エピソード

  • Quel est le lien entre canicule et pollution à l’ozone?
    2026/05/28

    « Il y a une double peine : suffoquer sous la chaleur et en même temps s'empoisonner à chaque inspiration. » Ces mots sont de Karima Delli, présidente de Respire. Cette ONG et d'autres associations environnementales tirent la sonnette d'alarme. Car, alors que l'ouest de l'Europe est toujours en proie à une canicule exceptionnelle pour un mois de mai avec des températures records, la pollution de l'air à l'ozone grimpe en flèche également. Mais qu’est-ce que l’ozone au juste ?

    L’ozone est un gaz composé de trois atomes d’oxygène, noté O3, qui a deux « visages » : en haute atmosphère, il protège notre planète des rayons ultraviolets. Mais au niveau du sol, l'ozone peut devenir un polluant dangereux.

    L'ozone est ce qu’on appelle un « polluant secondaire ». Il n’est pas directement émis dans l’atmosphère, mais se forme à partir d’autres polluants qui sont, eux, présents dans l'atmosphère. Dans les villes, ces autres polluants sont surtout issus du trafic routier et de l'industrie. Dans les campagnes, il s’agit de polluants émis par l’agriculture et l’élevage. Et c'est justement l'effet du soleil et de la chaleur qui favorise et accélère les réactions chimiques complexes qui transforment ces autres polluants en ozone. Pour ne rien arranger, l’air se mélange souvent moins bien pendant des vagues de chaleur. Les polluants s’accumulent donc davantage, ce qui accentue les pics d’ozone.

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    Pour la santé humaine, une surexposition à l’ozone est dangereuse

    L’ozone est un gaz toxique qui provoque à fortes doses une inflammation des voies respiratoires chez les humains, jusqu'à causer de sévères difficultés respiratoires ou à aggraver certaines maladies chroniques comme l'asthme. Une fois dans le corps humain, l'ozone à forte dose fait aussi chuter la saturation d'oxygène dans le sang, ce qui peut déclencher de graves problèmes cardio-vasculaires, comme des AVC ou une insuffisance cardiaque. Plusieurs études l'ont montré ces dernières années : une exposition à de fortes concentrations en ozone contribue à la surmortalité durant les canicules.

    Que faire pour protéger les populations ?

    Pour protéger la population, les pouvoirs publics ne devraient pas attendre que les taux de pollution à l'ozone atteignent des niveaux alarmants, mais agir en amont, dès qu'une vague de chaleur s'installe, réclame Karima Delli. Au huitième jour de la canicule qui sévit en Europe ce jeudi, la présidente de l’ONG Respire fustige que des leviers d'urgence tardent à être activés : « On ne peut plus se contenter d'attendre que la pluie tombe. Il faut absolument que les pouvoirs publics débloquent des solutions immédiates, comme la gratuité des transports en commun. On demande aux préfets de déclencher la circulation différenciée pour réduire à la source des émissions précurseurs d'ozone, et ensuite, il faut recommander officiellement le report des trajets non essentiels en voiture, il faut généraliser le télétravail ».

    Mais bien évidemment il y a aussi la responsabilité de tout un chacun : pour les personnes vulnérables, cela veut dire de ne pas sortir du tout dans l'après-midi, pour le reste de la population, de ne faire aucune activité physique intense entre midi et 20 heures. Parce que des efforts physiques intensifs à l'extérieur vont accélérer la respiration. Cela va augmenter la quantité d'air qu’on inspire et, par conséquent, notre exposition à l'ozone.

    Pollution à l’ozone : une crise sanitaire mondiale

    En Île-de-France, les pics d’ozone ont bondi de 25% ces dix dernières années. Mais avec la hausse globale des températures et la multiplication des épisodes de canicule, cette tendance va s’aggraver à l’échelle planétaire. Et ce sont les pays d’Asie qui sont les plus touchés.

