エピソード

  • À quoi ça sert de savoir si les oiseaux se portent bien ou mal?
    2026/06/09

    Le premier baromètre avifaune publié en France par la Ligue pour la protection des oiseaux présente un bilan contrasté. La chute des espèces communes est un signal d'alerte pour la santé humaine.

    Un bilan mitigé, avec quelques bonnes nouvelles, et beaucoup de mauvaises. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) vient de publier son premier Baromètre de l’avifaune sur l’état des populations d’oiseaux en France. Des données précieuses, auxquelles l’espèce humaine ne devrait pas rester insensible. Si les oiseaux vont mal, peut-être que nous, humains, n’allons pas très bien. Les oiseaux sont des espèces de lanceurs d'alerte, malgré eux, sur l'état de la nature.

    « L'oiseau est reconnu comme le meilleur bioindicateur permettant de prendre la température de l'état de la nature, précise Cédric Marteau, le directeur général de la LPO. Si les oiseaux augmentent, c'est que notre environnement s'améliore : la qualité de l'air, de l'eau, de l'alimentation, des sols… À l'inverse, quand les oiseaux chutent, c'est qu'il y a encore des problèmes à régler ».

    Succès des plans de conversation

    C’est la bonne nouvelle de ce premier baromètre de la LPO : certaines espèces d’oiseaux se portent bien, grâce aux politiques de conservation et de réintroduction d'espèces menacées. « Si on prend soin de la nature et notamment des oiseaux, on arrive à les sauver. Cela a été le cas de la cigogne, des grands rapaces, comme des vautours, des espèces emblématiques... On a mis beaucoup d'énergie à les sauver et cela a fonctionné. Et c'est tant-mieux, évidemment. Malheureusement, pour les petites espèces, et notamment celles qui sont les plus nombreuses, il n’y a pas de plan de conservation spécifique. Et qu'est-ce qu'on constate ? Un effondrement des populations », déplore Cédric Marteau.

    Ces petites espèces, comme les hirondelles, les moineaux ou les rouges-gorges, qui représentent 90% des oiseaux de France, sont en constante diminution, avec une chute des populations de 18,2% en 25 ans. L'ennemi numéro 1 de ces oiseaux, c'est l'agriculture intensive, les pesticides qui privent les oiseaux de nourriture.

    Les oiseaux victimes de l'agriculture

    « Les espèces qui disparaissent le plus sont les espèces qu'on va retrouver dans les plaines agricoles, et elles disparaissent principalement à cause de l'agriculture chimique avec son cortège de produits phytosanitaires. Les pesticides provoquent la disparition de la nourriture des oiseaux. On note plus de 80% de diminution des insectes sur les 30 dernières années, c’est donc autant de nourriture en moins pour les poussins. C’est d’ailleurs la première cause de mortalité chez les oiseaux », souligne Cédric Marteau. À l'échelle de l'Europe, ce sont ainsi 800 millions d'oiseaux qui ont disparu en 40 ans, à cause des pesticides, mais aussi de la mécanisation et de l'arrachage des haies.

    Une solution existe pourtant : un autre modèle agricole. « Le système agricole industriel est à bout de souffle et il est temps de le changer pour les oiseaux, et à travers eux, pour notre santé. Cela devient vital, insiste le directeur de la LPO. On le voit avec les cancers pédiatriques, la qualité de l'eau… tout ça ne peut plus durer. Nous devons changer de système. Il en va de notre propre santé ». Parce que tant que les oiseaux chanteront, nous, humains, nous pourrons danser.

    À lire aussiPrintemps silencieux : mais où sont passés les oiseaux?

