エピソード

  • Le carnaval du Cap, en Afrique du Sud: «Nous célébrons la liberté après l’esclavage»
    2026/01/06

    C’est une grande fête populaire pour se souvenir du passé. Au Cap, en Afrique du Sud, le carnaval annuel des ménestrels, aussi appelé « deuxième Nouvel An », est une tradition héritée de l’esclavage. Une tradition toujours bien ancrée dans la communauté métisse « coloured » qui vit en général dans les banlieues sensibles de la ville. C’est une occasion de se rassembler et de promouvoir sa culture dans les rues du centre-ville, déguisé, maquillé, en musique, et surtout dans la bonne humeur. Reportage de notre correspondant au Cap.

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  • Sénégal: l'extraterrestre Yulu soulève des questions environnementales en bande dessinée
    2026/01/05

    Yulu raconte l’histoire d’un petit extraterrestre qui découvre Dakar. Dans le deuxième tome de ce livre illustré pour enfants « made in Sénégal » sorti au mois de novembre, le petit héros part cette fois explorer la décharge de Mbeubeuss, à la recherche d’une pièce manquante pour réparer son vaisseau spatial.

    De notre correspondante à Dakar,

    Le soir, quand le calme revient à la maison, Ismaila Fall rallume ses deux grandes tablettes graphiques. C'est là, dans son coin bureau, que le graphiste illustrateur donne vie à ses personnages. Un bureau « 100 % numérique : pas de papier, pas de grande table de dessin », montre-t-il.

    Pour autant, Ismaila n’est jamais vraiment seul : il a un assistant, spécialiste du livre pour enfants : son fils Mamadou, sept ans. Premier lecteur, premier critique, et relecteur attentif de Yulu, un livre illustré sur un petit extraterrestre. « Quelquefois, j'oublie de dessiner ses yeux sur certaines planches ou de colorier ses chaussures en orange. Lui, il me corrige : "Papa, papa, ses chaussures étaient en orange, mais là, elles sont bleus" », raconte-t-il.

    Roxane Dogan, la scénariste, a créé et écrit l’histoire en puisant elle aussi dans ses souvenirs d'enfance : « Je me suis rappelé que – quand j'étais plus jeune –, mon petit frère me posait souvent la question de savoir pourquoi, lorsque les extraterrestres arrivaient, ce n'était jamais en Afrique. Je n'avais pas de réponse plausible à lui donner. Me rappelant de cela, je me suis dit : "Pourquoi ne pas faire une petite histoire sur un petit bonhomme qui débarque et qui découvre un peu un nouvel environnement ?" ».

    L'extraterrestre Yulu dans la décharge de Mbeubeuss

    Pour imaginer Yulu, Ismaila s’est replongé dans le film E.T. Mais ici, l'extraterrestre découvre le Sénégal. Dans ce deuxième opus, Yulu s’aventure dans la gigantesque décharge de Mbeubeuss, en banlieue de Dakar, à la recherche d’une pièce indispensable pour repartir dans l’espace.

    Ismaila s’est documenté – vidéos, photos, reportages – pour comprendre le quotidien des récupérateurs et donner un vrai réalisme à ses dessins : « C'est émouvant. Je me rends compte qu'il y a des gens qui ne vivent que de cela. Ils espèrent y trouver un trésor ».

    « J'y ai fait un tournage il y a quelques années et j'ai été assez marquée par ce que j'ai vu. J'ai saisi cette opportunité pour y consacrer un tome et pour conscientiser chez les enfants la question : "Où vont les déchets du quotidien ?", parce qu'il faut commencer tôt », explique pour sa part Roxane Dogan.

    Yulu au pays de la Téranga est publié par la maison d’édition sénégalaise Saaraba et disponible dans de nombreuses librairies au Sénégal, dans toute l'Afrique de l'Ouest, en France, mais également au Canada.

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  • CAN 2025: à Marrakech, les supporters ivoiriens se mobilisent en nombre pour soutenir les Éléphants
    2026/01/04

    Les huitièmes de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) se poursuivent ce lundi 5 janvier avec Égypte - Bénin et Nigéria - Mozambique. La dernière affiche de ce tour aura lieu, elle, mardi 6 janvier, et opposera la Côte d'Ivoire au Burkina Faso à Marrakech, l'une des villes les plus touristiques du Maroc où les supporters ivoiriens sont nombreux à se rassembler depuis le début de la compétition pour soutenir les Éléphants.

