エピソード

  • Climat, environnement, biodiversité: a-t-on des raisons d'espérer en 2026?
    2026/01/01

    À quoi faut-il s'attendre pour cette nouvelle année ? Les émissions de gaz à effet de serre vont-elles diminuer ? Les énergies renouvelables vont-elles poursuivre leur essor ?

    Autant le dire tout de suite, en matière climatique, l'espoir n'est pas le sentiment le mieux partagé sur Terre. L'année 2025 n'a pas été très brillante et l’année qui commence ne devrait pas être meilleure, en tout cas aux yeux des habitants de la planète, selon une enquête réalisée par l’institut de sondage Ipsos dans une trentaine de pays (dont les États-Unis, le Brésil, l’Inde et le Japon). Ainsi, 78% des personnes interrogées anticipent une hausse des températures mondiales et 69% s'attendent à une multiplication des événements météorologiques extrêmes.

    Difficile de leur donner tort, au regard des 12 derniers mois… Mais l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie, prévoit une légère baisse des émissions de CO₂ liées à la production d'électricité cette année (moins 1,1%), alors même que la consommation électrique devrait atteindre un nouveau record en 2026, parce que la population mondiale augmente, et parce que les data centers, les centres de données informatiques, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus gourmands – l'intelligence artificielle devient un outil du quotidien.

    Électricité propre

    Cette électricité devrait être plus propre, alors que 2025 a peut-être été une année charnière en matière d’énergies renouvelables. Le solaire et l’éolien devraient continuer sur leur lancée, devenir numéro un et ringardiser définitivement le charbon, l'énergie la plus sale.

    Même dans les États-Unis de Donald Trump, le charbon devrait régresser, parce qu'il est moins compétitif, sa production est plus chère que le solaire. Mais l'enjeu premier reste la Chine, responsable pour un tiers des émissions mondiales de CO₂. Les émissions de gaz à effet de serre chinoises ont stagné en 2025 et certains experts prédisent même le pic tant attendu des émissions chinoises pourquoi pas dès cette année.

    Mais les énergies fossiles ont encore le vent en poupe, même si 90% des nouveaux besoins en électricité seront pourvus cette année par les énergies renouvelables. Les pays producteurs de pétrole et de gaz défendent bec et ongle leur gagne-pain. Feront-ils encore échouer le prochain sommet mondial sur le climat, la COP31, qui aura lieu à la fin de l'année en Turquie sous la présidence australienne ? À la COP30 de Belém au Brésil, ils avaient réussi à écarter tout engagement précis de sortie des énergies fossiles, comme ils ont aussi fait échouer à Genève en 2025 les négociations sur une diminution de la production de plastique.

    Un mouton dans un pré

    À part la COP31, parmi les autres grands rendez-vous de cette année qui vient, figure un sommet mondial sur l'eau, organisé en décembre par le Sénégal et les Émirats arabes unis à Abu Dhabi, en faveur d'un accès universel à l'eau, l'un des objectifs de développement durable des Nations-Unies.

    Il y aura aussi un nouveau sommet mondial sur la biodiversité, à Erevan en Arménie au mois d'octobre. Puisqu'il faut garder espoir, signalons l'entrée en vigueur le 17 janvier du traité sur la haute mer, obtenu de haute lutte. Il prévoit la création d'aires marines protégées, ainsi qu'une réglementation des ressources génétiques. C'est aussi cette année que sera choisi le siège permanent du traité : deux villes sont candidates, Valparaiso au Chili et Bruxelles pour l'Union européenne.

    Enfin 2026 a été décrétée par la FAO, l'agence des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture, année internationale du pastoralisme. Parce que l'élevage extensif, c'est bon pour la planète, le climat, la sécurité alimentaire et la biodiversité. Et un mouton dans un pré, on trouve ça plus mignon qu'un baril de pétrole.

