エピソード

  • Comment se protéger de la chaleur en ville?
    2026/06/17
    Deux semaines après une canicule d'une ampleur inédite pour un mois de mai, l'Europe est frappée par une nouvelle vague de chaleur précoce, avec des pointes à 40 degrés possibles. L'air chaud qui remonte par l'Espagne devrait atteindre les pays scandinaves et les Balkans d'ici quelques jours. De quoi alimenter le phénomène « d'îlot de chaleur urbain » qui peut être dangereux pour la santé. Heureusement des solutions existent. Vous l'avez sans doute déjà ressenti si vous habitez en ville : la chaleur semble parfois irradier du sol et des bâtiments qui nous entourent. C’est un îlot de chaleur urbain, une sorte de dôme d’air chaud en ville, qui se fait ressentir essentiellement pendant la nuit, surtout entre quatre et six heures du matin. Météo France a étudié le phénomène dans 42 villes françaises, toutes sont touchées, Paris en premier. Il fait en moyenne 4 à 5 degrés de plus en ville par rapport à la campagne environnante et dans certains quartiers cela peut aller jusqu'à 10 degrés de plus selon cette étude. La ville absorbe la chaleur des rayons du soleil pendant la journée ainsi que la chaleur des moteurs de voitures ou des industries, etc., et une fois la nuit venue, elle ne se refroidit pas. « C’est vraiment une question de matériaux, explique Sylvain Mondon, directeur de Météo France pour l’Île-de-France. Ce sont les matériaux minéraux : les pierres, le béton, le bitume, … qui montent en température et qui restent chauds longtemps, contrairement à des arbres, qui eux sont chauds au moment où ils sont éclairés par le soleil, mais dès que le soleil s’arrête, la température du bois ou des végétaux baisse rapidement. » À lire aussiFace au réchauffement climatique, Paris se végétalise Alors que l’Inde subit également des températures records depuis plusieurs semaines, mardi dernier, le Service météorologique indien (IMD) a enregistré une température maximale de 43,5 °C dans la capitale. Pourtant, lorsque Greenpeace Inde a déployé une caméra thermique pour mesurer la température à la surface des rues de New Delhi, le thermomètre a ainsi grimpé jusqu’à 64 °C à certains endroits, relève la BBC. À lire aussiInde: face aux vagues de chaleur fréquentes, les habitants des bidonvilles luttent pour leur survie « L’organisme ne récupère plus » Au-delà d'une certaine température, environ 20 °C la nuit, on parle de nuit tropicale. Si on peut être plus ou moins sensible, acclimaté, à ces nuits tropicales, elles n’en demeurent pas moins dangereuses pour la santé. « L’organisme ne récupère plus et avec l’accumulation de nuits chaudes, favorisées par ces îlots de chaleur urbain, les organismes se fatiguent, voire s’épuisent, voire conduisent à des passages aux urgences », alerte Sylvain Mondon. La chaleur peut directement causer des malaises ou favoriser des pathologies. En Europe, plus de 200 000 personnes sont ainsi décédées des suites de la chaleur au cours de ces quatre dernières années seulement, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). À lire aussiLes arbres: une solution pour refroidir les villes? Il est nécessaire de s'adapter car les vagues de chaleur vont devenir plus nombreuses et plus intenses avec le réchauffement climatique. La climatisation n’est pas une solution, en tout cas pas partout. Les climatiseurs rejettent en effet de la chaleur à l'extérieur. Ils augmentent donc encore cet effet d'îlot de chaleur urbain. À Paris, selon une étude, l'utilisation de climatiseurs pendant l'été serait responsable d’une augmentation allant jusqu’à 2 °C de la température dans certains quartiers. Des solutions variées, dépendant des climats et des villes, existent cependant. Il est possible de déminéraliser, dédensifier et végétaliser ou d'ajouter des points d’eau. « Sur une place, on peut retirer le bitume ou les dalles en pierre du sol, et planter des arbres » pour l'ombre et l'humidité rafraichissante qu'ils génèrent, « on peut comme ça gagner cinq à six degrés », estime Sylvain Mondon de Météo France. S'inspirer des constructions traditionnelles Une autre solution consiste à jouer sur la forme urbaine, à réfléchir au positionnement des bâtiments les uns par rapport aux autres pour favoriser la circulation de l'air ou pour qu'un immeuble fasse de l'ombre à son voisin. Ces travaux coûtent cher, il est nécessaire d’y penser dès la conception des quartiers et de profiter de toute rénovation urbaine pour les mettre en place. Enfin, il est possible de construire différemment, en prenant en compte le climat futur tout en s’inspirant des méthodes passées. C’est ce que fait l’architecte nigérienne Mariam Issoufou, qui a été nommée « Championne de la Terre » par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en 2025. Dans une vidéo sur le site du PNUE, elle fait remarquer que « le 20ᵉ...