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  • Comment le commerce d’animaux sauvages se développe sur les réseaux sociaux
    2026/05/27
    Acheter un animal sauvage en ligne pour en faire un animal de compagnie est désormais très simple : en quelques clics, il est possible de devenir propriétaire d’un macaque, d’un tigre ou d’un perroquet. Mais ce commerce numérique florissant est souvent illégal et pose de graves risques pour les animaux, les êtres humains et l’environnement. Pas la peine d’aller sur le Darknet, le commerce des animaux sauvages vivants prolifère tranquillement sur les réseaux sociaux. Selon une étude menée par le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l'Association des zoos et aquariums (AZA) aux États-Unis, en seulement six semaines, près de 1 130 publications de 122 comptes proposant en ligne plus de 1 600 primates vivants ont été identifiés sur Facebook, Instagram, TikTok et YouTube. Au-delà du nombre, l’étude montre aussi à quel point il est facile d’accéder à ces annonces. « Il suffit d’un téléphone et d’un compte sur les réseaux sociaux pour acheter un primate aux États-Unis. En un simple clic, des amoureux des animaux bien intentionnés peuvent se retrouver impliqués dans une filière criminelle », dénonce Danielle Kessler, directrice d'Ifaw États-Unis. Ce sont principalement des macaques, des capucins et des ouistitis qui sont mis en vente, mais douze espèces ont été répertoriées en tout, dont des singes-araignées, des tamarins, des lémuriens et même des chimpanzés ! « Les vendeurs présentent donc souvent la transaction comme une opération de sauvetage ou une adoption », une couverture pour contourner les algorithmes de détection des plateformes tout en garantissant une bonne visibilité selon l’étude. À lire aussiPourquoi « liker » des contenus sur les animaux sauvages sur les réseaux sociaux peut encourager leur trafic Des vidéos mignonnes et virales Presque les trois quarts des primates sont en effet menacés et inscrits sur la liste rouge de l’IUCN, certains sont en danger d’extinction, leur vente est donc illégale ou alors règlementée. Ces animaux sont vendus comme animaux de compagnie et exhibés ensuite sur les réseaux sociaux. Qui n’a pas déjà vu sur son fil Instagram ou TikTok des vidéos de panthère qui ronronne dans un salon, de perroquet qui danse en rythme ou de petit singe qui joue avec une peluche ? Des vidéos qui banalisent le fait de détenir des animaux sauvages et qui donnent envie d’en acheter. La demande augmente et c’est une cause majeure de la disparition des espèces, explique Mia Crnojevic du Fonds international pour la protection des animaux : « Le perroquet gris du Gabon, par exemple, a payé le prix d’être vu comme un animal mignon, proche de nous, etc. On constate une décimation des populations à l’état sauvage. En 50 ans, dans certaines régions, les populations ont chuté de 90 % » et l’année dernière, ces perroquets ont obtenu une protection juridique complète en RDC. « Maltraitance animalière » Le braconnage et la vente en ligne d’animaux vivants sont aussi souvent liés au crime organisé et contribuent ainsi au marché illicite de la faune sauvage, estimé à 23 milliards de dollars par an (marché qui regroupe la vente d’animaux vivants, mais aussi les animaux empaillés, les trophées ou des parties d’animaux morts pour ses collections ou la médecine traditionnelle, comme l’ivoire, les peaux, les cornes de rhinocéros, etc.). « Acheter un primate en ligne ne concerne pas seulement un animal : cela suppose l’abattage de la mère, la mise en péril des générations futures et le mythe dangereux selon lequel les primates feraient de bons animaux de compagnie », rappelle Crawford Allan, vice-président du WWF chargé des crimes contre la nature. « Ils ne sont pas faits pour vivre à nos côtés, » renchérit Mia Crnojevic d’Ifaw. « Il est impossible d’en prendre soin correctement, même avec la meilleure intention du monde. Détenir ces animaux, c’est ni plus ni moins que de la maltraitance. » Très vite, souvent, les propriétaires se rendent compte que ce n’est pas si simple d’avoir ces animaux qui vivent parfois des dizaines d’années à domicile. Ils les relâchent ou alors ils s’enfuient et finissent par envahir le milieu naturel. En France, un exemple bien connu, c’est celui des tortues de Floride, de petites tortues d’eau douce, omnivores, elles déciment les populations locales d’algues, de poissons ou d’amphibiens. « Ne pas liker ni partager les vidéos » Autre risque : la transmission de maladies. 70 % des maladies infectieuses émergentes viennent de la faune sauvage : Ebola, grippe aviaire, Covid… Quel aurait été le résultat si la mode avait été d’avoir chez soi un rat pygmée des rizières à longue queue ? Ce petit rongeur est le principal réservoir d’hantavirus. Pour éviter tous ces impacts humains et ...
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  • Le boom de l'énergie solaire à Cuba, une solution face à la crise énergétique?
    2026/05/26

    Alors que Washington maintient une pression forte sur Cuba, on s'intéresse ce matin à une petite révolution en marche sur l'île communiste : le boom de l'énergie solaire.

