エピソード

  • L'actrice Marpessa Dawn, une pionnière réclamée en héritage par le cinéma africain [2/5]
    2026/06/22
    Dans les années 1960, une Américaine afro-descendante, née dans une ferme près de Pittsburgh en Pennsylvanie, fait son apparition sur la scène parisienne et devient rapidement une fée, et une référence pour le cinéma africain qui la considère comme pionnière et s'identifie à elle : il s'agit de Marpessa Dawn. Danseuse, chanteuse et comédienne, elle est encore aujourd’hui la fierté des afro-descendants. Le portrait de cette femme qui a marqué, un moment, la croisette de Cannes, le public et le monde du cinéma à Paris et ailleurs. Marpessa Dawn – Gypsy Marpessa Menor de son vrai nom – est née en janvier 1934 aux États-Unis, pays qu'elle quitte adolescente pour s'installer en Europe, d'abord en Angleterre, puis en France. Elle danse, chante et figure ou joue de petits rôles dans des courts-métrages et des séries télévisées. Elle apparaît dans le court-métrage Afrique sur Seine, réalisé en 1955 par un collectif d'Africains, étudiants en cinéma à Paris. De nationalité franco-américaine, elle est considérée comme Africaine. Rahmatou Keïta, réalisatrice du Niger qui travaille sur les pionnières du cinéma africain, explique : « L'Afrique, c'est un seul monde. Quand on commence à parler de nos héritages, c'est sur le continent africain et tous les continents où les nôtres ont été déportés, ainsi que leurs descendants. Donc c'est aussi ce qui fait que l'on peut se réclamer de son héritage. C'est aussi parce que le premier film où on la voit est ''Afrique sur Seine''. C'est aussi le fait qu'elle soit à la fois méricaine et vivant en France qui fait que l'on se réclame d'elle un peu plus. C'est une vision de l'Afrique qui est comme ça. » Albert Camus la rend célèbre La chance sourit à Marpessa Dawn lorsqu'elle rencontre, en participant à un cabaret antillais joué à Montmartre, le réalisateur Marcel Camus. Il fait d'elle, à l'âge de 24 ans, Eurydice dans son film Orfeu Negro, primé de la Palme d'or au Festival de Cannes en 1959, puis du Golden Globe et de l'Oscar du Meilleur film étranger l'année suivante. Elle devient célèbre, une vedette, « l'une des vedettes préférées des Parisiens », écrivait le journal Le Monde à l'époque. Mais elle ne semble pas aimer ce mot... Extrait d'archive de l'INA : « Oui, on a fait de Marpessa Dawn une vedette. Je ne sais pas si je comprends ce que ce mot veut dire. Le mot "vedette", pour moi, il est très superficiel. Je ne sais pas ce que j'étais pour les autres. Moi, j'ai toujours fait mon travail en tant que comédienne et actrice et, jusqu'ici, j'ai toujours eu de la chance de travailler dans ce domaine. Alors vedette, je ne sais pas. » Marpessa Dawn espérait, après Orfeu Negro, prolonger sa carrière artistique en bénéficiant de la notoriété acquise, mais sans succès. « Elle n'a pas eu une très grande carrière, même si elle était extraordinaire. C'est une grande actrice, et c'est dommage que le cinéma français n'ait pas profité de ses talents, de sa beauté et de sa présence. Le public aurait voulu la voir tout le temps et beaucoup », reprend Rahmatou Keïta. Cette « Chérie noire » (titre d'une comédie théâtrale à succès à laquelle elle a participé) a eu du mal à percer dans le milieu du cinéma conventionnel de l'époque. Elle n'a finalement joué que dans une dizaine de films, plutôt des rôles exotiques ou exubérants. Elle était Malika, par exemple, dans le film Le Trésor des hommes bleus, réalisé par Edmond Agabra et Marco Ferreri, sorti en 1961, ou encore une prostituée dans le film policier Bel Ordure de Jean Marbeuf, réalisé en 1973. Rahmatou Keïta l'a personnellement connue : « Moi, j'ai eu le plaisir, l'honneur et le bonheur d'avoir rencontré Marpessa Dawn. C'était à l'avant-première de mon film ''A'lessi''. Je faisais une projection avec des amis et Sarah Maldoror est venue avec Marpessa Dawn. Sarah Maldoror qui est aussi une de nos pionnières, parce que c'est la première femme d'origine africaine à avoir fait un long métrage de fiction. Et elle a eu un Tanit d'or. C'était incroyable. Elle me dit : ''Voilà Rahmatou, c'est Marpessa Dawn.'' Alors, tout le monde se retourne pour la regarder... Elle était toujours sublime, avec ce beau sourire, très belle. Après, on a pris un verre ensemble, il y avait un cocktail. On a discuté, et c'était vraiment un moment incroyable que je garde toujours. » Marpessa Dawn est morte en août 2008 à Paris, après avoir mené une vie modeste. À lire aussiLe cinéma africain: Lamia Chraïbi, de la production au Maroc à la formation [1/5]
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  • Le cinéma africain: Lamia Chraïbi, de la production au Maroc à la formation [1/5]
    2026/06/21

