エピソード

  • Au Moyen-Orient, l'environnement est-il devenu une cible de guerre?
    2026/03/17

    L'Iran dénonce un écocide après les frappes militaires israéliennes sur ses dépôts pétroliers. En polluant l'air et l'eau, les bombes atteignent les populations civiles. Des impacts aggravés par la crise climatique.

    Ils font désormais partie du paysage. D’immenses panaches de fumées noires s’élèvent dans le ciel de Téhéran, notamment, chaque fois que les armées d’Israël et des États-Unis bombardent l’Iran, c’est-à-dire chaque jour. L’air est irrespirable ; il pleuvait même du pétrole après les bombardements de dépôts pétroliers aux conséquences catastrophiques. Ils pourraient provoquer des marées noires souterraines, une pollution qui pourrait menacer des générations. Le chef de la diplomatie iranienne a dénoncé lundi « un écocide », un crime contre l'environnement. « En ciblant un dépôt de pétrole, on prive d'abord son adversaire de pétrole et on complique la gestion de sa propre population parce qu’ils n'ont plus d'énergie. Ensuite, ça peut polluer et l'air qui devient irrespirable et l'eau qui ne devient plus potable. Il y a donc cette approche de cibler l'environnement parce que cet environnement soutient une capacité de vie des populations », analyse Anne Sénéquier, chercheuse santé environnement climat à l'Iris, l'Institut de relations internationales et stratégiques.

    Mais l'Iran n'est pas en reste en termes d'écocide. Le régime de Téhéran a également frappé des infrastructures pétrolières et gazières de plusieurs pays du Golfe, ainsi qu'une usine de dessalement d'eau. L'eau, c'est vital, et que ce soit de manière directe comme ici, ou de manière indirecte après les frappes sur les dépôts pétroliers iraniens, le résultat est le même. « L'humain sans eau ne tient pas trois jours. S'il n'y a pas d'eau, il n'y a justement pas de possibilité de continuer le conflit. C’est là où notre humanité s'exprime aujourd’hui de manière la plus cruelle qui soit, puisqu'on va essayer d'annihiler l'humanité même de l'adversaire. Et ça, c'est problématique », souligne Anne Sénéquier.

    Du Vietnam au Liban

    Problématique mais pas nouveau, presque aussi vieux que la guerre. Dans la région, on se souvient de Saddam Hussein : l'annexion du Koweït est un échec, et de rage, l'Irak met le feu aux puits de pétrole et déverse en mer quelques six millions de barils de brut – la pire marée noire de l'humanité. Plus récemment, on a parlé d'écocide à Gaza. Le mois dernier, Israël, encore, a été accusé de larguer par avion sur le Sud Liban du glyphosate concentré, le puissant herbicide fabriqué par Monsanto, pour stériliser les terres agricoles et empêcher le retour des populations. Cinquante ans plus tôt, pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis déversaient l'agent orange pour tuer la végétation, avec des effets sur l'eau, la santé, la biodiversité… ressentis encore aujourd'hui. L'agent orange, une autre production signée Monsanto...

    Les crimes contre l'environnement peuvent frapper davantage les esprits aujourd'hui parce que ces écocides sont mieux documentés. Grâce aux satellites et à tous les outils mis en place pour mesurer la crise climatique, on peut voir en temps réels les pollutions et les atteintes à l'environnement. On sait aussi que les impacts ne sont plus limités dans le temps ni dans l'espace. Et dans un monde, une nature, plus fragiles qu'avant, les conséquences sont beaucoup plus fortes aujourd'hui. « On se retrouve aujourd'hui à appliquer des méthodes malheureusement qui ont toujours été les mêmes, mais qui sont démultipliées aujourd'hui par leur impact, que ça soit au niveau atmosphérique, au niveau des cycles de l'eau ou au niveau de la pollution. C'est là où ça dépasse peut-être le champ restreint que ça pouvait avoir auparavant », estime Anne Sénéquier, co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale à l'Iris. La politique de la terre brûlée est encore plus grave quand notre maison brûle.