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  • La crise climatique s'est-elle aggravée en 2025?
    2025/12/31
    En matière d'environnement et de climat, le bilan est globalement négatif pour l'année qui s'achève, malgré quelques bonnes nouvelles. N’entretenons pas un suspens inutile : la crise climatique s'est aggravée cette année. Certes, 2025 ne devrait pas être l'année la plus chaude de tous les temps, mais « seulement » la deuxième ou troisième année la plus chaude. Les canicules ont été phénoménales — 20°C au Groenland –, puis en Arctique il n'a jamais fait aussi chaud et la banquise n'a jamais autant reculé. L'Australie a frôlé les 50°C, et à Dubaï, les habitants ont mis de la glace dans des piscines pour refroidir l'eau. Les catastrophes climatiques se sont multipliées, avec dès le mois de janvier un gigantesque incendie à Los Angeles (plus de 400 morts). La France, elle, a enregistré son plus grand feu de forêt de l'été depuis 50 ans. Il y a eu aussi des inondations meurtrières, aggravées par le changement climatique, comme au Pakistan avec 800 morts. À lire aussiEn 2025, les catastrophes climatiques dans le monde ont causé plus de 120 milliards de dollars de dommages Record de CO₂ Un chiffre résume cette année 2025, celui des émissions de CO₂, le principal gaz responsable du réchauffement climatique : plus de 42 milliards de tonnes de CO₂, un chiffre jamais atteint qui sonne comme un triste anniversaire pour l'Accord de Paris sur le climat, signé il y a 10 ans à la COP21. L'un de ses objectifs, limiter le réchauffement de 1,5°C à la fin du siècle, est bien mal en point. Parce qu'on y est presque : plus 1,48°C en moyenne sur ces trois dernières années, de quoi rendre pessimiste pour la suite. « La vérité, c’est que nous avons échoué à éviter un dépassement de 1,5°C au cours des prochaines années », déclarait en septembre le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Il y a quand même eu quelques bonnes nouvelles en 2025, comme la ratification du traité sur la haute mer, qui va entrer en vigueur dans quelques jours pour protéger les océans. Le trou dans la couche d'ozone, lui, devrait bientôt se refermer. Et puis les énergies renouvelables ont le vent en poupe, plus 15% cette année. Le solaire et l'éolien ont produit plus d'électricité que le charbon, en particulier grâce à la Chine, qui reste cependant le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. À lire aussiCatastrophes climatiques: «Les solutions existent, ce qu'il faut, c'est des décisions politiques» Backlash écologique Un homme a marqué l’année, Donald Trump et son slogan « Drill, baby, drill » (« Fore, bébé, fore »). Donald Trump, l’obsédé du pétrole, du gaz et du charbon, le négationniste de la crise climatique et de la science. Dès son retour à la Maison-Blanche, le 20 janvier, les Etats-Unis ont quitté l'Accord de Paris. Ils ont aussi boycotté le dernier sommet mondial sur le climat, la COP30 de Belém au Brésil en novembre. Même sans les Etats-Unis, la lutte mondiale contre la crise climatique a pu se poursuivre, cahin-caha. Mais le backlash écologique, le retour de bâton, a atteint la vieille Europe. On termine avec la femme de l'année, en tout cas de cette fin d'année, Brigitte Bardot, morte le 28 décembre. Elle avait arrêté le cinéma pour une chèvre, et pour sauver les bébés phoques. Elle avait consacré le reste de sa vie à la protection animale, au prix de quelques saillies racistes. Selon l'avocat Jean-Pierre Mignard, « Brigitte Bardot était animaliste mais pas humaniste ». Pour sauver la planète, en 2026 et après, il faudra les deux. À lire aussiLutte contre le réchauffement climatique: Donald Trump en arrière toute
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  • Y a-t-il un loup dans la pub du loup d'Intermarché?
    2025/12/30
