エピソード

  • Pourquoi la Wild League traque les animaux-emblèmes des clubs de sports du monde?
    2026/07/06
    La moitié des équipes engagées dans le Mondial 2026 ont une référence à la biodiversité, animale ou végétale, dans leur emblème ou dans leur surnom. C’est également le cas de centaines d'autres clubs de sports dans le monde. Mais le logo sur le maillot cache parfois une sombre réalité : ce sont souvent des espèces menacées. Une équipe de chercheurs a lancé un projet original : la Wild League. Objectif : tenter de rapprocher clubs et supporters des bêtes qu’ils portent sur leur cœur. Ce matin du 6 juillet, il est encore possible d’imaginer 22 lions face à face en finale de la Coupe du monde. Les Lions de l’Atlas marocains contre les Three Lions d’Angleterre ou contre les lions norvégiens, vainqueurs du Brésil hier soir… Ce sont les derniers félidés, lions, encore debout dans la compétition puisque toutes les autres meutes sont déjà rentrées dans leurs tanières : celles de la Teranga au Sénégal, celles de Mésopotamie en Irak, quand les Lions indomptables du Cameroun n'étaient pas qualifiés tout comme les Lions des Caraïbes cubains… Liste non exhaustive : les Espagnols, les Tchèques ont aussi un lion sur l'écusson. Au royaume des emblèmes de clubs, le lion règne en maître absolu : au moins 146 organisations sportives dans le monde l’ont adopté. Loin devant le tigre, le loup et l’ours, les trois autres mammifères les plus appréciés. Pourtant, la réalité, dans la savane, est plus tragique pour le grand fauve, explique Ugo Arbieu qui, en plus d’être fan de foot, est chercheur en écologie et société à la prestigieuse université Paris-Saclay. « Depuis que Sadio Mané [captaine de l'équipe de la Teranga, NDLR] est né, il a une trentaine d’années, on a perdu 50% des populations de lions. Les lions, à l’heure actuelle, si leur aire de répartition possible était un terrain de foot, ils ne vivent plus que dans le rond central. » Autrefois présent sur de vastes territoires de l’Europe à l’Asie, omniprésent en Afrique, il ne subsiste guère plus qu’en Afrique centrale et méridionale. Il est classé comme vulnérable et à risque d'extinction sur la liste rouge de l'UICN. Au-delà du lion, 161 espèces emblèmes L’écologue a rassemblé passion et profession dans un même but : faire du sport le gardien de notre biodiversité marine et terrestre. Une initiative aussi originale qu’ambitieuse. Pour ce faire, il a commencé par faire des statistiques. Avec douze autres chercheurs français et étrangers, il a pu établir, à travers une très sérieuse étude parue dans la revue BioScience, qu’au moins 727 équipes dans 43 pays et de 10 sports collectifs ont choisi nos amis les bêtes comme totems, dont 25% d’équipes professionnelles. On peut aussi retenir ce chiffre : 161 espèces différentes s’affrontent sur des terrains de foot, de basket, de volley, de hockey sur glace, de handball, de cricket, etc. Après les mammifères précités, on trouve des volatiles – des aigles (du Mexique, de Carthage en Tunisie en football…), des faucons comme le caracara huppé (équipe de foot de Fortaleza en Italie), le toucan (de l’équipe nationale colombienne de foot). La vie maritime est bien présente aussi : des Dauphins de Miami en foot américain aux Pingouins de Pittsburgh en hockey sur glace, mais aussi crabes, calamars, et le croco du Lesotho ! Il y a enfin des créatures plus rares voire endémiques : citons le tuatara, le symbole reptilien de l’équipe de basket d’Auckland qui n’existe qu’en Nouvelle-Zélande. Arachnides, reptiles, requins et raies, poissons, insectes… Si on s’en tient au seul football, la Coupe du monde est à la fois le carnaval des animaux et un herbier luxuriant. La moitié des 48 équipes qualifiées comptait une plante ou un animal dans leur logo ou dans leur surnom. La biodiversité du groupe A, par exemple, faisait plaisir à voir : trois félins, le jaguar du Mexique, le lion de la Tchéquie et le tigre de la Corée du Sud, ont tour à tour batifolé autour de la fleur sud-africaine, la très admirée protée, menacée par le réchauffement. Pour l’anecdote, le protée est aussi le nom d’un drôle d’animal amphibien qui vit dans les grottes européennes (Slovénie en particulier) et est capable de vivre dix ans sans rien manger. À lire aussiClimat : la protéa, fleur nationale de l'Afrique du Sud, menacée d'extinction Un bestiaire en danger « La faune sauvage est vraiment au cœur des identités de ces communautés sportives : elles sont dans les mascottes, dans la communication sur les sites internet, les gens achètent tout un tas de goodies qui ont trait à ces espèces », observe Ugo Arbieu. Alors pour lui, « il y a un paradoxe à voir toutes ces équipes mondialement connues, ces hordes de supporters qui ont sur leur maillot et parfois en tatouage même ces espèces animales quand on sait qu’elles sont en train de décliner dans la nature »,...
