エピソード

  • Projet de gazoduc Nigeria-Maroc: l'Afrique a-t-elle vraiment besoin de gaz?
    2026/08/03
    L'Afrique de l'Ouest doit-elle dépenser 23 milliards d'euros pour construire un nouveau gazoduc et prolonger sa dépendance aux énergies fossiles ? À l'inverse, peut-on empêcher le continent de se développer alors qu'il n'est pas responsable de la crise climatique ? Voici les éléments du débat. Le projet est gigantesque. Un gazoduc long de 7 000 kilomètres, le long des côtes de 13 pays d'Afrique de l'Ouest, entre le Nigéria et le Maroc, pour un budget prévisionnel de 23 milliards de dollars. Il y a huit jours, les pays de la Cédéao, la Communauté économique d'Afrique de l'Ouest, ont finalement donné leur feu vert à ce projet énergétique ancien, au nom du développement économique de l'Afrique. Un moteur de croissance Pour ses promoteurs, malgré son coût faramineux, le gazoduc sera un moteur de croissance et d'emplois. « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores, comme les industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz », a ainsi expliqué à Alexis Bédu du service Économie de RFI la directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc, Amina Benkhadra. Mais dans un XXIe siècle traversé par des crises climatiques de plus en plus violentes, faut-il encore investir en faveur d'une énergie fossile ? Certes, le gaz est un peu plus « propre » que le charbon et le pétrole, deux fois moins émetteur de CO2 que le charbon pour la production d'électricité par exemple. 600 millions d'Africains sans lumière Le problème de l'Afrique est-il aujourd'hui la production d'énergie renouvelable ou tout simplement l'accès à l'énergie, quelle qu'elle soit ? Et à condition encore que le gazoduc ne serve pas d'abord à l'exportation du gaz vers l'Europe... 600 millions d'Africains n'ont toujours pas d'électricité, la base pour avoir de la lumière, cuisiner sans charbon ou pouvoir utiliser un frigo... L'Afrique n'est aussi responsable que de 4% des émissions de CO2, loin, si loin derrière les pollueurs historiques. L'Afrique a droit à l'énergie pour se développer, comme le stipule l'ONU. Mais ce gazoduc, s'il voit un jour le jour, ne risque-t-il pas d'enfermer les pays dans une dépendance au gaz, avec une conséquence, retarder le déploiement des énergies renouvelables ? C'est l'argument développé par certains experts et ONG, parce qu'un gazoduc à 23 milliards d'euros, il faut l'amortir. Transition énergétique retardée « Ces infrastructures gazières, vu les montants d'investissements nécessaires, ont besoin de fonctionner sur plusieurs décennies pour être rentabilisées, au moins 20, 30, 40 ans ou plus. Et dans ce cas, le pays est bloqué dans sa transition puisqu'il doit continuer d'utiliser cette infrastructure gazière, estime Justine Duclos-Gonda, chargée de campagne pour Reclaim Finance, une ONG qui travaille sur le financement de la transition énergétique. C'est quand même préoccupant, voire alarmant, de voir qu'on dédie de telles sommes d'argent à ce type d'infrastructures. Ce sont des montants qui ne sont pas utilisés pour le développement des infrastructures renouvelables. » Outre qu'elles permettent de lutter contre la crise climatique, les énergies renouvelables présentent plusieurs avantages pour l'Afrique. Prenons le cas du solaire : 7 des 10 pays dans le monde les plus ensoleillés sont en Afrique. Le soleil, c'est gratuit, alors que le prix du gaz est très volatil sur le marché des matières premières. Le soleil, c'est gratuit L'un des freins à l'électrification de l'Afrique se trouve aussi au niveau des infrastructures. Mais avec le solaire, nul besoin de construire de lignes électriques. Le prix des batteries pour stocker l'énergie solaire s'est effondré et on peut construire n'importe où des mini-centrales solaires. « L'intérêt aussi des énergies renouvelables, c'est qu'en parallèle de grosses infrastructures qui vont produire des grosses quantités d'énergie, on peut vraiment développer des petites infrastructures décentralisées au niveau des foyers, des villages ou des industries pour accélérer et massifier le déploiement des énergies renouvelables. Et c'est notamment le cas du solaire », poursuit Justine Duclos-Gonda. Gaz ou pas gaz, l'enjeu reste le même : que l'Afrique ne soit plus « le continent noir » comme on le voit de l'espace, la nuit, sans lumière.