    La chaîne française de supermarchés essuie des critiques après le succès planétaire de son film publicitaire vu plus d’un milliard de fois. La publicité est devenue culte en quelques semaines, dépassant toutes les espérances de ses concepteurs. Déjà vue plus d’un milliard de fois dans le monde entier, « la pub du loup », comme on l’appelle, met en scène un loup, bien seul parmi tous les animaux de la forêt, parce qu’il est carnivore. Difficile de se faire des amis qu’on pourrait dévorer. « Si tu mangeais pas tout le monde ! », explique un hérisson au loup dépité. « Je suis un loup, lui répond-il. Qu’est-ce que tu veux que je mange ? » « Déjà pas les gens ! Des carottes, des champignons, des fruits, des légumes… » « Ça se chasse comment, les légumes ? », demande le loup, « le mal-aimé » de la forêt, pour reprendre le titre de la chanson de Claude François qui illustre la publicité. Le loup va donc se mettre à cuisiner des légumes et à préparer un repas de fête pour tous les animaux de la forêt, qui finissent par accepter le loup. La publicité a été ainsi saluée comme un conte de Noël sur l’inclusivité, le vivre-ensemble et pourquoi pas le véganisme. À lire aussiLa publicité de Noël d’Intermarché, création française, réjouit les internautes « Bouffer Bambi » Mais des critiques ont fusé, alors que la crise climatique exige de manger moins de viande, puisque l’élevage est une importante source de gaz à effet de serre. Dans le camp des « viandards », on a dénoncé une publicité « woke » et « gauchiste » pour promouvoir le végétarisme. Sur les réseaux sociaux, certains ont détourné la pub, avec l’intelligence artificielle, pour montrer par exemple le loup qui tranche non plus une carotte mais la tête d’un écureuil. « Tu vas voir si je suis un p** de bouffeur de légumes », fait-on dire au loup. Tu vas voir, je vais aller bouffer Bambi, ça va pas trainer ! » « Bouffer Bambi », manger des cervidés, c’est dans l’ordre naturel pour les loups. C’est d’ailleurs parce qu’ils n’ont plus de prédateurs que les ongulés, les cerfs ou les sangliers, prolifèrent. Eux sont bien végétariens et peuvent menacer des forêts en s'attaquant aux nouvelles pousses, aux jeunes arbres. C’est aussi pour cela que le retour du loup en France, éradiqué au début du XXe siècle, est une bonne nouvelle pour la biodiversité, pour l’équilibre de la nature. À lire aussiAlimentation: «La surconsommation a un coût» sur la santé et l'environnement, constate une étude Pêche destructrice La pub d’Intermarché a aussi été critiquée par des associations environnementalistes, en particulier par l’ONG française Bloom, qui se bat pour la sauvegarde des océans. Dans le film, on voit le loup, censé devenir végétarien, pêcher et cuisiner du poisson. « Le message subliminal, c’est qu’être végétarien est compatible avec le fait de manger du poisson, dénonce Claire Nouvian, la fondatrice de Bloom. Mais ce n’est pas possible : les végétariens ne consomment aucune chair animale. Le loup est accepté sur la base de son végétarisme ; c’est une quiche végétarienne qu’il propose à la fin du clip, ce n’est pas son plat de poisson. Il y a une hypocrisie. Cela se présente comme un petit film alors que c’est une publicité. Et à quoi sert une publicité, sinon à nous faire acheter des choses ? » Intermarché veut nous faire acheter du poisson mais pas du poisson bio, selon Bloom qui accuse l'enseigne de grande distribution de pratiques délétères. « Il se trouve qu’Intermarché possède la plus grande flotte de pêche de France impliquée dans des méthodes de pêche extrêmement destructrices : le chalutage de fond, avec des filets qui raclent les fonds et détruisent l’environnement. Dans le clip, évidemment, le loup ne fait pas du chalutage de fond, il pêche à la ligne. Donc je trouve cela délétère par rapport à la représentation faussée selon laquelle les poissons se porteraient bien. On a déjà fait disparaitre plus de 90 % de grands poissons des océans », souligne Claire Nouvian. Bloom a ainsi porté plainte pour publicité mensongère. L'ONG avait déjà fait condamner Intermarché en 2012, qui prétendait, déjà, faire de la pêche durable. À lire aussiFace à l'urgence climatique, quelles alternatives à la viande d'élevage?
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  • Extraction aurifère au Ghana: comment une mobilisation citoyenne préserve la forêt?
    2025/12/29