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  • Les pays du G7 fuient-ils leur responsabilité historique dans la crise climatique?
    2026/06/15
    Les pays occidentaux, les premiers à se développer avec la Révolution industrielle, ont émis le plus de gaz à effet de serre depuis un siècle et demi. Ils sont censés payer. Les sommes en jeu sont gigantesques, alors que la Chine, premier pollueur aujourd'hui, refuse de prendre sa part. C'est l'apothéose d'une présidence française quelque peu éclipsée par une lourde actualité internationale. La tenue du sommet du G7 du lundi 15 au mercredi 17 juin à Évian est ici l'occasion d'évoquer la responsabilité historique des pays les plus industrialisés dans la crise climatique. Les pays occidentaux, l'Europe et les États-Unis, les premiers à se développer, sont ceux qui ont émis le plus de gaz à effet de serre depuis 1850 et la Révolution industrielle. Les pays du G7, qui regroupent également le Japon et le Canada, ont ainsi cumulé environ un tiers des émissions de CO2. À lire aussiG7 à Évian: un sommet sous haute sécurité dont la tenue est contestée 1 300 milliards de dollars Puisqu'ils sont les premiers responsables, c'est à eux de payer la facture, c'est-à-dire d'aider les pays en développement à affronter la crise climatique et ses conséquences (ce qu'on appelle les préjudices et l'adaptation). À ce niveau-là, on parle en centaines de milliards de dollars. Les revendications des pays en développement, les pays les plus pauvres, qui ne sont pas responsables de la crise climatique, ont reçu ces dernières années le soutien de l'axe fossile, les pays producteurs de pétrole, qui ont notamment organisé les COP, les sommets mondiaux pour le climat, à Dubaï et à Bakou. « De 100 milliards de dollars par an, on est brusquement passé en deux ans à l'exigence de 1 300 milliards par an à donner aux pays en développement, rappelle Amy Dahan, spécialiste des négociations climatiques, et auteure, avec Stephan Haykut, de La Mutation climatique (éditions Les Presses de Science-Po). Et à Belém, on l'a vu cette année au Brésil, on a eu une certaine coalition qui concentrait tous les efforts de la négociation climatique sur cela et refusait d'aller plus loin dans la sortie des fossiles, en considérant que ce n'était pas à l'ordre du jour. » Une coalition portée d'ailleurs par un fort courant anti-occident. L'Europe isolée Cette question de la dette climatique ne figure pas à l'ordre du jour du G7 d'Évian, car les États-Unis, climato-négationnistes, ont obtenu de la présidence française de ce G7 que les questions climatiques soient écartées. Les États-Unis ayant d'ailleurs déserté toutes les instances climatiques, l'Europe se retrouverait toute seule à devoir assumer cette responsabilité historique, alors qu'elle est le meilleur élève aujourd'hui, la seule à baisser ses émissions de CO2. « Les ONG ont tendance à développer ce discours : c'est aux pays riches, historiquement développés, de payer, et si les États-Unis ne sont pas là, tant pis, c'est à l'Europe de le faire. Ce n'est pas très raisonnable et ce n'est pas très vraisemblable. Donc ça bloque tout, constate Amy Dahan. Les pays historiquement développés doivent prendre leur part importante, mais ils ne peuvent pas payer pour l'ensemble du monde. C'est impossible. C'est invraisemblable et cela n'aura jamais lieu. » À lire aussiLes ministres du G7 se réunissent à Paris pour parler d’environnement, mais écartent le climat des discussions La Chine, néo-pollueur Les pays du G7 sont certes les premiers responsables de la crise climatique, mais ils ne sont plus les seuls. Il y a certes les émissions historiques, mais il y a aussi les émissions actuelles. Et aujourd'hui, le plus gros pollueur, c'est la Chine, avec un tiers des émissions annuelles de gaz à effet de serre, très loin devant les États-Unis. Mais pour Pékin, il n'est pas question de payer. « La Chine a produit autant de ciment en trois ans que l'Amérique en un siècle, c'est absolument énorme, souligne Amy Dahan. Elle avait besoin d'utiliser son charbon, elle l'utilise. Elle fait passer avant tout ses propres intérêts. Elle a fourni au monde un certain nombre de technologies qui ne vont pas sauver le monde mais qui permettent quand même d'envisager des énergies non carbonées, donc c'est important. Mais elle ne veut pas payer pour les autres, c'est sûr. » Ce serait comme au restaurant, quand arrive l'addition : les gros riches refusent de payer, alors que les plus pauvres n'ont rien mangé ou n'ont presque rien dans leur assiette. À lire aussiEnvironnement: la Chine manque un objectif-clé sur les émissions de CO2 en 2024