    Invité internationalGuerre au Moyen-Orient: «À ce jour, l’écocide n’est pas reconnu comme un crime international par la CPI»

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  • Marché carbone européen: la transition énergétique à tout prix?
    2026/03/16
    Des voix s'élèvent en Europe contre l'obligation des industries à payer pour leurs émissions de CO₂. Un outil mis en place pour favoriser les énergies vertes, mais qui pèse sur la compétitivité des entreprises, et au final sur les consommateurs. Le marché carbone est-il sur la sellette en Europe ? À quelques jours d'un Conseil européen sur la compétitivité, des voix s'élèvent pour critiquer l'un des mécanismes mis en place pour accélérer la transition énergétique. Le marché d'émissions carbone européen concerne pour l'instant les plus gros pollueurs : les grosses industries, le secteur électrique et l'aviation. Pour les inciter à se décarboner, à émettre moins de CO₂, ils doivent payer des droits à polluer. C'est le principe pollueur-payeur. « L'idée, c'est qu'on a des quotas carbone et qu'à chaque fois qu'une des installations régulées émet une tonne de CO₂ dans l'atmosphère, elle doit, en contrepartie de cette tonne de CO₂, acheter un quota sur le marché carbone européen », explique Fanny Henriet, directrice de recherche CNRS à Aix-Marseille School of Economics. Les industriels bénéficient aussi de quotas gratuits qui doivent normalement disparaître à terme. À lire aussiL’Union européenne se dit en bonne voie pour ses objectifs de réduction de CO2 Un marché qui marche Ce marché carbone a d'ailleurs produit des effets. Depuis 10 ans qu'il existe, il a rapporté 245 milliards d'euros, de l'argent investi dans les énergies propres. L'Europe est ainsi championne du monde de la décarbonation. « On a réduit de 35 % nos émissions par rapport à 1990, souligne Christian Gollier, professeur à Toulouse School of Economics. On est la seule région du monde à avoir réellement engagé des sacrifices pour sauver l'humanité de ce désastre anticipé du changement climatique. Si les autres régions du monde n'accélèrent pas leur processus de décarbonation, nous, en Europe, on commence à avoir un sérieux problème de compétitivité et une montée en puissance d'une grogne sociale. » Parce que la décarbonation a un prix ; pour le bien de l'humanité, il faut passer à la caisse. « Produire de l'acier décarboné par rapport à la solution actuelle des hauts fourneaux, c'est pratiquement doubler le coût de fabrication de l'acier, poursuit Christian Gollier. In fine, ce sont les citoyens qui paient à travers des augmentations des prix. Et c'est bien l'objectif : il faut pousser l'ensemble des acteurs de l'économie, en particulier les consommateurs et les citoyens, à intégrer dans leur mode de vie les conséquences extrêmement néfastes des modes de consommation les plus carbonés. » Backlash C'est donc au nom de la compétitivité des entreprises que certaines voix remettent en cause le marché des émissions carbone, et la fronde prend de l'ampleur avec les récentes prises de position des Premiers ministres allemands et italiens – le nouvel axe européen, qui s'oppose de plus en plus à la France. Certains veulent prolonger les quotas gratuits d'émission, d'autres veulent suspendre le marché carbone actuel, d'autres encore renoncer au projet d'un deuxième marché pour le transport routier et le bâtiment. À lire aussiEntrée en vigueur de la nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne Plus d'économie et moins de climat, cette petite musique est dans l'air du temps. « On observe ce qu'on a appelé le backlash environnemental, où les questions de climat passent souvent au second plan après le reste, analyse Fanny Henriet. Et là, en effet, c'est pour défendre la compétitivité. C'est en tout cas comme ça que l'argument est présenté parce que cela renchérit les prix de production en Europe comparé aux prix de production dans le reste du monde. » Un argument qui prend de l'ampleur ces jours-ci avec un pétrole à 100 dollars. Mais c'est précisément l'objet de la transition énergétique : se passer du pétrole. À lire aussiAllons-nous réussir à nous passer des énergies fossiles ?
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  • Tourisme et climat: un cercle vicieux?
    2026/03/12
    L'empreinte carbone du tourisme aggrave la crise climatique, qui elle-même menace le secteur. Dans un monde en voie de disparition, se développe un tourisme de « la dernière chance », le plus souvent au bout du monde... « Découvrez des destinations du bout du monde ou juste à côté de chez vous » : c’est l’invitation lancée aux visiteurs par le Salon mondial du tourisme qui s’ouvre aujourd’hui à Paris. Et autant dire d’emblée que la première option, la promesse du bout du monde, n’est pas très climato-compatible. Le tourisme est un accélérateur de la crise climatique, lui qui représente, à lui tout seul, 9% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais quand on est en vacances, on n'y pense pas forcément. « Dans le tourisme, on est sur une consommation qu'on qualifie d'hédonique, souligne Isabelle Frochot, maître de conférences à l'Université Bourgogne-Europe. C'est une consommation récompense, une consommation plaisir. Et dans la consommation hédonique, tous nos engagements et principes environnementaux passent à la trappe. » L'empreinte carbone du tourisme n'est pas près de diminuer. Le secteur touristique est sur une croissance annuelle de 4%. L’an dernier, on a battu tous les records, avec plus d'1,5 milliard de touristes dans le monde, selon l'Onu-Tourisme, un chiffre qui ne tient compte que du tourisme international, lorsqu’on