エピソード

  • Pourquoi protéger les poissons qui migrent dans nos rivières?
    2026/03/26

    Anguilles d'Afrique, poissons-chats d’Amazonie, truites des neiges, saumons atlantiques. Des milliards de poissons migrent dans nos rivières et des centaines de millions de personnes dans le monde en dépendent pour vivre. Et pourtant, nous sommes en train de les laisser mourir en silence.

    Les 132 pays qui font partie de la Convention onusienne pour la Conservation des espèces migratrices sont réunis cette semaine au Brésil et à cette occasion, des scientifiques alertent sur la disparition des poissons migrateurs d'eau douce. Leurs populations ont en effet chuté de 81% depuis les années 70. À tel point qu'ils sont aujourd'hui parmi les plus menacés, en particulier les très gros poissons.

    Un déclin invisible à nos yeux car il a lieu sous les flots tumultueux du fleuve Congo, du Mékong ou encore du Nil et un déclin ignoré car nous ne connaissons pas ces champions des longues distances. En Amérique latine par exemple, le silure doré parcourt plus de 11 000 km pour son voyage aller-retour entre les contreforts des Andes et l'embouchure de l'Amazone.

    Signe de notre méconnaissance : en mer, nous savons que le plus gros animal est la baleine bleue et sur terre l'éléphant d'Afrique, mais dans nos rivières ? Il s'agit de la raie géante d'eau douce, qui peut dépasser les 300 kilos.

    Barrages et surpêche, les deux principales menaces

    « Certaines de ces migrations de poissons sont aussi importantes en quantité que la Grande migration des zèbres et des gnous du Serengeti en Afrique, souligne le biologiste Zeb Hogan, de l'Université du Nevada aux États-Unis. Imaginez-vous des milliards et des milliards de poissons qui descendent et remontent les rivières ! »

    Les poissons migrateurs d'eau douce souffrent en premier lieu des barrages que nous construisons sur leur route dans les rivières. Cela réduit le débit dont ils ont besoin dans les fleuves, cela les empêche d'aller se reproduire ou d'élever les petits dans les endroits propices. La surpêche est aussi destructrice. Et les pollutions et le changement climatique les affectent.

    Ces animaux jouent pourtant un rôle crucial dans la bonne santé des rivières, explique Zeb Hogan qui a mené l'étude publiée ce 24 mars 2026 à l'occasion de la Convention pour la Conservation des Espèces Migratrices et qui constitue la première photographie sur l'état des populations de poissons migrateurs d'eau douce.

    « Le meilleur exemple c'est le saumon, indique le scientifique. Les femelles déposent les œufs et les mâles les fécondent en eau douce. De ces millions de saumons qui naissent, la plupart meurent. Et quand ils meurent, cela apporte des nutriments aux écosystèmes des rivières ». Ces saumons sont aussi une nourriture indispensable pour les oiseaux, les ours, les loups, les loutres et toute une série d'animaux.

    10 milliards de dollars par dans le Mékong

    L'enjeu autour des poissons migrateurs d'eau douce est aussi économique. Dans le bassin du Mékong, la pêche pèse près de 10 milliards de dollars chaque année et dans le bassin amazonien, c'est plus de 430 millions de dollars par an. Ces poissons nous nourrissent donc, et ils sont liées à nos cultures.

    « Le poisson-chat géant du Mékong est appelé poisson royal au Cambodge et il existe des cérémonies spéciales pour l'attraper, raconte Zeb Hogan qui parcourt le monde à la découverte des plus gros spécimens de poissons d'eau douce pour une émission de télévision de National Geographic. Et au Bangladesh et en Inde, il y a un poisson migrateur qui est très important pour les mariages ».

    Pour enrayer le déclin des poissons migrateurs, les scientifiques appellent les États du monde à raisonner la pêche, à retirer ou éviter de construire des barrages et à agir pour conserver un débit suffisant dans les fleuves. Surtout, il convient de coordonner ces efforts entre nations car les poissons ne connaissent pas de frontières.