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  • Pourquoi le Mondial de foot 2026 sera le plus polluant (et pourquoi la Fifa a tort de l'ignorer)?
    2026/06/10
    Le bilan carbone de la Coupe du monde de football organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada devrait atteindre les 9 millions de tonnes de CO2, un record. La démesure orchestrée par Gianni Infantino, le patron de la Fifa, est un mauvais coup porté à la planète... et au football. On pensait avoir touché le fond avec le dernier Mondial de foot organisé au Qatar, il y a quatre ans, avec des stades climatisés… Mais la Coupe du monde 2026, aux États-Unis, au Mexique et au Canada, qui démarre ce 11 juin, et durera 39 jours, du jamais-vu, s’annonce comme l’événement sportif le plus gros émetteur de gaz à effet de serre de l’histoire de l’humanité. Pour paraphraser la devise de l’olympisme, le foot mondial aujourd’hui c’est toujours plus haut, toujours plus fort et toujours plus polluant. Le bilan carbone de ce Mondial devrait être deux fois plus élevé qu’au Qatar. Ce qui n’est finalement pas étonnant quand on fait passer la compétition à 48 équipes, avec une centaine de matches (presque deux fois plus qu’avant) et quand les stades sont répartis aux quatre coins du continent nord-américain, de Boston à Vancouver, et de Toronto à Mexico. Le Mondial, c’est comme les SUV : plus c’est gros plus ça pollue. Gigantisme anti-climatique « La Fifa prend une orientation qui, fatalement, augmente le bilan carbone des événements. On va vers un gigantisme et un nombre de déplacements des spectateurs, des équipes, qui est à l'opposé de ce qu'il faudrait faire pour maintenir un climat à peu près vivable sur la planète », constate Maël Besson, spécialiste de la transition écologique du sport et fondateur de l’agence Sport 1.5. Dans ce genre d’événement, ce qui pèse le plus dans les émissions de CO2, c’est le transport, à 85%, et on est certain que personne ne prendra le train pour aller par exemple de Philadelphie à San Francisco. Résultat, le bilan carbone estimé de ce mondial pourrait atteindre les 9 millions de tonnes de CO2 – comme si on faisait un million de fois le tour de la Terre en voiture, et c’est absurde de faire un million de fois le tour de la planète, personne ne fait ça ! Contre son temps, contre son camp Ce bilan carbone estimé ne tient d’ailleurs pas compte des « coûts cachés » du Mondial, tous les produits dérivés et la frénésie consumériste qui s’emballe pendant plus d’un mois. « On ne prend pas en compte l'impact de la surconsommation adoptée par effet d'imitation ou par la publicité. Et s'il y a autant de sponsoring, c'est bien que cela a un effet sur nos comportements de consommation, qui ne sont pas compatibles avec les limites planétaires », relève Maël Besson. Cette année, il y a encore plus de publicités à la télé grâce, ou à cause, des pauses fraîcheur imposées pendant les matches, parce qu’on sait déjà que la quasi-totalité des rencontres se jouera à une température supérieure à 28°C, sans parler de l’humidité. Tout se passe comme si planète foot vivait sur une autre planète et comme si la Fifa, la fédération internationale de foot, n’avait rien compris de l’enjeu du réchauffement climatique. La Fifa, sous la direction de Gianni Infantino, est plus que jamais devenue une machine à cash, alors que le foot, comme n’importe qui sur la Terre, est confronté à la crise climatique. « Le football, malheureusement, va subir les conséquences du dérèglement climatique, que ce soit des fortes chaleurs mais aussi des sécheresses pour les pelouses, des phénomènes météorologiques extrêmes, orages, tempêtes qui vont dégrader les infrastructures. Malheureusement, dans les moments de crise, sur des sécheresses par exemple, ce n'est pas forcément le sport qui est priorisé mais les hôpitaux, les écoles, etc. Donc la Fifa aurait tout intérêt pour la propre survie du football à être le premier défenseur du climat. » À fois victime et acteur de la crise climatique, le foot mondial, à contre-temps, risque bien le plus beau but contre son camp de l’histoire. À lire aussiBilan carbone désastreux, chaleurs extrêmes: le Mondial de football, symbole puissant du dérèglement climatique
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  • À quoi ça sert de savoir si les oiseaux se portent bien ou mal?
    2026/06/09