    Des panneaux photovoltaïques installés sur les toits de certaines maisons ou de petites entreprises et des parcs solaires construits grâce à l'aide de la Chine. Voilà ce qui permet à certains habitants de survivre un peu mieux aux coupures de courant et aux pénuries de carburant.

    « Tous ceux qui ont pu le faire ont installé des panneaux solaires ou ont importé de grandes batteries pour stocker l'énergie électrique », nous racontait il y a peu le porte-parole de la conférence des évêques cubains, Ariel Suárez. La presse internationale s'est aussi fait l'écho de l'ouverture récente de la première station de recharge solaire dans la ville de Santa Clara. Des habitants viennent y recharger leurs portables, leurs motos électriques, et même y brancher des autocuiseurs pour pouvoir faire à manger.

    Du côté des chiffres, le groupe de réflexion britannique Ember a fait le calcul : à Cuba, les importations de panneaux solaires et de batteries depuis la Chine ont augmenté, en valeur, de plus de 1 800% entre 2020 et 2025. La Havane a signé un accord avec Pékin pour installer près d'une centaine de parcs solaires d'ici 2028, dont une cinquantaine a déjà ouvert. Le régime castriste assure qu'aujourd'hui 10% du mix énergétique de l'île vient des énergies renouvelables, contre 3% en 2024.

    Et pour les plus optimistes, le blocus pétrolier total, appliqué par les États-Unis de Donald Trump depuis janvier, pourrait encore accélérer cette tendance.

    Trop cher pour une population en grande difficulté

    Mais toute la population de l'île ne bénéficie pas de ce boom du solaire, loin de là. C'est ce que nous ont écrit beaucoup de Cubains exilés ou sur place. Pour la grande majorité des habitants, installer des panneaux solaires est trop cher, même si les prix mondiaux des composants de panneaux photovoltaïques ont largement baissé grâce aux technologies chinoises. À Cuba, cela reste trop cher quand on peine à acheter de la nourriture, quand on est contraint de récupérer du vieux bois pour cuisiner.

    L'immense majorité de la population passe donc de nombreuses soirées dans le noir et dans la chaleur tropicale faute d'électricité pour les climatiseurs. Et les déchets s'amoncellent dans les rues de La Havane, où les camions poubelles n'ont plus de carburant pour passer.

    Un réseau électrique déficient

    L'autre difficulté est la capacité du réseau électrique cubain à recevoir cette nouvelle énergie d'origine solaire. La crise énergétique que vit Cuba ne vient pas seulement du fait que Washington a provoqué la fin des ravitaillements en pétrole de la part des bateaux vénézuéliens et mexicains. Les centrales électriques et le réseau de distribution cubains souffrent de décennies de manque d'entretien. Résultat : toute l'énergie solaire captée ne peut pas être utilisée, explique Jorge Piñon, de l’Institut de l’énergie de l’Université du Texas, au micro de Yago Martín de la rédaction de RFI en espagnol : « À la télévision, le ministre de l'Énergie l'a dit clairement : entre 40 et 50% de l'énergie solaire est en réalité utilisée. Des 1 300 mégawatts de capacité, on utilise 580 mégawatts, poursuit l'économiste cubain. Et ça c'est aussi parce que Cuba n'a pas de système de stockage avancé par batteries. Et donc à partir de 17h environ, les parcs solaires ne fournissent plus le réseau. »

    Avant même de faire sa révolution verte et de gagner son indépendance vis-à-vis du pétrole, Cuba aura besoin d'investissements considérables pour remettre à flot ses infrastructures et garantir un service d'électricité stable à ses concitoyens.