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  • Vagues de chaleur en Europe : comment agir sur les causes du réchauffement climatique ?
    2026/07/02
    40 degrés attendus au Portugal, plus de 1 000 décès à cause de la canicule rien qu'en juin en Espagne, des coupures d'eau en Hongrie en raison d'une hausse de la demande. La vague de chaleur continue d'accabler l'Europe, impressionnante par sa portée continentale et sa durée. Ces fortes températures sont liées au changement climatique d'origine humaine. Il est possible et urgent d'agir pour en freiner l'ampleur à l'avenir. Explications. C'est l'utilisation massive des énergies fossiles – du gaz, du pétrole et du charbon – dans nos économies qui émet des gaz à effet de serre. Cela réchauffe l'atmosphère autour de nous et cause ces vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, intenses et longues. Partout dans le monde. Alors pour freiner l'ampleur du changement climatique qui tue, il faut limiter ces émissions. L'Union européenne (UE) a déjà commencé : moins 40% d'émissions carbone depuis les années 1990. Le Pacte vert, un ensemble de mesures pour décarboner l'économie et favoriser l'efficacité énergétique, porte ses fruits. « Mais depuis deux ans, l'UE et des États membres appuient sur le frein » en détricotant ou repoussant des législations clés, « alors qu'il y a urgence à agir pour protéger les communautés européennes », regrette l'Italienne Chiara Martinelli, directrice du Réseau Action Climat Europe. À lire aussiL'Union Européenne en marche arrière sur le Pacte vert Quels secteurs de l'économie européenne émettent beaucoup de gaz à effet de serre ? L'UE a beaucoup fait pour décarboner sa production d'énergie avec le développement des énergies propres comme le solaire et l'éolien notamment, mais elle a besoin de trouver des débouchés à cette électricité verte. L'enjeu est aujourd'hui d'électrifier les usages des citoyens, entreprises et collectivités. Et d'abord dans les transports. « Là où c'est possible, ne pas prendre la voiture, c'est une manière très efficace de réduire les émissions de CO2. Là où une voiture est nécessaire, passer d'un véhicule thermique à une petite voiture électrique, ça a un impact très important. Pour les villes, passer de bus thermiques à des bus électriques. Développer le train aussi, liste le franco-allemand Tristan Beucler, du groupe de réflexion Perspectives Stratégiques. Et cette électrification, on peut l'avoir aussi dans le chauffage : dans les maisons, passer d'une chaudière au fioul à une pompe à chaleur ou à des chauffages électriques. » Autre gros secteur appelé à continuer ses efforts : l'industrie. Pour l'encourager, l'UE prépare un plan pour favoriser les matériaux décarbonés et made in Europe dans les marchés publics – « pour l'acier et le béton qui vont servir à la construction d'un pont ou d'une école par exemple », illustre Tristan Beucler, spécialiste de la décarbonation de l'industrie – mais aussi dans les aides à l'achat, par exemple de pompes à chaleur ou de véhicules électriques. À lire aussiUnion européenne: le défi de décarboner l'industrie lourde Bon pour le portefeuille et la qualité de vie des Européens Aujourd'hui, la Chine mène la course à l'électrification, l'Europe a un intérêt économique à rattraper son retard. « C'est vraiment de plus en plus clair, notamment avec les crises énergétiques des dernières années : dans énormément de cas, décarboner, électrifier, ce n'est pas seulement réduire les émissions de CO2, c'est aussi permettre à l'UE de redevenir compétitive, de relocaliser son industrie, de permettre aux foyers de dépendre moins des fluctuations de l'énergie et de payer moins cher leur chauffage et leurs déplacements. C'est en général une amélioration de la qualité de vie des Européens », analyse Tristan Beucler. Et c'est vrai ailleurs dans le monde également. Bâtiment et agriculture ont aussi intérêt à faire leur mue car s'affranchir des combustibles fossiles que l'Europe importe, c'est pour le continent gagner en sécurité énergétique. Voilà pour l'action des États et de l'UE. Mais à l'échelle individuelle, est-ce que les citoyens ont un rôle à jouer ? Manger moins de viande, consommer mieux, réduire la voiture et l'avion… L'action individuelle est utile mais pas suffisante, estime Chiara Martinelli, du Réseau Action Climat Europe. « Moi ce que je demande à mes proches, à ma famille, à moi-même, c'est de ne pas être silencieux devant l'inaction climatique de nos politiciens, parce que c'est la seule chose qui va vraiment produire un changement de direction du continent. » Lutter contre la crise climatique exige donc des citoyens mobilisés et des dirigeants à la hauteur. À lire aussi«Lutter contre le changement climatique, ce n’est pas un problème technique, c’est un enjeu démocratique»
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  • L'aquaculture est-elle une solution durable?
    2026/07/08

