoire des essais nucléaires français, d’abord en Algérie, puis en Polynésie française, est celle d’un long mensonge d’État. Un mensonge répété encore par Jacques Chirac en 1995, quand il annonce, à la surprise générale, la reprise des essais en Polynésie, cinq ans après le moratoire décidé par François Mitterrand. « Vous savez que ces essais se passent dans le Pacifique-Sud, qu’ils ont lieu dans des conditions, euh, où, sans entrer dans des polémiques, il n’y a strictement aucune conséquence écologique », osait déclarer le président français, responsable d’une crise diplomatique majeure avec de nombreux pays du Pacifique, Australie et Nouvelle-Zélande en tête. Évidemment il n’en est rien : les essais nucléaires ont bien eu des conséquences sanitaires et environnementales. Entre 1960 et 1996, la France a réalisé plus de 200 essais nucléaires, tous dans des territoires colonisés : 17 en Algérie (dont certains après l’indépendance algérienne), et 193 en Polynésie (dont 46 dans l’atmosphère, le reste souterrains). Ce sont évidemment les essais réalisés en plein air qui sont les plus dangereux : les particules radioactives sont dispersées par les vents, et tout ne se passe pas toujours comme prévu. Ce fut le cas par exemple lors du dernier essai atmosphérique, tiré au-dessus de l’atoll de Mururoa, en 1974, l’essai Centaure. À lire aussiLes secrets des essais nucléaires français dévoilés Vingt-trois maladies « Au lieu de partir vers l’Est, le nuage radioactif est parti en direction de l’Ouest, directement vers l’île de Tahiti qui abritait la plus grande population, plus de 80 000 personnes, raconte Sébastien Philippe, professeur d’ingénierie nucléaire et physique à l’université du Wisconsin, aux États-Unis, et co-auteur d’une livre-enquête, Toxique, révélant il y a cinq ans, à partir de nombreux documents déclassifiés, le scandale sanitaire et environnemental des essais nucléaires français. Ce qu’on a pu démontrer, c’est qu’à l’époque toutes les personnes ont pu recevoir des doses supérieures au seuil d’exposition du public. Les risques étaient très bien connus, les retombées mesurées et les mesures ont été cachées au public. À l’époque, c’est "loin des yeux, loin du cœur », ironise-t-il. La quasi-totalité de la population polynésienne a subi des retombées radioactives, cancérogènes. Une liste de 23 maladies liées à la radioactivité a été établie. Le problème, c’est que les autorités françaises ont toujours avancé des taux de radioactivité jusqu’à 10 fois moins importants que la réalité, avec des conséquences pour l’indemnisation des victimes. Seulement un millier de victimes ont été reconnues, mais une proposition de loi arrive au parlement, avec des critères réévalués. Sur les essais en Algérie, la loi du silence est encore plus forte, alors que le parlement algérien, en votant une loi en décembre dernier sur la criminalisation de la colonisation française, demande des réparations pour les victimes algériennes. Sangliers radioactifs Ces essais nucléaires ont aussi entraîné des conséquences pour l’environnement. Quand on fait exploser une bombe 100 fois plus puissante que celle d’Hiroshima, le vivant disparait. « Sur les sites de tirs, il est clair que tout ce qui était à la surface de l’atoll, à l’intérieur du lagon, que ce soit la faune ou la flore, a été complètement décimé », souligne Sébastien Philippe. Les retombées radioactives ne sont d’ailleurs limitées ni dans le temps ni dans l’espace, comme une bombe à retardement. En Polynésie, le traumatisme est tel que des femmes ne veulent pas avoir d’enfants, de peur de leur transmettre des maladies. La puissance des essais souterrains a aussi provoqué des fractures dans les atolls. L’une d’elles est particulièrement surveillée, parce qu’en cas d’effondrement une vague engloutirait l’île la plus proche, habitée. À l'échelle mondiale, plus de 2 000 essais ont été réalisés par toutes les puissances nucléaires, et partout, on en trouve des traces encore aujourd’hui. Dans la nature, on a notamment mesuré de la radioactivité sur les carapaces de tortues et sur des sangliers en Allemagne. « Encore aujourd’hui, on peut le mesurer dans le sol, dans des troncs d’arbres, dans du vin, dans des abeilles, souligne Sébastien Philippe. C’est un peu partout. C’est une contamination qui est faible mais qui est là, qui fait de partie de ...
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  • Pourquoi la guerre dans l'est de la RDC menace-t-elle aussi les forêts et les animaux?
    2026/01/26

    Déforestation, braconnage... Un an après la bataille de Goma, la grande ville de l'est du Congo-Kinshasa, la biodiversité, elle aussi, continue de souffrir des combats.