voyage dans un pays étranger. L'Accord de Paris sur le climat exige que le secteur réduise ses émissions de 10% par an. On en est très loin, d'abord à cause du transport, qui représente 70% de son bilan carbone. Le transport, c'est d'abord l'avion, devenu moins cher que le train. Le trafic aérien mondial devrait d’ailleurs presque doubler d’ici 2050 et les promesses d’une aviation décarbonée restent pour l’heure des promesses. Plages en voie de disparition Tourisme et climat entretiennent en fait un cercle vicieux. « Le tourisme contribue à aggraver le climat qui lui-même contribue à fragiliser l'offre touristique. Ce sont les acteurs qui ont du mal à faire évoluer leur modèle et en même temps une demande touristique qui grandit ; des acteurs capitalistes qui profitent de cette manne et des consommateurs qui ne s'interrogent pas sur l'impact de leurs actes », résume Isabelle Frochot. Des destinations touristiques commencent ainsi à souffrir de la crise climatique. Certaines sont menacées par la montée des océans, comme les Maldives et la plupart de destinations insulaires. Dans les Caraïbes, près d'un tiers des hôtels sont à moins d'un mètre au-dessus du niveau de la mer. Partout dans le monde, des plages sont en train de disparaître. Le tourisme blanc (les sports d’hiver) est également menacé par le réchauffement climatique. Vacances en absurdie D’autres destinations enfin souffrent de canicules à répétition. En Méditerranée, l'été 2024 a été particulièrement catastrophique. « On a atteint des températures extrêmes de 48 ou 49°C avec des réservoirs d'eau à sec, des incendies allant jusqu'à la mer, jusqu'aux plages, avec des évacuations de touristes en Grèce. On a assisté à des épisodes très marquants qui ont incité, on le voit déjà, certains touristes à ne plus fréquenter certains lieux de Méditerranée au plus fort de la saison », relève Rémy Knafou, géographe – il publie dans une semaine Hypertourisme, le tourisme à l'épreuve de sa démesure (éditions du Faubourg). La crise climatique a même donné naissance à ce qu’on appelle « le tourisme de la dernière chance », quand on voyage pour voir ce qui est en train de disparaître à cause du changement climatique : les glaciers du Groenland, les ours polaires du Canada ou la Grande barrière de corail en Australie. « On développe des pratiques présentées à des touristes comme vertueuses qui consistent à contribuer au réensemencement des coraux, raconte Rémy Knafou. Ce qu'on oublie de dire, c'est qu'une bonne partie des touristes qui contribuent à cette action présentée comme vertueuse viennent de l'autre bout du monde et donc leur avion et les émissions de gaz à effet de serre contribuent à accélérer le blanchissement des coraux en question. C'est à la fois la satisfaction égoïste des touristes qui participent à ce mouvement et la recherche des profits pour les entreprises qui les font venir jusque-là. » Un autre cercle vicieux, pour de belles vacances en absurdie.
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  • Municipales en France: parle-t-on encore d'écologie et d'environnement?
    2026/03/11
    Après la « vague verte » des élections de 2020, plusieurs maires écologistes sortants semblent en difficulté, comme à Lyon ou Strasbourg. L'environnement n'est plus, comme il y a six ans, la première préoccupation des Français. Après la vague du Covid-19, il y eut la « vague verte ». Les dernières élections municipales organisées en France en 2020, décalées de quelques mois en raison du premier confinement, avaient été marquées par le succès des listes écologistes dans plusieurs grandes villes, à tel point que les médias ne parlaient plus que de « vague verte ». « Ils n'en revenaient pas eux-mêmes hier soir, lançait ainsi la présentatrice du journal de 20 heures de France 2, Anne-Sophie Lapix, au lendemain du second tour. Les écologistes ont fait une percée spectaculaire aux municipales, en particulier dans les grandes villes. Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Besançon, Poitiers, Tours... La liste des conquêtes est impressionnante ». Mais six ans plus tard, à quelques jours du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, la vague semble retombée. En 2020, en pleine pandémie du Covid-19, les questions d’environnement étaient en tête des préoccupations, pour 47% des électeurs. La France, et le monde, venaient de subir toute une série de catastrophes, aggravées par le changement climatique. Mais aujourd’hui, l’environnement est passé à l’arrière-plan, selon les dernières enquêtes de l’institut de sondage Ipsos-BVA, loin derrière la sécurité, le pouvoir d’achat et l’emploi. Les catastrophes climatiques se sont pourtant aggravées. Mais c’est comme si on s’y habituait. « C'est un peu ce qu'on appelle l'effet de la grenouille qu'on met dans de l'eau chaude et qui ne se rend pas compte qu'elle est en train de brûler quand on augmente la température, analyse Matthieu Gallard, directeur d’études à Ipsos-BVA. Pour une partie des Français, il y a le sentiment de plus en plus fort, comme on le voit dans les enquêtes qu'on peut mener, que ces événements climatiques extrêmes rentrent finalement dans la normale. Ce n’est plus aussi interpellant que ce que ça pouvait l’être il y a quelques années ». À lire aussiLa crise du logement en France, enjeu majeur des élections municipales En situation délicate C’est sans doute pour cela que les écologistes ont moins le vent en poupe aujourd’hui, comme le disent tous les sondages. 