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  • Films catastrophe et climat, le cinéma avait-il tout prévu?
    2026/05/21
    De Soleil vert au Jour d'après, en passant par Interstellar ou Waterworld, la crise climatique inspire Hollywood : des films à grand spectacle qui s'appuient plus ou moins sur la science. C’est le genre de films qu’on ne voit pas dans la sélection officielle du festival de Cannes, qui se termine samedi. Ce sont d’ailleurs des films d’un genre nouveau, la « Cli-Fi », la fiction climatique, un néologisme apparu avec la crise climatique, comme il y a la « Sci-Fi », l’abréviation de science-fiction. Des films catastrophe, parce que le changement climatique est une catastrophe. Le chef-d'œuvre du genre, le premier grand film à avoir marqué les esprits, dans les années 70, est Soleil vert (Soylent Green), de l'Américain Richard Fleischer. Une dystopie étouffante dans une mégalopole grise et surpeuplée, New York. La canicule, c'est toute l'année. L'eau est rare, les plantes et les animaux ont quasiment disparu et New York est devenue presque invivable. « Eh bien, allons dans une autre ville », propose l’un des personnages. « Pour quoi faire ? Elles sont toutes comme celle-ci. » « À la campagne ? » « Pas le droit d'y aller. Les fermes sont de vraies forteresses. Ils gardent les bonnes terres comme ils gardent les bateaux qui recueillent le plancton dans la mer. » Soleil vert et algues vertes Le plancton sert à fabriquer la seule nourriture disponible, des galettes qu'on appelle Soleil vert. Une piste défendue aujourd’hui par des chercheurs : les algues pourraient nourrir l'humanité. Mais dans Soleil Vert, la mer est en train de mourir et des pénuries de Soleil vert déclenchent des émeutes, que la police règle à coups de « dégageuses », des pelleteuses – on n'est pas très loin de la réalité actuelle. Attention, « spoiler », passez au paragraphe suivant pour éviter de connaître la fin du film, qui signe aussi un peu la fin de notre humanité : on finirait tous anthropophages. Soleil Vert, sorti en 1974, se déroule en 2022. Ouf, on n'en est pas encore là. Interstellar : coloniser l'espace Le réchauffement climatique est le point commun à beaucoup de ces films catastrophe, avec une montée en puissance à partir des années 2000, à mesure que la crise climatique se précise. Interstellar, de Christopher Nolan, sorti en 2014, raconte la Terre en 2067, une Terre devenue poussière où plus rien ne pousse. Des astronautes sont alors envoyés dans l'univers pour trouver une autre planète habitable, pour « échapper à l’extinction ». « Je reviendrai », dit le héros à sa fille. « Mais quand ? », lui répond-elle. « On trouvera un moyen. On a toujours trouvé. » Pas sûr. Le film a peut-être inspiré Elon Musk et ses projets de coloniser l'espace. Mais c'est irréalisable pour l’organisme humain. Il n'y a pas de planète B. Dans le genre sécheresse ultime, on peut aussi citer Mad Max : Fury Road. Les pénuries d'eau provoquent des guerres de l'eau – et on n'en est pas si loin, au Proche-Orient par exemple. Le Jour d'après l'effondrement du Gulf Stream Le dérèglement climatique engendre toujours des catastrophes majeures, comme dans Le Jour d'après, qui met en scène un climatologue (carrément) réveillé au milieu de la nuit par une catastrophe mondiale. « Allo ? » « Pardon de vous appeler si tôt. Vous vous souvenez de votre intervention à New Delhi sur la fonte de la calotte polaire qui pourrait perturber le courant Atlantique-Nord ? Je crois que c’est ce qui passe. » Le Gulf Stream, essentiel dans la régulation du climat, s'est effondré, la planète devient un immense glaçon. Dans la réalité, le GIEC, les experts internationaux du climat, le risque d’un dérèglement du climat provoqué par un affaiblissement du Gulf Stream est réel, mais ça ne se passerait pas aussi brutalement, en deux heures et quatre minutes. Le Jour d'après a eu un immense succès, et un véritable impact. Les spectateurs qui l'avaient vu disaient se préoccuper davantage de la crise climatique, incités à agir. Le cinéma sert aussi à cela. Science et spectacle Tous ces films catastrophe reposent sur une base scientifique, en tout cas un phénomène concret : le réchauffement climatique. Mais tous ces films sont à grand spectacle, et du côté d'Hollywood on n'a pas trop le sens de la nuance, comme dans Waterworld, où Kevin Costner fait du jet-ski sur la planète Mer : le niveau des océans a monté de plus de 7 000 mètres. C'est à peine exagéré : dans son pire scénario, les experts internationaux du GIEC prévoient une hausse du niveau de la mer de deux mètres, ce qui serait déjà énorme et toucherait plus de 200 millions de personnes. Et la montée des océans se poursuivrait encore pendant des siècles. À Hollywood, on n'a pas peur d'exagérer, on n'a pas peur de faire peur. Mais on peut aussi se faire peur en lisant le dernier rapport du GIEC, certes moins divertissant.
