エピソード

  • Des alliés biologiques de l'agriculture: qui sont les autres animaux de la ferme?
    2026/09/24

    Pour éviter l'utilisation de pesticides, les agriculteurs disposent d'une main-d'œuvre parfois insoupçonnée : des insectes, des poissons ou des moutons sont introduits dans les cultures pour lutter contre les parasites ou les mauvaises herbes.

    Il n'y a pas que les veaux, vaches et cochons qu’on peut rencontrer à la ferme. D'autres animaux sont de véritables alliés de l'agriculture. Des ouvriers agricoles d'un genre un peu spécial : ils n'ont pas choisi le travail à la ferme et ils ne sont pas payés. On connait bien sûr le rôle éminent des abeilles, pour la pollinisation des fleurs, qui permet d'obtenir des fruits. Chaque année aux États-Unis, au début du printemps, on transporte des milliards d'abeilles, dans leurs ruches, par camion, pour aller polliniser les amandiers de Californie qui assurent 80 % de la récolte mondiale d'amandes.

    Des animaux permettent aussi d’éviter l'utilisation d'herbicides. Plutôt que de polluer la terre et l'air, on préfère l'écopâturage. Les moutons sont particulièrement utiles pour désherber. Ils vont où les tracteurs ne peuvent pas passer. On les utilise notamment dans les vignes, au printemps, où ils mangent les jeunes pousses inutiles au pied des ceps qui ne produiront pas de raisin. En passant, leurs crottes sont un excellent engrais naturel. On peut aussi citer les poules ou les canards, de plus en plus utilisés dans les vergers. Une poule gratte le sol, mange les limaces, les mauvaises herbes, et en plus elle fait caca, ce qui produit de l'engrais là encore. Cerise sur le gâteau, la poule pond aussi des œufs !

    Guêpes parasites anti-parasites

    D'autres animaux servent aussi à lutter contre les parasites, ce qui évite l'utilisation de pesticides. Il y a bien sûr tous les oiseaux, d'où l'importance de respecter leur habitat, les arbres, les haies, le long des champs. Mais les agriculteurs introduisent aussi des espèces. Des acariens par exemple, qui sont relâchés dans les serres où sont cultivées des fraises ou des tomates. Ils se nourrissent de l'araignée rouge, qui n'est pas une araignée mais un autre acarien, et qui suce la sève des plantes, ce qui provoque d'importants dégâts dans les récoltes.

    On introduit aussi dans les champs de minuscules guêpes parasitoïdes, élevées en laboratoire : elles parasitent les larves des insectes ravageurs, en y pondant à l'intérieur – coucou c'est moi ! C'est très efficace par exemple contre la pyrale du maïs. Tous ces insectes minuscules, au poids plume, forment ainsi une armée silencieuse, invisible, engagée dans la lutte biologique, au service de l'humanité.

    Poissons de rizière

    Certains animaux ont même plusieurs fonctions. C'est par exemple le cas des poissons qu'on introduit dans les rizières. Leurs déjections sont un très bon fertilisant qui facilite la croissance du riz. Ces poissons mangent aussi les moustiques et les parasites. Et en ce moment, dans des rizières du Sénégal, on expérimente la présence de deux poissons pour lutter aussi contre la bilharziose, cette maladie qui tue près de 300 000 personnes par an sur la planète. Les poissons mangent l'escargot qui transmet le ver responsable de la bilharziose.

    Enfin, même si l'on sort du domaine animal, il y a parfois un autre allié, contre-intuitif. C'est même le phénomène que redoutent par-dessus tout les agriculteurs : la sécheresse. Mais cette année, dans le sud de la France, après cet été historiquement chaud et sec, la récolte d'olives pourrait atteindre un niveau record, parce que la canicule a tué les larves d'une mouche qui s'attaque aux olives. Mais c'est bien la seule culture qui a profité de la sécheresse.

    À écouter aussiLes leçons d'un été brûlant: pourquoi la sécheresse de 2026 est-elle vraiment historique?

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  • Existe-t-il un péché écologique?
    2026/09/16

    C’est un moment très attendu par de nombreux chrétiens en France. La venue du pape Léon XIV du 25 au 28 septembre. Et à cette occasion, nous nous intéressons aux liens entre environnement et foi catholique avec cette question : existe-t-il un péché écologique ?