24% des Français interrogés seraient satisfaits si leur maire élu dans dix jours était écologiste – c’est 27 points de moins qu’en 2020. Plusieurs maires écolos élus il y a six ans sont ainsi en difficulté, comme à Lyon ou à Strasbourg. « Même si les électeurs, dans ces villes, peuvent penser que les maires écologistes ont mis en place des bonnes politiques sur le plan environnemental, ils ont avant tout en tête des questions de nature économico-sociale, des questions liées à la sécurité et l’emploi, ce qui rend forcément la situation plus difficile pour les maires. Et c'est vrai qu'on en a un certain nombre qui, dans nos enquêtes, semblent être en situation assez délicate », poursuit Matthieu Gallard. Pour autant, l’écologie n’a pas forcément été absente de la campagne. À Paris, on parle, encore et toujours, de la place de la voiture. À Marseille, c’est la pollution provoquée par les grands bateaux de croisière, un sujet déjà à la une en 2008. À Lyon, en plus de la voiture, on a aussi parlé du sort des animaux du zoo du Parc de la Tête d’or… Un collectif de scientifiques vient d’ailleurs de rappeler le rôle majeur des communes dans la lutte contre le changement climatique et la manière de s’y adapter : l’isolation des bâtiments, des écoles, les menus dans les cantines, les espaces verts, la biodiversité et bien sûr les transports avec les mobilités douces. En fait, face à la crise climatique, les maires ne peuvent pas échapper à l’environnement, mais tous n’ont pas la même approche. « Pour les maires d'autres sensibilités politiques, plus à droite de l'échiquier politique, il peut être intéressant de prendre en compte cet enjeu-là. Mais il est certain que cela ne va pas du tout être les mêmes solutions qui vont être mises en avant selon la couleur politique des élus et des candidats », souligne Matthieu Gallard d’Ipsos-BVA. En 2020, Europe Écologie-Les Verts était le parti préféré des Français. Aujourd’hui, c’est le Rassemblement national. Reportage FranceÀ Lyon, les écologistes pourraient perdre la mairie face à Jean-Michel Aulas
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  • Énergie nucléaire: stop ou encore?
    2026/03/10
    Le deuxième Sommet sur l’Énergie Nucléaire civile a lieu ce 10 mars 2026 à Paris, coorganisé par la France et l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). L'énergie nucléaire représente 10% de la production électrique dans le monde et presque 70% en France. C'est un enjeu stratégique pour le pays. Dans un contexte international marqué par le retour en force des enjeux liés au nucléaire militaire, la France pousse pour relancer le nucléaire civil dans le monde. « Nuclear energy is back ! », le nucléaire est de retour ! avait lancé Emmanuel Macron lors de la COP28, il y a trois ans. À cette occasion, la France et d'autres pays s'étaient engagés à tripler la capacité de production d'énergie nucléaire d'ici 2050. En tout, 33 pays ont signé cette déclaration, dont les derniers en date, le Sénégal et le Rwanda, ont rejoint la coalition novembre dernier. Pour atteindre cet objectif, le sommet sur l’Énergie nucléaire vise donc à promouvoir cette industrie sensible et au passage, les fleurons économiques français EDF, sa filiale Framatome et Orano. Le secteur connaît un regain d'intérêt dans le monde et quarante États devraient être présents. Alors que les pays cherchent à lutter contre la crise climatique et se défaire de leur dépendance au pétrole, au gaz et au charbon, le nucléaire a des atouts. C'est une énergie qui n'émet quasiment pas de gaz à effet de serre. Les scientifiques du Giec estiment que c'est un des leviers possibles pour produire une énergie décarbonée et limiter le changement climatique, même si d'autres scénarios de décarbonation basés sur les énergies renouvelables sont également possibles. Déchets radioactifs dangereux Le nucléaire a aussi des désavantages et ce n’est pas « une énergie propre » pour autant comme l’affirmait Emmanuel Macron en 2023. Les centrales produisent des déchets radioactifs, potentiellement dangereux pendant des dizaines de milliers d'années et qui s’accumulent. Selon un recensement en 2021, la France stocke ainsi 1,760 millions de mètres cube de déchets radioactifs sur son sol (60% issus des centrales nucléaires, le reste d’autres activités comme la défense, la médecine ou la recherche). Trouver des sites de stockage est une question épineuse qui inquiète les populations riveraines. Des pays les ont pendant un temps immergé dans la mer, désormais on préfère les enfouir loin sous terre. Le Japon envisage même d'utiliser une île déserte et reculée de l'océan Pacifique, située à près de 2000 kilomètres de Tokyo, comme site d'enfouissement. À cela s'ajoute le risque d'accident nucléaire. Un risque faible mais qui existera toujours. Les drames de Tchernobyl en Ukraine et Fukushima au Japon, dont c'est le quinzième anniversaire ce 11 mars, le rappellent. Ce risque augmente avec le vieillissement du parc nucléaire dans certains pays comme la France, et avec le changement climatique. Il faut en effet beaucoup d'eau pour refroidir les centrales qui se trouvent donc souvent au bord de fleuves ou sur les littoraux. Or l'eau douce se raréfie, il a déjà fallu mettre à l'arrêt des réacteurs en période de sécheresse, et la montée du niveau de la mer menace les réacteurs sur les côtes, sans parler des tempêtes qui promettent d’être de plus en plus violentes. La construction de centrales nucléaires prend du temps, leur durée de vie et leur démantèlement aussi. Alors que la France prévoit de construire au moins six nouveaux EPR2 dans son programme énergétique, et que l’UE mise sur les petits réacteurs modulaires, Pauline Boyer, spécialiste de transition énergétique chez Greenpeace s’alarme : « le dérèglement climatique intensifie la fréquence et le pouvoir