    Cette année, l'actualité environnementale a été souvent marquée par des reculs politiques. Et ce alors que partout dans le monde, de plus en plus de citoyens et de citoyennes se mobilisent pour protéger le climat et ainsi le vivant sur notre planète. Pour celles et ceux qui ont douté en 2025 de l'impact que peuvent avoir leurs mobilisations, il existe un exemple à suivre : celui du Ghana.

    Au Ghana, le gouvernement a abrogé en début de ce mois de décembre une loi minière controversée. Cette loi permettait au président d'approuver l'exploitation aurifère dans les 288 réserves forestières du pays au titre de « l’intérêt national ». De cette manière, dans plus d'une douzaine de ces zones écologiquement très sensibles, des licences pour des mines d'or avaient été délivrées. Quand l'information est rendue publique début 2023 par des organisations environnementales « la société civile, presque tout le pays, s'est soulevée à l'unisson pour dire : vous ne pouvez pas toucher à la forêt comme ça ! », raconte Daryl Bosu, vice-président de l'ONG A Rocha Ghana.

    Accra a écouté après une menace de grève

    « C'était le début d'un mouvement sans précédent au Ghana : des ONG, des réseaux de scientifiques, des alliances de citoyens, les médias, le Conseil des évêques catholiques menaient des actions, organisaient des manifestations, menaient des dialogues avec les agences gouvernementales et le parlement, se souvient Daryl Bosu. Mais le point de bascule, c'était le moment où les syndicats ont menacé de lancer une grève générale dans tout le pays et où les professeurs d'université du Ghana ont menacé de manifester. C'est là que le gouvernement a commencé à écouter. Je pense que nous avons montré que lorsque la société civile travaille ensemble, nous pouvons réellement déplacer des montagnes. »

    La ruée vers l'or dont regorge le sous-sol ghanéen cause depuis des années la destruction des écosystèmes forestiers. Cette destruction est devenue inacceptable pour la population. « L'exploitation minière n'a pas sa place dans nos réserves forestières. Parce que nos forêts livrent des services indispensables à tous les citoyens ghanéens qui l’ont bien compris. Elles améliorent le climat, garantissent notre approvisionnement en eau et jouent un rôle essentiel en tant qu'habitat pour la biodiversité. Nous avons besoin de ces services fondamentaux pour garantir notre bien-être et notre sécurité », explique le défenseur de l’environnement.

    Des défis demeurent

    Des défis demeurent toutefois : comment imposer l'interdiction de l'exploitation minière dans les forêts ghanéennes ? Comment venir notamment à bout de l'orpaillage illégal ? Comment permettre aux mineurs artisanaux de trouver des moyens de subsistance alternatifs ? Mais après la victoire de l'abrogation de la loi minière, Daryl Bosu est optimiste pour la suite : « Pour en arriver là, il faut également un gouvernement à l'écoute. Je ne cherche pas à défendre le gouvernement. Je tiens juste à l'encourager à continuer d'écouter la société civile. Car ensemble, nous pouvons bâtir un pays meilleur et durable pour nous tous. »

    ONG, scientifiques, syndicats et simples citoyens pensent déjà à l'après : forts du succès de cette première mobilisation environnementale populaire, ils veulent maintenant mettre le cap sur des mesures d'adaptation au changement climatique.

    À lire aussiAu Ghana, comment rendre le secteur minier plus respectueux de l’environnement ?