    Cette semaine, nous diffusons une série consacrée au cinéma africain. Dans ce premier épisode, portrait non exhaustif de la productrice franco-canado-marocaine Lamia Chraïbi. Dans son travail, elle s'implique dans les questions de l'art, de l'identité, de la femme, de l'équité, de la diversité et de l'inclusion. Après des études en sciences sociales à Paris, et en film documentaire à Montréal, elle est devenue productrice en 2007 en commençant dans le domaine publicitaire. Depuis, elle a produit et coproduit une quinzaine de longs métrages, des documentaires et plusieurs courts. Aujourd'hui, Lamia Chraïbi trouve du sens dans l'accompagnement des réalisatrices qui racontent avec créativité leurs histoires.

    Il y a trois ans, en plus de son travail de productrice de cinéma, Lamia Chraïbi s'est chargée d'une nouvelle mission afin de transmettre son expérience aux plus jeunes. Avec une équipe de quatre femmes, elles œuvrent à aider leurs consœurs débutantes à trouver leur place dans la réalisation ou dans la production. La Fondation Tamayouz a alors été lancée :

    « L'idée en fait, c'est de permettre aux femmes de se raconter. C'est de tendre la main et d'accompagner toutes celles qui ne se sentent pas légitimes, pas à leur place. Moi, je me sentais un peu isolée comme productrice créative. Et j'avais très envie de faire partager mon expérience à d'autres femmes en leur donnant un peu les clefs, la définition déjà du travail, et les outils de ce qui me permet aujourd'hui de réaliser des projets. »

    Tamayouz Atelier Pro, la résidence annuelle qui accompagne les jeunes talents du cinéma marocain, a déjà organisé trois éditions en venant en conseillant des femmes marocaines durant une année entière pour développer leurs idées. Elles viennent avec leurs productrices qui démarrent dans le métier : 60 femmes ont participé à ces ateliers avec une trentaine de projets.

    Ce soutien aux jeunes productrices et réalisatrices dans son pays, Lamia Chraïbi a voulu l'étendre à d'autres réalisatrices d'Afrique. En partenariat avec l'Unesco et d'autres institutions, elle a lancé l'initiative Jeunes femmes africaines en action, pour accompagner le travail sur un court-métrage de dix femmes africaines venant de différents pays. Elles ont été accueillies pendant six semaines à Rabat afin de faire éclore une écriture personnelle et professionnelle :

    « On a réalisé un film qui se passe dans un seul lieu mais avec 10 différentes histoires. Et chaque histoire vient compléter l'histoire de l'autre et raconter comment on peut tous être différents et, en même temps, travailler dans un seul espace. Le film s'intitule ''Cool Center'' et je suis très fière de le présenter. On l'a projeté à l'Unesco. »

    C'est avec son complice de toujours, le réalisateur Hicham Lasri, que le projet a été mené à bien. Cela se passe dans un centre de communication où travaillent des personnes de différentes nationalités. Le projet, dont Lamia et son équipe sont très fiers, permettrait aux réalisatrices de se professionnaliser : « Elles ont appris à avoir confiance. Elles travaillent avec des professionnels, du chef opérateur à la post- production, pour leur transmettre l'idée de s'exprimer. Faire un story-board, posséder tous les outils, pour retranscrire leur projet en image. »

    Ce projet, Lamia Chraïbi souhaite le reproduire maintenant tous les deux ans. Elle cherche activement des partenaires.