destructeur des évènements climatiques extrêmes auxquels vont être exposés les centrales nucléaires. Quelle sera l’envergure des catastrophes climatiques dans 70 ou 100 ans quand ces réacteurs seront en fonction ? La construction d’installations aussi dangereuses doit être questionnée ». L’ONG, prône plutôt les économies d’énergies et le développement d’énergies renouvelables, « moins chères ». « Porosité entre nucléaire civil et militaire évidente » Surtout, la militante souligne le risque en cas de conflit armé, comme c’est le cas en Iran. « Quand on bombarde un champ éolien quand on bombarde une centrale nucléaire, il n’y a pas le même danger derrière. On a aujourd’hui d’un côté une guerre qui a été déclarée en Iran avec des installations nucléaires ciblées et de l’autre, en Ukraine, il y a quatre ans, les troupes russes ont attaqué la centrale nucléaire de Zaporijia et l’occupent toujours aujourd’hui. C’est comme un butin de guerre pour la Russie et un énorme caillou dans le processus de paix ». Pour Pauline Boyer, un sommet qui veut développer « une énergie nucléaire sûre et accessible à tous ...
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  • Y a-t-il de la vie au fond des océans?
    2026/03/09
    Face aux partisans de l'exploitation minière des grands fonds marins, dont la richesse suscite des convoitises, ses adversaires dénoncent les dangers que ferait peser le deep sea mining sur une biodiversité unique et encore largement méconnue. Vous n'irez jamais là-bas, et ça vaut pourtant le coup d'œil ! Le Conseil de l'Autorité internationale des fonds marins, un organisme de l'ONU en charge des profondeurs océaniques, s'ouvre aujourd'hui, alors que la possibilité d'exploiter les minerais des grands fonds marins divise la communauté internationale. L'opposition au deep sea mining, malgré des richesses en minerais de plus en plus convoitées, s'appuie sur les risques de destruction de la biodiversité. Parce qu'il y a de la vie au fond de l'océan. Il y a de la vie partout sur Terre, et donc sous mer, et c'est même ce qui nous distingue des autres planètes, jusqu'à preuve du contraire... Dans les grands fonds marins, malgré des conditions extrêmes, jusqu'à 11 000 mètres (oui, 11 kilomètres) de profondeur, dans des zones où aucun être humain n'a jamais mis les pieds alors qu'on a déjà marché sur la Lune, où les températures sont proches de 0ºC, sans aucune lumière, où la pression est énorme, il y a pourtant de la vie, des formes de vie particulières, et des écosystèmes uniques. Plus d'un million d'espèces Les habitants des grands fonds marins restent pour beaucoup encore inconnus : on estime ainsi qu'un million d'espèces n'ont pas encore été identifiées, alors que 250 000 ont été découvertes, ce qui est déjà pas mal compte tenu des difficultés d'observation. Mais la science et la connaissance progressent, grâce à quelques sous-marins ultra-performants ainsi que des robots. Au fond de l'océan, on peut croiser des crustacés, des vers, des concombres de mer, des bactéries ainsi que quelques poissons des abysses aux formes étranges et presque monstrueuses. Le poisson pêcheur abyssal, par exemple, est équipé d'une antenne lumineuse pour attirer les proies qu'il dévore avec d'énormes dents. Le bathynome géant, lui, est un crustacé qui ressemble à un cloporte, mais de la taille d'un chat. La particularité de ces organismes est qu'ils sont souvent tout mou, pour résister à la pression. Ils sont aussi très lents à se déplacer, pour économiser l'énergie qui est rare. Pour se nourrir, certaines espèces récupèrent le reste du plancton qu'on trouve à la surface et les déchets organiques qui retombent tout au fond, cet ensemble formant ce qu'on appelle la neige marine. D'autres se nourrissent de bactéries. On trouve aussi des organismes qui font de la chimiosynthèse, comme les micro-algues font de la photosynthèse. Ici il n'y a pas de lumière, mais des volcans sous marins, où la température atteint plusieurs centaines de degrés. De ces cheminées hydrothermales se dégage une énergie chimique dont se nourrissent les très nombreux organismes vivants qui s'y trouvent, car la vie y est foisonnante. À lire aussiL'exploration minière provoque la chute de 37% du nombre des animaux des fonds marins Pollution plastique à - 7000 mètres Mais ce monde fantastique pourrait être menacé. Il l'est déjà d'ailleurs. Il n'échappe pas à la pollution. On a par exemple retrouvé des microplastiques dans l'estomac de crustacés qui vivent à plus de 7000 mètres de profondeur. Mais la plus grande menace, ce serait l'exploitation minière des ces grands fonds marins, qu'imaginait déjà le Capitaine Némo dans 20 000 lieux sous les mers, le roman de Jules Verne. On y trouve du uivre ou du cobalt, des nodules polymétalliques qui ont mis des millions d'années à se former et qui semblent jouer un rôle majeur pour la biodiversité des profondeurs, des minerais rares et des terres rares dont on a de plus en plus besoin pour les nouvelles technologies vertes. Les conséquences de l'exploitation minière sur la biodiversité restent encore méconnues, car la connaissance de cette faune ultra sous-marine n'est que très récente et très parcellaire ; on n'a aucune idée de son impact à long terme. Mais c'est précisément l'argument de tous les acteurs opposés au deep sea mining : ce n'est pas parce qu'on connaît mal ou pas tous ces animaux qu'on ne doit pas s'en préoccuper et appliquer, aussi pour eux, le principe de précaution. À lire aussiLes fonds marins: une nouvelle frontière géopolitique?
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  • La Chine est-elle championne du monde du climat?
    2026/03/05