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  • Comment peut-on décarboner les engrais utilisés en agriculture?
    2026/07/13
    Le gouvernement français de Sébastien Lecornu veut promouvoir la production d'engrais bas carbone. Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, il est possible d'agir dans les usines et dans les champs. Un engrais vert est-il possible ? Le gouvernement français, jeudi dernier, s’est engagé à encourager la production locale d’engrais bas carbone, un sujet majeur pour l'agriculture qui représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les chiffres varient beaucoup d'un pays à l'autre, et d'une région à l'autre, mais pour la France, les engrais émettent plus de gaz à effet de serre que l'élevage (les fameux rototos des vaches qui produisent du méthane). S'il est difficile d'empêcher un ruminant de ruminer, on peut en revanche agir sur les engrais pour les rendre plus propres. C’est d’abord au niveau de la production, dans les usines, qu’on peut fabriquer des engrais bas carbone. « L'engrais azoté résulte d'une réaction chimique entre l'azote de l'air et de l'hydrogène. Et pour cela, il faut d'abord fabriquer l'hydrogène. Et donc c'est l'énergie utilisée pour la fabrication de l'hydrogène qui est à l'origine des émissions de CO² liées à la fabrication de l'engrais azoté », explique Guy Richard, directeur de recherche à l'INRAE, l'institut français pour la recherche agronomique et l'environnement. Pour fabriquer cet hydrogène, on peut utiliser une électricité décarbonée, produite non pas avec des énergies fossiles (du pétrole ou du gaz) mais avec des énergies renouvelables, les barrages hydroélectriques, les éoliennes ou encore le biométhane qu'on fabrique justement avec les déchets de la ferme. Gaz hilarant pas si drôle Mais il n'y a pas que la production d'engrais, un processus chimique, qui émet des gaz à effet de serre. Il y a aussi leur utilisation où se joue cette fois un processus microbien, plus insidieux, qui se passe sous nos pieds ou plutôt sous les pieds des paysans. « Ce sont des bactéries qui fonctionnent quasiment en l'absence d'oxygène. Elles ne vont plus utiliser l'oxygène pour leur mécanisme énergétique mais des molécules azotées. Et c'est cela qui va produire le N2O, un puissant gaz à effet de serre », décrit Guy Richard. Le N2O, le protoxyde d'azote, est le fameux gaz hilarant, mais dans les champs l'histoire est moins drôle ; le protoxyde d'azote est presque 300 fois plus polluant que le CO² et il reste un siècle dans l'atmosphère. C’est là aussi qu’on peut agir, en favorisant l'oxygénation des sols agricoles pour empêcher les bactéries de produire du N2O. « Cela veut dire jouer sur les conditions physiques, poursuit Guy Richard. C'est toute la gestion du travail du sol et des engins agricoles qui vont tasser le sol. La gestion de l'infiltration de l'eau permet d'éviter les conditions dans lesquelles ces émissions de N2O apparaissent. » Urine et légumineuses Pour limiter des émissions de gaz à effet de serre, on peut aussi utiliser moins d'engrais de synthèse. La terre et la planète Terre s'en porteront mieux. « Des projets aujourd'hui en France cherchent à utiliser l'azote des urines humaines. On pense que 10 ou 20% de nos besoins en azote pourraient être couverts par la valorisation des urines humaines. Le deuxième axe, c'est le développement des légumineuses qui n'ont pas besoin d'engrais azoté de synthèse pour leur croissance et pour leur développement », détaille Guy Richard, de l'INRAE. Les légumineuses, pois chiche ou niébé par exemple, sont les seules plantes capables d'absorber l'azote de l'air ; on n’a pas besoin d'engrais pour les faire pousser. Elles sont aussi très riches en protéines, ce qui permet aussi de manger moins de viande et donc de pouvoir agir aussi sur les émissions de méthane. Les légumineuses sont le « deux en un » de l'agriculture décarbonée. À lire aussiItalie : la révolution silencieuse des engrais
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  • Les canicules à répétition ont-elles fait sauter le tabou de la climatisation?
    2026/07/15