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  • Quand la croisière s'amuse, pourquoi l'environnement fait grise mine?
    2026/06/08
    Journée mondiale des océans : les bateaux de croisière sont de plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Un tourisme de masse dangereux pour la santé et la faune marine. Jusqu’où ira la course au gigantisme ? Combien de monstres des mers vont encore voguer sur les océans dont c’est la Journée mondiale, ce 8 juin ? On compte aujourd'hui dans le monde plus de 500 bateaux de croisière, et le plus gros d’entre eux, l'Icon of the Seas (« icône des mers »), mesure 365 mètres de long, peut transporter 8 000 personnes, avec un tonnage brut de 250 000 tonnes, cinq fois plus que le Titanic… Comme une immense barre HLM qu’on aurait transposée sur les flots. Aujourd'hui la croisière s'amuse en masse. « La croisière, au départ, était plutôt un tourisme de luxe. Et puis, au fur et à mesure du temps, à partir des années 70, on a vu que la croisière s'est démocratisée et s'est ouverte aux classes moyennes. Aujourd'hui, on a même des croisières low cost. C'est devenu un tourisme de masse. Sur ces vingt dernières années, les bateaux ont à la fois doublé de taille et doublé en nombre. On a des bateaux toujours plus gros et toujours plus nombreux », constate Fanny Pointet, en charge du transport maritime au sein de l'ONG Transport et Environnement. À lire aussiLa grande pollution des paquebots de croisière en Méditerranée Ville flottante Cette course au gigantisme n’est sans doute pas près de s’arrêter. En témoigne la relance d’un projet utopique ou cauchemardesque : le Freedom Ship. Ce « bateau de la liberté » consisterait en fait à vivre enfermé dans une ville flottante de 1,5 km de long. 50 000 personnes pourraient y habiter en permanence. Le « navire » pouvant transporter 80 000 personnes au total, en comptant les touristes et tout le personnel. Une vraie grosse ville, avec écoles, bureaux, hôpital, musée, stade de foot… Un projet qui laisse cependant quelque peu sceptiques de nombreux experts. « Est-ce que les gens auront vraiment envie de vivre empaquetés ?, se demande Fanny Pointet. Dans ce cas-là, pourquoi ne pas vivre sur une île si c'est pour voir le ciel bleu et la mer toute la journée ? Nous, ça nous interroge : il y a vraiment une course au gigantisme que rien n'arrête. » Pollution gigantesque Ce gigantisme a un coût, la pollution. Même si les bateaux de croisière ne représentent que 1% de tous les navires dans le monde, ils polluent relativement beaucoup plus, à cause de leur taille. Un bateau de croisière émet 20 000 tonnes de gaz à effet de serre par an, autant que 10 000 voitures. Il y a aussi la pollution de l'air, particulièrement dangereuse pour la santé humaine quand les bateaux sont au port. Et ils y restent longtemps, pour que les touristes fassent du tourisme, pendant que les cheminées crachent leurs fumées bien sales. « On a des particules fines, des oxydes de soufre, des oxydes d'azote, et tout cela peut générer des maladies respiratoires, des maladies cardiovasculaires chez les gens qui respirent toutes ces particules fines », souligne Fanny Pointet. À lire aussiEnvironnement: les croisiéristes promettent la décarbonation totale d'ici 2050 Bateaux interdits Face à cette pollution, et à tous les dégâts annexes que causent les bateaux de croisière, certains ports ont pris une mesure radicale : leur interdiction, à Nice, Amsterdam, ou Venise, où les bateaux menaçaient la lagune et même les fondations de la plus belle ville lacustre au monde. D’autres solutions sont possibles. À Marseille, depuis un mois, les bateaux de croisière arrêtent leurs moteurs et se branchent à l'électricité, comme l’exigera une réglementation européenne dans tous les ports européens en 2030. Il y a aussi des nouveaux carburants, un peu moins polluants, mais qui coûtent plus cher. Le secteur promet d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Baleines tuées En pleine mer aussi, les bateaux de croisière sont un problème, en particulier pour la faune marine, à cause du bruit, très perturbant. Sans parler des collisions dont sont victimes les cétacés. « Un navire qui va très vite, qui est très gros, s'il se prend une baleine en pleine face, la baleine n'a pas beaucoup de chance de s'en sortir », résume Fanny Pointet. L'ONG IFAW milite ainsi pour une réduction de la vitesse de tous les bateaux. « Une simple réduction de vitesse de 10% permettrait de réduire de moitié le risque de collisions avec les baleines et de 40% les émissions sonores sous-marines émises par le trafic maritime », plaide Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine pour IFAW. Une mesure simple à mettre en œuvre, qui aurait aussi des effets bénéfiques sur le climat. Mais en attendant, la croisière, ça use. À lire aussiLes océans se dégradent, malgré des avancées en matière de protection