    En France, l’arrivée potentielle de la plus grande ferme de saumons au monde fait polémique et relance le débat sur l’intérêt de l’aquaculture. Pour les partisans de ces élevages de poissons, l’objectif est d’assurer l’approvisionnement en protéines d’une population mondiale en constante augmentation, alors que la surpêche épuise la ressource à une vitesse vertigineuse. Mais pour ses détracteurs, l’aquaculture est une activité polluante qui ne permet pas de lutter contre la surpêche.

    Parler d'aquaculture aujourd'hui, c’est se poser une question simple : comment sont nourris les poissons d’élevage ? Une question qui fâche car leur nutrition est le talon d’Achille de cette filière aquacole. Aujourd’hui encore, la plupart d'entre eux sont nourris avec des poissons sauvages qui finissent broyés pour faire de la farine ou de l’huile. Les grandes fermes d’Europe et d’Asie nourrissent donc leur production avec du poisson pêché bien souvent au large des côtes ouest africaines. Mansour Boidaha est le président de Zakaria, une ONG mauritanienne qui se bat pour la défense de l’environnement et le développement durable.

    « Quand ils viennent pêcher en Mauritanie, ils pêchent du poisson pélagique alors que ce n’est pas autorisé, et du poisson frais. On parle de quantités énormes. Un bateau peut en pêcher jusqu’à 900 tonnes par jour. Or, il faut 5 tonnes de poissons frais pour faire une tonne de farine de poisson. Cela signifie que l’on perd 5 tonnes de poissons frais à la consommation. Et, pendant ce temps, les Mauritaniens crèvent de faim et de soif. C’est inacceptable », explique-t-il.

    Greenpeace a calculé que, chaque année, un demi-million de tonnes de poissons frais est pêché au large des côtes africaines. Mais ce qui aurait dû permettre de nourrir 33 millions de personnes sur le continent se retrouve dans des fermes d’élevages.

    À lire aussiSommet des océans: l'aquaculture peut-elle empêcher la surpêche?

    L'aquaculture, une pratique polluante

    Les fermes d’élevages intensifs sont très polluantes. Une forte densité de poissons signifie une grande quantité de déjections, ce qui provoque des destructions et des perturbations des écosystèmes marins. Mais les usines de transformations de poissons en farine sont également problématiques. Dans le viseur de Mansour Boidaha, celle implantée près de la réserve naturelle de la Baie de l’étoile à Nouadhibou, en Mauritanie.

    « Ces usines suscitent de vives préoccupations pour l’environnement. Elles versent tous les déchets qui sortent de l’usine directement dans la baie. C’est très grave. Parfois la couleur de l’eau devient rouge. Et ces déchets ont provoqué l’arrivée d’une bactérie toxique qui tue le poisson. C’est dangereux ! », reprend celui-ci.