    Cette question a été posée par le défunt pape François en 2022. Il a donc demandé à la Commission théologique internationale (CTI) de se pencher sur le sujet. Et le 2 septembre dernier, cette commission a publié un document intitulé Prendre soin de notre Maison commune : une réponse responsable et fraternelle au Dieu trinitaire.

    Dans ce texte, la CIT apporte une réponse à cette question. Plutôt que d’utiliser les termes de péché écologique ou d’écocide, qui n’expriment pas suffisamment la dimension théologique, selon elle, la commission propose d’utiliser l’expression « péché contre la création et contre le Créateur » : détruire l’environnement est donc bien un péché pour l’Église.

    « On est toujours un peu récalcitrant à parler de péché, parce que cela rappelle une époque où il y avait une dimension de peur liée au péché, je vais brûler en enfer si je fais ci ou ça, explique Laura Morosini, directrice Europe du mouvement Laudato si', dont l’objectif est de sensibiliser à l’écologie. Mais la question de savoir ce qui est bien ou mal, c’est une question fondamentale. On cherche quand même à savoir si je suis dans une vie bonne, ou si ce que je suis en train de construire, non seulement va se démolir mais va rendre la vie de mes descendants ou d’autres personnes plus pénible », affirme-t-elle.

    Rejet d'anciennes conceptions écologistes chrétiennes

    Le document publié par la Commission théologique internationale rejette d’anciennes conceptions écologistes chrétiennes, comme l’anthropocentrisme prédateur et le biocentrisme. L’anthropocentrisme prédateur, c’est de considérer l’Homme comme le maître absolu de la création. Croire qu’il peut se servir de la nature à sa guise, comme si les ressources naturelles étaient intarissables.

    Pour feu le pape François, c’est cette notion qui a abouti à la crise écologique. Et le biocentrisme, c’est de considérer que tous les êtres vivants sont égaux. Cette notion n’est plus d’actualité. Laura Morosini : « On ne dit pas qu’un ver de terre et un être humain, c’est la même chose, mais on dit que le rôle de l’être humain, c’est d’être le gardien de la création. Et ça, c’est dans le livre de la Genèse. »

    Religion catholique et biodiversité : un rapport ancien

    Le lien entre la foi catholique et la Nature n'est pas nouveau, mais il a pris une place prépondérante avec le pape François qui avait une grande conscience écologique. C’est lui qui est à l’origine de l’encyclique du Laudato si' de mai 2015, sur la sauvegarde de la maison commune. L’encyclique, c’est une lettre solennelle envoyée par le pape aux évêques du monde entier et donc à tous les fidèles, pour insister sur la nécessité de préserver la nature. Et Laudato si', signifie « Loué sois-tu » en italien médiéval. C’est un hommage à un texte de saint François d’Assise, considéré comme l’un des premiers saints écologistes au XII-XIIIème siècle.

    « Sainte Hildegarde de Bingen est avec François d’Assise une des grandes saintes, qu’on associe à la question écologique, une sainte allemande du XIIIe siècle, dit Laura Morosini. Elle dit, et c’était fréquent à l’époque, que Dieu se manifeste par deux moyens. L’un, c’est la Bible, le texte, et l’autre c’est la Création. »

    La création, la Nature serait donc symboliquement l’égale de la Bible selon Hildegarde de Bingen. De quoi faire méditer certains puissants de ce monde qui se revendiquent chrétiens tout en détruisant l’environnement.

    À lire aussiL'encyclique du pape François Laudato si’ «a favorisé la signature de l’Accord de Paris»

