La crise de l'hantavirus, six ans après celle du Covid, repose la question des atteintes à la nature provoquées par les activités humaines. Moins de biodiversité, c'est plus de zoonoses.
Rien de ce que fait l’homme n’est anodin. Quand elle coupe des forêts, quand elle détourne des rivières ou quand elle assèche des zones humides, l'espèce humaine empiète sur la nature, la détruit, et tout un tas de phénomènes sont à l'œuvre. D'abord, on bouleverse un équilibre naturel, ce qui favorise l'émergence de virus que la nature contrôlait. Des animaux sauvages se retrouvent aussi au contact des populations humaines. Enfin, des espèces disparaissent, ce qui n’est pas sans conséquences, comme on peut le voir par exemple avec le paludisme, la maladie transmise par les moustiques.
« On va en fait déstabiliser les écosystèmes et des groupes d'espèces vont disparaître, décrit Hélène Soubelet, la directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. La disparition de ces groupes d'espèces entraine aussi la disparition de leurs fonctions écologiques. L’une des fonctions écologiques des batraciens est de manger des insectes. Lorsqu'il y a une déforestation, les populations s'effondrent et à ce moment-là, les proies, qui sont les insectes, n'ont plus de prédateurs ou ont beaucoup moins de prédateurs ; elles vont donc augmenter. Toutes les maladies à transmission vectorielle vont donc être favorisées par ces déforestations. » La déforestation entraîne chaque année dans le monde la perte de plus de 10 millions d'hectares d'espace naturel ; c'est comme si on rayait de la carte la Corée du Sud ou le Bénin.
L'effet de dilution Une nature préservée limite en revanche la propagation des zoonoses, avec un phénomène qu'on appelle « l'effet de dilution ». « Plus il y a de diversité, plus un pathogène va avoir potentiellement du mal à trouver son hôte préférentiel, c'est-à-dire l'animal (ou le végétal d'ailleurs) qui est compétent pour le transmettre. S'il a le choix entre dix espèces animales dont une seule est compétente, il a une chance sur dix en fait de tomber sur cette espèce compétente », explique Hélène Soubelet.
Le changement climatique peut aussi favoriser des zoonoses. Des températures plus élevées et davantage de pluie entraînent souvent plus de nourriture, notamment pour les rongeurs, qui transmettent les hantavirus. « Les populations animales sont très dépendantes des ressources alimentaires. Donc, lorsque la ressource alimentaire augmente, les animaux vont se reproduire davantage, c'est-à-dire avoir plus de descendances, et dans ce cas-là il y aura une augmentation de la transmission des maladies », poursuit la directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité.
Les leçons du Covid-19 Six ans après le Covid-19, on retrouve finalement les mêmes problématiques autour de la place de l'homme dans la nature. La crise du coronavirus, issu d'une chauve-souris, avait mis en évidence le déclin de la biodiversité ou encore le trafic des espèces sauvages. Mais les leçons ont été vite oubliées. « Globalement, on n'a pas changé notre façon d'habiter la planète, regrette Hélène Soubelet. On n'a pas changé notre façon de consommer, sauf à la marge. Et c’est vrai que c'est un petit peu dommage parce que tout le monde pensait que ça allait faire un électrochoc. Finalement, on est reparti comme en 40… Mais on le voit aussi pour le climat : quand il y a des grosses crises ou catastrophes climatiques qui traumatisent les gens et qui incitent à changer les modes de vie, ça ne dure pas. » Les humains ont la mémoire courte. Et on pourra refaire cette chronique dans un an – on aura déjà tout oublié.