    C'est le paradoxe chinois : un pays ultra dominant sur les énergies renouvelables, mais qui reste le premier pollueur mondial.

    C’est la Chine de tous les records. Il y a plus de panneaux solaires en Chine que dans tout le reste du monde. 40% de son électricité est désormais issue des énergies renouvelables. Le constructeur de voitures électriques BYD a dépassé Tesla. En 25 ans, la Chine a aussi planté plus d’arbres que partout ailleurs sur la planète. Le pays s’est imposé en quelques années comme un champion du monde du climat et de l’environnement, et l’Assemblée nationale populaire, le rendez-vous politique majeur de la Chine qui s’est ouvert ce jeudi 5 mars, doit notamment dévoiler la nouvelle feuille de route énergétique chinoise. Une énergie de plus en plus verte, comme le soulignait l’an passé le président Xi Jinping, en saluant le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat : « Au cours des dix dernières années, bien que la gouvernance climatique mondiale ait connu des hauts et des bas, le développement vert et à faible émission carbone est devenu la tendance de notre époque. »

    Mais cela n’a pas toujours été le cas, loin de là. L’usine du monde a longtemps tourné uniquement au charbon, aux énergies fossiles. Avec des signaux très alarmants au début du siècle : une pollution de l’air record, 80% des eaux souterraines polluées. Ce qui a déclenché toute une série de mouvements de contestation sociale. Un déclic pour le pouvoir chinois. « Il faut juste se rappeler des Jeux olympiques de Pékin en 2008 et la course que la Chine a menée pour essayer d'effacer le smog persistant dans sa capitale, raconte Virginie Arantes, chargée de recherche FNRS à l’Université libre de Bruxelles. Il y a eu aussi plein de manifestations face à ces problématiques environnementales, donc c'était un point très chaud pour la stabilité sociale de la Chine. »