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  • Pourquoi le Vanuatu, l'un des pays les plus menacés par la crise climatique, risque de disparaître?
    2026/05/20
    Les Nations unies se prononcent sur un projet de résolution porté par le Vanuatu sur la responsabilité climatique des États. L'archipel du Pacifique risque d'être englouti par la montée des océans, deux à trois fois plus importante que dans le reste du monde. Il pourrait bien disparaître, effacé de l’humanité, alors il réagit. Un an après une décision historique de la Cour internationale de Justice, le Vanuatu poursuit le combat pour sa survie en présentant aujourd’hui à l’Assemblée générale des Nations unies un projet de résolution, soumis au vote, sur l'obligation des États à respecter leurs engagements climatiques. 80 îles menacées Le Vanuatu est l’un des pays les plus menacés par le réchauffement climatique ; ce sont plus de 80 îles de l’archipel qui risquent un jour d'être totalement englouties, peut-être dès la fin du siècle, si la trajectoire climatique n'est pas inversée à temps. La hausse du niveau des océans, dans cette région du Pacifique ouest, est en effet deux à trois fois plus importante que la moyenne mondiale. Des villages déjà déplacés « Pour le Vanuatu, cela veut dire, depuis le début des enregistrements satellitaires, entre 5 et 11 millimètres par an, soit 10 centimètres en une dizaine d'années, détaille Marine Hermann, océanographe au Legos, le laboratoire océanographique de Toulouse. Pour un archipel où 80 îles culminent à quelques mètres de haut, l'impact est déjà visible : des villages ont déjà été évacués. » Des villages déplacés, une érosion des plages, et de l'eau de mer, de l'eau salée, qui pénètre dans les cultures : l'avenir du Vanuatu n'est pas très brillant. Le niveau monte L’océan monte plus vite dans la région du Vanuatu d’abord en raison de la dilatation de l'eau : où il fait chaud, l'eau se dilate davantage, prend plus de volume et le niveau monte. Pas plus que la Terre n'est plate, l'océan n'est pas plat et n’est pas au même niveau partout. Deux phénomènes sont à l'œuvre. « Un océan froid et salé va être moins élevé qu'un océan chaud et peu salé, explique Marine Hermann, également conseillère scientifique pour le littoral et l'océan à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement. Ensuite, il y a aussi les courants qui vont avoir un effet sur l'élévation du niveau de la mer. Par exemple, quand vous avez un fort El Niño, les courants vont changer. Le transfert d'eau entre l'océan Pacifique et l'océan Indien, qui passe par les détroits indonésiens, est normalement ralenti mais dans ce cas plus d'eau va s'accumuler dans le Pacifique. » Avec El Niño, il pleut aussi davantage dans la région, ce qui fait aussi monter le niveau de l'océan. Le Vanuatu s'enfonce Comme si cela ne suffisait pas, le Vanuatu se trouve aussi près de la ceinture de feu du Pacifique, ce qui veut dire des séismes, sur une zone tectonique très active, et un lent affaissement du sol. Et même si ce sont quelques millimètres par an, à la fin on compte en centimètres... Cyclones virulents Enfin il y a les cyclones, de plus en plus virulents avec le changement climatique. Leur impact est encore plus fort sur des territoires déjà vulnérables. « Un cyclone qui arrive au Vanuatu va conduire à une élévation temporaire du niveau de la mer, en raison d’une très faible pression atmosphérique, des vents et d’une submersion côtière, souligne Marine Hermann, de l'IRD. Si vous êtes dans une situation où le niveau de la mer a déjà augmenté de 20 centimètres, l'effet du cyclone va être encore pire. » Rayés de la carte Le pire est à venir : si on ne réagit pas davantage, le pire pour toutes ces îles, tous ces États insulaires du Pacifique et de l'océan Indien (comme les Maldives), des paysages, des cultures et des habitants qui seront un jour rayés de la carte. Et cette fois l'expression ne sera pas galvaudée.
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  • Fallait-il sauver Timmy, la baleine échouée en Allemagne?