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  • Des millions de tonnes de fruits et légumes jetés: le gaspillage alimentaire est-il de notre faute?
    2026/06/04
    Le gaspillage alimentaire commence dans les champs. Notamment pour des raisons économiques, les agriculteurs préfèrent laisser leur production pourrir sur place, quitte à gâcher de l'eau et de l'énergie. Le chiffre est choquant. Chaque jour dans le monde, selon l'ONU, un milliard de repas sont gaspillés. On vous l'a sûrement répété quand vous étiez tout petit : « Finis ton assiette ! » On a tendance à faire porter la responsabilité du gaspillage alimentaire sur les consommateurs. Oui, on jette toujours beaucoup trop à la maison, et là où on jette le plus, c'est dans les pays riches, mais en réalité ce gaspillage-là est minoritaire. Là où on gaspille le plus, c'est dans les champs, où poussent les fruits et les légumes. En France par exemple, un tiers du gaspillage alimentaire a lieu au niveau de la production, selon l’Ademe. Le gaspillage est forcément plus fréquent sur des produits par nature périssables, qu'on ne peut pas stocker, qu'il faut rapidement consommer ; on gaspillera plus facilement des tomates que des pneus de voiture par exemple. Mais la première raison du gaspillage agricole est d'ordre économique : il arrive que les agriculteurs préfèrent laisser pourrir des fruits ou des légumes sur place plutôt que de les ramasser, parce que ce n'est pas rentable. Quand récolter devient plus cher que tout abandonner. La loi du marché « Si l'offre en produits aux champs est supérieure à la demande exprimée par les marchés, il y a forcément une surproduction. La surproduction va générer automatiquement une baisse des prix, à rapporter aux facteurs de production que sont la main-d'œuvre, le matériel, le carburant, les machines. On oublie que l'agriculteur est un entrepreneur. La finalité de l'entreprise, c'est le profit », rappelle Laurent Parrot, économiste au Cirad, le centre de recherche agronomique pour le développement. On peut le regretter, on peut le déplorer, mais c'est tout simplement la loi du marché. Parmi les autres causes du gaspillage agricole, il arrive parfois qu'il n'y ait pas assez de main-d'œuvre. Il y a aussi des attaques de ravageurs, qui rendent les produits impropres à la consommation. Des récoltes sont aussi sacrifiées à cause du changement climatique, des canicules et des sécheresses plus intenses. Et puis il y a aussi les fameux fruits et légumes moches, déformés, qui n'ont pas la taille parfaite, qui ne répondent pas aux standards imposés par la grande distribution : souvent, on les jette, mais pas tout le temps et pas partout. « La question des défauts relève vraiment du marketing. Dans certaines situations, effectivement, par exemple en France, ça peut être mis au rebut. Dans d'autres situations, au niveau mondial, et notamment en Afrique, cela crée d'autres marchés parallèles qui consistent à récupérer ces produits qui sont écartés, ces fameux écarts de tri qui sont pour le coup consommés par, entre guillemets, une autre clientèle », constate Laurent Parrot. Gaspillages d'eau et d'énergie Tout ce gaspillage alimentaire entraine d'autres gaspillages, comme l'énergie qu'on a utilisée pour produire tous ces légumes et tous ces fruits. « Si on mobilise par exemple les facteurs de production des machines, des tracteurs, donc du carburant, de l'énergie, des terres agricoles, et si la production et le rendement ne suivent pas, c'est du gaspillage énergétique. Autrement dit, il y a un coût environnemental indirect assez important », souligne Laurent Parrot, qui travaille au Cirad sur la performance des systèmes horticoles (Hortsys). Reste le cas, majeur, de l’eau, et à cet égard, une étude récente effectuée en Espagne est assez édifiante : entre 2018 et 2024, plus de 70 millions de tonnes de fruits et légumes ont été abandonnées chaque année. Ce qui revient à gâcher 36 millions de mètres cubes d'eau par an, l'eau qu'on a utilisée pour les faire pousser. C'est comme si on avait jeté 36 milliards de bouteilles d'eau d'un litre. Dans un pays, l'Espagne, où 67 % du territoire est classé aride, la facture est particulièrement douloureuse. À lire aussi«Lutter contre le changement climatique, ce n’est pas un problème technique, c’est un enjeu démocratique»
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  • Le vélo électrique est-il vraiment écologique?
    2026/06/03