    Le premier baromètre avifaune publié en France par la Ligue pour la protection des oiseaux présente un bilan contrasté. La chute des espèces communes est un signal d'alerte pour la santé humaine.

    Un bilan mitigé, avec quelques bonnes nouvelles, et beaucoup de mauvaises. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) vient de publier son premier Baromètre de l’avifaune sur l’état des populations d’oiseaux en France. Des données précieuses, auxquelles l’espèce humaine ne devrait pas rester insensible. Si les oiseaux vont mal, peut-être que nous, humains, n’allons pas très bien. Les oiseaux sont des espèces de lanceurs d'alerte, malgré eux, sur l'état de la nature.

    « L'oiseau est reconnu comme le meilleur bioindicateur permettant de prendre la température de l'état de la nature, précise Cédric Marteau, le directeur général de la LPO. Si les oiseaux augmentent, c'est que notre environnement s'améliore : la qualité de l'air, de l'eau, de l'alimentation, des sols… À l'inverse, quand les oiseaux chutent, c'est qu'il y a encore des problèmes à régler ».

    Succès des plans de conversation

    C’est la bonne nouvelle de ce premier baromètre de la LPO : certaines espèces d’oiseaux se portent bien, grâce aux politiques de conservation et de réintroduction d'espèces menacées. « Si on prend soin de la nature et notamment des oiseaux, on arrive à les sauver. Cela a été le cas de la cigogne, des grands rapaces, comme des vautours, des espèces emblématiques... On a mis beaucoup d'énergie à les sauver et cela a fonctionné. Et c'est tant-mieux, évidemment. Malheureusement, pour les petites espèces, et notamment celles qui sont les plus nombreuses, il n’y a pas de plan de conservation spécifique. Et qu'est-ce qu'on constate ? Un effondrement des populations », déplore Cédric Marteau.

    Ces petites espèces, comme les hirondelles, les moineaux ou les rouges-gorges, qui représentent 90% des oiseaux de France, sont en constante diminution, avec une chute des populations de 18,2% en 25 ans. L'ennemi numéro 1 de ces oiseaux, c'est l'agriculture intensive, les pesticides qui privent les oiseaux de nourriture.

    Les oiseaux victimes de l'agriculture

    « Les espèces qui disparaissent le plus sont les espèces qu'on va retrouver dans les plaines agricoles, et elles disparaissent principalement à cause de l'agriculture chimique avec son cortège de produits phytosanitaires. Les pesticides provoquent la disparition de la nourriture des oiseaux. On note plus de 80% de diminution des insectes sur les 30 dernières années, c’est donc autant de nourriture en moins pour les poussins. C’est d’ailleurs la première cause de mortalité chez les oiseaux », souligne Cédric Marteau. À l'échelle de l'Europe, ce sont ainsi 800 millions d'oiseaux qui ont disparu en 40 ans, à cause des pesticides, mais aussi de la mécanisation et de l'arrachage des haies.

    Une solution existe pourtant : un autre modèle agricole. « Le système agricole industriel est à bout de souffle et il est temps de le changer pour les oiseaux, et à travers eux, pour notre santé. Cela devient vital, insiste le directeur de la LPO. On le voit avec les cancers pédiatriques, la qualité de l'eau… tout ça ne peut plus durer. Nous devons changer de système. Il en va de notre propre santé ». Parce que tant que les oiseaux chanteront, nous, humains, nous pourrons danser.

    À lire aussiPrintemps silencieux : mais où sont passés les oiseaux?