    Après trois canicules en deux mois en France, le débat sur l'utilité de la clim a évolué, y compris chez les écologistes, historiquement opposés à ce qu'ils considèrent comme de la mal-adaptation au réchauffement climatique. La climatisation permet en effet de sauver des vies. Un père de famille se promène en slip dans un appartement surchauffé, sous le regard consterné de ses enfants. Il s’agit d’une publicité pour le fabricant de climatiseurs BGH, accompagnée de ce surtitre : « Avec l’été arrive le pire cauchemar de toutes les familles : les pères en slip ». Une publicité devenue virale. Mais en réalité, la meilleure pub pour la climatisation, c’est la crise climatique. En France, alors que la troisième canicule en deux mois bat son plein, le tabou de la climatisation semble avoir sauté, même s’il s’agit d’un tabou tout relatif, puisque 25% des particuliers sont déjà équipés de climatiseurs, fixes ou mobiles. Il se vend déjà en France chaque année 1 million de climatiseurs, alors qu’on en compte dans le monde entier 1,5 milliard, et qu’on devrait atteindre les 5,5 milliards dans 25 ans. « La clim fait partie des solutions » L’enchaînement des canicules a fait évoluer le débat, à l’image d’une déclaration de la cheffe du parti Les écologistes, historiquement très critique sur le sujet. « L'urgence dans les années 70, c'était de se battre pour qu'il n'y ait pas de changement climatique ou le moins possible. Là où nous en sommes aujourd'hui, la clim fait partie des solutions, expliquait fin juin, en pleine canicule, Marine Tondelier sur le plateau climatisé de BFMTV. Mais ce n'est pas une solution miracle. » La climatisation, dénoncée comme un luxe égoïste, a longtemps été honnie par les écologistes et les climatologues qui la considèrent comme de la mal-adaptation. Mais malgré tous ses défauts (consommation électrique, rejet de chaleur dans la rue, prix, gaz à effet de serre qui peuvent d’échapper), la clim devient aujourd’hui acceptable. Il s’agit là d’une prise de conscience face à la brutalité de la réalité, quand on se retrouve à passer la nuit (en slip) dans un appartement où il fait plus de 30°C. « Ces épisodes caniculaires qui se multiplient nous obligent à considérer le fait que même des bâtiments bien conçus, bien isolés, bien ventilés, vont avoir du mal à assurer la fraîcheur nécessaire en été si ces épisodes se multiplient. Donc il y a un vrai sujet de nécessité de la climatisation dans une majorité probablement de bâtiments », considère Yves Marignac, expert énergie et porte-parole de l’association négaWatt qui se bat pour la sobriété énergétique. À écouter aussiPeut-on se passer de la climatisation? Une question de vie et de mort Faut-il pour autant mettre de la climatisation partout ? Non, ce serait impossible et contre-productif. La climatisation n'est qu'une des solutions pour s'adapter à un monde qui brûle. Mais il existe au moins un consensus aujourd’hui : il faut de la climatisation pour les plus fragiles, dans les maisons de retraite, les écoles et les hôpitaux. C'est une question de santé publique. « J'ai entendu dans des tables rondes des représentants du monde de la santé dire à quel point ils étaient choqués qu'aujourd'hui nos centres commerciaux soient climatisés alors que nos hôpitaux ne le sont pas, raconte Yves Marignac. Effectivement, il y a eu un déni, probablement dans les politiques publiques, de la nécessité de traiter le confort d'été, donc le besoin de fraîcheur dans les bâtiments. Et donc, ce dont on se rend compte aujourd'hui, c'est qu'on a été collectivement aveugle. » La deuxième canicule de cette année en France, fin juin, a fait au moins 2 000 morts, un chiffre encore provisoire parce qu’on peut mourir à petit feu. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la climatisation a permis de sauver près de 200 000 vies dans le monde en trois ans. Mais le tout-clim ne peut pas être l'alpha et l'oméga des politiques climatiques ; on n'a pas encore réussi à climatiser les champs, les prairies et les forêts… À lire aussiCanicule en France: la classe politique partagée sur les solutions à apporter
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  • Des millions de victimes: pourquoi les animaux paient-ils un lourd tribut lors des incendies?
    2026/07/16