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  • Côte d'Ivoire: autour du parc de la Comoé, un contexte économique et social fragile [3/3]
    2026/06/20

    Troisième et dernier épisode de notre série autour du parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Avec cette question : les activités économiques des communautés locales sont-elles assez conséquentes pour leur éviter de basculer dans des activités illicites ?

    De notre correspondante de retour de Doropo,

    Ama Ouattara est pêcheur. Depuis la reprise en main du parc de la Comoé, ce vieil homme mène ses activités dans un barrage. Problème : sur ce nouveau site, les frais pour pêcher sont élevés. Et surtout, les ressources halieutiques sont moins abondantes : « Ici, il n'y a pas de poisson. Si ce n'est pas de la carpe, il n'y a aucun autre poisson ici. Alors que dans la zone du parc, il y a beaucoup de poissons dedans. »

    Selon les données de la Banque mondiale, le Bounkani est l'une des régions les plus vulnérables de la Côte d'Ivoire, avec un taux de chômage qui dépasse les 40% chez les jeunes. Ces derniers délaissent l'agriculture, jugée trop pénible et peu rentable, au profit d'activités plus lucratives à l'image de l'orpaillage. Car dans leur esprit, la réussite sociale suit des critères bien visibles. Comme l'explique Mamadi Sidibé, le président du Conseil national des jeunes de Doropo : « Quand on dit que quelqu'un a réussi, c'est à travers une maison pour lui-même, et ensuite, on voit prospérer ses activités à travers un magasin et à travers le fait d'avoir une moto ou une voiture. »

    À lire aussiCôte d'Ivoire: le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3]

    Les jeunes se tournent vers l'orpaillage

    Un gisement aurifère de plus de 100 tonnes a récemment été découvert : il sera exploité par une société étrangère. Dans cette zone, l'or suscite à la fois espoir et frustration de la part des jeunes. Pour la plupart, ils se replient sur des entreprises locales, récemment reconnues par l'État. La question de l'orpaillage est un sujet tabou : peu de jeunes osent l'évoquer ouvertement. Mamadi Sidibé, se présente comme un menuisier :

    « Actuellement dans la région, il y a 15 personnes qui sont légalement constituées en ce qui concerne l'orpaillage. Je suis menuisier de fonction. Quand quelqu'un va sur le site, qu'il gagne de l'argent, c'est moi qui fait la charpenterie, donc de façon indirecte, je participe aussi. »

    Ces activités suffisent-elles à satisfaire les besoins de ces habitants ? Pour détecter assez tôt de potentiels risques, plusieurs organisations planchent sur un indice pour mesurer le degré de fragilité économique et sociale de ces populations. Le docteur Nourredine Oréyolé, coordinateur technique de la Commission nationale des frontières, explique :

    « L'indice, c'est surtout la fragilité économique, sociale – les problèmes de cohésion sociales – mais aussi la fragilité sécuritaire. Avec les collectes de données que nous avons, on peut savoir, à un instant T, si cette communauté locale est vraiment résiliente ou pas. C'est un outil de décision, qui permet de lutter contre l'extrémisme. »

    Parmi les questions les plus sensibles, figurent la gestion des conflits entre éleveurs et agriculteurs, ou encore la criminalité transfrontalière.

    À lire aussiCôte d'Ivoire: les habitants s'impliquent autour du parc national de la Comoé pour le protéger [2/3]

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  • Côte d'Ivoire: les habitants s'impliquent autour du parc national de la Comoé pour le protéger [2/3]
    2026/06/19

    Pendant la crise politico-militaire qui a bouleversé le pays au milieu des années 2000, le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire, a été dégradé. Mais depuis sa reprise en main, l'Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) tente de changer les choses en impliquant les populations autour du parc. Ces habitants trouvent des activités alternatives au braconnage.