    De notre envoyé spécial à Marrakech,

    Écran géant pour assister aux matchs et playlist de circonstance : avant chaque rencontre de la Côte d'Ivoire lors de cette CAN, le village Eléph'Fan se met dans l'ambiance pour accueillir ses supporters. « Il y a de la musique, il y a de l'ambiance. Les gens se réchauffent en attendant que le match commence. C'est l'avant-match, on va dire, le match avant le match », décrit ce supporter.

    Juste à côté, Audrey tient un stand de maquillage pour tous les admirateurs de la Côte d'Ivoire. « Nos couleurs, ce sont le orange, le blanc et le vert, celles de notre drapeau. Quand tu viens à la fan zone, si tu le veux, à l'entrée, on te maquille simplement pour te mettre dans le bain, pour nous démarquer. Quand les gens nous voient de loin, ils savent alors que ce sont les Ivoiriens qui arrivent. Les Marocains sont aussi ici pour nous soutenir. Ce sont tous les supporters des Ivoiriens qui sont là ce soir ! », affirme-t-elle.

    Située à côté du musée Mohamed-VI pour la civilisation de l'eau, dans le nord de la ville, à quelques kilomètres du stade, cette fanzone dédiée aux Éléphants accueille aussi plusieurs entreprises ivoiriennes présentes au Maroc, en Côte d'Ivoire mais également en France, pays d'où vient Maria, caféologue, invitée à installer un stand durant la compétition. « J'ai été sélectionnée pour représenter la Côte d'Ivoire. Et pour vous dire à quel point cela compte pour moi d'être ici, je suis venue à mes propres frais ! », précise-t-elle.

    « On a près de 100 objets pour aller au stade ! »

    Comme tous les partenaires, Maria a été conviée par le Comité national de soutien des Éléphants (CNSE), une structure créée en 1997 pour accompagner les joueurs ivoiriens lors de toutes les grandes compétitions. Dagrou en est l'un des piliers : « On prend nos grillots, on a près de 100 objets pour aller au stade. Dans le matériel, il y a les percussions, il y a les vuvuzelas, les castagnettes, les chanteurs, les danseuses, et puis on a l'harmonica. On a pris l'arsenal pour venir, on l'a mis dans l'avion depuis la Côte d'Ivoire pour venir ici. »

    Financé par le gouvernement ivoirien, le CNSE distribue aussi des billets pour les matches à tous les supporters, qu'ils viennent d'Abidjan ou de Marrakech, comme Kevin et Bamary. « Je vis au Maroc et franchement, les Marocains, ce sont des gens bien, gentils, jeunes, heureux, souriants. Ils aiment les Ivoiriens, ils aiment toutes les populations vivant au Maroc. Je vais vous prendre l'exemple du quartier de Saada. À Saada, il y a plein d'Ivoiriens et tout le monde est content ! », estime Kevin. « Je suis hôtesse des Ivoiriens, de la communauté ivoirienne. Je suis à Marrakech depuis deux ans, et nous sommes venus supporter notre pays, la Côte d'Ivoire. Nous sommes fières d'être ivoiriens à 100% et nous venons supporter les Éléphants aujourd'hui. Il y a les gens de Casablanca aussi qui sont là, les gens de Rabat, etc. Nous sommes très nombreux ! », abonde Bamary.

    On estime que 2 500 Ivoiriens sont présents dans la Ville Rouge. Ils devraient encore être nombreux pour soutenir les Éléphants face au Burkina Faso, avant de migrer vers Agadir en cas de qualification pour les quarts de finale.

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  • Au Maroc, l'association Casamémoire retrace l'histoire sportive de Casablanca
    2026/01/03

    Au Maroc, l’association Casamémoire profite de la CAN pour organiser un mois de manifestations culturelles qui retracent l’histoire sportive de Casablanca. Exposition, conférences, projections, visites guidées : l'association qui défend le patrimoine architectural de la ville a décidé de mettre en lumière ces lieux qui font partie de la mémoire collective des habitants. Un programme riche qui s’étend du 15 décembre 2025 au 15 janvier 2026.