    Rouler grâce à l'énergie délivrée par une batterie n'empêche pas les vélos à assistance électrique d'être toujours plus compétitifs que la voiture sur le plan climatique.

    On en voit de plus en plus, et pas seulement pour la Journée mondiale du vélo, célébrée chaque 3 juin. Le vélo électrique, ou vélo à assistance électrique (VAE), s’est imposé en quelques années dans le paysage et sur les pistes cyclables. Les ventes sont explosé avec le covid, et en France aujourd’hui, 30% des vélos vendus sont électriques. Mais le VAE, c'est une vieille histoire.

    À la fin du XIXe siècle, en même temps que l'électricité se généralise, les premiers brevets sont déposés aux États-Unis. Mais le véritable essor viendra du Japon, d’où la télévision française présentait un prototype en 1972 : « Et voici la bicyclette de demain. Électrique, elle vous transportera sur dix kilomètres. Ensuite, il faudra trouver une prise de courant pour recharger la batterie. Une autre invention japonaise qui n'est pas encore commercialisée. » Il faudra attendre la fin des années 90 pour les premiers modèles en série, avec une autonomie bien plus importante pour la batterie.

    Alternative à la voiture

    Une batterie, c’est du lithium, des terres rares... Ce n'est pas neutre. Mais ce sera toujours mieux qu'une voiture. La batterie « n'empêche pas le vélo à assistance électrique d'avoir toujours un impact environnemental qui est très favorable. En gros, une batterie de vélo à assistance électrique est 100 fois moins capacitaire que pour les voitures électriques », souligne Aurélien Bigo, chercheur sur la transition des transports. Une batterie 100 fois moins grosse, cela limite l’impact écologique. Contrairement à une idée reçue, ce qui pèse le plus dans le bilan carbone d'un vélo n’est ni la batterie ni le fait de la recharger. Ce qui pèse le plus, et même neuf fois plus, c'est la fabrication du cadre, en acier ou pire en aluminium.

    Le vélo électrique peut même devenir une alternative à la voiture, évidemment pas pour faire un Paris Marseille – pour ça on conseille le train. Mais pour les trajets du quotidien, le VAE permet souvent de se passer d'une voiture, et même beaucoup plus que le vélo normal (le vélo mécanique ou musculaire comme on aime le dire dans le XIe arrondissement parisien). « 50 à 70% des trajets qui sont réalisés à vélo à assistance électrique remplacent la voiture. Pour le vélo classique, on est plutôt autour des 10 ou 20% selon les enquêtes qu'on peut avoir. Donc c'est un vrai outil pour réduire l'usage de la voiture et ça permet pour 15 à 25 % des usagers de ces vélos à assistance électrique de renoncer à l'achat d'une voiture ou de revendre une de leur voiture, grâce à cet usage du vélo à assistance électrique », précise Aurélien Bigo.

    Le vélo, c'est la santé

    Effectuer 1 kilomètre avec un vélo normal, c'est émettre 0 gramme de CO2. Avec un vélo électrique, on émet 10 grammes de CO2, quand la voiture thermique bat tous les records, avec 140 grammes de CO2. Mais il n'y a pas que des avantages écologiques. Si le vélo est bon pour la santé de la planète, il l'est aussi pour la santé humaine. Autre avantage du vélo électrique : il recrute de nouveaux usagers qui ne seraient jamais montés sur un vélo normal.

    « Le fait d'avoir cette assistance permet de moins transpirer et de passer plus facilement les reliefs, aller un petit peu plus loin, faire moins d'efforts. Pour des personnes qui ne sont pas forcément très sportives ou qui n'ont pas l'habitude de faire du vélo, l'assistance électrique permet vraiment de passer le pas. On sait qu’effectuer cent minutes de vélo par semaine (soit 1h 40 de vélo par semaine) permet de réduire la mortalité, toutes causes confondues, de 10 % », détaille Aurélien Bigo. Chaque fois que vous pédalez, vous rebouchez le trou de la Sécurité sociale.