    Malgré ce constat cependant, de nombreuses institutions préconisent de développer massivement l’aquaculture. C’est le cas de l’Ifremer par exemple, pour qui la production annuelle de poissons d’élevage doit passer de plus de 30 millions de tonnes aujourd’hui à plus de 70 millions de tonnes en 2050 pour assurer la sécurité alimentaire mondiale. Mais, précise l’Ifremer, cela doit être fait de façon durable et sans affecter les stocks de poissons sauvages. Un défi majeur qui permettrait de lever les doutes entourant cette activité controversée.

    À lire aussiScénario sombre pour l'anchois et l'aquaculture qui s'en nourrit

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  • Projet de gazoduc Nigeria-Maroc: l'Afrique a-t-elle vraiment besoin de gaz?
    2026/08/03
    L'Afrique de l'Ouest doit-elle dépenser 23 milliards d'euros pour construire un nouveau gazoduc et prolonger sa dépendance aux énergies fossiles ? À l'inverse, peut-on empêcher le continent de se développer alors qu'il n'est pas responsable de la crise climatique ? Voici les éléments du débat. Le projet est gigantesque. Un gazoduc long de 7 000 kilomètres, le long des côtes de 13 pays d'Afrique de l'Ouest, entre le Nigéria et le Maroc, pour un budget prévisionnel de 23 milliards de dollars. Il y a huit jours, les pays de la Cédéao, la Communauté économique d'Afrique de l'Ouest, ont finalement donné leur feu vert à ce projet énergétique ancien, au nom du développement économique de l'Afrique. Un moteur de croissance Pour ses promoteurs, malgré son coût faramineux, le gazoduc sera un moteur de croissance et d'emplois. « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores, comme les industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz », a ainsi expliqué à Alexis Bédu du service Économie de RFI la directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc, Amina Benkhadra. Mais dans un XXIe siècle traversé par des crises climatiques de plus en plus violentes, faut-il encore investir en faveur d'une énergie fossile ? Certes, le gaz est un peu plus « propre » que le charbon et le pétrole, deux fois moins émetteur de CO2 que le charbon pour la production d'électricité par exemple. 600 millions d'Africains sans lumière Le problème de l'Afrique est-il aujourd'hui la production d'énergie renouvelable ou tout simplement l'accès à l'énergie, quelle qu'elle soit ? Et à condition encore que le gazoduc ne serve pas d'abord à l'exportation du gaz vers l'Europe... 600 millions d'Africains n'ont toujours pas d'électricité, la base pour avoir de la lumière, cuisiner sans charbon ou pouvoir utiliser un frigo... L'Afrique n'est aussi responsable que de 4% des émissions de CO2, loin, si loin derrière les pollueurs historiques. L'Afrique a droit à l'énergie pour se développer, comme le stipule l'ONU. Mais ce gazoduc, s'il voit un jour le jour, ne risque-t-il pas d'enfermer les pays dans une dépendance au gaz, avec une conséquence, retarder le déploiement des énergies renouvelables ? C'est l'argument développé par certains experts et ONG, parce qu'un gazoduc à 23 milliards d'euros, il faut l'amortir. Transition énergétique retardée « Ces infrastructures gazières, vu les montants d'investissements nécessaires, ont besoin de fonctionner sur plusieurs décennies pour être rentabilisées, au moins 20, 30, 40 ans ou plus. Et dans ce cas, le pays est bloqué dans sa transition puisqu'il doit continuer d'utiliser cette infrastructure gazière, estime Justine Duclos-Gonda, chargée de campagne pour Reclaim Finance, une ONG qui travaille sur le financement de la transition énergétique. C'est quand même préoccupant, voire alarmant, de voir qu'on dédie de telles sommes d'argent à ce type d'infrastructures. Ce sont des montants qui ne sont pas utilisés pour le développement des infrastructures renouvelables. » Outre qu'elles permettent de lutter contre la crise climatique, les énergies renouvelables présentent plusieurs avantages pour l'Afrique. Prenons le cas du solaire : 7 des 10 pays dans le monde les plus ensoleillés sont en Afrique. Le soleil, c'est gratuit, alors que le prix du gaz est très volatil sur le marché des matières premières. Le soleil, c'est gratuit L'un des freins à l'électrification de l'Afrique se trouve aussi au niveau des infrastructures. Mais avec le solaire, nul besoin de construire de lignes électriques. Le prix des batteries pour stocker l'énergie solaire s'est effondré et on peut construire n'importe où des mini-centrales solaires. « L'intérêt aussi des énergies renouvelables, c'est qu'en parallèle de grosses infrastructures qui vont produire des grosses quantités d'énergie, on peut vraiment développer des petites infrastructures décentralisées au niveau des foyers, des villages ou des industries pour accélérer et massifier le déploiement des énergies renouvelables. Et c'est notamment le cas du solaire », poursuit Justine Duclos-Gonda. Gaz ou pas gaz, l'enjeu reste le même : que l'Afrique ne soit plus « le continent noir » comme on le voit de l'espace, la nuit, sans lumière.