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  • Comment la guerre au Moyen-Orient remet en lumière les vertus de la sobriété énergétique?
    2026/03/25
    En ce début de semaine, les Philippines ont déclaré l'état d'urgence énergétique national. Comme Manille, les gouvernements du monde entier cherchent la parade pour réduire la pression que fait peser la guerre au Moyen-Orient sur les prix et les stocks d'hydrocarbures. Et c'est dans ce contexte qu'un mot ressort enfin du placard : « sobriété ». Sobriété, un terme qu’on n'avait plus entendu depuis le début de la guerre en Ukraine, quand en France les ministres sortaient en col roulé du palais de l'Élysée parce que le président avait voulu montrer l'exemple en baissant le chauffage. Par sobriété, on comprend les politiques publiques, mais aussi nos comportements individuels au quotidien qui, ensemble, font en sorte qu'on atténue la demande en ressources naturelles. Il s'agit de mesures qui garantissent notre bien-être à tous et qui respectent en même temps les limites de notre planète, selon la définition qu'a trouvée Yamina Saheb, l'une des auteures du dernier rapport du Giec et qui a fondé, il y a deux ans, le Laboratoire mondial de la sobriété. À écouter dans C'est pas du ventLa sobriété? Oui mais pour tout le monde! Du télétravail à la baisse des climatiseurs Après le début de la guerre au Moyen-Orient, les premiers à réagir étaient les pays d'Asie. Particulièrement dépendants du pétrole et du gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe, ils ont dû prendre très rapidement des mesures de sobriété concrètes. Le Pakistan a prolongé les vacances scolaires et les fonctionnaires sont passés à la « semaine de quatre jours ». Le Bangladesh a supprimé les illuminations pour la fête nationale. Le Vietnam a généralisé le télétravail et la Birmanie mise sur la circulation alternée. À lire aussiL’effet rebond, ce phénomène insidieux qui complexifie encore la transition écologique Le transport routier représente 45% en moyenne de la demande mondiale de pétrole Le transport routier représente 45% en moyenne de la demande mondiale de pétrole. Pourtant tous les gouvernements ne prônent pas la sobriété dans ce secteur. Pour soulager leurs automobilistes qui souffrent des prix mirobolants à la pompe, l'Italie et l'Espagne, par exemple, ont préféré baisser les taxes sur les carburants au lieu d'inciter à une baisse de la demande. Et l'Autriche leur a emboîté le pas mardi 24 mars. Les ONG environnementales sont vent debout. Selon Viktoria Auer, du WWF Autriche, le gouvernement de Vienne devrait plutôt « baisser les tarifs pour les transports en commun et instaurer des limitations de vitesse. En passant de 130 km/h à 100 km/h, on économise jusqu'à 23% de carburant. Quant aux citoyens, ils devraient envisager de se mettre au vélo pour les trajets courts ». L'Agence internationale de l'énergie a, elle aussi, publié 10 mesures de sobriété, parmi lesquelles le covoiturage, ou encore le retour des réunions par visioconférence plutôt qu'en présentiel. Et comme le rappelle Viktoria Auer du WWF : « Ce sont des habitudes que nous devrons garder à l'avenir. Car au-delà des crises géopolitiques, le réchauffement climatique nous menace. En réduisant notre consommation d'énergie, nous contribuons également à adopter un mode de vie plus respectueux du climat et à baisser les émissions de gaz à effet de serre ». Contrairement à certains discours, la sobriété et la pauvreté sont deux choses différentes : la première est choisie, résultat d'une démarche volontaire, quand la seconde est subie. À écouter dans Le débat du jourLa décroissance : utopie ou solution ?
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  • Quelles alternatives aux engrais chimiques?
    2026/03/24