    Aujourd'hui l'économiePourquoi le vélo fait la course en tête

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  • Quel est le secret des tourbières face au réchauffement climatique?
    2026/06/02

    En cette Journée mondiale des tourbières, gros plan sur ces zones humides souvent méconnues et pourtant bien plus efficaces que les forêts pour capter le CO2.

    Elles se font discrètes, mais elles sont essentielles. Les tourbières, ces zones humides composées d’eau stagnante, colonisées par la végétation et au sol riche en matière organique (de la matière vivante qui s'est décomposée), ont un rôle majeur face au réchauffement climatique. Un rôle pourtant longtemps méconnu ou ignoré jusqu’il y a quelques années, d’abord en raison de leur superficie marginale. Les tourbières ne représentent que 3 à 4% de la surface des sols sur la planète, mais elles sont bien plus efficaces, pour fixer le CO2, que les forêts dont on parle tout le temps.

    « Les tourbières représentent une surface beaucoup moins importante que la savane, les forêts ou les grandes prairies d'Amérique et d'Asie. Ce n'était donc pas forcément l'écosystème dont on parlait le plus, constate Daniel Gilbert, professeur d'écologie à l'Université Marie et Louis Pasteur de Besançon. Mais on s'est aperçu qu'en termes de stock de carbone, c'est-à-dire la quantité de carbone à l'origine dans l'atmosphère et aujourd'hui stockée dans les écosystèmes, les tourbières stockent au moins un tiers du carbone mondial, 600 milliards de tonnes, quand les forêts doivent être autour de 400 milliards de tonnes ». À surface égale, une tourbière stocke dix fois plus de CO2 qu'une forêt.

    Le rôle de l'eau

    Le secret de cette performance, c'est l'eau. « La tourbière étant pleine d'eau, l'oxygène n'arrive pas à diffuser dans la tourbe et les bactéries n'arrivent pas à décomposer la matière organique. Mais si on enlève l'eau, bien évidemment ça se met à se décomposer très vite, explique Daniel Gilbert. C'est un phénomène que tout le monde a vu chez lui. Quand on met du terreau dans un pot de fleurs, petit à petit il y en a de moins en moins. Où est-il ? Dans l'atmosphère ! Il s'est décomposé dans le pot de fleurs ; le sol, qui est un sol organique, repart dans l'atmosphère. C’est ce qui se passe un peu partout quand on cultive un sol de tourbe après drainage : dans des conditions moyennes, on perd à peu près un demi-centimètre de hauteur de terre par an ». Une tourbière asséchée, drainée, c'est du CO2 dans l'atmosphère.

    L'agriculture figure ainsi par les ennemis des tourbières. Actuellement, c'est le cas notamment en Indonésie où on détruit des tourbières pour produire de l'huile de palme. Mais de tous temps, et partout dans le monde, les tourbières, les zones humides, ont été sacrifiées. « Historiquement, le but du jeu sur Terre, c'est d'éliminer les zones humides qui ne servent à rien, ironise le spécialiste des tourbières. C'est plein d'eau, ça ne permet pas d'avoir une production agricole ou forestière. Et donc on a détruit, en se disant : c'est pour le bien de l'humanité. Sauf qu'aujourd'hui, on s'aperçoit que sans les zones humides on est fichus, en fait ». Car au-delà du carbone, les tourbières abritent une grande biodiversité, elles évitent les inondations et nous donnent de l'eau potable.

    Volonté politique

    Mais on peut encore sauver les tourbières pour sauver l’humanité. Encore faut-il qu'il y ait la volonté politique. « Techniquement, on remet en eau, ça marche très bien avec du temps. Une tourbière ayant 5000 ou 7000 ans, vous ne la remettez pas en selle en six mois, on parle de processus lents, écosystémiques, mais ça marche très bien, souligne Daniel Gilbert. Mais politiquement, sociologiquement, il très difficile d'aller dire aux agriculteurs qu’il faut revenir en arrière pour la société et y compris pour eux. Donc on sait faire, mais c'est super difficile à faire ! ».On sait faire mais c'est difficile à faire : c'est un bon résumé de l'action politique face à la crise climatique.