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  • Quand la croisière s'amuse, pourquoi l'environnement fait grise mine?
    2026/06/08
    Journée mondiale des océans : les bateaux de croisière sont de plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Un tourisme de masse dangereux pour la santé et la faune marine. Jusqu’où ira la course au gigantisme ? Combien de monstres des mers vont encore voguer sur les océans dont c’est la Journée mondiale, ce 8 juin ? On compte aujourd'hui dans le monde plus de 500 bateaux de croisière, et le plus gros d’entre eux, l'Icon of the Seas (« icône des mers »), mesure 365 mètres de long, peut transporter 8 000 personnes, avec un tonnage brut de 250 000 tonnes, cinq fois plus que le Titanic… Comme une immense barre HLM qu’on aurait transposée sur les flots. Aujourd'hui la croisière s'amuse en masse. « La croisière, au départ, était plutôt un tourisme de luxe. Et puis, au fur et à mesure du temps, à partir des années 70, on a vu que la croisière s'est démocratisée et s'est ouverte aux classes moyennes. Aujourd'hui, on a même des croisières low cost. C'est devenu un tourisme de masse. Sur ces vingt dernières années, les bateaux ont à la fois doublé de taille et doublé en nombre. On a des bateaux toujours plus gros et toujours plus nombreux », constate Fanny Pointet, en charge du transport maritime au sein de l'ONG Transport et Environnement. À lire aussiLa grande pollution des paquebots de croisière en Méditerranée Ville flottante Cette course au gigantisme n’est sans doute pas près de s’arrêter. En témoigne la relance d’un projet utopique ou cauchemardesque : le Freedom Ship. Ce « bateau de la liberté » consisterait en fait à vivre enfermé dans une ville flottante de 1,5 km de long. 50 000 personnes pourraient y habiter en permanence. Le « navire » pouvant transporter 80 000 personnes au total, en comptant les touristes et tout le personnel. Une vraie grosse ville, avec écoles, bureaux, hôpital, musée, stade de foot… Un projet qui laisse cependant quelque peu sceptiques de nombreux experts. « Est-ce que les gens auront vraiment envie de vivre empaquetés ?, se demande Fanny Pointet. Dans ce cas-là, pourquoi ne pas vivre sur une île si c'est pour voir le ciel bleu et la mer toute la journée ? Nous, ça nous interroge : il y a vraiment une course au gigantisme que rien n'arrête. » Pollution gigantesque Ce gigantisme a un coût, la pollution. Même si les bateaux de croisière ne représentent que 1% de tous les navires dans le monde, ils polluent relativement beaucoup plus, à cause de leur taille. Un bateau de croisière émet 20 000 tonnes de gaz à effet de serre par an, autant que 10 000 voitures. Il y a aussi la pollution de l'air, particulièrement dangereuse pour la santé humaine quand les bateaux sont au port. Et ils y restent longtemps, pour que les touristes fassent du tourisme, pendant que les cheminées crachent leurs fumées bien sales. « On a des particules fines, des oxydes de soufre, des oxydes d'azote, et tout cela peut générer des maladies respiratoires, des maladies cardiovasculaires chez les gens qui respirent toutes ces particules fines », souligne Fanny Pointet. À lire aussiEnvironnement: les croisiéristes promettent la décarbonation totale d'ici 2050 Bateaux interdits Face à cette pollution, et à tous les dégâts annexes que causent les bateaux de croisière, certains ports ont pris une mesure radicale : leur interdiction, à Nice, Amsterdam, ou Venise, où les bateaux menaçaient la lagune et même les fondations de la plus belle ville lacustre au monde. D’autres solutions sont possibles. À Marseille, depuis un mois, les bateaux de croisière arrêtent leurs moteurs et se branchent à l'électricité, comme l’exigera une réglementation européenne dans tous les ports européens en 2030. Il y a aussi des nouveaux carburants, un peu moins polluants, mais qui coûtent plus cher. Le secteur promet d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Baleines tuées En pleine mer aussi, les bateaux de croisière sont un problème, en particulier pour la faune marine, à cause du bruit, très perturbant. Sans parler des collisions dont sont victimes les cétacés. « Un navire qui va très vite, qui est très gros, s'il se prend une baleine en pleine face, la baleine n'a pas beaucoup de chance de s'en sortir », résume Fanny Pointet. L'ONG IFAW milite ainsi pour une réduction de la vitesse de tous les bateaux. « Une simple réduction de vitesse de 10% permettrait de réduire de moitié le risque de collisions avec les baleines et de 40% les émissions sonores sous-marines émises par le trafic maritime », plaide Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine pour IFAW. Une mesure simple à mettre en œuvre, qui aurait aussi des effets bénéfiques sur le climat. Mais en attendant, la croisière, ça use. À lire aussiLes océans se dégradent, malgré des avancées en matière de protection
