Les travaux ont commencé pour construire le canal d'une centaine de kilomètres et relier la région parisienne à la Belgique et aux Pays-Bas. Du transport fluvial décarboné, assurent ses promoteurs, pour répondre à la crise climatique. De la destruction de biodiversité, répondent les opposants qui manifestent ce week-end.
Un canal ? Non, un méga-canal, répondent les opposants au canal Seine-Nord-Europe, un vaste projet fluvial pour relier la région parisienne à la Belgique et aux Pays-Bas. Le collectif Méga-Canal Non Merci organise de jeudi à dimanche des journées de mobilisation et de manifestation dans le département du Pas-de-Calais (dans le nord de la France), là où ont commencé les travaux d'une des nombreuses écluses prévues sur le futur canal long de 107 kilomètres et large d'une cinquantaine de mètres.
C'est le genre de projets pharaoniques par lesquels l'homme entend marquer sa trace, modifier la nature et les paysages au nom du développement économique. Un projet controversé, critiqué, et pas seulement par les mouvements écologistes. La Cour des comptes, par exemple, toujours très vigilante sur la dépense publique, s'inquiète d'une facture qui pourrait atteindre les 10 milliards d'euros. De fait, le projet est essentiellement soutenu par les élus locaux, et en premier lieu le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, qui assure engager « la transformation de la région (...) en tenant compte de ce qu'est ce nouveau défi climatique. C'est donc la décarbonation. Décarbonation et logistique, c'est le canal Seine-Nord Europe ! »
Du fuel pour remplacer du fuel S'agit-il vraiment d'un projet écologique qui permettrait de décarboner le transport ? C'est en tout cas l'argument principal de ses partisans : utiliser les voies fluviales plutôt que la route et les camions pour transporter les marchandises entre la région parisienne et les ports d'Anvers en Belgique et de Rotterdam aux Pays-Bas. Il existe pourtant déjà un moyen de relier par voie fluviale la région parisienne à un grand port : la Seine, tout simplement, entre Paris et le Havre, et elle a le mérite d'exister...
Les adversaires du canal dénoncent un projet d'un autre siècle, « dans une logique d'exportation et de mondialisation qui n'est plus pertinente au moment du dérèglement climatique, puisqu'on est quand même dans l'idée de relocaliser, d'éviter qu'il y ait plus de CO2, etc. Le transport maritime n'est pas propre, il se base sur du fuel, des choses qui sont problématiques écologiquement parlant », souligne Valentin (qui ne souhaite donner que son prénom), porte-parole des Soulèvements de la Terre et du collectif qui organise la mobilisation de ce week-end contre le canal Seine-Nord-Europe.
Méga-canal et méga-bassine Au-delà du transport maritime, la seule construction du canal pose des questions environnementales. Quand on touche à la nature, il y a forcément des dégâts. « Cela va être dix fois le Tunnel sous la Manche en termes de déblais, poursuit Valentin. Le canal va prendre plus de 3 300 hectares de terres agricoles et de terres humides, menacer 300 espèces protégées. Il va aussi y avoir la création d'une méga-bassine parce que les promoteurs pensent que le canal ne va pas rester en eau au vu de la sécheresse. Il y aura donc une méga bassine qui va faire plus de 22 fois celle de Sainte-Soline. » Sainte-Soline, une méga-bassine controversée, dans l'ouest de la France, mais au moins destinée à l'irrigation de l'agriculture. Ici, ce serait juste pour faire circuler d'énormes porte-conteneurs.
Ce n'est pas la première fois qu'un projet de canal suscite la controverse en France. Le canal Rhin-Rhône fut un long serpent de mer avant d'être finalement enterré en 1997, au nom de la gauche plurielle (c'était une des conditions des écologistes pour participer au gouvernement Jospin), abandonné faute de financement et pour sauver la biodiversité. Mais aujourd'hui ce serait pour sauver le climat qu'on construirait le canal Seine-Nord-Europe. Une argumentation qui ressemble beaucoup à du greenwashing.
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