    La guerre dans l’est de ma République démocratique du Congo (RDC) n'épargne rien ni personne, et évidemment pas les populations civiles. L'avancée de l'AFC/M23 avait poussé des centaines de milliers de personnes à fuir les combats, avec un effet inattendu : une déforestation accrue, provoquée par une demande importante en charbon de bois (le makala, en swahili). Une déforestation visible sur des images satellites, qui a doublé à cause de la guerre, notamment sur les pentes du volcan Nyiragongo.

    Partout dans la région, la forêt souffre, parce que les écogardes ne peuvent plus faire leur travail. « En notre absence, on en profite pour aller couper la forêt et fabriquer la braise, témoigne Alain Mukiranya, écogarde pour l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Au-delà de la dégradation et de la perte de l’habitat pour la faune, il y a aussi la perturbation des services écosystémiques que la forêt fournit, notamment la régulation climatique, l’approvisionnement en eau et même en produits forestiers non ligneux », comme les feuilles par exemple, utilisées pour se soigner – il n'y en a plus, parce qu'on a tout brûlé.

    Braconnage

    Les écogardes sont directement victimes de la guerre. Il est difficile d'obtenir un bilan précis, mais certains estiment qu'une trentaine d'entre eux sont morts depuis l'offensive du M23. La guerre a aussi coupé les principales routes, et les écogardes ne reçoivent plus le matériel, les armes, les munitions, pour bien faire leur travail.

    Moins d'écogardes sur le terrain, ce sont des animaux moins protégés. Il y a plus d'un an, le directeur des parcs à l'ICCN estimait que la moitié des animaux du parc des Virunga avait disparu à cause de la guerre. Un chiffre impossible à vérifier. Mais il y a une certitude : la guerre facilite le braconnage. « Des cas de braconnage d’okapis ont été signalés dans les zones où nous n’avons pas accès parce que la sécurité n’est pas très bonne, raconte Alain Mukiranya, l'assistant du directeur du parc national de la Maiko, au nord-ouest de Goma. Les petits primates sont aussi les espèces les plus braconnées. Les hommes qui exploitent illégalement les minerais comme l’or et le diamant autour du parc en profitent pour braconner pour leur survie. »

    On ne tue pas forcément les animaux pour le trafic, pour les revendre et ainsi acheter des armes, mais parfois juste pour se nourrir.

    Naissances

    Dans ce tableau sombre pour la biodiversité percent parfois de bonnes nouvelles, comme la naissance, au début du mois, à une trentaine de kilomètres de Goma, de jumeaux gorilles. Des jumeaux, cela n'arrive qu'une fois sur 100, c'est exceptionnel et à plus forte raison en temps de guerre. « Malgré la situation de guerre dans toute la zone, cela veut dire qu’ils ressentent une certaine forme de stabilité pour pouvoir donner naissance, estime Jérôme Lombart, le directeur des opérations de la fondation Virunga, interrogé par Alexandra Branjon du service Afrique. Dès que les bombardements reprennent, ce sont souvent les nouveau-nés qui risquent le plus, surtout dans les premières semaines et les premiers mois. C’est important, au niveau de la nutrition notamment, que le clan les garde. C’est ce qu’on espère. »

    Un miracle n'arrivant jamais seul, on vient d'apprendre la naissance d'un autre bébé gorille, toujours dans les Virunga. Et c'est ce qu'on veut croire : la vie est (parfois) plus forte que la guerre.

    À lire aussiRDC: à Rubaya, des mines stratégiques au cœur de la guerre, toujours contrôlées par le M23