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  • Des millions de tonnes de fruits et légumes jetés: le gaspillage alimentaire est-il de notre faute?
    2026/06/04
    Le gaspillage alimentaire commence dans les champs. Notamment pour des raisons économiques, les agriculteurs préfèrent laisser leur production pourrir sur place, quitte à gâcher de l'eau et de l'énergie. Le chiffre est choquant. Chaque jour dans le monde, selon l'ONU, un milliard de repas sont gaspillés. On vous l'a sûrement répété quand vous étiez tout petit : « Finis ton assiette ! » On a tendance à faire porter la responsabilité du gaspillage alimentaire sur les consommateurs. Oui, on jette toujours beaucoup trop à la maison, et là où on jette le plus, c'est dans les pays riches, mais en réalité ce gaspillage-là est minoritaire. Là où on gaspille le plus, c'est dans les champs, où poussent les fruits et les légumes. En France par exemple, un tiers du gaspillage alimentaire a lieu au niveau de la production, selon l’Ademe. Le gaspillage est forcément plus fréquent sur des produits par nature périssables, qu'on ne peut pas stocker, qu'il faut rapidement consommer ; on gaspillera plus facilement des tomates que des pneus de voiture par exemple. Mais la première raison du gaspillage agricole est d'ordre économique : il arrive que les agriculteurs préfèrent laisser pourrir des fruits ou des légumes sur place plutôt que de les ramasser, parce que ce n'est pas rentable. Quand récolter devient plus cher que tout abandonner. La loi du marché « Si l'offre en produits aux champs est supérieure à la demande exprimée par les marchés, il y a forcément une surproduction. La surproduction va générer automatiquement une baisse des prix, à rapporter aux facteurs de production que sont la main-d'œuvre, le matériel, le carburant, les machines. On oublie que l'agriculteur est un entrepreneur. La finalité de l'entreprise, c'est le profit », rappelle Laurent Parrot, économiste au Cirad, le centre de recherche agronomique pour le développement. On peut le regretter, on peut le déplorer, mais c'est tout simplement la loi du marché. Parmi les autres causes du gaspillage agricole, il arrive parfois qu'il n'y ait pas assez de main-d'œuvre. Il y a aussi des attaques de ravageurs, qui rendent les produits impropres à la consommation. Des récoltes sont aussi sacrifiées à cause du changement climatique, des canicules et des sécheresses plus intenses. Et puis il y a aussi les fameux fruits et légumes moches, déformés, qui n'ont pas la taille parfaite, qui ne répondent pas aux standards imposés par la grande distribution : souvent, on les jette, mais pas tout le temps et pas partout. « La question des défauts relève vraiment du marketing. Dans certaines situations, effectivement, par exemple en France, ça peut être mis au rebut. Dans d'autres situations, au niveau mondial, et notamment en Afrique, cela crée d'autres marchés parallèles qui consistent à récupérer ces produits qui sont écartés, ces fameux écarts de tri qui sont pour le coup consommés par, entre guillemets, une autre clientèle », constate Laurent Parrot. Gaspillages d'eau et d'énergie Tout ce gaspillage alimentaire entraine d'autres gaspillages, comme l'énergie qu'on a utilisée pour produire tous ces légumes et tous ces fruits. « Si on mobilise par exemple les facteurs de production des machines, des tracteurs, donc du carburant, de l'énergie, des terres agricoles, et si la production et le rendement ne suivent pas, c'est du gaspillage énergétique. Autrement dit, il y a un coût environnemental indirect assez important », souligne Laurent Parrot, qui travaille au Cirad sur la performance des systèmes horticoles (Hortsys). Reste le cas, majeur, de l’eau, et à cet égard, une étude récente effectuée en Espagne est assez édifiante : entre 2018 et 2024, plus de 70 millions de tonnes de fruits et légumes ont été abandonnées chaque année. Ce qui revient à gâcher 36 millions de mètres cubes d'eau par an, l'eau qu'on a utilisée pour les faire pousser. C'est comme si on avait jeté 36 milliards de bouteilles d'eau d'un litre. Dans un pays, l'Espagne, où 67 % du territoire est classé aride, la facture est particulièrement douloureuse. À lire aussi«Lutter contre le changement climatique, ce n’est pas un problème technique, c’est un enjeu démocratique»
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  • Le vélo électrique est-il vraiment écologique?
    2026/06/03