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  • Comment Dian Fossey, assassinée au Rwanda il y a 40 ans, a-t-elle sorti les gorilles de la brume?
    2025/12/25
    Le 26 décembre 1985, la primatologue américaine était sauvagement tuée dans le Virunga. Elle avait bouleversé les connaissances et l’image de ces grands singes et luttait pour leur protection. Depuis 40 ans, la question reste sans réponse : qui a assassiné Dian Fossey, la primatologue américaine qui étudiait les gorilles au Rwanda, dans les montagnes du Virunga, et pourquoi ? Quarante ans après sa mort, le nom de Dian Fossey reste associé à ces grands singes fascinants, et son héritage est extrêmement important, au même titre que celui de la Britannique Jane Goodall, qui étudiait les chimpanzés en Tanzanie, et qui est morte cette année. Dian Fossey est devenue célèbre dans le monde entier lorsqu'elle a fait la couverture du magazine National Geographic, en 1970. On la voit porter un jeune gorille dans ses bras – c'est la première photo à montrer un tel contact entre un humain et un gorille. Au prix de milliers d’heures d’approche et d’observation, Dian Fossey avait patiemment établi une relation de confiance avec « ses » gorilles. Grimaces de singe « La semaine dernière, de jeunes gorilles ont joué autour de moi pendant une heure. Je ne puis vous dire mon émotion. Je les crois fort perturbés par mon espèce. Je les ai amadoués en les imitant. Ils sont fascinés par mes grimaces. Du fait de ce rapprochement, je glane une masse d’observations, du jamais-vu », raconte-t-elle dans le film Gorilles dans la brume, sorti en 1988, où Dian Fossey est incarnée par Sigourney Weaver. Un film inspiré de son autobiographie, qui a contribué à entretenir sa légende. Dian Fossey a d'abord révolutionné la connaissance de ces grands singes, alors même qu’elle n’a pas de formation scientifique. L'Afrique et les animaux l'attirent et elle finit par s'installer au Rwanda dans les années 60 pour fonder un centre de recherche et consacrer le reste de sa vie aux gorilles des montagnes. La « femme gorille » Elle a ainsi changé le regard des humains sur leurs cousins lointains, perçus à l’époque comme de grands singes féroces et agressifs. « Dian Fossey a été la première à s'apercevoir qu’il s’agit d’animaux gentils, capables de sensibilité, d’être doux. Elle a découvert que chaque individu avait sa personnalité, ce qui n’était pas du tout accepté à l’époque. Elle a aussi mis en lumière différents comportements, comme l’infanticide, ainsi que des relations sociales beaucoup plus intenses que ce qu’on pensait jusqu’alors », souligne la primatologue italienne Shelly Masi, qui étudie les gorilles de l'Ouest en Centrafrique. L'autre héritage de Dian Fossey, c'est la sauvegarde des gorilles, dont on fait des trophées de chasse. Des animaux tués par les braconniers ou capturés pour rejoindre des zoos. La « femme-gorille », comme on l’appelait, se battait contre les chasseurs pour sauver ses protégés. « Elle a lutté pour leur préservation, à tel point que les gorilles de montagne sont la seule sous-espèce de grands singes qui n’est pas en train de disparaitre. C’est même la seule espèce dont la population augmente », précise Shelly Masi. Controversée Mais sa vision de la conservation et de la sauvegarde des animaux, n'était pas consensuelle. Elle s’était fait beaucoup d’ennemis, et c’est la face sombre de Dian Fossey. À la différence de Jane Goodall, qui avait compris qu'on ne peut protéger les animaux sans aider les humains, comme fonctionnent aujourd’hui les politiques de conservation partout dans le monde, Dian Fossey entra très vite en conflit avec les villageois. Elle fut aussi accusée de racisme et d'avoir torturé des braconniers. « C’était une femme un peu bizarre, dans la façon dont elle se comportait, dans la façon dont elle défendait ces animaux, à juste titre peut-être, mais avec une telle agressivité, témoigne Robert Arnaud, le journaliste de Radio France qui l'avait rencontrée au Rwanda, interviewé par Kamel Djaider dans Afrique matin sur RFI en 1988. Ces gorilles, c’était ses gorilles. Ce n’était pas des gorilles, c’était les siens. Si on y touchait d’une manière quelconque, on touchait à ses enfants, on touchait à son bien. Elle devenait furieuse. À la fin, elle devenait furieuse. » Dian Fossey était un personnage controversé, mais elle a sorti les gorilles de la brume. À lire aussiAu Rwanda, la population grandissante de gorilles en danger à cause du manque d'espace