    2026/05/19
    La baleine à bosse, relâchée en mer, a été retrouvée morte quelques jours après au large du Danemark. La pression des réseaux sociaux et des médias a rendu inaudible la parole des experts qui estimaient impossible le sauvetage du cétacé, vu son état de santé. Les opérations n'ont fait qu'accroître les souffrances de l'animal. La question peut paraître un peu brutale, surtout au regard de l'émotion que le sort de la baleine a suscitée : fallait-il sauver Timmy ? L’histoire de cette baleine à bosse échouée sur une plage de la mer Baltique a tenu en haleine l'Allemagne pendant plus d’un mois, et même le monde entier – on en a parlé sur RFI. La baleine, entravée dans des filets de pêche, était devenue la star des médias, des réseaux sociaux, on venait sur place pour la voir, il y avait même des caméras branchées sur elle en permanence... Et le 2 mai dernier, la « libération » de Timmy faisait la une du journal de la ZDF. « Le moment tant attendu est enfin arrivé. La baleine à bosse est libre », annonçait le présentateur de la deuxième chaîne de télé allemande. Pression populaire Mais sa liberté n'a pas duré bien longtemps. Transporté sur une barge jusqu'en mer du Nord, où le cétacé a été relâché, Timmy a été retrouvé mort quelques jours plus tard, au large du Danemark. Et depuis, des experts pointent la pression médiatique et populaire dans la responsabilité de cet échec. « Il y a eu une grosse influence de la part des réseaux sociaux, estime Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine pour IFAW, le Fonds international pour la protection des animaux. Beaucoup se prenaient un petit peu pour des experts sans l'être vraiment et exigeaient que des mesures soient prises pour venir en aide à l'animal et essayer absolument de le ramener au large. Il y a donc eu une sorte de pression exercée par des non-experts et cela a un petit peu dicté la prise de décision. Malheureusement, cela a un peu influé du mauvais côté. » Soins palliatifs Ne fallait-il quand même pas tenter de sauver Timmy ? Son sort était malheureusement scellé. De nombreux experts l'avaient dit mais ils n'ont pas été entendus. Leur message n'était pas audible au milieu de toute cette émotion. En fait, l'opération de sauvetage n'a fait qu'aggraver les souffrances de Timmy. « Dans certains cas, un sauvetage soigneusement planifié peut aboutir à la survie de l'animal, mais dans d'autres cas, et en particulier lorsque l'animal est gravement affaibli comme c'était le cas de Timmy, toute intervention supplémentaire ne peut qu'accroître les souffrances de l’animal et accélérer son déclin vers sa mort. En fait, il aurait été mieux de continuer à lui donner des soins palliatifs en attendant que sa mort survienne dans des conditions naturelles », juge Aurore Morin. « Sauvez Willy » Ce n'est pas la première fois que des opérations de sauvetage spectaculaires se soldent par des échecs. On avait ainsi entendu beaucoup de critiques au moment d'une baleine blanche, un béluga dans la Seine près de Paris. L'animal finalement était mort. On peut aussi parler de Keiko, l'orque du film Sauvez Willy. « L’acteur » vivait en captivité dans un parc d’attraction, et après le succès du film une énorme campagne avait abouti à sa remise en liberté. Mais Keiko était morte quelques années après. Des milliers de baleines tuées La pression sociale, la médiatisation, peuvent parfois faire plus de mal. Mais toute la médiatisation autour de Timmy pourrait aussi être utile pour alerter sur le sort des baleines. Car il n’y a pas que Timmy : des milliers de baleines meurent chaque année dans des filets de pêche, dans des collisions avec des bateaux, ou en raison de la pollution sonore. « Le sort d'une baleine va plus toucher que le sort, par exemple, d'un concombre de mer ou d'une petite espèce de poisson un peu moins connue ou un peu moins emblématique ou charismatique. Mais la baleine est ce qu’on appelle une espèce parapluie. Donc en protégeant la baleine, on protège une foule d'autres animaux qui peuvent aussi souffrir des mêmes menaces qui affectent les baleines aujourd'hui », souligne Aurore Morin, d'IFAW. On n'a pas sauvé Timmy, mais on peut encore sauver les océans et ceux qui y vivent.
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  • Au Congo-Brazzaville, les fourmis légionnaires pourraient servir à détecter et identifier les virus
    2026/05/18