    La faune sauvage est généralement la grande oubliée des feux de forêts, alors que chaque incendie provoque une hécatombe, avec des répercussions pendant des années. La saison des feux de forêt bat son plein dans l'hémisphère Nord. L’été et la sécheresse rendent les arbres hautement inflammables, et de l’Amérique du Nord à l’Europe, en passant par l’Afrique du Nord, c’est partout la même litanie de centaines ou de milliers d’hectares brûlés, parfois de victimes humaines. Mais on oublie les habitants de ces forêts : les animaux, brûlés vifs ou le plus souvent tués par les fumées. « Il y a les animaux qui sont impactés directement par l'incendie et qui vont se faire prendre par les fumées, faire des malaises et du coup être brûlés, raconte Marine Laullon, la présidente de l'association Wany the Pooh (un jeu de mots avec le prénom de sa fille et Winny the Pooh, Winny l’ourson), qui intervient pour sauver les animaux après, voire pendant les incendies – les animaux sauvages et domestiques. Mais il y a aussi des morts entre 48 heures et 72 heures. On fait très attention à revérifier l'état des survivants qu'on a déjà découverts, on va dire "en bonne santé". On va les surveiller pendant trois jours parce qu'en fait ils peuvent faire des arrêts cardio-respiratoires ». Le sacrifice maternel Les incendies ont généralement lieu au plus mauvais moment, en été, après le printemps et la période de reproduction. Beaucoup d'animaux retrouvés morts sont des femelles ; quand l'instinct maternel est plus fort que tout, mais pas plus fort que les flammes. « On retrouve beaucoup d'orphelins mis en sécurité en dehors du feu et on retrouve la mère complètement brûlée à côté d'un autre petit vers le terrier, ou alors morte à côté d'eux, épuisée, un petit peu brûlée. Donc on voit qu'elle a fait des allers-retours et finalement, elle, elle est morte d'épuisement, de déshydratation et puis d’inhalation de fumée », poursuit Marine Laullon. L’association Wany the Pooh sauve des animaux et parvient aussi à estimer le nombre d'animaux tués dans un incendie, grâce à ses centaines de bénévoles qui mènent un véritable travail de police scientifique, en ratissant le terrain, centimètre carré par centimètre carré. Cela à la recherche du moindre indice, comme « des petits éclats d'os parce qu'il y a des corps qui explosent et on se retrouve à devoir faire un puzzle pour savoir quel animal était présent et a été impacté par l'incendie », explique Marine Laullon : « Après, on retrouve aussi beaucoup de nids. Les oiseaux protègent leurs œufs et on retrouve des couples restés sur les œufs. Ils sont morts brûlés vifs et les œufs en dessous sont intacts ». Intacts, mais non viables évidemment. Des millions de victimes Lors d'un incendie l'an dernier à Narbonne, dans le sud de la France, avec 2 000 hectares brûlés, l'association a estimé à 10 millions le nombre d'animaux morts, en comptant les insectes. Mais le plus gros carnage animal, ce fut en Australie lors du mégafeu de 2019-2020, avec 3 milliards de victimes - cette fois sans compter les invertébrés. Mais certains animaux arrivent à se protéger des flammes, à condition de ne pas faire comme le hérisson qui se met en boule face à une menace et se croit ainsi protégé. Des oiseaux, des grands mammifères, parviennent à fuir avant l'arrivée des flammes. D'autres espèces peuvent aussi s'enterrer. Les reptiles qui se déplacent lentement sont généralement très vulnérables face à l’arrivée des flammes. Générations perdues Mais on a parfois des bonnes surprises, comme lors du terrible incendie du massif des Maures, sur la Côte d'Azur, en 2021. Il y avait de grosses inquiétudes pour la tortue d’Hermann, une espèce endémique et menacée. Mais une fois l’incendie éteint, les sauveteurs ont compté 60 % de survivantes. « Les tortues ont pour habitude l'été de restreindre leur activité et de se cacher, de ne plus trop manger, ne plus trop boire parce qu'il y a plus de ressources à cette époque-là. Et elles ont pu se protéger du feu grâce à ça. Et c'est donc là-dedans qu'on les retrouve en majorité », nous expliquait pour la chronique « C’est dans ta nature » Sébastien Caron, le responsable scientifique du Soptom, un centre dédié à la protection des tortues. Mais un incendie a des conséquences sur le long terme. Quand votre maison brûle, vous vous retrouvez à la rue. La forêt est la maison des animaux, et certaines espèces mettent des années à s'en remettre. Les survivants n'ont plus rien à manger. Un feu est comme une guerre mondiale : une génération perdue et des conséquences démographiques sur plusieurs générations. On peut éteindre un incendie en quelques jours, mais il faut souvent des années, parfois des décennies, pour qu'un écosystème se reconstruise.
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  • Pourquoi le Sahara aggrave-t-il les canicules, mais fertilise aussi la terre et la mer?
    2026/07/20