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  • Intelligence artificielle: Google révèle une consommation d'électricité en forte hausse
    2026/07/07
    Le développement de l'intelligence artificielle s'accélère à un rythme sans précédent. En revanche, on parle beaucoup moins de son coût environnemental. Les derniers chiffres publiés par Google donnent un aperçu de l'ampleur du phénomène. Dans son dernier rapport environnemental, le géant du numérique révèle avoir consommé 43 térawattheures d'électricité en 2025, soit près de 40% de plus qu'un an auparavant. Présenté ainsi, ce chiffre ne dit pas grand-chose, mais il permet de prendre la mesure du phénomène lorsqu'on le compare à la consommation de certains pays : Google a consommé davantage d'électricité que le Maroc, le Nigeria ou encore le Danemark. Cette hausse de près de 40% en un an est directement liée au développement et à l'utilisation de l'intelligence artificielle. Une consommation qui dépasse les capacités de décarbonation Une telle consommation électrique n'est évidemment pas neutre. Google ne donne pas de chiffre précis sur les émissions directement liées à cette hausse, mais l'entreprise reconnaît que le déploiement massif de ses infrastructures d'intelligence artificielle progresse plus vite que la décarbonation des réseaux électriques. Autrement dit, les centres de données se multiplient à un rythme que les énergies renouvelables sont loin de pouvoir compenser. Ils consomment également une quantité considérable d'électricité qui pourrait être utilisée pour décarboner d'autres usages. Google investit pourtant dans les énergies renouvelables et améliore l'efficacité énergétique de ses centres de données. Mais la demande augmente encore plus vite. Résultat : les émissions de gaz à effet de serre de Google sont aujourd'hui supérieures de plus de 50% à celles de 2019, année retenue par l'entreprise comme référence pour ses objectifs climatiques. La raison est simple : pour alimenter les centres de données, toutes les sources d'électricité sont mobilisées. Cela conduit à maintenir, relancer ou développer des centrales à gaz et à charbon. Google est loin d'être un cas isolé Cette tendance concerne l'ensemble des grands acteurs du numérique. Microsoft annonce ainsi des émissions de gaz à effet de serre en hausse de 23% depuis 2020, en expliquant que l'expansion de l'intelligence artificielle et du cloud en est la principale raison. Amazon, de son côté, vient de publier un rapport faisant état d'une augmentation de 16% de son empreinte carbone en un an, essentiellement à cause de la construction de nouveaux centres de données. L'empreinte carbone du groupe dépasse désormais les émissions annuelles d'un pays comme la Nouvelle-Zélande. L'effet rebond Les entreprises soulignent néanmoins que leurs technologies deviennent de plus en plus efficaces et moins énergivores. C'est vrai : une requête envoyée à une intelligence artificielle consomme aujourd'hui beaucoup moins d'énergie qu'il y a quelques années. Mais ce n'est pas la bonne façon de mesurer le phénomène. Si chaque requête coûte moins d'énergie, leur nombre explose : davantage d'utilisateurs, davantage de modèles, davantage de services intégrant l'intelligence artificielle. C'est ce que les économistes appellent l'effet rebond : la technologie devient plus efficace, mais son usage augmente tellement que la consommation totale continue de progresser. La véritable question n'est donc plus de savoir si l'intelligence artificielle consomme beaucoup d'énergie ou si elle contribue au réchauffement climatique : c'est désormais un fait. La question est plutôt de savoir jusqu'où cette consommation continuera à croître, quels usages justifient une telle mobilisation de ressources, et comment alimenter les centres de données nécessaires aux applications que les sociétés jugeront réellement utiles. Rapport environnemental 2026 de Google À lire aussiIA et électricité: comment OpenAI veut éviter que la facture énergétique ne pèse sur les consommateurs
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  • En France, le méga-chantier du canal Seine-Nord-Europe est-il vraiment indispensable?
    2026/07/09