    La guerre au Moyen-Orient ne fait pas seulement flamber les prix à la pompe, mais aussi ceux des engrais. En effet, 30% des fertilisants chimiques viennent de la région du Golfe. Leur prix augmente comme celui du gaz, nécessaire à leur fabrication. De plus, les cargaisons entières d'engrais sont actuellement bloquées dans le détroit d'Ormuz. Sur les marchés agricoles béninois, les prix des fertilisants chimiques s’envolent. « Avant (le début de la guerre en Iran, ndlr) le sac de l’urée était à 12 000 francs CFA. Maintenant, il est à 20 000 francs CFA », constate Brunelle Guezodje, chargée de programme à l'Association nationale des femmes agricultrices. « Au Bénin, une grande partie des agriculteurs et agricultrices dépendent encore des engrais chimiques, notamment pour certaines cultures comme le maïs, le riz, le coton. Comme les sols s’appauvrissent, les agriculteurs se tournent vers les engrais chimiques à la recherche de rendements rapides. » Le prix d’un sac d’urée qui grimpe de 12 000 à 20 000 francs CFA, cela correspond à une augmentation de 66%. Et cette crise tombe au pire moment, puisque dans l'hémisphère Nord c'est le printemps et donc la saison des semis. À écouter aussiLa guerre au Moyen-Orient fait flamber le prix de l'urée, l'engrais le plus utilisé au monde Première option : la substitution Avec la crise causée par la guerre au Moyen-Orient, la question revient sur le devant de la scène. La première option, c’est la substitution. Elle consiste à remplacer les engrais chimiques par les engrais organiques. Et dans la plupart des pays du monde, la principale source d'engrais organique, ce sont les déchets issus de l'élevage, comme le fumier. « Seulement voilà : aujourd’hui la totalité des effluents d'élevage sont déjà utilisés en agriculture », fait remarquer Guy Richard. Directeur de recherche à l'Inrae, il réfléchit donc avec ses collègues à d'autres substituts, comme « une meilleure valorisation des urines d'origine humaine qui pourraient apporter entre 10 et 20% de l'azote aujourd'hui utilisé dans l'agriculture en France. Il faudrait récupérer ces urines dans les zones géographiquement denses : des manifestations sportives, des aires d'autoroute seraient des lieux où on pourrait facilement les collecter. » Pallier la pénurie actuelle d’engrais chimiques par des fertilisants organiques n’est donc pas aisé. La marge de manœuvre est réduite. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient : l'impact sur l'importation d'engrais et d'aliments en Afrique Deuxième option : la reconception de l’agriculture La deuxième option est plus structurelle. Il s’agit de transformer le système agricole en se tournant vers des cultures dont les besoins en azote sont moindres. Les stars de ces cultures sont les légumineuses. « Elles n’ont pas besoin d'être fertilisées », explique Guy Richard, « et elles laissent, une fois récoltées et incorporées au sol, une dose d'azote dans le sol qui peut être valorisée par des cultures suivantes. » Une technique que conseille également Brunelle Guezodje aux agricultrices qu'elle accompagne au Bénin. Pourtant, cette transition vers l'agroécologie ne se fera pas du jour au lendemain. Les freins sont encore nombreux : « L'agroécologie, c'est une agriculture qui est exigeante », souligne l’agronome. « Les producteurs se disent que ça devient compliqué parce qu'il n'y a pas la main-d’œuvre. Il y a aussi des problèmes de marché : les consommateurs veulent acheter des produits agroécologiques au même prix que les produits conventionnels. » En Europe, les deux tiers de l’azote utilisé dans l’agriculture servent à cultiver l’alimentation des animaux de l’élevage. Se rendre moins dépendant des engrais chimiques passe donc également par une politique de rééquilibrage alimentaire entre les aliments à base végétale et ceux à base animale. À lire aussiLes agriculteurs français mis en difficulté avec la flambée des prix en raison de la guerre au Moyen-Orient La crise actuelle relance le débat « Les crises géopolitiques mais aussi climatiques se multiplient », souligne Ronan Groussier. Chaque crise « affecte l'agriculture au niveau local mais aussi les marchés mondiaux parce que cela crée souvent des déséquilibres de production » et menace la sécurité alimentaire, souligne le responsable agriculture au sein du Réseau Action Climat qui estime « qu’il est important de sortir enfin des dogmes d’une productivité théorique maximale à travers un modèle agricole intensif ». Des modèles d’agriculture durable seront plus résilients et robustes face aux crises à venir.
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  • Qu'est-ce qui perturbe la migration des animaux marins?
    2026/03/23