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  • Pourquoi l'écologie est-elle d'abord une science?
    2025/12/24
    Le même terme, « écologie », désigne un courant de pensée politique et une science. Cette possible confusion est exploitée par les climatosceptiques pour dénigrer à la fois la science et les écologistes. Quand on dit « écologie », on pense sûrement d’abord à un parti politique, comme Europe-Écologie-Les Verts en France. On peut aussi penser à des femmes et des hommes politiques, comme René Dumont, premier candidat de l’écologie à une présidentielle, en 1974. « La voiture, ça pue, ça pollue, ça rend con », lâchait-il pendant sa campagne. Mais, l’écologie, avant d’être un courant de pensée, ou un courant politique, c’est d’abord de la science. L’écologie se définit comme l’étude des interactions entre les êtres vivants et leurs milieux, et entre les êtres vivants eux-mêmes. Une science qui s’appuie d’ailleurs sur d’autres sciences : la biologie, la climatologie, la physique ou la chimie. Il y a des biologistes, et il y a des écologues, à ne pas confondre donc avec des écologistes. À lire aussiPhilippe Grandcolas (écologue): «Il faut absolument stopper l'effondrement de la biodiversité» Écologues et écologistes sont complémentaires L’écologie politique et les écologistes défendent des politiques environnementalistes. Mais, dans les faits, les écologistes dépendent du travail des écologues. « Les partis politiques qui ont une vision environnementale s’appuient sur les connaissances développées en écologie pour avancer leurs idées et l’idée d’une transformation écologique de la société. Ils ne s’opposent donc pas », défend l’écologue Sébastien Barot, chercheur à l’IRD (l’Institut de recherche pour le développement), et auteur d’un livre intitulé L'Écologie est une science aux éditions Belin. Écologues et écologistes sont complémentaires. Mais un même mot, écologie, pour désigner une science et un courant de pensée politique, cela peut prêter à confusion. Une confusion volontairement entretenue d’ailleurs par les climatosceptiques. « On oublie trop souvent que derrière les idées environnementalistes il y a une science, qui produit des données, qui fait des statistiques, qui fonctionne comme les autres sciences, rappelle Sébastien Barot. Ce qui rend la critique des courants environnementalistes plus facile en disant : "C’est juste de l’idéologie, il n’y a pas de crise de la biodiversité, donc il n’y a rien à faire". » Trump contre l'écologie À ce petit jeu, il y a un champion du monde, Donald Trump, président des États-Unis, président de l’internationale climato-négationniste. « Ça finira par se refroidir, vous verrez. Je ne pense pas que la science le sache vraiment », a-t-il un jour lâché devant des scientifiques médusés. Nier la crise climatique, c’est nier la science, et il y a d’ailleurs une certaine cohérence chez Donald Trump, lui qui a multiplié les attaques et le démantèlement des agences scientifiques aux États-Unis. « Le propos de mon livre est de rappeler que l’écologie est une science à un moment où les sciences sont remises en cause, souligne Sébastien Barot. Quand on met en doute le changement climatique et le fait que les humains sont à l’origine du changement climatique, on va à l’encontre de ce que dit la science climatique et le consensus scientifique. » Sébastien Barot, écologue, travaille sur les savanes africaines. Mais un écologue est-il aussi un écologiste ? « Vu que les données de l’écologie scientifique sont finalement assez peu prises en compte dans la décision politique, cela pousse beaucoup de mes collègues et moi-même à nous engager dans la société, ce qui veut dire diffuser nos connaissances et essayer d’aider les pouvoirs publics à prendre de bonnes décisions. Ce n’est pas forcément du militantisme », répond l’intéressé. Parce qu’il n'y a pas d'écologie sans écologie. À lire aussiGreenbacklash, qui veut la peau de l'écologie ?