    Les travaux ont commencé pour construire le canal d'une centaine de kilomètres et relier la région parisienne à la Belgique et aux Pays-Bas. Du transport fluvial décarboné, assurent ses promoteurs, pour répondre à la crise climatique. De la destruction de biodiversité, répondent les opposants qui manifestent ce week-end.

    Un canal ? Non, un méga-canal, répondent les opposants au canal Seine-Nord-Europe, un vaste projet fluvial pour relier la région parisienne à la Belgique et aux Pays-Bas. Le collectif Méga-Canal Non Merci organise de jeudi à dimanche des journées de mobilisation et de manifestation dans le département du Pas-de-Calais (dans le nord de la France), là où ont commencé les travaux d'une des nombreuses écluses prévues sur le futur canal long de 107 kilomètres et large d'une cinquantaine de mètres.

    C'est le genre de projets pharaoniques par lesquels l'homme entend marquer sa trace, modifier la nature et les paysages au nom du développement économique. Un projet controversé, critiqué, et pas seulement par les mouvements écologistes. La Cour des comptes, par exemple, toujours très vigilante sur la dépense publique, s'inquiète d'une facture qui pourrait atteindre les 10 milliards d'euros. De fait, le projet est essentiellement soutenu par les élus locaux, et en premier lieu le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, qui assure engager « la transformation de la région (...) en tenant compte de ce qu'est ce nouveau défi climatique. C'est donc la décarbonation. Décarbonation et logistique, c'est le canal Seine-Nord Europe ! »

    Du fuel pour remplacer du fuel

    S'agit-il vraiment d'un projet écologique qui permettrait de décarboner le transport ? C'est en tout cas l'argument principal de ses partisans : utiliser les voies fluviales plutôt que la route et les camions pour transporter les marchandises entre la région parisienne et les ports d'Anvers en Belgique et de Rotterdam aux Pays-Bas. Il existe pourtant déjà un moyen de relier par voie fluviale la région parisienne à un grand port : la Seine, tout simplement, entre Paris et le Havre, et elle a le mérite d'exister...

    Les adversaires du canal dénoncent un projet d'un autre siècle, « dans une logique d'exportation et de mondialisation qui n'est plus pertinente au moment du dérèglement climatique, puisqu'on est quand même dans l'idée de relocaliser, d'éviter qu'il y ait plus de CO2, etc. Le transport maritime n'est pas propre, il se base sur du fuel, des choses qui sont problématiques écologiquement parlant », souligne Valentin (qui ne souhaite donner que son prénom), porte-parole des Soulèvements de la Terre et du collectif qui organise la mobilisation de ce week-end contre le canal Seine-Nord-Europe.

    Méga-canal et méga-bassine

    Au-delà du transport maritime, la seule construction du canal pose des questions environnementales. Quand on touche à la nature, il y a forcément des dégâts. « Cela va être dix fois le Tunnel sous la Manche en termes de déblais, poursuit Valentin. Le canal va prendre plus de 3 300 hectares de terres agricoles et de terres humides, menacer 300 espèces protégées. Il va aussi y avoir la création d'une méga-bassine parce que les promoteurs pensent que le canal ne va pas rester en eau au vu de la sécheresse. Il y aura donc une méga bassine qui va faire plus de 22 fois celle de Sainte-Soline. » Sainte-Soline, une méga-bassine controversée, dans l'ouest de la France, mais au moins destinée à l'irrigation de l'agriculture. Ici, ce serait juste pour faire circuler d'énormes porte-conteneurs.

    Ce n'est pas la première fois qu'un projet de canal suscite la controverse en France. Le canal Rhin-Rhône fut un long serpent de mer avant d'être finalement enterré en 1997, au nom de la gauche plurielle (c'était une des conditions des écologistes pour participer au gouvernement Jospin), abandonné faute de financement et pour sauver la biodiversité. Mais aujourd'hui ce serait pour sauver le climat qu'on construirait le canal Seine-Nord-Europe. Une argumentation qui ressemble beaucoup à du greenwashing.