    À l'occasion de la COP15 sur les espèces migratrices, gros plan sur les poissons, les cétacés et autres organismes vivant en mer, grands voyageurs à la recherche de nourriture ou de lieux de reproduction, confrontés au changement climatique et aux activités humaines.

    Le quinzième sommet mondial consacré à la conservation des espèces migratrices (COP15) démarre aujourd'hui à Campo Verde au Brésil, jusqu'au 29 mars. De nombreux animaux parcourent des distances plus ou moins longues pour trouver de meilleures conditions de vie, comme les humains. La recherche de nourriture constitue le principal moteur, et c'est le cas notamment des espèces marines.

    L'une des migrations les plus spectaculaires de la planète se déroule ainsi chaque année au large de la côte sud de l'Afrique. Elle est provoquée par un bloom, une explosion de plancton, qui attire notamment des milliards de sardines qui forment des bancs de plusieurs kilomètres de long, d'immenses tâches qui s'étirent à la surface de l'océan, et qui attire toutes sortes de prédateurs, des manchots, des requins ou des baleines. Un spectacle époustouflant surnommé « le cœur battant de l'océan ».

    22 000 kilomètres aller-retour

    Les baleines sont parmi les plus grands migrateurs marins. Et ce sont les baleines grises du Pacifique Nord qui se déplacent le plus, pour se reproduire, dans des eaux plus chaudes. Le record appartient à une femelle appelée Varvara : en six mois, elle a parcouru plus de 22 000 kilomètres aller-retour, entre l'Arctique russe et le Mexique, à la vitesse moyenne de 6 km/h.

    Mais les activités humaines perturbent le voyage des baleines : la pêche, le bruit des bateaux... « On les voit tourner en rond, faire des carrés et non plus suivre leur trajectoire habituelle. Les animaux vont finir par retrouver leur chemin, mais finalement ils auront dû dépenser plus d'énergie que s'ils n'avaient pas été dérangés », témoigne Noémie Coulon, chercheuse à l'université de Montpellier.

    À lire aussiLes espèces migratrices sont en déclin, alerte un rapport de l'ONU

    Aller simple

    Le changement climatique perturbe aussi les migrations. Des eaux plus chaudes provoquent aussi une migration durable, un aller simple en fait. Les animaux marins se déplacent ainsi de 70 kilomètres tous les dix ans en direction des pôles, pour trouver une eau plus fraîche. « Ce qu'on observe aujourd'hui, ce n'est pas juste un changement de température, mais c'est vraiment une réorganisation des écosystèmes marins », constate Noémie Coulon.

    Certaines espèces migrent aussi en profondeur, d'environ sept mètres tous les dix ans, pour échapper aux activités humaines près des côtes, ce qui n'est pas sans conséquence pour la reproduction et le renouvellement des générations. « Il y a une relation très forte entre la température de l'eau et le temps de développement embryonnaire, plus long à des profondeurs plus élevées, explique Noémie Coulon. Sachant qu'on est sur des espèces qui ont un cycle de vie très lent, on va avoir beaucoup plus de difficultés à renouveler le nombre d'individus. »

    Impacts humains

    Tout ce qui se passe dans la nature a des conséquences pour les humains, l'économie, l'alimentation… « Les changements de migration des animaux peuvent affecter les villes et les pays qui dépendent majoritairement de la mer pour leur apport en protéines. Si des pays qui autrefois avaient une économie fortement basée sur la pêche d'une espèce, et si 50 ans après cette espèce n'est plus présente et qu'elle se retrouve dans le pays voisin, cela peut créer des tensions », souligne Noémie Coulon, du laboratoire Marbec sur l'écologie marine. Le problème des migrations n'est pas celui que certains nous présentent…

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  • Pourquoi la fonte des glaciers entraîne des catastrophes?
    2026/03/19

    Quinze millions de personnes sont directement menacées dans le monde par de véritables tsunamis de montagne provoqués par la fonte des glaciers et la rupture brutale de lacs glaciaires. Les drames se multiplient avec le réchauffement climatique.