    Casablanca, c’est d’abord le foot. « Le sport à Casablanca s'incarne physiquement dans les rues, notamment par ce derby casablancais du Wydad et du Raja qui a tendance à colorer certains quartiers : il y a des quartiers rouges et il y a des quartiers verts. Il faut attention à comment on s'habille, notamment les lendemains de match. Lors des derbys casablancais, toute la ville de Casablanca retient sa respiration. C'est d'autant plus le cas pour ceux qui vivent aux alentours du stade », explique Mahja Naït Barka, secrétaire générale de Casamémoire.

    Le stade Mohammed V est « le temple du foot » marocain dont l’un des premiers clichés datant de 1955 s’affiche sur le mur de l’American Art Center. C’est ici que Casamémoire a installé son exposition sur le patrimoine sportif de Casablanca. Ces infrastructures ont contribué à façonner le visage de la ville. « Ces lieux sont aussi des repères. Quand on se déplace, par exemple en taxi, ils agrègent une certaine identité de quartier. Cela a quasiment une dimension, peut-être pas spirituelle, mais beaucoup plus ésotérique que quatre murs et un terrain d'athlétisme », estime la secrétaire générale de l'association.

    À quelques rues de là se trouve l’un de ces lieux emblématiques du Maroc : « On se trouve à la porte du stade d'athlétisme la Casablancaise, qui a un petit côté suranné avec son bâtiment, sa typographie "Éducation physique" sur son fronton », décrit-elle. Une piste d’athlétisme fait face à un bâtiment aux lignes épurées, mais massif, presque grandiloquent. La Casablancaise a été construite entre 1936 et 1939, sous le protectorat français.

    « La Casablancaise a ouvert ses portes aux athlètes marocains à partir des années 1960. Auparavant, c'était un espace qui était principalement réservé aux athlètes français. Ces lieux sont sortis de terre de la main et de l'esprit des architectes français au Maroc. Mais les Français ne sont pas repartis avec. Quand le protectorat s'est achevé, ils sont restés à Casablanca et ont vécu une autre vie. Les Casablancais se les sont réappropriés, les ont réinvestis. Parfois même, plusieurs décennies après, des architectes marocains s'en sont saisis », raconte Mahja Naït Barka. C’est le cas de la Casablancaise, réhabilitée et transformée par les architectes Nisrine Loubaris et Youssouf Bekkali.

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  • Côte d'Ivoire: ces jeunes qui choisissent de rester au village pour entreprendre
    2026/01/02

    Alors que de nombreux jeunes Africains en quête d’un avenir meilleur quittent les campagnes pour les grandes villes et que d’autres prennent le risque de traverser la Méditerranée, certains font le choix inverse : rester au village et entreprendre. À Tafiré, en Côte d'Ivoire, ces derniers misent sur l’agriculture, le commerce ou l’élevage pour vivre de leur travail. Un pari qui leur permet, tant bien que mal, de subvenir à leurs besoins sans rien envier à leurs camarades d'Abidjan.

    De notre envoyé spécial à Tarifé,

    À plus de 500 kilomètres d'Abidjan, au marché de Tafiré, Abdourahmane Konaté tient une petite quincaillerie. Il y vend des matériaux de construction et des objets du quotidien. Le jeune homme de 26 ans est de retour sur sa terre natale depuis maintenant cinq ans après un long séjour dans la capitale économique de la Côte d'Ivoire. « Je suis allé à Abidjan mais les conditions ne m'étaient pas favorables. Il n’y avait personne pour me financer. J’ai arrêté les études après le bac. C’était difficile alors je suis revenu au village pour entreprendre », raconte-t-il.

    À son retour, Abdourahmane Konaté a lancé un petit commerce qui se développe graduellement avec les chantiers de construction qui se multiplient dans la commune. Aujourd’hui, il est devenu le principal soutien de sa famille. « J’ai commencé progressivement. Je fais des achats à Abidjan et à Bouaké avec de petits moyens. Avec le développement de la ville, les nouvelles constructions, cela ouvre le marché. Aujourd’hui, cela commence à aller mieux. Je m’occupe de ma famille, de mes frères et sœurs dont je paie les études », explique-t-il.

    « Je préfère rester ici et contribuer au développement de la commune »

    Un peu plus loin, sur la voie principale, une enseigne attire l’attention : « Kalétré Service ». Cette petite structure de communication propose du traitement de texte et la couverture d’événements comme les mariages ou les baptêmes. À l’origine de cette initiative, il y a Amidou Kalétré, 26 ans lui aussi. Pour lui, rester au village est également un calcul économique. « Ici à Tafiré, je peux gagner 5 000 francs CFA, ce qui me suffit largement pour vivre. Certes, je pourrais en gagner 20 000 à Abidjan, mais avec des dépenses de plus de 18 000 francs CFA, il ne m'en resterait que 2 000. Alors je préfère rester ici et contribuer au développement de la commune », affirme-t-il.