    À lire aussiReculs environnementaux en cascade en Europe

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  • Comment peut-on décarboner les engrais utilisés en agriculture?
    2026/07/13
    Le gouvernement français de Sébastien Lecornu veut promouvoir la production d'engrais bas carbone. Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, il est possible d'agir dans les usines et dans les champs. Un engrais vert est-il possible ? Le gouvernement français, jeudi dernier, s’est engagé à encourager la production locale d’engrais bas carbone, un sujet majeur pour l'agriculture qui représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les chiffres varient beaucoup d'un pays à l'autre, et d'une région à l'autre, mais pour la France, les engrais émettent plus de gaz à effet de serre que l'élevage (les fameux rototos des vaches qui produisent du méthane). S'il est difficile d'empêcher un ruminant de ruminer, on peut en revanche agir sur les engrais pour les rendre plus propres. C’est d’abord au niveau de la production, dans les usines, qu’on peut fabriquer des engrais bas carbone. « L'engrais azoté résulte d'une réaction chimique entre l'azote de l'air et de l'hydrogène. Et pour cela, il faut d'abord fabriquer l'hydrogène. Et donc c'est l'énergie utilisée pour la fabrication de l'hydrogène qui est à l'origine des émissions de CO² liées à la fabrication de l'engrais azoté », explique Guy Richard, directeur de recherche à l'INRAE, l'institut français pour la recherche agronomique et l'environnement. Pour fabriquer cet hydrogène, on peut utiliser une électricité décarbonée, produite non pas avec des énergies fossiles (du pétrole ou du gaz) mais avec des énergies renouvelables, les barrages hydroélectriques, les éoliennes ou encore le biométhane qu'on fabrique justement avec les déchets de la ferme. Gaz hilarant pas si drôle Mais il n'y a pas que la production d'engrais, un processus chimique, qui émet des gaz à effet de serre. Il y a aussi leur utilisation où se joue cette fois un processus microbien, plus insidieux, qui se passe sous nos pieds ou plutôt sous les pieds des paysans. « Ce sont des bactéries qui fonctionnent quasiment en l'absence d'oxygène. Elles ne vont plus utiliser l'oxygène pour leur mécanisme énergétique mais des molécules azotées. Et c'est cela qui va produire le N2O, un puissant gaz à effet de serre », décrit Guy Richard. Le N2O, le protoxyde d'azote, est le fameux gaz hilarant, mais dans les champs l'histoire est moins drôle ; le protoxyde d'azote est presque 300 fois plus polluant que le CO² et il reste un siècle dans l'atmosphère. C’est là aussi qu’on peut agir, en favorisant l'oxygénation des sols agricoles pour empêcher les bactéries de produire du N2O. « Cela veut dire jouer sur les conditions physiques, poursuit Guy Richard. C'est toute la gestion du travail du sol et des engins agricoles qui vont tasser le sol. La gestion de l'infiltration de l'eau permet d'éviter les conditions dans lesquelles ces émissions de N2O apparaissent. » Urine et légumineuses Pour limiter des émissions de gaz à effet de serre, on peut aussi utiliser moins d'engrais de synthèse. La terre et la planète Terre s'en porteront mieux. « Des projets aujourd'hui en France cherchent à utiliser l'azote des urines humaines. On pense que 10 ou 20% de nos besoins en azote pourraient être couverts par la valorisation des urines humaines. Le deuxième axe, c'est le développement des légumineuses qui n'ont pas besoin d'engrais azoté de synthèse pour leur croissance et pour leur développement », détaille Guy Richard, de l'INRAE. Les légumineuses, pois chiche ou niébé par exemple, sont les seules plantes capables d'absorber l'azote de l'air ; on n’a pas besoin d'engrais pour les faire pousser. Elles sont aussi très riches en protéines, ce qui permet aussi de manger moins de viande et donc de pouvoir agir aussi sur les émissions de méthane. Les légumineuses sont le « deux en un » de l'agriculture décarbonée. À lire aussiItalie : la révolution silencieuse des engrais
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  • Les canicules à répétition ont-elles fait sauter le tabou de la climatisation?