    Une situation catastrophique qui peut engendrer des catastrophes. L'état des glaciers, partout dans le monde, se dégrade à mesure que le réchauffement climatique s'aggrave. Un phénomène facile à comprendre : plus il fait chaud, plus la glace fond. À tel point que les Nations unies ont créé l'an dernier une Journée mondiale des glaciers, chaque 21 mars. En 2024, 450 milliards de tonnes d’eau ont fondu, l’équivalent de 180 millions de piscines olympiques ou d'un énorme cube de glace de 7 kilomètres de côté…

    Cette eau qui fond retourne à la mer – et c’est l’une des causes de la montée du niveau des océans. Généralement, quand tout va bien, cette eau s’écoule progressivement dans les rivières et dans les fleuves après s'être accumulée dans des lacs formés au pied des glaciers ou sous les glaciers. Des lacs de plus en plus nombreux avec la crise climatique. « Quand les glaciers se retirent, quand ils reculent, il y a souvent des dépressions au fond des glaciers. C'est là que l'eau va s'accumuler, explique Olivier Gagliardini, professeur à l’Université de Grenoble, dans les Alpes, glaciologue à l'Institut des géosciences de l'environnement. Pour la plupart de ces lacs, cela ne présente aucun danger. Si c'est du rocher, si c'est du granit, il n'y aucun problème. En revanche, si c'est de la glace, ça peut être problématique parce que ce barrage pourrait céder et laisser partir un gros volume d'eau dans la vallée ». Et là, c’est la catastrophe.

    Tsunamis en montagne

    De véritable tsunamis peuvent déferler de la montagne, et il y en a de plus en plus puisque les glaciers fondent de plus en plus. C’est par exemple ce qui s’est passé en 2024 dans les Alpes françaises : le hameau de la Bérarde avait été complètement enseveli par la rupture d’un lac glaciaire, avec près de 1,5 million de mètres cubes d’eau, de roche et de boue, des gravats jusqu’à 15 mètres de haut. Il n'y eut heureusement aucune victime, les villageois ayant été évacués.

    Dans l’Himalaya, en revanche, en 2023, une immense vague avait tué près de 200 personnes. « Si on parle de l'Himalaya, on est à une autre échelle, souligne Olivier Gagliardini. Les lacs sont dix, cent, mille fois plus gros que ceux que l'on a [dans les Alpes]. La différence, c'est qu'ils sont beaucoup plus éloignés des enjeux [des populations, des infrastructures]. Les vallées sont beaucoup plus grandes mais il y a des catastrophes. Ces vidanges de lacs soudaines viennent endommager notamment des barrages hydroélectriques ».

    À lire aussiFonte des glaciers de l'Himalaya: «Il y a une partie de toute façon irréversible»

    Populations menacées

    La situation n'est pas près de s'améliorer. « On entre vraiment, ou on est déjà entré en fait, dans des décennies qui vont être un peu compliquées », euphémise le chercheur. On estime ainsi que 15 millions de personnes, dans le monde, sont menacées par ces vidanges brutales de lacs glaciaires, principalement en Inde, en Chine, au Pakistan et au Pérou.

    Les lacs glaciaires ne sont d'ailleurs pas la seule menace. Le réchauffement climatique fragilise les glaciers eux-mêmes, il les déséquilibre. Il y a aussi la fonte du permafrost, ce sol gelé en permanence, normalement.... C'est ce qui a causé la catastrophe de Blatten, un village en Suisse rayé de la carte en 2025 par une avalanche d'eau et de roche, de la roche qui s'était détachée de la montagne en raison de la fonte du permafrost. « Ces rochers tombent sur le glacier du Birsch avec de gros volumes, notamment dans les derniers jours, jusqu'à ce qu'il y ait le rocher de trop. Le pauvre glacier du Birsch qui est sous tous ces rochers ne peut plus porter ce poids et il finit lui-même par s'écrouler, entraînant avec lui tous les rochers qui s'étaient accumulés à sa surface », raconte Olivier Gagliardini. Mais terminons par une note d’espoir : ce genre de catastrophe est voué à disparaître, quand, à la fin du siècle, la quasi-totalité des glaciers aura disparu...