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  • Présidentielle française: à quoi peut servir l’initiative citoyenne «Un commun accord» de Jean-Marc Jancovici?
    2026/09/17
    Lancée le 26 août par le médiatique expert de la transition énergétique, elle réunit à partir de ce 19 septembre 150 citoyens à Paris et ouvre une plateforme en ligne. Elle compte bien peser dans la campagne électorale pour remettre au centre de l'agenda les grands enjeux socio-environnementaux. Elle s’inspire, sur la forme, de la Convention citoyenne pour le climat de 2020. Quel est ce projet et que peut-il en sortir ? Ils sont 150, hommes et femmes, venus de toute la France. Ils ont été tirés au sort parmi 200 000 numéros appelés au hasard, qui n’avaient aucune connaissance du projet avant d’être appelés. Puis ils ont été sélectionnés selon la règle des quotas : âge, catégorie socio-professionnelle, niveau de diplôme, lieu de vie, etc., en théorie représentatifs de la diversité de la population française. Enseignante et chercheuse à l’université de Bordeaux, la sociologue Sandrine Rui nuance la capacité de ces panels à refléter cette diversité : « En dépit du tirage au sort, les citoyens et citoyennes qui s’engagent dans ce type d’assemblée sont des volontaires qui n’ont pas de contraintes pour participer. Il y a souvent une surreprésentation de gens plus diplômés que la moyenne. Ils ont souvent plus conscience de l’enjeu que ça représente pour eux et ils s’autorisent surtout à prendre leur part de ce type d’expérience. » Ceux qui le souhaitent et le peuvent prendront place ce samedi 19 et dimanche 20 septembre dans l’auditorium du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Ils reviendront cinq autres week-ends. Les participants sont pris en charge et défrayés, selon le montant journalier d’un juré d’assises (une centaine d’euros), par un financement participatif. Le montant n’est pas connu, mais la cagnotte, qui démarre à « 1 euro symbolique », dépasse ce 17 septembre les 326 000 contributions – pour près de 175 000 contributeurs – dont la moitié dans les 24 premières heures. En amont, le soutien est aussi venu de quelques personnalités et de particuliers. Une première levée de fonds qui a réuni d’emblée deux millions d’euros sur un budget prévisionnel initial de trois millions, indique à RFI Audrey Cerdan, du comité de pilotage : « On met en place les meilleures conditions possibles pour que 150 Français puissent se réunir et réfléchir aux sujets importants du moment et qu’on entende la voix citoyenne pendant la campagne présidentielle. » Une initiative inédite à cette échelle nationale durant cette période-clé, et qui se revendique apartisane. « Se mettre d’accord » Les deux premiers week-ends seront consacrés à des auditions de scientifiques et d’experts, « avec une approche factuelle », précise Un commun accord. Les deux week-ends suivants, place au débat et à la réflexion en sous-groupe ou en assemblée, une animation confiée au cabinet Res publica. Les deux derniers jours, les 6 et 7 février, viseront à arbitrer les propositions et surtout à décider ce qu’il faut en faire… Objectif fixé par le concepteur du projet, Jean-Marc Jancovici : « se mettre d’accord », explique-t-il dans le clip du projet, « sur quelques grands dilemmes de notre époque, nés du fait que nous commençons à toucher les limites de notre planète ». « On sait que [le climat] est un sujet important pour les Français, complète Audrey Cerdan. Mais pour s’attaquer aux enjeux climatiques, il faut aussi parler d’économie, des enjeux de souveraineté, de santé, des conflits d’usages, sur l’eau par exemple, des préférences sociétales. » L’été qui s’achève en France a été le plus chaud jamais enregistré, avec cinq vagues de chaleur dont trois canicules, une sécheresse agricole violente et des incendies ravageurs. Environ 8 100 morts de plus que la moyenne ont été enregistrés, selon un bilan officiel encore provisoire communiqué mercredi 16 septembre. Les quatre derniers mois ont prouvé, s’il le faut encore, que nos villes et nos modes de vie ne sont pas adaptés au changement du climat, aux températures élevées comme à des manières de se déplacer plus durables. Le fonctionnement de nos sociétés et de nos économies repose quasi-exclusivement sur les énergies fossiles, ressources non seulement polluantes mais finies, et qu’aucune alternative aussi abondante et qualitative ne peut remplacer, vouant nos sociétés à la décroissance. C’est la thèse que soutient depuis longtemps l'ingénieur et expert de la transition écologique Jean-Marc Jancovici. Personnalité médiatique en France, le fondateur de l’association The Shift Project est à l’origine de nombreuses études sur la manière de mener la transition dans différents secteurs. Nous entrons, explique-t-il dans une vidéo à la tonalité dramatique, « dans un monde nouveau, un monde déstabilisé pour lequel nous ne sommes à l’évidence pas...
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  • Quelle place occupe le changement climatique dans la course au poste du secrétaire général de l'ONU?
    2026/09/22