    Reportage de notre envoyée spéciale de retour de Bouna,

    À Kokpingué, un groupe de paysans entretient plusieurs parcelles de concombre et d'oignons. Parmi eux, Jean-Baptiste Ouattara : « L'oignon, en quatre mois déjà, tu peux commencer à faire la récolte. C'est rentable, mais son travail est un peu compliqué. De la pépinière jusqu'à la récolte, cela ne peut pas se faire seul : il faut engager des contractuels pour t'aider. Donc, ce n'est pas du tout facile. »

    Ici, l'apiculture et le maraîchage ont été introduits comme des activités de substitution, afin que les habitants aient des revenus, qui les détournent du parc de la Comoé en Côte d'Ivoire. Mais ces activités semblent encore aléatoires, comme l'explique Akoua Ouattara, la présidente du groupement des femmes de Kokpingué : « Ces deux dernières années, ça ne marche pas bien. On a fait une pépinière d'oignons, ça a échoué. Ce qu'on a mis en place après n'a pas marché. Il y a un hippopotame qui a marché dessus (sur les récoltes, ndlr), il a tout gâté. Du coup, on a fait pousser du gombo : on a fait ça pour gagner un peu, ça va rattraper ce qu'on a perdu. »

    À écouter aussiCôte d'Ivoire : le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3]

    Après plusieurs séances d'information, ces personnes sont toutefois convaincues de l'importance de préserver le parc. Kouamé Ouattara, le responsable d'un groupement villageois, déclare : « On dénonce tout ce qui se fait dans le parc qui n'est pas légal : c'est-à-dire, quand il y a des orpailleurs ou des braconniers qui rentrent, on appelle l'OIPR qui envoie des éléments pour vérifier. Nous nous impliquons autant parce que nous connaissons l'importance par rapport aux dérèglements climatiques, et la préservation des animaux, des plantes. »

    Les groupes armés terroristes, une inquiétude persistante chez les habitants

    Mais des interrogations reviennent en boucle lorsqu'on évoque ce site : le parc héberge-t-il encore des groupes armés terroristes ? Le risque d'infiltration du parc est-il toujours d'actualité ? Le lieutenant-colonel Kissi, qui survole le parc en ULM, pour assurer la surveillance, tient à démonter ce qu'il estime être des rumeurs :

    « ​​​​​​​De 2023 jusqu'à aujourd'hui, 2026, depuis que je survole le parc national de la Comoé, en tant que pilote, jamais je ne suis tombé sur des groupes armés qu'on qualifie de terroristes ou autres. Donc ça reste toujours des rumeurs. Nous faisons le travail qu'il faut pour que les velléités d'installation ou bien d'attaques par des groupes armés terroristes, que cela ne soit pas une réalité. »

    À ce jour, la principale menace pour le parc reste la pratique de l'orpaillage clandestin, opérée par des jeunes, dans cette zone frontalière avec le Burkina.

    À écouter aussi« Ralentir » au parc national de la Comoé, le plus grand d'Afrique de l'Ouest

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  • Côte d'Ivoire: le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3]
    2026/06/18

    Le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire, s'étend sur près d'un million d'hectares. C'est une réserve de la biosphère, une des zones protégées les plus vastes d'Afrique de l'Ouest. Ce parc avait un temps été classé patrimoine en péril, en raison des activités illicites qui ont mis en danger sa faune et sa flore. Par ailleurs, l'insécurité à la frontière avec le Burkina Faso et les attaques à caractère terroriste qui ont affecté Kafolo en 2020 et en 2021 ont entaché l'image de la région, classée zone rouge par les chancelleries occidentales. Mais depuis trois ans, les autorités ont sécurisé le nord du pays. La relance de ce parc illustre cette reprise progressive des activités. Cette reprise passe notamment par l'utilisation de méthodes de surveillance modernes.