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  • Pourquoi l'énergie est la clé de tout, de l'économie et du climat?
    2026/06/01

    De la maîtrise du feu, il y a 400 000 ans, à la maitrise de l'énergie photovoltaïque aujourd'hui, l'histoire de l'humanité est aussi une histoire de l'énergie. Sans énergie, pas d'économie et de progrès. Mais pas non plus de crise climatique.

    Que serions-nous sans elle ? Que serions-nous devenus ? L’espèce humaine se distingue, notamment, par sa capacité à maîtriser l’énergie, et la première d’entre elle, dans l’histoire de l’humanité, ce fut le feu. Et c'est une date majeure : il y a environ 400 000 ans, tout le monde commence à maîtriser le feu, qui permet de cuire les aliments (donc de mieux les assimiler), qui permet de se chauffer (donc de conquérir de nouveaux territoires, plus froids), qui permet encore de lutter contre les prédateurs, avant de fabriquer des outils... C'est une révolution, même si elle n'est pas encore industrielle. Dès cette période, l'espèce humaine a le feu sacré.

    Mais d'autres sources d'énergie vont progressivement émerger. L'homme utilisait sa propre force, il va domestiquer celle d'autres animaux ; le muscle est une source d'énergie, le muscle des vaches ou des chevaux, bien commodes par exemple quand on veut labourer un champ. Les humains vont aussi maîtriser la force du vent et de l'eau, avec les premiers moulins, qui servent par exemple à moudre le grain, pour l'alimentation, avant de produire, bien plus tard, de l'électricité.

    Révolutions énergétiques

    Dans cette rapide histoire de l’énergie, on entre ensuite dans l'ère moderne, qui signe le règne, des énergies fossiles : le charbon, d'abord, qui provoque la révolution industrielle au XIXe siècle et marque la capacité de produire en grand nombre toutes sortes d'objets. En quelques minutes, une machine peut produire ce qu'un homme ou une femme mettrait des jours à fabriquer. Viendront ensuite la généralisation du pétrole et du gaz, des décennies avant l'énergie nucléaire : toutes apportent un confort incontestable. L'énergie permet de produire, de se déplacer, de transporter, de se nourrir, de s'habiller, de s'éclairer, de se chauffer... En fait, sans énergie, on retournerait à l'âge de pierre.

    Sans énergie, pas d'économie, puisque l’économie est tout simplement de l'énergie transformée, en biens et en services. On l'a vu récemment avec la guerre en Ukraine, et on le voit aujourd'hui quand le détroit d'Ormuz est bloqué : quand l'énergie est moins disponible, et quand elle devient trop chère, c'est toute l'économie mondiale qui vacille.

    Énergie vitale et potentiellement mortelle

    Mais l'énergie est aussi la clé du climat. Les énergies fossiles sont responsables de la crise climatique. L'énergie, la solution du progrès, est aujourd'hui devenue un problème. L'énergie est vitale mais elle pourrait être mortelle. Le charbon, le pétrole et le gaz que nous brûlons émettent du CO2, le principal gaz à effet de serre responsable du changement climatique, et on en brûle de plus de plus en plus, parce que les besoins et la population augmentent, et parce que tout le monde a droit au développement. Comme l'a dit la Banque mondiale : l'énergie est l'élément central du développement.

    D'où l'émergence des énergies renouvelables, le grand enjeu de notre siècle ; trouver davantage d'énergie sans remettre en cause notre survie. Le développement de l'énergie photovoltaïque (les panneaux solaires) est à cet égard édifiant : jamais dans l'histoire de l'humanité une énergie n'avait connu une croissance aussi rapide. Et c'est là encore une révolution, parce que l'histoire de l'humanité, c'est aussi cela : sa capacité à maîtriser toujours plus d'énergie.

    Reportage internationalAllemagne: le miracle énergétique de Feldheim, un exemple difficile à reproduire

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  • Quel est le lien entre canicule et pollution à l’ozone?
    2026/05/28

    « Il y a une double peine : suffoquer sous la chaleur et en même temps s'empoisonner à chaque inspiration. » Ces mots sont de Karima Delli, présidente de Respire. Cette ONG et d'autres associations environnementales tirent la sonnette d'alarme. Car, alors que l'ouest de l'Europe est toujours en proie à une canicule exceptionnelle pour un mois de mai avec des températures records, la pollution de l'air à l'ozone grimpe en flèche également. Mais qu’est-ce que l’ozone au juste ?