    Rouler grâce à l'énergie délivrée par une batterie n'empêche pas les vélos à assistance électrique d'être toujours plus compétitifs que la voiture sur le plan climatique.

    On en voit de plus en plus, et pas seulement pour la Journée mondiale du vélo, célébrée chaque 3 juin. Le vélo électrique, ou vélo à assistance électrique (VAE), s’est imposé en quelques années dans le paysage et sur les pistes cyclables. Les ventes sont explosé avec le covid, et en France aujourd’hui, 30% des vélos vendus sont électriques. Mais le VAE, c'est une vieille histoire.

    À la fin du XIXe siècle, en même temps que l'électricité se généralise, les premiers brevets sont déposés aux États-Unis. Mais le véritable essor viendra du Japon, d’où la télévision française présentait un prototype en 1972 : « Et voici la bicyclette de demain. Électrique, elle vous transportera sur dix kilomètres. Ensuite, il faudra trouver une prise de courant pour recharger la batterie. Une autre invention japonaise qui n'est pas encore commercialisée. » Il faudra attendre la fin des années 90 pour les premiers modèles en série, avec une autonomie bien plus importante pour la batterie.

    Alternative à la voiture

    Une batterie, c’est du lithium, des terres rares... Ce n'est pas neutre. Mais ce sera toujours mieux qu'une voiture. La batterie « n'empêche pas le vélo à assistance électrique d'avoir toujours un impact environnemental qui est très favorable. En gros, une batterie de vélo à assistance électrique est 100 fois moins capacitaire que pour les voitures électriques », souligne Aurélien Bigo, chercheur sur la transition des transports. Une batterie 100 fois moins grosse, cela limite l’impact écologique. Contrairement à une idée reçue, ce qui pèse le plus dans le bilan carbone d'un vélo n’est ni la batterie ni le fait de la recharger. Ce qui pèse le plus, et même neuf fois plus, c'est la fabrication du cadre, en acier ou pire en aluminium.

    Le vélo électrique peut même devenir une alternative à la voiture, évidemment pas pour faire un Paris Marseille – pour ça on conseille le train. Mais pour les trajets du quotidien, le VAE permet souvent de se passer d'une voiture, et même beaucoup plus que le vélo normal (le vélo mécanique ou musculaire comme on aime le dire dans le XIe arrondissement parisien). « 50 à 70% des trajets qui sont réalisés à vélo à assistance électrique remplacent la voiture. Pour le vélo classique, on est plutôt autour des 10 ou 20% selon les enquêtes qu'on peut avoir. Donc c'est un vrai outil pour réduire l'usage de la voiture et ça permet pour 15 à 25 % des usagers de ces vélos à assistance électrique de renoncer à l'achat d'une voiture ou de revendre une de leur voiture, grâce à cet usage du vélo à assistance électrique », précise Aurélien Bigo.

    Le vélo, c'est la santé

    Effectuer 1 kilomètre avec un vélo normal, c'est émettre 0 gramme de CO2. Avec un vélo électrique, on émet 10 grammes de CO2, quand la voiture thermique bat tous les records, avec 140 grammes de CO2. Mais il n'y a pas que des avantages écologiques. Si le vélo est bon pour la santé de la planète, il l'est aussi pour la santé humaine. Autre avantage du vélo électrique : il recrute de nouveaux usagers qui ne seraient jamais montés sur un vélo normal.

    « Le fait d'avoir cette assistance permet de moins transpirer et de passer plus facilement les reliefs, aller un petit peu plus loin, faire moins d'efforts. Pour des personnes qui ne sont pas forcément très sportives ou qui n'ont pas l'habitude de faire du vélo, l'assistance électrique permet vraiment de passer le pas. On sait qu’effectuer cent minutes de vélo par semaine (soit 1h 40 de vélo par semaine) permet de réduire la mortalité, toutes causes confondues, de 10 % », détaille Aurélien Bigo. Chaque fois que vous pédalez, vous rebouchez le trou de la Sécurité sociale.