    Les poussières venues du Sahara ont rendu plus chaudes les nuits caniculaires en France. La plus grande source de particules minérales au monde transportées par les vents est aussi un puissant engrais naturel jusqu'en Amazonie.

    C’est le plus grand désert au monde (exceptés les déserts polaires, Arctique et Antarctique), aux influences parfois insoupçonnées. Le rôle du Sahara dans l’aggravation de la canicule vient ainsi d’être mis en avant par une étude publiée en France qui s’est penchée sur la deuxième canicule française de l’année, fin juin, et sur l’impact des poussières sahariennes. Celles dont on voit régulièrement la trace ocre sur les voitures quand il a plu, ou qui donnent une couleur particulièrement photogénique aux couchers de soleil.

    Le Sahara est la plus grande source de poussières minérales au monde et la région où l'érosion provoquée par le vent est la plus importante. Ce sont quelque 100 millions de tonnes, au moins, chaque année, qui sont soulevées et qui voyagent en Europe et en Amérique. On parle bien de poussières d'argile et non du sable.

    « Des petits grains de sable vont être soulevés. Ils sont assez lourds donc ils ne peuvent pas être transportés. En retombant, par gravité, ils vont impacter la surface du désert, la croûte de surface qui est composée d'argile, ce qui va faire exploser cette argile et va remettre en suspension des particules beaucoup plus petites qu'on appelle du lœss. Ce sont ces particules d'argile qui vont être transportées au-dessus de l'Atlantique comme au-dessus de l'Europe », précise Patrick Chazette, chercheur CNRS au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de Paris-Saclay.

    Nuits tropicales

    En juin, les vents ont transporté de l’air chaud du Sahara au-dessus de la France, mais aussi ces poussières qui ont eu un effet « couvercle ». « Les nuits sont principalement plus chaudes parce que les surfaces sont chauffées durant plusieurs jours cumulés. Les surfaces vont ensuite réémettre la chaleur vers l'atmosphère. Et dans l'atmosphère, s'il y a des particules en suspension qui sont susceptibles de capter une partie de ce rayonnement infrarouge, elles-mêmes vont ensuite renvoyer ce rayonnement infrarouge vers la surface. C'est vraiment un principe d'effet de serre », explique Patrick Chazette, l’un des auteurs de cette étude sur ces fameuses nuits tropicales.

    Les poussières du Sahara ne sont pas l’unique cause de la canicule, loin de là, mais elles ont rendu les nuits encore plus chaudes, d'un degré environ. Les poussières « ne sont pas les seules responsables des températures élevées, mais elles vont amener à ce que la température diminue moins. En gros, si vous avez 38°C la nuit, vous auriez eu 37°C sans les particules », poursuit le chercheur.

    Engrais jaune

    Les poussières du Sahara peuvent aussi avoir des effets l'hiver. Il y a quelques années dans les Alpes, la neige avait pris une couleur orangée, la couleur du Sahara. Et elle a fondu plus vite au printemps car une couleur sombre absorbe davantage les rayons du soleil.

    Mais les poussières du Sahara n'ont pas que des aspects négatifs. Le Sahara est ainsi une immense usine à engrais naturel, paradoxe d'un désert où rien ne pousse, ou presque, par manque d'eau, mais où le sol est riche ; les poussières du Sahara sont de puissants fertilisants. « Le Sahara va effectivement transporter une grande quantité de minéraux qui contiennent des nutriments qui vont aider au développement des plantes d'une manière générale, détaille Patrick Chazette. Le Sahara, dans le temps, c'était une mer. Il y avait beaucoup d'eau au-dessus du Sahara. Les minéraux sont restés, donc il y a beaucoup de calcaire, de phosphore, de fer, de calcium… Il y a plein de choses dedans en fait, il y a tout ce qu'il faut dans le sol du Sahara ! »

    Il y a tout ce qu'il faut pour faire pousser les plantes, en mer et sur terre, dans l'Atlantique, en Méditerranée, en Europe et en Amérique. En mer, c’est le phytoplancton, les microalgues, qui nourrissent les poissons et qui stockent aussi du CO2. Sur terre, ce sont par exemple 27 millions de tonnes de poussières sahariennes qui finissent chaque année en Amazonie, après quelque 5 000 kilomètres d'un voyage turbulent, où tout finit en poussière, comme il est écrit dans la Bible.