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  • Menaces sur le cacao: y aura-t-il toujours du chocolat à Noël?
    2025/12/23
    C'est pendant les fêtes de fin d'année que l'on consomme le plus de chocolat, issu du cacaoyer, un petit arbre dont la culture est confrontée, en particulier en Afrique de l'Ouest, aux ravageurs et au changement climatique. Mais des solutions existent. Gare à la crise de foie. Noël est la période où l'on mange le plus de chocolat, surtout en Europe et en Amérique du Nord. Le cacaoyer fait en effet partie de ces plantes cultivées au sud et surtout consommées au nord. C'est en Suisse où l'on mange le plus de chocolat. La France n'est pas loin derrière, avec plus de 30 000 tonnes achetées au moment de Noël – et c'est peut-être pour ça qu'on grossit pendant les fêtes ! La consommation de chocolat a pourtant diminué ces derniers temps, avec l’explosion des prix, en raison de la loi de l'offre et de la demande. Il y a deux ans, la production de cacao a chuté en particulier en Afrique de l’Ouest, alors que la Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial, et le Ghana représentent 70 % de la production mondiale de cacao. C'est une conséquence du changement climatique, mais pas dans le sens où on le redoutait. À lire aussiPâques: à cause du changement climatique, les prix des chocolats s'envolent Trop de pluie « On a craint pendant longtemps des sécheresses dans certaines zones de Côte d’Ivoire et du Ghana, explique Christian Cilas, chercheur et correspondant cacao au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Mais, en fait, la plus grosse crise est venue en 2023 par des excès de pluie qui ont entrainé des problèmes de floraison, de chute de fleurs, de manque de pollinisation et surtout la pourriture brune des cabosses, une maladie causée par un champignon qui s’est propagée de façon très importante avec les pluies. » Ça devient chaud pour le cacao qui doit aussi affronter outre le changement climatique d’autres menaces : des maladies, des ravageurs et en premier lieu le swollen shoot, un virus transmis par un insecte, la cochenille. « Ce virus existe dans la flore africaine sur d’autres espèces végétales et il y a eu ce qu’on appelle en épidémiologie un saut d’hôte : le virus est passé sur le cacao par l’intermédiaire d’un vecteur que sont les cochenilles. La maladie est en progression et provoque la mort de parcelles d’arbres », précise Christian Cilas. Solutions hybrides Mais face à ces menaces, la recherche agronomique n'est pas inerte et il existe des solutions. D'abord l'agroforesterie, qui a fait ses preuves : des cultures vivrières au milieu d'arbres, ce qui procure de nombreux avantages pour les cultures et pour le climat. Les scientifiques mettent aussi au point des cacaoyers hybrides. « Par le biais de croisements, il est possible d’avoir du matériel végétal qui soit plus résistant à certaines maladies notamment. C’est une solution, mais une solution à long terme parce que lorsqu’il y a des problèmes climatiques ou des maladies qui émergent, mettre au point des variétés plus résilientes prend un certain temps », souligne Christian Cilas. Mais pourrait-on imaginer à terme un Noël sans chocolat ? « A priori non, répond Christian Cilas, du Cirad. Ce qui se passe souvent, c’est que les zones de production bougent. Il y a des pays qui se mettent à faire plus de cacao maintenant, au Libéria, ou en Afrique centrale. Le Pérou a aussi augmenté sa production. Et des pays asiatiques sont également intéressés à produire du cacao. » Nous voilà rassurés : ce n’est pas encore cette année qu’on mangera moins de chocolat. À lire aussiPremière cotation d'une plantation de cacao
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  • Comment les activités humaines ont aggravé les inondations meurtrières en Asie du Sud-Est
    2025/12/22