    Aujourd'hui l'économiePourquoi le vélo fait la course en tête

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  • Quel est le secret des tourbières face au réchauffement climatique?
    2026/06/02

    En cette Journée mondiale des tourbières, gros plan sur ces zones humides souvent méconnues et pourtant bien plus efficaces que les forêts pour capter le CO2.

    Elles se font discrètes, mais elles sont essentielles. Les tourbières, ces zones humides composées d’eau stagnante, colonisées par la végétation et au sol riche en matière organique (de la matière vivante qui s'est décomposée), ont un rôle majeur face au réchauffement climatique. Un rôle pourtant longtemps méconnu ou ignoré jusqu’il y a quelques années, d’abord en raison de leur superficie marginale. Les tourbières ne représentent que 3 à 4% de la surface des sols sur la planète, mais elles sont bien plus efficaces, pour fixer le CO2, que les forêts dont on parle tout le temps.

    « Les tourbières représentent une surface beaucoup moins importante que la savane, les forêts ou les grandes prairies d'Amérique et d'Asie. Ce n'était donc pas forcément l'écosystème dont on parlait le plus, constate Daniel Gilbert, professeur d'écologie à l'Université Marie et Louis Pasteur de Besançon. Mais on s'est aperçu qu'en termes de stock de carbone, c'est-à-dire la quantité de carbone à l'origine dans l'atmosphère et aujourd'hui stockée dans les écosystèmes, les tourbières stockent au moins un tiers du carbone mondial, 600 milliards de tonnes, quand les forêts doivent être autour de 400 milliards de tonnes ». À surface égale, une tourbière stocke dix fois plus de CO2 qu'une forêt.

    Le rôle de l'eau

    Le secret de cette performance, c'est l'eau. « La tourbière étant pleine d'eau, l'oxygène n'arrive pas à diffuser dans la tourbe et les bactéries n'arrivent pas à décomposer la matière organique. Mais si on enlève l'eau, bien évidemment ça se met à se décomposer très vite, explique Daniel Gilbert. C'est un phénomène que tout le monde a vu chez lui. Quand on met du terreau dans un pot de fleurs, petit à petit il y en a de moins en moins. Où est-il ? Dans l'atmosphère ! Il s'est décomposé dans le pot de fleurs ; le sol, qui est un sol organique, repart dans l'atmosphère. C’est ce qui se passe un peu partout quand on cultive un sol de tourbe après drainage : dans des conditions moyennes, on perd à peu près un demi-centimètre de hauteur de terre par an ». Une tourbière asséchée, drainée, c'est du CO2 dans l'atmosphère.

    L'agriculture figure ainsi par les ennemis des tourbières. Actuellement, c'est le cas notamment en Indonésie où on détruit des tourbières pour produire de l'huile de palme. Mais de tous temps, et partout dans le monde, les tourbières, les zones humides, ont été sacrifiées. « Historiquement, le but du jeu sur Terre, c'est d'éliminer les zones humides qui ne servent à rien, ironise le spécialiste des tourbières. C'est plein d'eau, ça ne permet pas d'avoir une production agricole ou forestière. Et donc on a détruit, en se disant : c'est pour le bien de l'humanité. Sauf qu'aujourd'hui, on s'aperçoit que sans les zones humides on est fichus, en fait ». Car au-delà du carbone, les tourbières abritent une grande biodiversité, elles évitent les inondations et nous donnent de l'eau potable.

    Volonté politique

    Mais on peut encore sauver les tourbières pour sauver l’humanité. Encore faut-il qu'il y ait la volonté politique. « Techniquement, on remet en eau, ça marche très bien avec du temps. Une tourbière ayant 5000 ou 7000 ans, vous ne la remettez pas en selle en six mois, on parle de processus lents, écosystémiques, mais ça marche très bien, souligne Daniel Gilbert. Mais politiquement, sociologiquement, il très difficile d'aller dire aux agriculteurs qu’il faut revenir en arrière pour la société et y compris pour eux. Donc on sait faire, mais c'est super difficile à faire ! ».On sait faire mais c'est difficile à faire : c'est un bon résumé de l'action politique face à la crise climatique.

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