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  • Emmanuel Macron préfère-t-il l'économie à l'environnement ?
    2026/07/21
    Le vote en France de la loi d'urgence agricole repose la question des priorités et des arbitrages dans la lutte contre la crise climatique et la crise de la biodiversité. Les ONG dénoncent un gouvernement favorable aux lobbies agricoles et industriels. C'est un point final législatif, mais le débat n’est pas clos en France. La loi d’urgence agricole arrive à son terme, après un vote définitif cette nuit à l’Assemblée nationale, et avant un dernier vote du Sénat aujourd’hui. Mais ce texte porté par le gouvernement face à la crise agricole fait toujours l’objet de fortes critiques à propos de la gestion de l’eau et de la réintroduction de deux pesticides jusqu’ici interdits. Comme si la protection de l’environnement n’était pas ou n’était plus un sujet. Ce reproche, devenu récurrent depuis des années, n'était pourtant pas d'actualité au début du quinquennat d'Emmanuel Macron, autoproclamé chevalier vert face à l’inconséquence de Donald Trump. Le 1er juin 2017, moins d'un mois après son élection, le tout jeune président français détournait le slogan de Donald Trump, « Make America great again », pour dénoncer le retrait des États-Unis de l'accord de Paris sur le climat. « Make our planet great again, lançait Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux. Sur le climat, il n'y a pas de plan B, car il n'y a pas de planète B. Alors oui, nous continuerons. » En marche arrière Mais Emmanuel Macron a-t-il vraiment continué de défendre le climat, l'environnement et la biodiversité ? Oui dans les mots, moins dans les actes. Il y a eu plus de déclarations d'amour que de preuves d'amour. Davantage de postures, avec des sommets internationaux, ambitieux mais contredits par de multiples décisions des gouvernements pour assouplir les normes environnementales, au nom de l'agriculture, de l'industrie, de l'emploi… Un exemple marquant : la promesse d'interdire le glyphosate, ce puissant herbicide. Les agriculteurs, finalement, peuvent continuer de s'en servir. L’an dernier, un collectif d'ONG avait ainsi compté 43 reculs environnementaux en seulement 6 mois. Le porte-parole de Générations Futures, François Veillerette, évoque ainsi « une espèce de lente descente. Je ne sais pas si c'est vers les enfers, mais en tout cas c'est pour toujours moins d'écologie. On le voit, c'est En marche, mais en marche arrière toute sur ces sujets ! » Plus d'économie, moins d'environnement Ces reculs sont souvent justifiés, au nom du pragmatisme, de la compétitivité, des intérêts économiques ou de la crise agricole. Et en cela, les Français sont sur la même ligne, selon un sondage réalisé il y a quelques mois : 61% pensent qu'en période de crise, les responsables politiques doivent avant tout s'occuper d’économie et d’emploi, et moins d'environnement. Mais est-ce que c'est vraiment l'économie qui est défendue ? « C'est plutôt le fait de céder facilement à des intérêts de groupes et pas des intérêts économiques réellement généraux, estime le porte-parole de Générations futures. Ce sont des réponses vraiment ringardes, des réponses du passé à des problématiques réelles, qu'elles soient écologiques, économiques ou agricoles. En tout cas, ce ne sont pas des réponses d'avenir. » Court-termisme Économie et écologie ne devraient pas être opposées. La transition énergétique, par exemple, c'est la mise en place d'une nouvelle économie de l'énergie. L'agroécologie est une autre agriculture fondée sur la santé des terres, des paysans et des consommateurs. Cela prend du temps et demande des moyens, quand la politique semble naviguer à court terme. « Normalement, la politique, ce n’est pas ça. Gouverner, c'est prévoir. Donc prévoir, c'est regarder loin, mettre en place des mesures qui permettront de façonner l'agriculture de demain, l'industrie de demain, le logement de demain, les transports de demain… Alors que là, on ne fait pas de la vraie politique puisqu'on ne prévoit pas, on répond à court terme », dénonce François Veillerette. Gouverner, c'est prévoir, et c'est aussi arbitrer entre des intérêts contradictoires : faut-il développer l'industrie, quoi qu'il en coûte en termes de pollution ? Faut-il réintroduire des pesticides dans l'agriculture, quoi qu'il en coûte en termes de santé publique ? La politique environnementale d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements peut être finalement vue comme une succession d'arbitrages de plus en plus défavorables à l'environnement. On l'a bien vu pendant le mondial de foot : l'arbitre n'est pas au-dessus de tout soupçon.
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  • Moustiques, grillons, cigales... Pourquoi les insectes font du bruit?
    2026/07/23