    Ce mardi 22 septembre s'ouvre à New York la 81ᵉ assemblée générale de l'ONU, où plus de 130 chefs d’État et de gouvernement vont se succéder à la tribune, dans un monde en crise. Pour le Portugais Antonio Guterres ce sera le dernier de ces grands rendez-vous annuels. Après deux mandats, il quittera le poste de secrétaire général des Nations unies. Sept candidats sont en lice pour succéder à celui qui fut un défenseur infatigable de l'action climatique.

    « Le climat mondial est en état d'urgence. La Terre est poussée au-delà de ses limites. Tous les indicateurs climatiques clés sont au rouge. La voie à suivre doit s'appuyer sur la science, le bon sens et le courage d'agir. » Comme dans cet extrait de mars, Antonio Guterres a fait de l'action climatique la priorité de ses deux mandats à la tête des Nations unies.

    Après l'abandon de la Chilienne Michelle Bachelet le week-end dernier, ils sont encore quatre femmes et trois hommes dans la course à sa succession : Rebeca Grynspan du Costa Rica, Carolyn Rodrigues-Birkett du Guyana, deux Équatoriennes, Maria Fernanda Espinosa et Ivonne A-Baki, l'Argentin Rafael Mariano Grossi, le Sénégalais Macky Sall et Olara Otunnu de l'Ouganda.

    Environnement et climat : les candidats n'affichent pas tous la même ambition

    Mais sur des questions climatiques, tous n'emboîtent pas le pas du patron de l'ONU sortant. Avant de faire carrière en politique, Maria Fernanda Espinosa, par exemple, s'est fait connaitre pour son engagement auprès des peuples autochtones en Amazonie équatorienne et en faveur de la biodiversité. L'Ougandais Olara Otunnu a qualifié le changement climatique de « l’un des plus grands défis de notre époque », mais compte le relever « sans sacrifier la prospérité économique ou la sécurité énergétique ».

    « D'un côté, il y a Carolyn Rodrigues-Birkett, originaire du Guyana, qui a placé la sécurité alimentaire et le climat en tête de ses priorités », constate Erin Sikorsky, qui dirige le Center for Climate and Security à Washington et qui suit attentivement les positionnements des candidats sur les questions environnementales et climatiques. « D’un autre côté, il y a Rafael Grossi, actuellement à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui n’a pas du tout mentionné le climat dans sa déclaration liminaire. C’est donc un tableau contrasté. »

    Trois tours de vote test ont déjà eu lieu au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Le dernier était le 18 septembre et Rebeca Grynspan est arrivée en tête. La candidate costaricaine dit avoir trois priorités si elle est élue : la paix, la sécurité et la réforme des Nations unies. Si à première vue la lutte contre le changement climatique ne semble pas un point central dans les programmes des candidats, cela est en partie dû au mode de désignation du prochain ou de la prochaine secrétaire générale de l'ONU, croit savoir Erin Sikorsky. Il ou elle doit obtenir neuf votes des 15 pays membres et aucun veto d'un des membres permanents du Conseil de sécurité. Les candidats tentent donc de faire consensus, alors que les États-Unis de Donald Trump ne veulent surtout pas entendre parler du réchauffement planétaire d’origine humaine.

    « Parler trop de climat, c'est s'exposer à un veto américain »

    « Trop s’exprimer sur le climat pendant la sélection risque de mettre les candidats en danger », estime la politologue américaine. « Mais une fois élu, je ne vois pas comment on pourrait diriger l’ONU sans prendre le sujet à bras-le-corps qui touche tant de pays à travers le monde - nous l’avons encore vu cet été avec les vagues de chaleur en Europe ou les inondations au Népal. Les membres de l’Assemblée générale l’exigeront. »

    Le nouveau ou la nouvelle secrétaire générale devra prendre ses fonctions le 1er janvier 2027. Le changement climatique et ses effets s’inviteront alors tout en haut de son agenda.