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  • Faut-il tuer des animaux pour sauver d'autres espèces?
    2026/01/22
    La conservation de la nature passe parfois par des méthodes qu'on peut juger brutales. En Australie, dans les Antilles ou aux Galapagos, donner la mort est parfois nécessaire pour la sauvegarde de la biodiversité. Le débat a agité les campagnes françaises avec la dermatose bovine : fallait-il tuer des troupeaux entiers pour sauver les autres vaches ? Un débat qui existe aussi en matière de protection de la biodiversité. En témoigne par exemple celui qui a traversé l'Australie à propos de ses brumbies... Brumby, c'est le nom donné aux chevaux arrivés en Australie avec les premiers colons et retournés à l'état naturel. Dans le parc du Kosciuszko, le plus grand parc national australien, pas très loin de Canberra, ces chevaux, sans prédateurs, proliféraient à tel point qu'on a décidé d'en éliminer une grosse partie, en leur tirant dessus en hélicoptère. Et en quelques années, la population des brumbies est passé de 17 000 à 3 000 animaux. Évidemment, tuer des chevaux, l'un des meilleurs amis de l'homme, cela a fait débat, cela a fait scandale. Mais c'était pour la bonne cause. Ces chevaux sauvages, trop nombreux, causaient des dégâts dans tout l'écosystème. D'abord par leur alimentation : un cheval mange chaque jour 2% de son poids, ce qui fait donc environ 8 kilos d'herbe par jour – et l'herbe c'est léger... Des dégâts provoqués aussi par leurs déplacements, et d'ailleurs visibles par satellite. Un cheval marche (ou trotte) jusqu'à 50 kilomètres par jour. Leurs sabots piétinent les sols, les tourbières, abiment les berges des rivières, et bouleversent ainsi l'équilibre du plus vaste bassin d'eau d'Australie et de toute la faune qui y vit, des reptiles, des poissons, des rongeurs, des batraciens... C'est donc pour sauver la richesse de cet écosystème qu'on a choisi de tuer des chevaux. Et déjà la végétation réapparait, la nature se réoxygène. À lire aussiDermatose en France: selon Jacques Guérin, «il n’y a pas d’alternative à l’abattage d’animaux malades» Exterminer les exterminateurs L'Australie n'en est pas à son coup d'essai contre les espèces invasives. Également en ligne de mire : les chats. Six millions de chats errants accusés de tuer 9 millions d'animaux... toutes les 24 heures ! Pour exterminer les exterminateurs, on a un conçu un robot qui identifie les chats (et seulement les chats) avant qu'il ne les asperge de poison. Moins radical, au Japon, ce sont « seulement » 131 chats qui ont été tués sur une île et l'effet fut immédiat sur une espèce de pigeon au bord de l'extinction : en 3 ans, sa population a été multipliée par 10, et même par 20 pour les juvéniles. Les îles sont particulièrement vulnérables aux espèces invasives, parce que par définition un île est est un territoire à la surface limitée, où la faune a évolué sans prédateurs. L'arrivée d'une espèce invasive va tout de suite faire des dégâts très visibles. La majorité des extinctions d'animaux recensées sur la planète se passent dans les îles, et huit fois sur dix c'est à cause d'une espèce exotique envahissante. Dans les Antilles françaises, on fait la chasse à l'iguane commun, venu du continent sud-américain, qui menace la survie de l'iguane endémique. On chasse également, ce qui veut dire qu'on tue, volontairement, la mangouste, un carnivore qui avait été introduit pour lutter contre les rats dans les champs de canne à sucre. Non seulement les rats sont toujours là, mais la mangouste mange les œufs des tortues, et les œufs d'un oiseau dont il ne reste plus que quelques centaines de couples. À lire aussiL’Australie va déployer des robots tueurs de chats sauvages Tuer des chèvres pour sauver des tortues Aux Galápagos, dans le Pacifique, les chèvres introduites par l'Homme avaient dévoré la végétation, privant d'ombre et d'eau les célèbres tortues. On a alors eu recours à la chèvre de Judas (comme le « traître » de la Bible) : des chèvres stérilisées et peintes en rouge, rejoignant leurs congénères sauvages, ce qui permettait de repérer les troupeaux avant de les abattre. Plus de 50 000 chèvres ont ainsi été tuées pour sauver les tortues des Galápagos. Pour sauvegarder la biodiversité, il apparait inévitable que l'Homme devienne un bourreau – c'est un peu dans sa nature... Mais ici, c'est un mal pour un bien. Bien sûr, il y a toujours des débats, des opposants, des défenseurs des animaux. Il est assez contre-intuitif de penser que donner la mort est écologique. Mais une forme de consensus scientifique s'est établi en matière de conservation de la biodiversité. Mieux vaut tuer une espèce dans un endroit donné (on ne parle pas de l'éliminer de la planète) pour sauver des dizaines d'espèces menacées. On tue, on n'aime pas ça, mais on donne la mort pour sauver d'autres vies. Les espèces invasives, importées, représentent la deuxième cause de ...