    Dépourvus de cordes vocales, les insectes ne chantent pas, mais certains savent se faire entendre, notamment pour se reproduire et même pour s'alimenter.

    C’est la BO de la nature, le son de la biodiversité qu’on peut entendre jour et nuit. Les chants des oiseaux dominent, mais les insectes ne sont pas en reste. Une expression d’abord involontaire, qui tient aux lois de la physique, à l’image des mouches. Ce qu’on entend, c'est le battement de leurs ailes, et plus la mouche est grosse, plus ses grosses ailes font du bruit, jusqu’à 500 battements par seconde.

    Mais les vibrations des ailes peuvent avoir leur utilité. Chez certaines espèces d'abeilles (mais pas les abeilles domestiques), on pratique la pollinisation vibratile. Le bourdonnement fait vibrer la fleur et permet de libérer le pollen qui serait autrement inaccessible. Quelques 20 000 espèces de plantes à fleur sont principalement pollinisées de cette manière. C'est le cas notamment de la tomate. Aux États-Unis, on importe des colonies de bourdons d'Europe pour polliniser les tomates cultivées sous serre.

    Des « chants » d'amour

    Chez les moustiques, c'est le même principe que la mouche : le battement des ailes fait du bruit, et là aussi ça dépend de la taille. Si on n'entend pas de moustique, ça ne veut pas dire qu’on ne sera pas piqué. Les moustiques sont attirés par l'odeur de nos pieds, loin de nos oreilles. Les petits moustiques sont les plus discrets, comme le moustique tigre, vecteur de la dengue ou du chikungunya.

    Mais le bruit que font les insectes a aussi un rôle dans la reproduction. Chez les moustiques, la femelle (celle qui pique) se signale ainsi au mâle. À l'inverse, chez les cigales, c’est seulement les mâles qu'on entend, pour attirer les femelles. Mais ce ne sont pas leurs ailes qui font du bruit. Les cigales ne chantent pas non plus, elles cymbalisent. Les cymbales sont deux membranes situées dans l'abdomen, qu'un muscle vient contracter. Ça va très vite, une centaine de mouvements par seconde, et ça peut être assourdissant : certaines espèces peuvent dépasser les 100 décibels et faire autant de bruit qu'une tondeuse à gazon – mais au moins les femelles sont prévenues...

    Insecte thermomètre

    On n'entend pas tout le temps les cigales, seulement au-delà de 22 ou 25°C, parce que la cigale est ectotherme (le bon terme pour qualifier les animaux à « sang-froid ») : la température du corps dépend de la température de l'air, et s'il fait trop froid, les cymbales se contractent et ne peuvent plus jouer. Voilà pourquoi, dans la fable de La Fontaine, « la cigale a[yant] chanté tout l'été ».

    Chez les grillons, la température de l'environnement a aussi un impact sur leurs stridulations. Les grillons ne chantent pas, (eux non plus n’ont pas de corde vocale) mais stridulent, et ce peut être strident. Ils produisent du son en frottant leurs ailes, pour attirer les femelles, ou pour marquer leur territoire – en tout cas c'est une manière de communiquer. Et plus il fait chaud, plus ils stridulent. Les grillons peuvent ainsi servir de thermomètre. C'est la loi de Dolbear, du nom d’un physicien américain qui avait inventé une formule mathématique assez compliquée. Mais pour faire simple, il suffit de compter les stridulations pendant 8 secondes, et d'ajouter 5. Faites l’expérience. Sur l’enregistrement d’un « chant » de grillon, on a compté 23 stridulations, ce qui fait 28°C. Pas de doute, on est bien en été.