    À lire aussiRéchauffement climatique: le seuil de 1,5°C sera dépassé, mais faire machine arrière reste possible, selon l'ONU

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  • La mer Méditerranée est-elle une poubelle?
    2026/09/23
    Le film documentaire Oxygène montre le travail sans fin de plongeurs engagés à ramasser les tonnes de déchets jetés à la mer dans la région de Marseille. Canettes, plastiques et pneus tapissent les fonds marins et menacent la biodiversité et la beauté des profondeurs. C’est une poubelle, invisible, sous-marine, insoupçonnée quand on est sur la plage. La mer Méditerranée est une véritable décharge, mais pas à ciel ouvert puisqu'il faut plonger dans les profondeurs pour s'en apercevoir. Le documentaire Oxygène, réalisé par les Marseillais Roxanne Perrot et Ugo Isoard, suit ainsi le travail bénévole de plongeurs apnéistes qui nettoient les fonds marins dans la région de Marseille. « Je crois que ça m'étonnera toujours de voir des objets qu'on utilise tous les jours et qu'on retrouve dans des endroits qu'on pensait plutôt épargnés », témoigne dans le film l’une ces apnéistes, membre de l’association Oxygène. « Les gens ont vraiment pris l'habitude de balancer des trucs dans l'eau, mais dans l'eau, on ne voit plus rien en fait. Une fois que c'est sous l'eau, c'est sous l'eau. Pas vu, pas pris ! », souligne un autre. « C'est comme si on avait un joyau, quelque chose de, de magnifique. Et là, on vient le salir ». Deux tonnes de déchets en une semaine Lors du tournage du documentaire, deux tonnes de déchets ont été remontées à la surface, « un chiffre énorme, évidemment, constate Ugo Isoard, le coréalisateur du film. Le point de départ de ce documentaire, c'était un peu le mythe de Sisyphe. Les déchets reviennent toujours, et on a un peu l'impression que ces gens, ces bénévoles, reviennent chaque semaine et refont un peu les mêmes choses et récupèrent énormément de déchets. En période estivale, une ou deux tonnes, c'est assez commun, mine de rien ». Ces déchets qui jonchent les fonds de la Méditerranée sont un véritable échantillon de la société de consommation. On y trouve de tout : des pneus, des sacs plastiques, beaucoup de plastique. Les apnéistes ont même retrouvé une voiture et un obus de la Deuxième Guerre mondiale. Mais la pollution la plus visible, c’est celle des canettes, par milliers. « À côté des plages du Prado, donc un endroit où énormément de gens vont se baigner, on met la tête à 4 ou 5 mètres sous l’eau, et ce sont des tapis de cannettes, raconte l'autre réalisatrice d'Oxygène, Roxanne Perrot. C'est vraiment la marque de la société, de la surconsommation de sucre, de sodas, etc. qui se retrouvent dans cet environnement qui n'a rien demandé ». Un poulpe dans une canette L'environnement est évidemment la première victime de ces déchets. Vous n'aimeriez pas vivre dans une poubelle ; les plantes et les poissons non plus. « Les apnéistes ne peuvent même plus retirer les déchets quand un poulpe va vivre dans une canette, souligne Roxanne Perrot. Après, ces déchets se désagrègent en des milliers de microparticules de plastique que les poissons mangent, que les êtres humains mangent après. Ce sont des microparticules de plastique qu'il est très compliqué de récupérer dans les océans. C'est une catastrophe écologique, évidemment ». Les déchets qui peuvent être récupérés sont en revanche parfois difficilement recyclables. « C’est le truc un peu terrible des déchets sous-marins, constate Ugo Isoard. Au bout d'un moment, en fait, s’ils sont trop rongés par le sel, il y a une vraie difficulté à le recycler. Donc c'est un peu la double peine ». Et ça fait de la peine. « La mer, le poumon de la planète » Un sentiment d’abattement peut d‘ailleurs envahir le spectateur de ce film où on voit moins de poissons que de déchets. Mais même si le travail de ces éboueurs de la mer peut sembler « une goutte d'eau dans la mer », comme le dit l'un d'entre eux, la force de l'engagement est plus fort que le découragement. En dévoilant cette poubelle cachée, Oxygène veut nous alerter, nous, simples citoyens (pauvres buveurs de canettes), mais aussi pouvoirs publics et industriels. « Il n'y aura plus de mer. Qu'est-ce qu'on va faire ? La mer, au-delà des poissons, au-delà des beautés, c'est le poumon de la planète », rappelle l’un des héros du film. « Peut-être qu'il faut se rappeler qu'en la protégeant, on se protège nous-mêmes », espère une autre. Les Romains appelaient la Méditerranée Mare nostrum, notre mer à tous. Elle est notre mère aussi, mais ses enfants sont en train de la saccager. Questions d'environnementSommet des océans: faut-il vraiment que les mégots de cigarette finissent dans la mer?
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  • RDC: une tour à flux pour mesurer la «respiration» des forêts du Miombo
    2026/09/14