    L’ozone est un gaz composé de trois atomes d’oxygène, noté O3, qui a deux « visages » : en haute atmosphère, il protège notre planète des rayons ultraviolets. Mais au niveau du sol, l'ozone peut devenir un polluant dangereux.

    L'ozone est ce qu’on appelle un « polluant secondaire ». Il n’est pas directement émis dans l’atmosphère, mais se forme à partir d’autres polluants qui sont, eux, présents dans l'atmosphère. Dans les villes, ces autres polluants sont surtout issus du trafic routier et de l'industrie. Dans les campagnes, il s’agit de polluants émis par l’agriculture et l’élevage. Et c'est justement l'effet du soleil et de la chaleur qui favorise et accélère les réactions chimiques complexes qui transforment ces autres polluants en ozone. Pour ne rien arranger, l’air se mélange souvent moins bien pendant des vagues de chaleur. Les polluants s’accumulent donc davantage, ce qui accentue les pics d’ozone.

    À lire aussiLa France suffoque sous « un dôme de chaleur », un phénomène inédit pour la saison

    Pour la santé humaine, une surexposition à l’ozone est dangereuse

    L’ozone est un gaz toxique qui provoque à fortes doses une inflammation des voies respiratoires chez les humains, jusqu'à causer de sévères difficultés respiratoires ou à aggraver certaines maladies chroniques comme l'asthme. Une fois dans le corps humain, l'ozone à forte dose fait aussi chuter la saturation d'oxygène dans le sang, ce qui peut déclencher de graves problèmes cardio-vasculaires, comme des AVC ou une insuffisance cardiaque. Plusieurs études l'ont montré ces dernières années : une exposition à de fortes concentrations en ozone contribue à la surmortalité durant les canicules.

    Que faire pour protéger les populations ?

    Pour protéger la population, les pouvoirs publics ne devraient pas attendre que les taux de pollution à l'ozone atteignent des niveaux alarmants, mais agir en amont, dès qu'une vague de chaleur s'installe, réclame Karima Delli. Au huitième jour de la canicule qui sévit en Europe ce jeudi, la présidente de l’ONG Respire fustige que des leviers d'urgence tardent à être activés : « On ne peut plus se contenter d'attendre que la pluie tombe. Il faut absolument que les pouvoirs publics débloquent des solutions immédiates, comme la gratuité des transports en commun. On demande aux préfets de déclencher la circulation différenciée pour réduire à la source des émissions précurseurs d'ozone, et ensuite, il faut recommander officiellement le report des trajets non essentiels en voiture, il faut généraliser le télétravail ».

    Mais bien évidemment il y a aussi la responsabilité de tout un chacun : pour les personnes vulnérables, cela veut dire de ne pas sortir du tout dans l'après-midi, pour le reste de la population, de ne faire aucune activité physique intense entre midi et 20 heures. Parce que des efforts physiques intensifs à l'extérieur vont accélérer la respiration. Cela va augmenter la quantité d'air qu’on inspire et, par conséquent, notre exposition à l'ozone.

    Pollution à l’ozone : une crise sanitaire mondiale

    En Île-de-France, les pics d’ozone ont bondi de 25% ces dix dernières années. Mais avec la hausse globale des températures et la multiplication des épisodes de canicule, cette tendance va s’aggraver à l’échelle planétaire. Et ce sont les pays d’Asie qui sont les plus touchés.