    Des recherches sont actuellement menées sur des fourmis légionnaires pour identifier les virus dont elles sont porteuses après avoir ingéré des proies. Elles pourraient permettre la mise en place d'un système de surveillance sanitaire. Ils font décidément la une de l'actualité. Juste après la crise du hantavirus, qui vient de tuer trois personnes sur un bateau de croisière, le virus Ebola est officiellement de retour en Afrique centrale, et il a déjà tué 91 personnes dans l’est du Congo-Kinshasa, et deux autres en Ouganda, de l’autre côté de la frontière. Comment se prémunir de tous ces virus, comment mieux les détecter ? Des fourmis pourraient bien rendre service à l’espèce humaine. Armées de fourmis Il s’agit de la fourmi Dorylus, qui fait partie de ce qu'on appelle les fourmis légionnaires : de véritables armées mobiles qui peuvent compter des millions d'individus et qui dévorent tout sur leur passage, grâce à leurs grosses mandibules. « Elles sont nomades, ce qui veut dire qu'elles vont changer de nid souvent. Elles prédatent en colonie et vont couvrir des portions de la surface gigantesque, explique Léo Blondet, qui travaille sur ces fourmis légionnaires en deuxième année de thèse au Cirad, le Centre français de recherche agronomique pour le développement. Elles vont laisser peu d'espace pour que les proies s'échappent et vont ainsi échantillonner leur environnement d'une manière efficace, tout ce qu'elles pourront trouver sur leur passage. » Y compris des virus, portés par leurs proies. Chauves-souris et virus Pour les étudier, les fourmis sont prélevées dans des grottes du Congo-Brazzaville, où vivent des chauves-souris – et il est plus facile de récupérer des fourmis que des chauves-souris. « Lors de leur passage, les fourmis légionnaires Dorylus vont ingurgiter des particules virales issues de l'hôte, la chauve-souris, qui a été en amont infectée par le virus, vu que les chauves-souris sont connues comme étant des réservoirs d'un grand nombre de virus. La fourmi pourrait donc représenter une véritable sentinelle dans ces écosystèmes », détaille Amour Mounda, qui prépare lui aussi une thèse sur le sujet, à l'École des sciences chimiques et biologiques pour la santé de Montpellier et à l'université Marien Ngouabi de Brazzaville. Des virus contre des plantes Mais il y a aussi des virus sur les plantes, outre les virus portés par des animaux (et qui peuvent transmettre des maladies aux humains). Il est tout aussi important de détecter ces virus qui s'attaquent aux plantes. « Ce que les gens oublient, c'est que les virus sont responsables d'épidémies dévastatrices de cultures dans de nombreuses zones en Afrique et en Amérique du Sud, souligne Philippe Roumagnac, chercheur au Cirad et à l'Institut de santé des plantes de Montpellier, où il dirige la thèse de Léo Blondet sur les fourmis légionnaires et les plantes. Ces épidémies sont moins visibles, mais elles ont probablement autant, voire plus, d'importance localement avec la destruction de systèmes de culture, comme le manioc. Cela nous renvoie au concept de "One Health" : il paraît maintenant important de regarder la santé dans un cadre beaucoup plus large que la santé humaine en intégrant la santé animale et la santé des plantes. » La météo des virus Les premiers travaux de recherche des virus grâce aux fourmis légionnaires ont déjà permis de découvrir des virus inconnus jusqu'ici, ce qui n'est pas très étonnant : il y a des milliards de virus sur Terre et on n'en a identifié que 1 %. Les fourmis permettraient ainsi de cartographier les virus quasiment en temps réel. « Cela nous donne une image de tous ces virus qui sont présents à un temps T et qui permettent de faire une veille scientifique et technique d'abord, et puis sanitaire potentiellement après. C'est vraiment ça le concept : avoir un premier animal qui va permettre d'être préventif et de savoir avant ce qui se passe », insiste Philippe Roumagnac. Un jour, peut-être, grâce aux fourmis légionnaires, on regardera la météo des virus.
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  • Alimentation: pourquoi tout le monde mange du poulet?
    2026/05/14