    2026/07/15
    Après trois canicules en deux mois en France, le débat sur l'utilité de la clim a évolué, y compris chez les écologistes, historiquement opposés à ce qu'ils considèrent comme de la mal-adaptation au réchauffement climatique. La climatisation permet en effet de sauver des vies. Un père de famille se promène en slip dans un appartement surchauffé, sous le regard consterné de ses enfants. Il s’agit d’une publicité pour le fabricant de climatiseurs BGH, accompagnée de ce surtitre : « Avec l’été arrive le pire cauchemar de toutes les familles : les pères en slip ». Une publicité devenue virale. Mais en réalité, la meilleure pub pour la climatisation, c’est la crise climatique. En France, alors que la troisième canicule en deux mois bat son plein, le tabou de la climatisation semble avoir sauté, même s’il s’agit d’un tabou tout relatif, puisque 25% des particuliers sont déjà équipés de climatiseurs, fixes ou mobiles. Il se vend déjà en France chaque année 1 million de climatiseurs, alors qu’on en compte dans le monde entier 1,5 milliard, et qu’on devrait atteindre les 5,5 milliards dans 25 ans. « La clim fait partie des solutions » L’enchaînement des canicules a fait évoluer le débat, à l’image d’une déclaration de la cheffe du parti Les écologistes, historiquement très critique sur le sujet. « L'urgence dans les années 70, c'était de se battre pour qu'il n'y ait pas de changement climatique ou le moins possible. Là où nous en sommes aujourd'hui, la clim fait partie des solutions, expliquait fin juin, en pleine canicule, Marine Tondelier sur le plateau climatisé de BFMTV. Mais ce n'est pas une solution miracle. » La climatisation, dénoncée comme un luxe égoïste, a longtemps été honnie par les écologistes et les climatologues qui la considèrent comme de la mal-adaptation. Mais malgré tous ses défauts (consommation électrique, rejet de chaleur dans la rue, prix, gaz à effet de serre qui peuvent d’échapper), la clim devient aujourd’hui acceptable. Il s’agit là d’une prise de conscience face à la brutalité de la réalité, quand on se retrouve à passer la nuit (en slip) dans un appartement où il fait plus de 30°C. « Ces épisodes caniculaires qui se multiplient nous obligent à considérer le fait que même des bâtiments bien conçus, bien isolés, bien ventilés, vont avoir du mal à assurer la fraîcheur nécessaire en été si ces épisodes se multiplient. Donc il y a un vrai sujet de nécessité de la climatisation dans une majorité probablement de bâtiments », considère Yves Marignac, expert énergie et porte-parole de l’association négaWatt qui se bat pour la sobriété énergétique. À écouter aussiPeut-on se passer de la climatisation? Une question de vie et de mort Faut-il pour autant mettre de la climatisation partout ? Non, ce serait impossible et contre-productif. La climatisation n'est qu'une des solutions pour s'adapter à un monde qui brûle. Mais il existe au moins un consensus aujourd’hui : il faut de la climatisation pour les plus fragiles, dans les maisons de retraite, les écoles et les hôpitaux. C'est une question de santé publique. « J'ai entendu dans des tables rondes des représentants du monde de la santé dire à quel point ils étaient choqués qu'aujourd'hui nos centres commerciaux soient climatisés alors que nos hôpitaux ne le sont pas, raconte Yves Marignac. Effectivement, il y a eu un déni, probablement dans les politiques publiques, de la nécessité de traiter le confort d'été, donc le besoin de fraîcheur dans les bâtiments. Et donc, ce dont on se rend compte aujourd'hui, c'est qu'on a été collectivement aveugle. » La deuxième canicule de cette année en France, fin juin, a fait au moins 2 000 morts, un chiffre encore provisoire parce qu’on peut mourir à petit feu. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la climatisation a permis de sauver près de 200 000 vies dans le monde en trois ans. Mais le tout-clim ne peut pas être l'alpha et l'oméga des politiques climatiques ; on n'a pas encore réussi à climatiser les champs, les prairies et les forêts… À lire aussiCanicule en France: la classe politique partagée sur les solutions à apporter
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