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  • Comment le commerce d’animaux sauvages se développe sur les réseaux sociaux
    2026/05/27
    Acheter un animal sauvage en ligne pour en faire un animal de compagnie est désormais très simple : en quelques clics, il est possible de devenir propriétaire d’un macaque, d’un tigre ou d’un perroquet. Mais ce commerce numérique florissant est souvent illégal et pose de graves risques pour les animaux, les êtres humains et l’environnement. Pas la peine d’aller sur le Darknet, le commerce des animaux sauvages vivants prolifère tranquillement sur les réseaux sociaux. Selon une étude menée par le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l'Association des zoos et aquariums (AZA) aux États-Unis, en seulement six semaines, près de 1 130 publications de 122 comptes proposant en ligne plus de 1 600 primates vivants ont été identifiés sur Facebook, Instagram, TikTok et YouTube. Au-delà du nombre, l’étude montre aussi à quel point il est facile d’accéder à ces annonces. « Il suffit d’un téléphone et d’un compte sur les réseaux sociaux pour acheter un primate aux États-Unis. En un simple clic, des amoureux des animaux bien intentionnés peuvent se retrouver impliqués dans une filière criminelle », dénonce Danielle Kessler, directrice d'Ifaw États-Unis. Ce sont principalement des macaques, des capucins et des ouistitis qui sont mis en vente, mais douze espèces ont été répertoriées en tout, dont des singes-araignées, des tamarins, des lémuriens et même des chimpanzés ! « Les vendeurs présentent donc souvent la transaction comme une opération de sauvetage ou une adoption », une couverture pour contourner les algorithmes de détection des plateformes tout en garantissant une bonne visibilité selon l’étude. À lire aussiPourquoi « liker » des contenus sur les animaux sauvages sur les réseaux sociaux peut encourager leur trafic Des vidéos mignonnes et virales Presque les trois quarts des primates sont en effet menacés et inscrits sur la liste rouge de l’IUCN, certains sont en danger d’extinction, leur vente est donc illégale ou alors règlementée. Ces animaux sont vendus comme animaux de compagnie et exhibés ensuite sur les réseaux sociaux. Qui n’a pas déjà vu sur son fil Instagram ou TikTok des vidéos de panthère qui ronronne dans un salon, de perroquet qui danse en rythme ou de petit singe qui joue avec une peluche ? Des vidéos qui banalisent le fait de détenir des animaux sauvages et qui donnent envie d’en acheter. La demande augmente et c’est une cause majeure de la disparition des espèces, explique Mia Crnojevic du Fonds international pour la protection des animaux : « Le perroquet gris du Gabon, par exemple, a payé le prix d’être vu comme un animal mignon, proche de nous, etc. On constate une décimation des populations à l’état sauvage. En 50 ans, dans certaines régions, les populations ont chuté de 90 % » et l’année dernière, ces perroquets ont obtenu une protection juridique complète en RDC. « Maltraitance animalière » Le braconnage et la vente en ligne d’animaux vivants sont aussi souvent liés au crime organisé et contribuent ainsi au marché illicite de la faune sauvage, estimé à 23 milliards de dollars par an (marché qui regroupe la vente d’animaux vivants, mais aussi les animaux empaillés, les trophées ou des parties d’animaux morts pour ses collections ou la médecine traditionnelle, comme l’ivoire, les peaux, les cornes de rhinocéros, etc.). « Acheter un primate en ligne ne concerne pas seulement un animal : cela suppose l’abattage de la mère, la mise en péril des générations futures et le mythe dangereux selon lequel les primates feraient de bons animaux de compagnie », rappelle Crawford Allan, vice-président du WWF chargé des crimes contre la nature. « Ils ne sont pas faits pour vivre à nos côtés, » renchérit Mia Crnojevic d’Ifaw. « Il est impossible d’en prendre soin correctement, même avec la meilleure intention du monde. Détenir ces animaux, c’est ni plus ni moins que de la maltraitance. » Très vite, souvent, les propriétaires se rendent compte que ce n’est pas si simple d’avoir ces animaux qui vivent parfois des dizaines d’années à domicile. Ils les relâchent ou alors ils s’enfuient et finissent par envahir le milieu naturel. En France, un exemple bien connu, c’est celui des tortues de Floride, de petites tortues d’eau douce, omnivores, elles déciment les populations locales d’algues, de poissons ou d’amphibiens. « Ne pas liker ni partager les vidéos » Autre risque : la transmission de maladies. 70 % des maladies infectieuses émergentes viennent de la faune sauvage : Ebola, grippe aviaire, Covid… Quel aurait été le résultat si la mode avait été d’avoir chez soi un rat pygmée des rizières à longue queue ? Ce petit rongeur est le principal réservoir d’hantavirus. Pour éviter tous ces impacts humains et ...
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