    La volaille est la viande la plus consommée dans le monde : 3 000 kg de poulet sont avalés chaque seconde. L'industrialisation du poulet et la génétique ont permis de multiplier par seize la production en soixante ans, avec des prix défiant toute concurrence. C’est l'espèce animale, chez les vertébrés, la plus nombreuse sur Terre. À n’importe quel moment sur la planète, on peut compter, même si cela prendrait un peu de temps, quelques 25 milliards de poulets. Chaque année, environ 80 milliards de poulets sont tués dans le monde pour notre alimentation. Le poulet est ainsi la viande la plus consommée, mais cela n’a pas toujours été le cas. À l'origine, le poulet était d'abord un animal de compagnie, d'apparat, utilisé dans des combats, domestiqué très tard en Asie, plusieurs milliers d’années après le cochon. Et jusqu'au milieu du 20e siècle, les volailles, les poules, on les aimait surtout pour leurs œufs. « La volaille est un animal de ferme qui permet de produire des œufs, donc de la protéine pas chère et d'une qualité assez intéressante nutritionnellement, explique Pierre-Marie Aubert, directeur du programme Agriculture et alimentation à l'IDDRI, l'Institut du développement durable et des relations internationales. Il sert par ailleurs de petite réserve sur pattes pour les occasions. C'est l'origine du poulet du dimanche : pour les grandes occasions, on va se faire un coq ! » En France, c'est la fameuse poule au pot de Henri IV et la volonté prêtée au roi de se soucier du peuple. Croissance rapide Le poulet est resté un produit de luxe jusqu'à la révolution industrielle agricole. C'est après la Seconde Guerre mondiale que le poulet devient une industrie, inventée aux États-Unis Tout est concentré et standardisé (la volaille s’y prête) pour faire des économies d'échelle. Le poulet est ainsi devenu la viande la moins chère au monde. « Le poulet est quelque part la viande la plus proche d'un objet industriel, estime Pierre-Marie Aubert. Son cycle de production est très court : 50 jours il y a 30 ans, 25 jours aujourd'hui, jusqu'à arriver à des coûts de production du poulet qui sont juste délirants, à deux euros du kilo, et même moins de deux euros dans certains pays. Il faut 110 jours pour faire un porc, 36 mois pour faire un bœuf à l'herbe. On voit bien que ce ne sont pas les mêmes ordres de grandeur. C'est juste monstrueux ! » Résultat, entre 1960 et 2020, la production de poulets dans le monde a été multipliée par 16, quand celle du bœuf a seulement doublé – oui c'est juste monstrueux. Faible impact climatique L'avantage du poulet, c'est aussi sa faible empreinte carbone. L'élevage de volaille représente moins de 10 % des émissions de CO2 de tous les élevages de viande. Un kilo de poulet, c'est 1 kilo de CO2, alors qu'un kilo de bœuf émet 30 kilos de gaz à effet de serre. Un avantage climatique qu’il convient de nuancer. « Le poulet, contrairement à son ami le cochon et encore mieux le bœuf, mange des trucs que nous on pourrait manger. Il y a donc une compétition directe entre l'alimentation humaine et l'alimentation animale qu'on ne retrouve pas dans tout l'élevage bovin, ovin et caprin qui se fait à l'herbe, puisqu'on bouffe pas de l'herbe, jusqu'à preuve du contraire en tout cas », sourit Pierre-Marie Aubert. Certes, les humains ne mangent pas d'herbe, mais est-ce encore du poulet qu'on mange ? La question se pose lorsqu’on considère les conditions de production de la volaille industrielle, les performances accomplies notamment par la génétique en quelques décennies. Les gains de production augmentent de 1 % par an, et on n'arrête pas le progrès, si l'on peut dire. « Aujourd’hui, on donne 1,5 kilo d'aliments et on récupère un kilo de carcasse. Certains des généticiens qui travaillent dans la filière poulet estiment qu’on arrivera à faire grossir le poulet également avec des matières liquides. En fait, on arrivera à récupérer autant de viande que ce qu'on donne d'aliments. Le poulet pousse aussi vite parce qu’il ne bouge pas. Il est entassé dans des tout petits trucs et toute la nourriture qu'il mange est utilisée pour grossir. Donc évidemment, ce n'est pas du muscle qu'on mange, c'est un amas cellulaire », constate Pierre-Marie Aubert de l'IDDRI. La civilisation du poulet Le goût du poulet industriel peut être très discutable. Mais les protéines qu’il offre à un prix imbattable sont la recette de son succès planétaire. Chaque seconde, ce sont 3 000 kilos de poulet qui sont avalés sur la planète. Les États-Unis sont les champions du monde, avec 50 kilos par an et par personne. C'est deux fois moins en Europe, mais c'est encore beaucoup trop, quand la moyenne en Afrique dépasse tout juste les 4 kilos. Quand des archéologues se pencheront sur notre civilisation, ils trouveront du plastique et des os de poulet. À écouter...
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