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  • La justice climatique est-elle utile?
    2026/03/18

    Un tribunal belge se prononce aujourd'hui sur la responsabilité du pétrolier TotalEnergies dans la crise climatique. Plus de 2 000 procès climatiques ont été recensés dans le monde. Ils sont un moyen de pression sur le pouvoir politique.

    Décidément, Total collectionne les procès. Le géant pétrolier français est de nouveau sur le banc des accusés ; la justice belge se prononce aujourd’hui après la plainte d'un agriculteur victime d'inondations et de sécheresses à répétition attribuées au changement climatique provoqué par les énergies fossiles, dont TotalEnergies est l’un de grands producteurs mondiaux.

    La justice climatique a le vent en poupe : l'ONU a recensé plus de 2 000 procès climatiques dans le monde, contre des États et contre des entreprises. Initiés d’abord aux États-Unis, les procès climatiques se sont multipliés avec la crise climatique. La justice climatique est en fait indexée au thermomètre de la planète. « La crise climatique s'est accélérée, explique Laura Canali, maitresse de conférences en droit public à l'Université de Nîmes. On a eu aussi l'Accord de Paris qui a rendu visible cette lutte juridique contre les changements climatiques. Cela a eu un effet d'entraînement. Et il y a donc en Europe de plus en plus de contentieux qui ont été engagés à partir de 2015 ».

    États condamnés

    Le plus grand procès, en termes de portée et de jurisprudence, a ainsi eu lieu aux Pays-Bas. En 2019, l'État est définitivement condamné à baisser ses émissions de gaz à effet de serre, à l'issue d'un procès historique. « C'est la première fois dans le monde qu'un État est condamné à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, souligne Laura Canali. C’est un moment important puisqu’il y a une responsabilité étatique reconnue pour inaction fautive. En l'occurrence, les Pays-Bas n'ont pas atteint les objectifs assignés par la justice, mais cette décision a permis au gouvernement néerlandais de prendre une série de mesures législatives visant les transports, le bâtiment, les énergies durables… » Parce qu'une décision de justice, on doit la respecter.

    En France aussi l'État a été condamné, en 2018, avec l'Affaire du siècle, un collectif d'associations soutenu par une pétition de 2 millions de personnes. Le pouvoir en place a ainsi subi une triple pression : judiciaire, médiatique et populaire. « Ça a été un peu le sparadrap du capitaine Haddock pour Emmanuel Macron pendant un certain temps. Ça a a permis déjà de maintenir cette pression pour qu'il y ait des objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre », raconte Jérémie Suissa, le délégué général de Notre Affaire à tous.

    À lire aussi«Affaire du siècle»: la France jugée «responsable» d'inaction climatique

    La justice ne peut pas tout

    Mais si la justice peut rappeler le politique à ses obligations, elle ne peut pas se substituer aux élus et aux politiques publiques. « Si on attend de la justice climatique qu'elle règle tous les problèmes du monde, on risque d'être déçu, tempère Jérémie Suissa. La justice peut faire plein de choses, mais à un moment donné, la démocratie, le pouvoir des citoyens et des citoyennes de faire pression sur leurs représentants pour les protéger doit être saisi ».

    La justice ne peut pas tout. Elle n’est qu’un des outils contre la crise climatique, et elle a ses limites. « La justice juge des individus. Donc on va retenir la responsabilité d'une ou deux entreprises, d'un ou deux États, mais on ne peut pas juger un système. Et la question du changement climatique, c'est aussi la question de notre système : de notre système économique, de notre relation avec la nature, avec l'environnement. Donc là c'est une impasse pour le droit », estime Laura Canali. Mais la solution viendra peut-être de la justice internationale. La Cour internationale de justice l'a dit l'an dernier : les États ont l'obligation d'agir contre la crise climatique. Puisque la crise est planétaire, la justice doit l'être aussi.