    « Civilisation écologique »

    C’est ainsi qu’est apparu le concept de « civilisation écologique », formulé dès 2007, quand la Chine devient le plus gros émetteur de CO2, devant les Etats-Unis. Une fois au pouvoir, Xi Jinping en fait un des marqueurs idéologiques centraux du régime, inscrit dans la constitution en 2018. Un marqueur et un nouveau moteur pour l’économie tout entière. « La Chine devient pour ainsi dire championne du climat, non pas par pur altruisme écologique, mais pour une convergence entre stratégie industrielle, sécurité nationale et stabilité politique. La Chine ne se contente pas aujourd'hui d'installer des panneaux solaires, elle les fabrique pour le monde entier. Elle maîtrise plus de 80 % de la production mondiale des composants solaires et des batteries. En mettant son énergie dans l'industrie des nouvelles technologies vertes, elle a réussi à redynamiser son économie », analyse Virginie Arantes. La Chine est ainsi le premier investisseur au monde pour les énergies propres, ce qui se chiffre en centaine et en centaines de milliards d’euros.

    À marche forcée

    Le succès de la Chine repose aussi sur son modèle politique, un régime autoritaire, ultra vertical. Quand en France il faut des années pour construire une centrale solaire, parce qu’il y a des enquêtes publiques, parce que la société civile à son mot à dire, évidemment en Chine cela va beaucoup plus vite ; c’est à marche forcée. « C'est un modèle très technocratique et autoritaire, qui s'appuie sur des objectifs quantifiés et sur une discipline administrative très forte. Si on dit on doit planter x arbres d'ici trois ans, les responsables locaux se doivent d'atteindre ces objectifs », souligne Virginie Arantes.

    Mais il y a un « mais ». La Chine reste le premier consommateur au monde de charbon, la pire des énergies fossiles, et elle construit encore aujourd’hui de nouvelles centrales à charbon. La Chine est peut-être championne du monde du climat, mais elle est encore et toujours championne du monde de la pollution.