    Dans la localité, certaines initiatives publiques encouragent également l’insertion des jeunes, notamment dans le secteur de l’élevage, explique Mamadou Touré, responsable de la jeunesse à la mairie de Tafiré. « Certains jeunes ont été formés aux techniques d’élevage de poulets. Beaucoup arrivent à les utiliser et se prennent en charge. On a un partenariat entre la mairie et le conseil régional : des fermes de grande envergure se sont installées », détaille-t-il. Au total, 500 jeunes ont déjà bénéficié de ces formations. Certains ont même obtenu des prêts allant de 500 000 à un million de francs CFA, assure ce responsable.

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  • En Guinée, la ville de Kankan, ancien fief du RPG, a-t-elle tourné la page Alpha Condé?
    2026/01/01

    Quatre ans après le coup d’État contre Alpha Condé, que reste-t-il du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti fondé dans la clandestinité par l'ancien président sous le règne de Lansana Conté ? Né dans les années 1980, le RPG a poursuivi son combat pour la démocratie jusqu’à ce que son chef accède au pouvoir en 2010. Entre nostalgie des luttes passées et gouvernance décevante, ce dernier laisse un souvenir mitigé dans son ancien fief de Kankan.

    De notre envoyé spécial à Kankan,

    La cour du siège du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de Kankan est encore ouverte. Le grand bâtiment en briques, lui, est vide et sa porte fermée à clé. Le siège est en effet fermé depuis mai 2025, date de la suspension du parti par l’administration. Le RPG est même, aujourd’hui, menacé de perdre son statut juridique. C’est donc dans sa concession familiale que Sory Sanoh, le responsable du parti pour la Haute-Guinée, accueille le visiteur, sans nier les difficultés auxquelles sa formation est aujourd'hui confrontée.

    « Le RPG traverse une période difficile parce que nous sommes acculés de part et d’autre. La vie politique nous est interdite. Nos cadres susceptibles de prendre la relève sont en prison pour une durée indéfinie, tandis que d'autres - il faut le reconnaître - ont claqué la porte et sont partis ailleurs. Alors nous autres qui sommes là, nous nous débrouillons pour faire marcher le parti », confie-t-il.

    Saramoudou Condé, lui, cultive la nostalgie du RPG, même s’il dit soutenir également son tombeur, Mamadi Doumbouya. Y ayant adhéré à l’époque de la clandestinité, il ne peut oublier les décennies de luttes réprimées et se souvient tout particulièrement de la mobilisation qui avait accompagné l’emprisonnement d'Alpha Condé, en 1998.

    « On ne pouvait pas le lâcher puisqu’on voyait qu’il était soutenu non seulement à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du pays. Plus de 500 documents étaient alors arrivés chez [Lansana] Conté pour demander la libération d'Alpha Condé. On était au courant de tout cela », se remémore celui-ci. Alpha Condé n'avait finalement été libéré que trois ans plus tard, en 2001.

    Sentiments mitigés

    Le bilan de ses années au pouvoir, après 2010, laisse toutefois un sentiment mitigé, surtout chez les jeunes qui n’ont pas connu les luttes des années 1990. Beaucoup, à Kankan, reprochent en effet à Alpha Condé le peu d’infrastructures construites pendant ses 11 ans à la tête du pays.C'est par exemple le cas de Djanamadi Keita, un militant du RPG nommé administrateur du marché de Sogbé sous le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).

    « Quand Mamadi Doumbouya est arrivé, on ne l’aimait pas du tout. Mais à la fin, on a vu qu'il ne parlait pas et agissait, travaillait. Ici, nous avons prié pour que quelqu'un travaille pour notre pays, pour qu'il le façonne, pour qu'il le transforme comme les pays émergents. Et bien, avec Mamadi Doumbouya, en une année, on a vu que tous les projets laissés par Alpha Condé s'étaient accélérés. Concernant la route de Kankan à Conakry par exemple, alors que les travaux traînaient depuis des années, le chantier a été fini en quelques mois seulement. Ce sont des choses qui marquent la population », affirme-t-il. L’électricité devrait aussi arriver ces prochains mois. Djanamadi Keita soutient Mamadi Doumbouya, certes, mais n’a jamais envisagé de jeter sa carte du RPG, le parti pour lequel ses parents se sont tant battus.