    Une nouvelle tour à flux doit être installée dans les forêts du Miombo, dans le sud de la République démocratique du Congo. Pendant plusieurs années, ses instruments mesureront les échanges de carbone et d’eau entre la végétation et l’atmosphère. L’objectif : mieux comprendre le fonctionnement et la résilience d’un immense écosystème africain encore très peu étudié, soumis à la fois au changement climatique et aux activités humaines. Elle doit dépasser la cime des arbres et ausculter la forêt sans interruption, saison après saison. Dans le sud de la République démocratique du Congo (RDC), une nouvelle tour à flux doit permettre aux scientifiques de mesurer les échanges entre les forêts du Miombo et l’atmosphère. Une infrastructure qui peut sembler modeste face à l'étendue de cette formation forestière, mais qui doit permettre de répondre à des questions essentielles : quelle quantité de carbone la forêt absorbe-t-elle ? Combien en rejette-t-elle ? Comment réagit-elle aux sécheresses ou aux autres perturbations ? « Ces échanges vont mesurer directement les quantités de matière ou d'énergie, comme le carbone ou l’eau, qui vont rentrer ou sortir de l'écosystème qui est en dessous », explique Marc Peaucelle, chargé de recherche à L'INRAE et spécialiste de macroécologie forestière. La tour donnera ainsi accès aux « flux de carbone et aux flux d'eau de la forêt et de son écosystème dans son entièreté ». À lire aussiProtéger les forêts du Bassin du Congo, dernier espoir pour la planète Une station de mesure au-dessus des arbres Une tour à flux ressemble à un grand pylône. Dans un écosystème forestier, elle doit être suffisamment haute pour placer ses instruments au-dessus de la canopée. Elle est notamment équipée d'une station météorologique et d'analyseurs capables de mesurer les concentrations de différents gaz. Le dispositif a d'abord été développé pour suivre le dioxyde de carbone et la vapeur d'eau, mais il peut également servir à mesurer d'autres gaz, comme le méthane ou l'ozone. Le principe consiste à enregistrer très précisément et très rapidement les mouvements de l'air et la concentration des gaz transportés. Les chercheurs peuvent alors déterminer les échanges entre l'écosystème situé sous la tour et l'atmosphère. Pour le carbone, le résultat permet notamment de savoir si, sur une période donnée, la forêt en a davantage capté qu'elle n'en a libéré. Une forêt en croissance absorbe du dioxyde de carbone grâce à la photosynthèse. Mais elle en rejette également par la respiration des végétaux et des sols ou lorsque de la matière organique se décompose. À cela peuvent s'ajouter les effets des sécheresses, des incendies ou d'autres perturbations. « Dans certaines conditions, potentiellement, la forêt va absorber du carbone ; dans d'autres, elle va en émettre », souligne Marc Peaucelle. L'intérêt de la tour est précisément de déterminer dans quelles conditions l'écosystème bascule d'une situation à l'autre. Observer la forêt pendant plusieurs années Impossible cependant d'installer les instruments quelques semaines et de repartir avec une réponse définitive. L'intérêt scientifique d'une tour à flux réside dans la continuité de ses observations : « On ne peut pas avoir une information instantanée avec ce genre d'instrument », insiste Marc Peaucelle. Ces installations doivent fonctionner « sur le long terme, sur plusieurs années ». Les scientifiques peuvent alors comparer les échanges au fil des saisons et les mettre en relation avec les conditions météorologiques. Dans le sud de la RDC, cela permettra notamment de comparer saison sèche et saison humide. Mais les séries de mesures deviennent particulièrement précieuses lorsqu'un événement inhabituel survient : une sécheresse intense, une saison des pluies atypique ou une période exceptionnellement chaude. Les chercheurs peuvent alors observer directement la réponse de l'écosystème. Continue-t-il à absorber du carbone ? Son bilan se dégrade-t-il ? Combien de temps lui faut-il pour retrouver son fonctionnement antérieur ? À terme, ces observations doivent permettre de mieux évaluer la résilience de la forêt face au changement climatique. Le Miombo, une immense forêt encore méconnue C'est particulièrement important dans le cas du Miombo. Cette formation de forêts et de savanes boisées couvre une partie considérable de l'Afrique australe et centrale. « C'est plus de 10 % du continent africain qui est couvert par le Miombo », rappelle Marc Peaucelle. Les populations locales dépendent par ailleurs fortement de cet écosystème et des ressources qu'il fournit. En RDC, le Miombo se trouve dans le sud du pays, notamment dans la région du Katanga. Or cette zone concentre aussi d'importantes activités minières dans l'arc cuprifère. Aux pressions liées au climat viennent donc ...
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  • Data centers: la pollution de l’eau, nouvelle menace environnementale?
    2026/09/10