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  • Cinquante ans après Concorde, les avions ont-ils réduit leur empreinte carbone?
    2026/01/22
    Alors que le secteur aérien représente jusqu'à 5% des émissions de gaz à effet de serre, les progrès technologiques ne parviennent pas compenser l'explosion du nombre de passagers. Il y a tout juste cinquante ans, la France entière célébrait le premier vol du Concorde, l'unique avion civil supersonique jamais construit (avec le Royaume-Uni), capable de voler plus de deux fois plus vite que les avions classiques. L'événement était tel que l'atterrissage du premier vol Air France Paris-Rio le 21 janvier 1976 avait été diffusé en direct dans le journal télévisé. « C'est un grand moment de l'aviation civile. Dans quelques secondes, l'impact des pneus... Et voilà ! Concorde s'est posé sur l'aéroport de Rio, vous avez vu la petite fumée blanche. Une certaine émotion règne ici », s'enthousiasmait l'envoyé spécial de la première chaîne de télévision française. On saluait la prouesse technologique d'un projet pourtant arrivé à contre-temps, juste après le premier choc pétrolier. Et de ce point de vue-là, le Concorde n'était pas franchement exemplaire, en cramant 20 tonnes de kérosène à l'heure, l'équivalent de 75 tonnes de CO2. Une véritable bombe climatique. Sauf qu'à l'époque on ne s'en souciait pas vraiment. À lire aussiConcorde: à 50 ans, le «plus bel avion du monde» fait toujours rêver Les constructeurs sous pression Les avions classiques sont moins gourmands en kérosène et leur consommation en carburant a même été divisée par quatre depuis l'époque du Concorde. Mais pas par souci écologique. Les économies de kérosène réalisées en 50 ans, grâce à un travail sur l'aérodynamisme des avions et les moteurs, « c'est quelque chose qui est mis en avant par les constructeurs, et recherché depuis un certain nombre de décennies. Pas vraiment pour des raisons environnementales ou climatiques, mais avant tout pour des raisons de coût. Les dépenses en carburant peuvent représenter un tiers des coûts et il y a un intérêt naturel à essayer de limiter les consommations d'énergie pour faciliter la rentabilité et avoir une demande plus importante si les billets sont assez attractifs », explique Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports. C'est ainsi que le nombre de passager a été multipliés par 30 en 50 ans, alors que la consommation de kérosène n'a elle été divisé que par 4. On mesure tout de suite le problème. Depuis quelques années, les constructeurs sont ainsi « sous pression », alors que le secteur aérien représente environ 3% des émissions de CO2. L'impact climatique approche même les 5% si on tient compte des autres gaz à effet de serre (et notamment les trainées de condensation). Pour imaginer une aviation plus propre, on a conçu l'avion électrique, comme il y a déjà des voitures électriques. Une solution très marginale, pour de courts trajets et très peu de passagers. Quant au moteur à hydrogène, Airbus a quasiment abandonné l'idée. À lire aussiL’avion écolo existe-t-il vraiment? Limiter le trafic Il y a aussi la piste des carburants de synthèse. Sans entrer dans une démonstration chimique, il faut savoir que leur fabrication mobiliserait, rien qu'en France, la moitié de la production électrique. Il y a aussi les biocarburants. Mais peut-on vraiment cultiver du maïs pour le brûler dans un avion ? Quant aux biocarburants de deuxième génération, fabriqués à partir de déchets de biomasse, on estime qu'il n'y en aura pas assez pour tout le monde... Est-il donc illusoire de croire que l'aviation puisse être climato-compatible ? Puisque les gains technologiques ont toujours un train de retard sur la hausse continue du nombre de voyageurs, il ne reste qu'une solution : limiter le trafic. Mais « cela reste un tabou pour le secteur aérien, qui ne veut pas se poser ces questions-là et plutôt miser toujours sur une croissance du trafic particulièrement forte à l'avenir. Ce n'est pas uniquement le secteur qui va de lui-même s'imposer une certaine restriction de son usage. Cela doit être une question de politique publique qui doit planifier une certaine forme de sobriété qui doit être la plus juste possible pour qu'elle soit partagée assez largement au sein de la population », estime Aurélien Bigo. Oublier l'avion à 19,99 euros, développer le train, et même limiter le nombre de vols autorisés dans une vie – cela vous semble impossible ? Et pourtant, 80% de la population mondiale n'a jamais pris l'avion. À lire aussiTransport: les voyages en avion restent moins chers que le train en Europe