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  • Tunisie: des pâtisseries ancestrales, symboles du brassage culturel à Tunis
    2025/12/31
    En Tunisie, les anciennes pâtisseries du centre-ville ont gardé leur enseigne et leurs spécialités depuis plus d'un demi-siècle sans jamais changer leurs murs. Elles représentent une mémoire urbaine, mais aussi la nostalgie du centre-ville de Tunis au milieu du siècle, lieu de brassages de plusieurs communautés : italiennes, maltaises, françaises, juives et musulmanes. Dans l'arrière-boutique de sa pâtisserie, Jean Garza, propriétaire des lieux, montre fièrement les héritages de son grand-père. Un frigo des années 1920, une balance des années 1930, les lieux n'ont pas bougé d'un pouce dans cette pâtisserie emblématique du centre-ville de Tunis. « Elle a été fondée dans les années 1930, effectivement, par mon grand-père, Luigi, qui est venu d'Italie, qui s'est installé en Tunisie, et qui a commencé à travailler, à ramener les spécialités italiennes ici, fabriquées et confectionnées avec une cuisson spéciale, la cuisson au feu de bois, au bois d'olivier », raconte Jean. Les recettes sont celles du grand-père Luigi, des pâtisseries traditionnelles pur beurre. « On a des spécialités à base d’amandes, de génoise, de pâte d’amande qui n’est pas de la pâte à sucre, mais aussi des spécialités qui sont à nous, comme la meringue italienne, un blanc d'œuf monté au sucre chaud, c'est un produit qu'on ne retrouve plus ailleurs », explique Jean. Un marketing sur les réseaux sociaux Autre spécialité, des sablés avec un cœur de confiture appelés les « puits d'amour ». Jun, le fils de Jean, Japonais également par sa mère, en a fait la star de sa page Instagram. Créateur de contenu, il vend l'image de la pâtisserie à travers les anecdotes de son histoire ancestrale. « Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il y a une petite bombe qui a atterri à la pâtisserie, qui est tombée en plein milieu de la pâtisserie, mais qui n'a pas explosé. C'est pour ça qu'aujourd'hui on est encore là-bas, ça fait partie de l'histoire et de la nostalgie », révèle Jean. Pour lui, le marketing digital est essentiel pour préserver la pérennité de la pâtisserie qui a dû s'accommoder des pénuries à répétition de beurre et de sucre ces dernières années dans le pays. « On s’adapte comme on peut », explique Jun, « on mise sur la qualité même si parfois les matières premières manquent. C’est pour cela que si tous les gâteaux sont partis à 10 h du matin, on en refait pas, l’idée est de garder cette qualité quoi qu’il arrive », insiste l’influenceur. Il faut aussi veiller à renouveler la clientèle, aller vers les plus jeunes aussi, d’où la présence sur les réseaux sociaux. « Ce nouveau marketing, le marketing digital et d'influence, a permis de nous faire connaître à une nouvelle population, mais le but c'est pas uniquement de nous faire connaître, c'est qu'ils viennent, qu'ils goûtent, et surtout qu'ils reviennent », ajoute Jun. « C'est depuis des générations qu'on y va » Une nostalgie qui fonctionne depuis des générations au sein de la clientèle qui se presse devant la devanture de la boutique, très simple en apparence. Les gâteaux ne sont d’ailleurs pas exposés derrière la vitre mais à l’intérieur, sur le comptoir. Hamadi Baccar, 35 ans, est un habitué. Il est venu se joindre à la file d'attente dès 8 h du matin. « C'est de père en fils en fait, c'est depuis des générations qu'on y va, on l'a toujours recommandé. Déjà quand tu entres dans la boutique, tu ressens les saveurs d'antan. Je continue d’y venir parce que j’ai aussi l’impression d’honorer les traditions de mes parents et puis c’est l’âme du centre-ville ici », précise-t-il. À quelques encablures, au Passage, la station des tramways qui desservent le centre-ville, Houssem Bahar, 29 ans, tient la pâtisserie juive El Naouri, fondée en 1949. « J'ai grandi ici, c'est une part de moi et de ma famille. Du coup, tout ce que vous voyez ici, c'est un mix de toutes les communautés qui vivaient ici en Tunisie », explique-t-il. Ici, les passants viennent déguster une citronnade sur le pouce, et des gâteaux secs, comme le biscuit boulou, hérité des juifs livournais, ou encore la gizata, douceur aux amandes. Le lieu est aussi connu pour ses macarons aux amandes, ses ghraïba, des gâteaux à base de pois chiche. Un brassage culturel en bouche, qui, comme à la pâtisserie Garza, témoigne du patrimoine historique du centre-ville de Tunis, mais aussi d’une ancienne topographie urbaine. Des pâtisseries variées, témoignages du brassage des communautés à Tunis « Avant, la pâtisserie Garza et d’autres se trouvaient au milieu d’un quartier de bars populaires du centre-ville, explique Hatem Bourial, journaliste culturel et passionné de patrimoine. Ils avaient principalement la fonction de limonadier. Puis, avec le temps, ils ont ajouté la pâtisserie et sont venus complémenter l’offre ...
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  • Sénégal: à Dakar, le Nouvel An se démocratise
    2025/12/30