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  • Au Moyen-Orient, l'environnement est-il devenu une cible de guerre?
    2026/03/17

    L'Iran dénonce un écocide après les frappes militaires israéliennes sur ses dépôts pétroliers. En polluant l'air et l'eau, les bombes atteignent les populations civiles. Des impacts aggravés par la crise climatique.

    Ils font désormais partie du paysage. D’immenses panaches de fumées noires s’élèvent dans le ciel de Téhéran, notamment, chaque fois que les armées d’Israël et des États-Unis bombardent l’Iran, c’est-à-dire chaque jour. L’air est irrespirable ; il pleuvait même du pétrole après les bombardements de dépôts pétroliers aux conséquences catastrophiques. Ils pourraient provoquer des marées noires souterraines, une pollution qui pourrait menacer des générations. Le chef de la diplomatie iranienne a dénoncé lundi « un écocide », un crime contre l'environnement. « En ciblant un dépôt de pétrole, on prive d'abord son adversaire de pétrole et on complique la gestion de sa propre population parce qu’ils n'ont plus d'énergie. Ensuite, ça peut polluer et l'air qui devient irrespirable et l'eau qui ne devient plus potable. Il y a donc cette approche de cibler l'environnement parce que cet environnement soutient une capacité de vie des populations », analyse Anne Sénéquier, chercheuse santé environnement climat à l'Iris, l'Institut de relations internationales et stratégiques.

    Mais l'Iran n'est pas en reste en termes d'écocide. Le régime de Téhéran a également frappé des infrastructures pétrolières et gazières de plusieurs pays du Golfe, ainsi qu'une usine de dessalement d'eau. L'eau, c'est vital, et que ce soit de manière directe comme ici, ou de manière indirecte après les frappes sur les dépôts pétroliers iraniens, le résultat est le même. « L'humain sans eau ne tient pas trois jours. S'il n'y a pas d'eau, il n'y a justement pas de possibilité de continuer le conflit. C’est là où notre humanité s'exprime aujourd’hui de manière la plus cruelle qui soit, puisqu'on va essayer d'annihiler l'humanité même de l'adversaire. Et ça, c'est problématique », souligne Anne Sénéquier.

    Du Vietnam au Liban

    Problématique mais pas nouveau, presque aussi vieux que la guerre. Dans la région, on se souvient de Saddam Hussein : l'annexion du Koweït est un échec, et de rage, l'Irak met le feu aux puits de pétrole et déverse en mer quelques six millions de barils de brut – la pire marée noire de l'humanité. Plus récemment, on a parlé d'écocide à Gaza. Le mois dernier, Israël, encore, a été accusé de larguer par avion sur le Sud Liban du glyphosate concentré, le puissant herbicide fabriqué par Monsanto, pour stériliser les terres agricoles et empêcher le retour des populations. Cinquante ans plus tôt, pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis déversaient l'agent orange pour tuer la végétation, avec des effets sur l'eau, la santé, la biodiversité… ressentis encore aujourd'hui. L'agent orange, une autre production signée Monsanto...

    Les crimes contre l'environnement peuvent frapper davantage les esprits aujourd'hui parce que ces écocides sont mieux documentés. Grâce aux satellites et à tous les outils mis en place pour mesurer la crise climatique, on peut voir en temps réels les pollutions et les atteintes à l'environnement. On sait aussi que les impacts ne sont plus limités dans le temps ni dans l'espace. Et dans un monde, une nature, plus fragiles qu'avant, les conséquences sont beaucoup plus fortes aujourd'hui. « On se retrouve aujourd'hui à appliquer des méthodes malheureusement qui ont toujours été les mêmes, mais qui sont démultipliées aujourd'hui par leur impact, que ça soit au niveau atmosphérique, au niveau des cycles de l'eau ou au niveau de la pollution. C'est là où ça dépasse peut-être le champ restreint que ça pouvait avoir auparavant », estime Anne Sénéquier, co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale à l'Iris. La politique de la terre brûlée est encore plus grave quand notre maison brûle.