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  • Pourquoi, pendant les canicules, les arbres ne jouent plus leur rôle?
    2026/07/28

    Certaines forêts françaises, lors de la vague de chaleur fin juin, ont émis plus de CO2 qu'elles n'en ont absorbé. Un véritable cercle vicieux : la canicule fragilise les arbres qui n'assurent plus leur fonction essentielle contre le réchauffement climatique qui met en péril les forêts.

    Un été sans fin. La France affronte dès aujourd’hui une nouvelle vague de chaleur, la quatrième en deux mois, et ce n’est une bonne nouvelle pour personne, ni pour les humains ni pour la nature et notamment les arbres. Un phénomène inquiétant a été observé fin juin, lors de la deuxième canicule : des forêts n’ont plus joué leur rôle.

    C’est beau, un arbre, ça fait de l’ombre, ça abrite de la biodiversité, et ça a une fonction essentielle : la photosynthèse, la capacité des arbres à produire de l’oxygène et à absorber du CO₂, le principal gaz responsable du changement climatique. Mais fin juin, en France, la machine s’est grippée, les arbres n’ont plus fait leur boulot, et dans certains territoires, les forêts ont émis plus de CO2 alors qu’elles sont censées en stocker.

    Moins de photosynthèse

    « Lorsqu'il y a des épisodes caniculaires, l'activité photosynthétique des feuilles est ralentie par les brûlures et par les fortes températures, ce qui fait que l'arbre va émettre moins d'oxygène. En parallèle, la respiration de ces arbres, qui se produit généralement la nuit, va, elle, émettre du CO2. On observe un déséquilibre pendant les canicules et on peut avoir une forêt qui va ponctuellement émettre plus de CO₂ qu’elle ne va relarguer d'oxygène », explique l’agroclimatologue Serge Zaka.

    Il y a un mois, ce fut un phénomène d’une ampleur inédite. De surcroît, la répétition des canicules, elle aussi inédite en France, épuise les arbres, ce qui risque encore d’aggraver le phénomène. « C'est plutôt inquiétant, estime Serge Zaka. Parce que même si l'eau revient, même si la canicule s'arrête, il peut rester des effets sur le long terme. Certains arbres vont mourir, donc ce seront des feuilles en moins qui permettaient de faire de la photosynthèse. Du bois va être décomposé par les micro-organismes et cette décomposition émet elle aussi du CO2. À tel point que dans certaines forêts du nord-est de la France et surtout en Europe centrale, on a quelques forêts tout le long de l'année qui commencent à relarguer plus de CO2, ce qui va aggraver le changement climatique ». C’est ce qu’on appelle une boucle de rétroaction, autrement dit, un cercle vicieux.

    Du sud vers le nord

    Et les cercles vicieux se multiplient. Quand c’est l’automne en plein été, quand les arbres préfèrent perdre leurs feuilles pour économiser l’eau, c’est de l’ombre en moins, donc plus de chaleur. Même chose quand un arbre meurt. « Progressivement, les arbres dépérissant vont laisser le soleil passer à travers la forêt. Du coup, c'est le sol qui s'échauffe. Et le sol qui s'échauffe, c'est une forêt qui se réchauffe elle-même plus vite, donc des espèces qui vont mourir encore plus rapidement », déplore l’agroclimatologue.

    Les humains peuvent agir, aider les forêts à s’adapter, en plantant des arbres. Mais un arbre met du temps à pousser. Il faut donc agir à long terme, ce qu’on a visiblement du mal à faire. « Actuellement, on a souvent des politiques court terme avec une vision à cinq ans maximum, déplore Serge Zaka. La vision d'adaptation sur une forêt, c'est trente ans, cinquante ans. L'Homme peut ramener des espèces du sud de la France et les planter dans les forêts du nord en respectant la biodiversité locale, donc aider les espèces du sud à remonter vers le nord. Ce que les arbres auraient fait naturellement en 20 000 ans, il faut le faire en 100 ans ». Dans 100 ans, nous serons morts, mais les arbres seront bien vivants, on l’espère, pour les générations qui viennent.

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