    À Dakar, les Sénégalais se préparent aux festivités du 31 décembre. Même si beaucoup considèrent que ce soir-là n'est pas vraiment « leur » fête. C’est un jour ordinaire au regard du calendrier musulman, et 95 % de la population est musulmane. En pratique, la capitale et ses habitants marquent le passage à 2026.

    De notre correspondante au Sénégal,

    La machine à coudre tourne dans cet atelier du quartier résidentiel de Mermoz. Au milieu des chutes de tissus, une cliente s’impatiente. « Lui, il ne respecte jamais les dates, tu dois venir ici pour pleurer ! », s'exclame une cliente. « C’est parce qu’il y a beaucoup de travail », répond le tailleur. « Et en plus, je reviens, c’est ça le pire », ajoute-t-elle en riant.

    Même si son éducation et sa culture ne reconnaissent pas le 31 décembre comme une fête à part entière, souvent assimilée aux catholiques au Sénégal, cela n’a pas empêché Ndieme, 18 ans, de commander une tenue spéciale pour ce soir : un tailleur beige, assorti de talons hauts. « La Tabaski ou la Korité, c’est la religion, mais le 31 c’est pas la religion, c’est juste la tendance », poursuit la cliente.

    Le mois de décembre représente un pic d’activités dans cet atelier, bien après les grandes fêtes religieuses de l’année. À mesure que la célébration se démocratise, Modou, tailleur expérimenté, remarque une occidentalisation des codes vestimentaires. « Pour le 31, ce que les gens veulent, c’est copier des modèles plutôt portés par les Blancs d’habitude. Avant, on importait les tenues venues d’Italie par exemple, mais il y a beaucoup de tailleurs qualifiés ici au Sénégal. Alors maintenant, on les coud nous-mêmes, pour des soirées de gala, c’est des robes moulantes, des tailleurs, des vestes, des jupes trois quarts... », explique-t-il.

    Les autorités veulent éviter « une guerre des pétards »

    À quelques rues de là, la fête se prépare autrement. Des groupes d’enfants vont et viennent dans l’entrée de cette maison familiale. Ici, le stand de feux d'artifice tenu par Rokhaya est une institution. « Ça fait plus de dix ans que je vends ça, moi- même j’ai grandi avec ça, ça me faisait plaisir et puis j’ai commencé à vendre. Ça rapporte beaucoup, ça je ne te le cache pas ! Si tu dépenses 50 000 francs CFA, tu peux en tirer 100 000 francs CFA ou plus », précise Rokhaya.

    Affaire conclue pour Fallou, huit ans, et ses amis. Inconcevable pour les plus petits de passer la soirée sans leur lot de boules de feu et autres pétards, explique Moussa, qui appuie sa mère derrière le stand familial : « Tu peux voir jusqu'à deux heures, trois heures du matin, des gens allumer des pétards. Même les enfants de trois, quatre ans. Souvent, ils sont accompagnés par les parents eux-mêmes. C'est leur manière à eux de marquer la fin d'année, par rapport à nous les adultes. »

    Cette année, les autorités veulent éviter que cette parenthèse de liberté ne vire à « une guerre des pétards » entre groupes de jeunes. Une dérive observée l’année passée. Lundi 29, le ministre de l’Intérieur a annoncé des patrouilles renforcées pour encadrer les festivités.

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