    Aux États-Unis, un thème se fait de plus en plus présent dans la campagne pour les élections de mi-mandat qui auront lieu au mois de novembre : les centres de données pour l'intelligence artificielle. S'ils sont ardemment promus par l'administration Trump, ils sont aussi de plus en plus contestés sur le terrain, notamment en raison de l’électricité qu'ils consomment mais aussi de l'eau nécessaire à leur refroidissement, auquel s'ajoute le problème de sa pollution et de sa qualité une fois celle-ci passée par ces installations.

    On sait que les centres de données consomment énormément d’électricité. On sait aussi qu’ils consomment beaucoup d’eau pour refroidir les milliers de serveurs qui y tournent en permanence mais qu'il faut ensuite la rejeter… Et c'est là qu'une question émerge : que contient-elle ? Un exemple récent nous vient du Wyoming : à Cheyenne, où un immense centre de données de Meta est en construction - un chantier chiffré à 800 millions de dollars -, les autorités locales ont analysé quelque trois millions de litres d’eau rejetés lors d’une opération de nettoyage des canalisations du site. Et elles y ont trouvé Cupriavidus gilardii, une bactérie rare qui peut notamment présenter un risque pour les personnes fragiles. Par précaution, la ville a donc décidé de ne plus accepter cette eau dans son système de traitement.

    Est-ce un incident isolé ou s'agit-il d'un nouveau problème lié aux centres de données ?

    C’est justement la question, parce que cette affaire s’ajoute à d'autres du même genre aux États-Unis. En Géorgie, une association environnementale accuse par exemple un centre de données d’avoir rejeté des concentrations importantes de métaux dans une rivière. En Virginie, plusieurs installations ont fait l’objet de procédures pour des infractions liées aux eaux usées ou aux zones humides. Et il y a surtout une inquiétude autour des PFAS, les « polluants éternels » : certains d'entre eux sont utilisés dans les équipements ou dans les systèmes de refroidissement. Mais comme ils sont extrêmement persistants dans l’environnement, les stations d’épuration conventionnelles ont beaucoup de mal à les éliminer.

    À écouter aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques ?

    Le problème n’est donc pas seulement la quantité d’eau prélevée, mais aussi ce qu’on y ajoute avant de la rendre au milieu naturel, d'autant plus que celle-ci subit même une troisième forme de pollution à laquelle l'on pense moins : la chaleur. Dans un centre de données, l’eau sert à refroidir les serveurs et en ressort donc beaucoup plus chaude, ce qui n'est pas sans conséquences lorsqu'elle est rejetée dans un lac ou dansune rivière. Certaines espèces, notamment les poissons d’eau froide, supportent en effet très mal les hausses de température qui peuvent aussi favoriser la prolifération de certaines algues.

    Sait-on aujourd'hui mesurer l’ampleur de cette pollution ?