    Reportage de notre envoyée spéciale de retour de Bouna,

    Nous sommes dans la partie sud du parc de la Comoé, en Côte d'Ivoire. Le capitaine Louis Gbaza, en charge du suivi écologique à l'Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), tient entre ses mains les commandes d'un drone sophistiqué : « Il s'agit là d'inventorier les hippopotames sur le fleuve. Aujourd'hui, en termes d'effectifs, on frôle les 200 hippopotames. Avec toutes les photos aériennes qu'on a pu réaliser, on se rend compte qu'il y a beaucoup de juvéniles. Ils se reproduisent. »

    Le fleuve Comoé traverse le parc sur une grande distance. Le drone apparaît comme un outil indispensable pour mesurer le comportement des animaux. Le capitaine Louis Gbaza y voit un gain de temps pour réaliser ses inventaires. Des recensements qui s'effectuent aussi à l'aide de deux ULM : « Facilement, on fait l'inventaire du parc en moins d'une semaine. Les analyses se font rapidement parce que c'est l'intelligence artificielle qui le fait. On a un taux de confiance autour de 80%. »

    À écouter aussi« Ralentir » au parc national de la Comoé, le plus grand d'Afrique de l'Ouest

    Un parc sous haute surveillance

    Pendant les crises politico-militaires, les populations riveraines pratiquaient le braconnage, menaçant plusieurs espèces... comme les chimpanzés et les éléphants. Aujourd'hui, le principal problème, c'est la pratique de l'orpaillage clandestin. Pas évident de surveiller un parc aussi grand : il y a là plus d'un million d'hectares de savane, de forêts et de collines, avec des zones parfois reculées. Tous les jours, à bord de son ULM, le lieutenant-colonel Kissi Dandouss recherche des indices d'agression du parc :

    « Il y a de cela quelques années, les braconniers pouvaient faire ici un mois... ou un peu plus longtemps ici. Mais aujourd'hui, avec les opérations aériennes, ils n'ont pas le temps de s'installer comme ils le faisaient avant. C'est pareil pour les orpailleurs : ce ne sont plus des camps avec des fosses de plusieurs mètres. »

    Les agents de l'OIPR interpellent en moyenne dix personnes chaque mois, pour des faits de braconnage, de pâturage ou d'orpaillage clandestin. Ils procèdent à un premier interrogatoire au sein du parc, puis remettent les prévenus entre les mains du tribunal de Bouna. Le capitaine Alain Lougbouet est chargé des contentieux à l'OIPR : « Concernant l'orpaillage, d'abord, c'est une infraction condamnée par la loi. Les condamnations varient entre six mois et cinq ans de prison ferme en fonction de la gravité. Au niveau des parcs nationaux, la loi est encore plus sévère là-dessus. »

    Au-delà du volet répressif, les agents de l'OIPR se sont rapprochés des communautés vivant près du parc, pour les impliquer, elles aussi, dans la protection de ce site.

    À écouter aussiCôte d'Ivoire : la réussite de la relance du parc de la Comoé [1/2]

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  • RDC: à la rencontre des anciennes gloires du football congolais
    2026/06/17

    Vainqueurs de la CAN en 1968 et 1974, ils ont été de véritables stars. Les Léopards du Zaïre (aujourd'hui RDC) furent la première équipe nationale d'Afrique subsaharienne à participer à une Coupe du monde de football. Les anciens Léopards suivent avec attention la Coupe du monde, où cinquante ans après leurs exploits, la nouvelle génération des Léopards s’est qualifiée à cette compétition.

    Reportage de notre correspondante à Kinshasa,

    Quartier N’djili à Kinshasa, c’est dans un bar en leur nom, L’espace Léopards, que les anciennes gloires du football ont l’habitude de se retrouver. De vieilles photos en main, ils aiment se remémorer des souvenirs d’il y a plus de 50 ans.

    « Moi, je suis là, au milieu, entre Kibonge et Ndayae. À cette époque-là, j'étais le plus jeune de tout le monde. »

    Nous sommes en 1973, les Léopards du Zaïre viennent de se qualifier pour la Coupe du monde en éliminant le Maroc. Malgré ses 77 ans, Ekofa Mbungu, attaquant, se souvient du but de la victoire comme si c’était hier : « Sur le terrain, j’ai vu une ouverture, j’ai appelé Kakoko pour qu’il me fasse la passe, et j’ai fusillé les adversaires avec mon tir. Quand j’ai marqué, le stade s’est soulevé comme un volcan. C’était incroyable ! On a tous versé une larme de joie. »