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  • Trump, un an après: quel impact sur la lutte mondiale contre la crise climatique?
    2026/01/20
    Depuis le 20 janvier 2025, le démantèlement systématique de toutes les politiques climatiques et environnementales est en œuvre aux États-Unis. Le pouvoir de nuisance du premier pollueur historique s'illustre aussi sur la scène internationale. Rien de ce que fait, ou ne fait plus, la première puissance mondiale n'est anodin. Et la question climatique n'y échappe pas. Il y a tout juste un an, le 20 janvier 2025, dès son retour à la Maison Blanche, dès le premier jour, Donald Trump quitte (une nouvelle fois) l'Accord de Paris. Cela a une première conséquence très directe : le premier pollueur historique ne fait plus d'effort pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, à plus forte raison quand le président des États-Unis proclame son amour pour le charbon et le pétrole. Dans cette logique de négation du changement climatique, Donald Trump a aussi annoncé il y a quelques semaines le retrait du Giec, le groupe des experts pour le climat. Leurs rapports sont les références ultimes de la crise climatique. Alors Donald Trump préfère casser le thermomètre. À lire aussiDonald Trump ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales La tête dans le sable « Le fait que les États-Unis se retirent du Giec n'empêche pas d'autres pays d'y nommer des scientifiques américains, précise Lola Vallejo, directrice diplomatie à la Fondation européenne pour le climat. En revanche, ce qui est plus dangereux est la destruction systématique de toutes les bases de données de toutes les institutions chargées de faire de la recherche climat aux États-Unis. Cela laisse peser un risque sur notre capacité à suivre et à comprendre le climat. Evidemment, cela n'enlève rien aux risques réels. C'est plutôt une façon [pour Donald Trump] de se mettre la tête dans le sable ». Et de préférence, le sable bitumineux, d'où on extrait le pétrole de schiste. Au total, ce sont plusieurs dizaines d'organisations sur le climat et l'environnement que les États-Unis ont quitté à la fin de l'année 2025. C'est déjà un manque à gagner financier important pour ces institutions, puisque plus un pays est riche plus il contribue, « ce qui va obérer la capacité de ces agences à fonctionner », regrette Lola Vallejo. Mais le pouvoir de nuisance des États-Unis ne s'arrête pas là. Absents mais présents En quittant la Convention cadre pour le climat, les États-Unis de Donald Trump ne participeront plus aux sommets mondiaux pour le climat, les fameuses COP. Ils avaient d'ailleurs anticipé cette décision spectaculaire en n'envoyant aucune délégation à la COP30, organisée en novembre à Belém au Brésil. Inutile, parce que sur place ils avaient des alliés. « Les États-Unis ont dû juger qu'ils n'avaient pas besoin de se déplacer : les intérêts fossiles ont été très bien représentés à travers d'autres délégations, notamment celle de l'Arabie saoudite. Même en l'absence d'une délégation américaine, leur pensée a été très bien représentée », constate Lola Vallejo. Les États-Unis n'ont pourtant pas quitté toutes les organisations internationales. Ils restent par exemple membres de l'Agence internationale de l'énergie, de l'Organisation maritime internationale ou encore de l'organisation des Nations unies pour l'environnement, et ce n'est pas un hasard. « Dans ces institutions, il va y a voir des négociations importantes cette année pour l'adoption d'un prix du carbone pour le secteur maritime, ainsi que d'un traité sur la pollution plastique. Dans les deux cas, ce sont des négociations où les États-Unis ont fait montre d'intimidations très personnelles envers de nombreux négociateurs », rappelle Lola Vallejo. En restant dans ces organisations, « ils entendent continuer sur cette ligne et bloquer l'adoption d'accords environnementaux ambitieux ». Fuite en arrière climatique La diplomatie environnementale des États-Unis est à géométrie variable, comme cela les arrange. Une conception égoïste du multilatéralisme, qu'on dénonce sauf quand cela sert ses intérêts. Quitte à se tirer une balle dans le pied. « Les États-Unis sous l'administration Trump ont une vision assez étroite de ce que sont leurs intérêts, assez court-termiste finalement, très liée aux intérêts fossiles. Cela montre que les États-Unis sont en train de se mettre en retrait de la course technologique actuelle sur le déploiement des technologies propres », analyse encore Lola Vallejo, de la Fondation européenne pour le climat. Les États-Unis s'isolent. Aucun autre pays ne les a suivis jusqu'ici dans leur politique de la chaise vide, dans leur fuite en arrière climatique. À lire aussiDonald Trump: un an de politiques anti-climat aux États-Unis