    Pas vraiment. Il n’y a pas de tableau de suivi permettant de suivre avec précision ce que les centres de données rejettent dans l’eau et en quelles quantités, un manque de transparence que dénoncent d'ailleurs les associations environnementales. Dans plusieurs États américains, ces dernières ont même dû engager des procédures judiciaires simplement pour obtenir des informations sur la consommation ou les rejets d’eau de certaines installations. Si l'on connaissait l’empreinte carbone de l’IA, on découvre désormais qu’il va peut-être falloir aussi regarder son empreinte aquatique.

    À écouter aussiBig data, big cata : enquête sur l'empreinte écologique des data centers

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  • Espace: quel est l'impact environnemental des satellites?
    2026/09/09

    Le sommet international dédié à l'espace réunit 120 pays à Paris mercredi 9 et jeudi 10 septembre pour parler de l'exploration, de la sécurité, de l'économie, mais aussi de la durabilité du secteur spatial. Car à l'heure où des géants comme SpaceX et Amazon déploient des constellations de milliers de satellites, se pose la question de la pollution associée.

    C'était un enjeu considéré comme anecdotique il y a encore quelques années, mais qui ne l'est plus tant que cela, étant donné le nombre d'engins envoyés en orbite chaque année. Un sujet paradoxal tant les satellites sont essentiels pour comprendre ce qui se passe sur notre planète et l'évolution de son climat. Ce sont eux qui nous permettent de mesurer la montée du niveau des océans, le recul des glaciers et de la banquise, de suivre les sécheresses, les incendies, la déforestation. Et une bonne partie de ce que nous savons aujourd'hui sur le changement climatique repose sur plusieurs décennies d'observation de la Terre depuis l'espace.

    Mais à côté d'eux se multiplient les constellations de satellites de communication. Starlink de SpaceX est la plus connue : il y a presque 10 000 de ces engins en orbite, en ce moment, au-dessus de nos têtes. Mais ces satellites ont une fin de vie. Beaucoup de ceux qui évoluent en orbite basse sont volontairement précipités vers la Terre. Ils entrent dans l'atmosphère à plusieurs kilomètres par seconde, chauffent à des températures extrêmes, se désagrègent et, pour une large part, se vaporisent. Si l'engin part en poussière, sa poussière, elle, reste, dispersée dans la haute atmosphère sous forme de gaz et de minuscules particules.

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    Parmi ces matériaux, il y en a un qui intéresse particulièrement les chercheurs : l'aluminium, qui n'est pas sans effets sur l'environnement. Pendant la rentrée dans l'atmosphère, une partie de l'aluminium qui compose le satellite peut former de minuscules particules d'alumine. Les chercheurs pensent que ces particules pourraient favoriser des réactions chimiques qui, au bout de la chaîne, contribuent à détruire l'ozone. Une étude publiée en 2024 a essayé d'évaluer l'ampleur du phénomène. Pour un satellite de 250 kilos contenant 30 % d'aluminium, les chercheurs estiment que la rentrée peut produire environ 30 kilos de nanoparticules d'alumine. Avec les grandes constellations, on pourrait arriver à terme à plusieurs centaines de tonnes d'alumine produites chaque année par les rentrées atmosphériques.

    Mais sait-on exactement si cela abîme la couche d'ozone ? Non, c'est là qu'il faut distinguer ce qu'on sait de ce qu'on soupçonne. Ce qu'on sait, c'est que cette pollution existe. En 2023, des chercheurs américains ont prélevé des particules directement dans la stratosphère. Ils y ont retrouvé de l'aluminium, mais aussi du cuivre, du lithium et d'autres métaux dans des proportions qui portent la signature des engins spatiaux. Donc nos activités spatiales modifient déjà, au moins localement, la composition de la haute atmosphère.

    Ce qu'on ne sait pas, du moins ce qu'on ne sait pas encore bien mesurer, c'est la conséquence de cette pollution sur la couche d'ozone dans son ensemble. On sait qu'il y a un effet, reste à déterminer les proportions. Il y a encore de la recherche à faire sur le sujet. Le problème, c'est que le secteur n'attend pas : il y a cinq ans, on mettait environ 1 300 satellites en orbite chaque année ; en 2025, on a dépassé les 4 000, essentiellement sous l'effet du déploiement des grandes constellations.

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