    Invité internationalGuerre au Moyen-Orient: «À ce jour, l’écocide n’est pas reconnu comme un crime international par la CPI»

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  • Marché carbone européen: la transition énergétique à tout prix?
    2026/03/16
    Des voix s'élèvent en Europe contre l'obligation des industries à payer pour leurs émissions de CO₂. Un outil mis en place pour favoriser les énergies vertes, mais qui pèse sur la compétitivité des entreprises, et au final sur les consommateurs. Le marché carbone est-il sur la sellette en Europe ? À quelques jours d'un Conseil européen sur la compétitivité, des voix s'élèvent pour critiquer l'un des mécanismes mis en place pour accélérer la transition énergétique. Le marché d'émissions carbone européen concerne pour l'instant les plus gros pollueurs : les grosses industries, le secteur électrique et l'aviation. Pour les inciter à se décarboner, à émettre moins de CO₂, ils doivent payer des droits à polluer. C'est le principe pollueur-payeur. « L'idée, c'est qu'on a des quotas carbone et qu'à chaque fois qu'une des installations régulées émet une tonne de CO₂ dans l'atmosphère, elle doit, en contrepartie de cette tonne de CO₂, acheter un quota sur le marché carbone européen », explique Fanny Henriet, directrice de recherche CNRS à Aix-Marseille School of Economics. Les industriels bénéficient aussi de quotas gratuits qui doivent normalement disparaître à terme. À lire aussiL’Union européenne se dit en bonne voie pour ses objectifs de réduction de CO2 Un marché qui marche Ce marché carbone a d'ailleurs produit des effets. Depuis 10 ans qu'il existe, il a rapporté 245 milliards d'euros, de l'argent investi dans les énergies propres. L'Europe est ainsi championne du monde de la décarbonation. « On a réduit de 35 % nos émissions par rapport à 1990, souligne Christian Gollier, professeur à Toulouse School of Economics. On est la seule région du monde à avoir réellement engagé des sacrifices pour sauver l'humanité de ce désastre anticipé du changement climatique. Si les autres régions du monde n'accélèrent pas leur processus de décarbonation, nous, en Europe, on commence à avoir un sérieux problème de compétitivité et une montée en puissance d'une grogne sociale. » Parce que la décarbonation a un prix ; pour le bien de l'humanité, il faut passer à la caisse. « Produire de l'acier décarboné par rapport à la solution actuelle des hauts fourneaux, c'est pratiquement doubler le coût de fabrication de l'acier, poursuit Christian Gollier. In fine, ce sont les citoyens qui paient à travers des augmentations des prix. Et c'est bien l'objectif : il faut pousser l'ensemble des acteurs de l'économie, en particulier les consommateurs et les citoyens, à intégrer dans leur mode de vie les conséquences extrêmement néfastes des modes de consommation les plus carbonés. » Backlash C'est donc au nom de la compétitivité des entreprises que certaines voix remettent en cause le marché des émissions carbone, et la fronde prend de l'ampleur avec les récentes prises de position des Premiers ministres allemands et italiens – le nouvel axe européen, qui s'oppose de plus en plus à la France. Certains veulent prolonger les quotas gratuits d'émission, d'autres veulent suspendre le marché carbone actuel, d'autres encore renoncer au projet d'un deuxième marché pour le transport routier et le bâtiment. À lire aussiEntrée en vigueur de la nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne Plus d'économie et moins de climat, cette petite musique est dans l'air du temps. « On observe ce qu'on a appelé le backlash environnemental, où les questions de climat passent souvent au second plan après le reste, analyse Fanny Henriet. Et là, en effet, c'est pour défendre la compétitivité. C'est en tout cas comme ça que l'argument est présenté parce que cela renchérit les prix de production en Europe comparé aux prix de production dans le reste du monde. » Un argument qui prend de l'ampleur ces jours-ci avec un pétrole à 100 dollars. Mais c'est précisément l'objet de la transition énergétique : se passer du pétrole. À lire aussiAllons-nous réussir à nous passer des énergies fossiles ?
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