    À lire aussiÉnergie: entre charbon et renouvelable, une Chine à deux vitesses

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  • Guerre au Moyen-Orient: le pétrole est-il une arme?
    2026/03/04
    En fermant le détroit d'Ormuz et en attaquant des installations pétrolières et gazières des pays du Golfe, Téhéran provoque une flambée des prix des hydrocarbures. De leur côté, les énergies renouvelables, dominées par la Chine, ne sont pas à l'abri de tensions géopolitiques. Les règles sont presque immuables. Une guerre dans le Golfe persique s’accompagne généralement d’une flambée du prix du pétrole. Depuis les attaques des États-Unis et d'Israël en Iran, et la riposte de Téhéran, le brut a augmenté de 13%. L’Iran a aussi fait du détroit d’Ormuz un pilier de sa contre-attaque, en bloquant le trafic maritime sur cet axe majeur pour l'exportation des hydrocarbures, par où transitent un cinquième du pétrole et du gaz vendu dans le monde. Le pétrole, pour l’Iran, est une arme de guerre. Le phénomène n’est pas nouveau. En 1973, au lendemain de la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes, l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, décidait d'un embargo contre les alliés d'Israël, provoquant une flambée des prix du pétrole, qu’on a appelée le premier choc pétrolier. « Le pétrole semble jouer un rôle important dans l'évolution des relations internationales maintenant, parce qu'il jette un éclairage tout à fait nouveau sur la question du Moyen-Orient », déclarait Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères de l’Algérie, pays membre de l’OPEP. Pour André Giraud, ministre français de l'Industrie au moment du deuxième choc pétrolier provoqué par la révolution islamique en Iran, en 1979, « le pétrole est une matière première à fort contenu diplomatique et militaire ». L'arme du faible au fort Aujourd'hui, l'Iran bloque le détroit d'Ormuz, comme il l’avait déjà fait pendant la guerre Iran-Irak, dans les années 80, en coulant des dizaines de bateaux dans le détroit d'Ormuz. « Pour l'Iran, le détroit d'Ormuz est un enjeu stratégique, analyse Olivier Appert, conseiller au Centre Energie-Climat de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. C'est peut-être l'arme du faible par rapport au fort. Ce n’est pas une première, mais c'est quand même inquiétant. » En riposte aux bombardements israélo-américains, l’Iran a frappé la plus grande raffinerie d'Arabie saoudite ainsi que des installations gazières du Qatar, ce qui provoque aussi une envolée des prix du GNL, le gaz naturel liquéfié. Il y a quelques années, les Houthis du Yémen, soutenus et armés par l'Iran, avait également bombardé une installation pétrolière saoudienne majeure. C’est donc une constance : l'énergie fossile est une cible. À l'inverse, les énergies renouvelables pourraient sembler à l'abri des tensions géopolitiques. Le solaire et l'éolien, des énergies vertes, ont une image a priori plus pacifique – à part les éoliennes pour les oiseaux. Une fois installés, les panneaux solaires sont à l'abri des aléas géopolitiques et de subites hausses de prix. Dans une tribune au journal Le Monde, publiée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Antonio Guterres, le secrétaire général de l'Onu, écrivait que « les énergies renouvelables sont les garantes de la paix au XXIe siècle ». Imposer ses vues Mais les renouvelables n'échappent pas à une forme de guerre, commerciale, de la part de la Chine, qui possèdent les fameuses terres rares indispensables notamment à la fabrication des batteries. « Les acteurs ne sont pas les mêmes, mais dès 2011, la Chine avait décidé un contrôle des exportations de terres rares vers le Japon, rappelle Olivier Appert. La Chine utilise très clairement sa capacité monopolistique pour pouvoir imposer ses vues. Malheureusement, les énergies renouvelables répondent en fait à des enjeux géopolitiques tout à fait déterminants. » Reste cette question, face à la guerre en Iran : cette nouvelle flambée des prix du pétrole peut-elle accélérer la transition énergétique ? « Économisons l'essence, économisons l’électricité, économisons le chauffage, et mon Dieu, nous arriverons bien, je l'espère, à surmonter les difficultés ! », s’exclamait à la télévision le président français Georges Pompidou, en 1973 au moment du premier choc pétrolier. La France n'avait pas de pétrole, mais avait des idées, et lançait alors un vaste programme de centrales nucléaires, pour produire une énergie décarbonée. Cinquante ans plus tard, le contexte n’est pas le même, mais la crise actuelle « justifie la nécessité de réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Mais attention à ne pas retomber dans une dépendance vis-à-vis de la Chine », prévient Olivier Appert, de l'IFRI. Moins visible, moins spectaculaire, cette guerre-là reste une guerre de l'énergie. À lire aussiÀ la Une : la guerre en Iran, une opportunité pour le pétrole africain
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