    Fin novembre, deux tempêtes tropicales ont frappé l'Asie du Sud-Est. En quelques jours, des torrents de pluie ont dévasté le Sri Lanka, une partie de la Malaisie, de la Thaïlande et de l'Indonésie, faisant plus de 1 800 morts. C'est la catastrophe naturelle la plus meurtrière depuis le tsunami de 2004. L'île indonésienne de Sumatra a été particulièrement touchée, avec plus de 1 000 morts et des centaines de personnes toujours disparues. L'Homme est en partie responsable de ces évènements. Ditwah au Sri Lanka, Senyar en Indonésie. Deux tempêtes tropicales exceptionnelles qui ont déversé fin novembre de fortes pluies. Inondations, coulées de boue et glissements de terrain ont fait au moins 1 800 morts et des milliards de dollars de dégâts. Un groupe international de scientifiques vient de réaliser une analyse de tous les facteurs qui ont mené à la catastrophe. Si les pluies de mousson sont naturelles dans cette partie du globe, les chercheurs sont formels : leur intensité, elle, a été anormale. Ils assurent que les inondations meurtrières ont bien été favorisées par le dérèglement climatique. Or l'Homme est le responsable de la crise climatique. Mais notre responsabilité ne s’arrête pas là. En Indonésie notamment, de plus en plus de voix s'élèvent pour accuser la déforestation. Mauvaise gestion de crise Salsabila est membre de l’association de femmes Solidaritas Perempuan à Sumatra. Elle revient tout juste de la région d'Aceh, l'une des plus touchées. Elle décrit une situation critique : l'accès à l'eau et à la nourriture est difficile, des maladies émergent et les rescapés manquent de médicaments. Selon elle, le gouvernement ne fait pas assez pour secourir les sinistrés : le président refuse de déclarer l’état de catastrophe naturelle, ce qui empêche le décaissement de fonds. « En tant que citoyenne indonésienne, je suis profondément déçue et honteuse de leur réaction, raconte Salsabila. Un village du district de Sekarat a même été déclaré complètement perdu. Toutes les maisons et les environs ont été emportés par les inondations. Je n'imagine même pas la peur que les habitants ont dû ressentir lorsque l'eau a atteint la hauteur des cocotiers, soit environ 6 mètres, et a dévasté tout leur village. » « Aceh Tamiang est l'un des endroits qui compte le plus grand nombre de plantations de palmiers à huile de la région, c'est l'une des principales raisons qui expliquent que les inondations ne se soient pas résorbées. » Les forêts sont des éponges Dans le pays, la déforestation est massive. L'île de Sumatra a perdu presque 4,5 hectares de forêt en 25 ans, une surface plus grande que la Suisse, pour l'exploitation minière et surtout pour l'agriculture industrielle de palmiers à huile et faire place à des villes qui s'étendent de manière anarchique. Pour Salsabila, « il ne s'agit pas seulement d'une catastrophe climatique, mais aussi d'une catastrophe environnementale et si cela continue, les conséquences dans le futur seront sans aucun doute bien pires. » Les forêts intactes agissent en effet comme des boucliers face aux inondations Les feuilles et les branches ralentissent la chute de la pluie, la couche de feuilles au sol protège la surface et les racines, avec tous les tunnels créés par les petits animaux comme les vers de terre, font de minuscules chemins qui permettent à l'eau de s'infiltrer. Les plantes absorbent aussi une partie de l'eau. Puissants lobbys industriels « Une forêt est une éponge naturelle », expliquent des chercheurs dans The Conversation. Si on la coupe, si on tue la vie du sol avec toute sorte de pesticides pour l'agriculture, alors le paysage perd sa capacité à absorber l'eau. La pluie s’accumule et fait déborder les rivières, l'eau qui ruisselle emporte le sol, ce qui engendre des inondations et des glissements de terrain. Au Parlement, le ministre indonésien des Forêts a bien mis en cause « une mauvaise gestion forestière ». Le ministre de l’Environnement a, lui, suspendu quelques permis d'exploitation à Sumatra. Ils promettent de mieux contrôler et de punir les entreprises qui ne respectent pas les permis. Mais il va falloir bien plus « face aux intérêts puissants » et à l'impunité des exploitants d'huiles de palme, de bois et de minerais, souligne l'Institut Lowy, un think tank australien, très critique lui aussi de la politique indonésienne. Changement climatique, destruction de la nature et destruction des sols : l'Homme est responsable de cette triple crise. Il faut donc agir sur ces trois facteurs pour éviter ces terribles catastrophes et ces milliers de morts.
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