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  • À Davos, le gratin de l'économie se soucie-t-il de la crise climatique?
    2026/01/19
    La réunion annuelle du Forum économique mondial s'ouvre ce lundi 19 janvier en Suisse. Les menaces sur le climat semblent passer au second plan face à l'urgence économique. The place to be. L'endroit où il faut être, et être vu. La station de sports d'hiver de Davos, en Suisse, accueille comme chaque année le Forum économique mondial, le rendez-vous des élites économiques et politiques de la planète, plus ou moins préoccupées par l'avenir de la planète, de son climat et de sa biodiversité. À lire aussiDavos: «L'esprit de dialogue», thème de ce 56e forum sera-t-il au rendez-vous? La « vedette » de cette édition se fiche pas mal du réchauffement climatique et affirme même qu'il n'existe pas. Il s'agit de Donald Trump. Le président des États-Unis aurait d'ailleurs posé ses conditions pour venir à Davos : qu'on évite les sujets « woke », et notamment la crise climatique. Le Forum économique mondial a démenti. Il y aura bien une table ronde intitulée « Comment éviter une récession climatique », avec l'ancien vice-président des États-Unis Al Gore, notamment. Ce sera mercredi, à 9 heures du matin. Donald Trump est attendu plus tard dans la journée... « Je veux que vous paniquiez » A chaque édition ses stars, et en 2019, une autre personnalité avait fait les gros titres à Davos : une jeune fille avec des nattes, âgée de 16 ans, venue secouer de vieux messieurs en costume sur mesure. « Les adultes répètent sans cesse : “nous devons donner de l'espoir aux jeunes”. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez optimistes. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens chaque jour », avait assené Greta Thunberg, la jeune militante du climat. Aujourd'hui, les décideurs économiques mondiaux n'ont pas l'air de « paniquer », à en croire le Rapport sur les risques mondiaux publié comme chaque année par le Forum économique mondial. Dans cette enquête, plus de 1 300 experts et dirigeants sont interrogés sur les menaces qui pèsent, selon eux, sur l'année qui commence. Les catastrophes météo, en deuxième place l'an dernier, passent à la quatrième place ; les risques pour le climat et l'environnement dégringolent dans le classement. Urgence moins urgente L'économie et le climat n'ont pas la même temporalité, entre menaces à court terme et à plus long terme. « Le changement climatique est un problème de long terme, qui va rester avec nous pendant tout le XXIe siècle, explique l'économiste du climat Aurélien Saussay, qui enseigne à la London School of Economics. Aujourd'hui, on est face à une montée de risques à beaucoup plus court terme. Les deux premières menaces, selon ce rapport du Forum économique mondial, sont le risque de compétition économique entre États et le risque, encore pire, de conflits armés entre États. Mais cela ne veut pas dire que, dans leur perception, le changement climatique est moins un problème qu'avant ou que le climat va mieux et est moins un risque qu'à l'avenir. » À lire aussiDavos: une montée en puissance des ultra-riches qui érode les démocraties, selon OXFAM L'urgence climatique parait aujourd'hui moins urgente, comme ce fut le cas après la crise financière de 2008. « La crise était tellement forte et avait tellement pris par surprise par son intensité les gouvernants et les opinions publiques, rappelle Aurélien Saussay. La COP de Copenhague en 2009 est un échec, sans accord concluant qui en ressort. Et pendant les six ans qui ont suivi jusqu'à l'Accord de Paris, il fallait d'abord éteindre l'incendie sur le plan macro-économique avant de s'occuper à nouveau des questions climatiques. » Santé humaine et santé économique Climat et économie sont pourtant liés. Une étude américaine a même tenté de mesurer l'impact de la crise climatique sur la croissance économique : une augmentation de la température mondiale de 1ºC entrainerait une baisse de 12% de l'activité économique mondiale. Les vagues de chaleur à répétition menacent ainsi l'économie. « Quand cela conduit à des sécheresses, on peut avoir des pertes de rendements agricoles qui viennent renchérir le coût des denrées alimentaires. Lorsque les températures sont très élevées, notamment lors de canicules, vous allez avoir un impact sur la productivité – les gens sont plus ou moins productifs lorsqu'ils font face à des vagues de chaleur plus élevée. On va aussi avoir un impact sur les arrêts maladie, sur la santé », précise Aurélien Saussay. La santé des gens et la santé de l'économie dépendent de la santé de la planète.
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