    Un exploit historique…

    Pour la première fois, une équipe d’Afrique subsaharienne participe à un Mondial. Les joueurs sont reçus en grande pompe par le maréchal Mobutu. Mwape Mialo, défenseur, se rappelle : « Le président nous a reçus chez lui, à la maison. C'était un scellé parce qu’il nous considérait. Il avait parlé en lingala, il nous a dit : "Il faut tenir bon, il faut montrer que vous êtes Zaïrois", et on était les vrais Zaïrois à cette époque-là. »

    La gloire est finalement de courte durée. L’équipe est éliminée dès le premier tour. Le retour au pays est brutal. Personne ne vient les chercher à l'aéroport de Kinshasa. 50 ans après, Lobilo Boba, alors réputé pour la précision de ses passes, garde un souvenir amer de cette période : « J’ai beaucoup de regrets. C’était la première fois que le drapeau du Zaïre rayonnait dans le monde entier. Aujourd’hui, nous avons été abandonnés. L’argent qu’on nous avait promis a été détourné. Certains sont morts dans la précarité et dans l’anonymat. »

    Des rancœurs qui ne les empêchent pas d’encourager l’actuelle équipe nationale congolaise qui va, l’espèrent-ils, écrire une nouvelle page de l’histoire du football du pays.

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  • RDC: visite du site de déplacés de Katanika 2, seul bénéficiaire de l’aide humanitaire
    2026/06/16

    Conflits armés, déplacements des populations et manque de financement en RDC, l’assistance humanitaire reste limitée face à l’ampleur des besoins. Dans la province du Tanganyika, sur 391 000 déplacés internes, seuls près de 6 000 du site de Katanika 2 à Kalemie reçoivent une aide. Leur quotidien s’est amélioré, mais l’urgence demeure.

    Reportage à Kalemie de notre correspondante,

    Dans le bureau du site de Katanika 2 construit en bâche, les dernières statistiques sont affichées. 6 581 déplacés vivent ici, dont 3 200 arrivés récemment. Ce site est le seul à Kalemie qui reçoit de l’aide humanitaire. Rebecca Masika en est la responsable : « À notre arrivée ici, c’était très dur. Mais au mois d'août, le HCR nous a apporté des bâches. Nous avons quitté les maisons en paille pour occuper des abris en bâches. Cela a apporté un changement dans notre mode de vie. »

    Des conditions de logement qui vont encore s’améliorer. Deux projets de construction de nouveaux abris sont en cours d’exécution. Celui du HCR et celui du Fonarev, Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits armés. Ce qui réjouit la cheffe de site Rebecca Masika : « Les maisons que tu vois là, ce sont des abris préfabriqués montés par le HCR. Si l’on atteint un nombre suffisant, certains déplacés vont les occuper. Et puis, les maisons que tu vois là sur la colline, c’est un projet de Fonarev. Pour le moment, il est prévu d’y loger 400 ménages. »

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    Une aide financière encore insuffisante pour les familles

    À Katanika 2, ces familles reçoivent aussi du cash pour des besoins alimentaires, comme l'explique Christian Tulinabo, un autre déplacé venu de Bukavu : « Nous vivons avec 42 000 francs que nous recevons du PAM par taille. Si vous avez trois enfants, vous aurez 125 000 francs. Moi, j’ai huit naissances, mais je touche seulement pour trois enfants. »

    Les autorités locales, quant à elles, œuvrent pour l’amélioration des conditions sécuritaires autour du site. Pierre Kamainza est le bourgmestre de la commune de Kalemie : « À un moment, lorsque la situation s’est dégradée à l’Est, un bataillon de militaires est allé s’installer à proximité du site et les déplacés avaient peur. Nous avons parlé avec les responsables de la brigade, ils nous ont compris, on a même enlevé les barrières. »

    Pour les déplacés, cette aide représente un soulagement, mais plusieurs défis restent à relever, notamment sur la scolarité des enfants. Selon l’Organisation mondiale des migrations, Kalemie abrite au total six sites avec plus de 30 000 déplacés internes.

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  • Commémorations des émeutes de Soweto: la question des langues d’enseignement se pose toujours
    2026/06/15

    L’Afrique du Sud commémore, ce 16 juin, les 50 ans du soulèvement de Soweto, un point de bascule dans la lutte contre l’apartheid. En ce jour, en 1976, la police a ouvert le feu sur des enfants, des élèves rassemblés dans les rues du township pour protester contre l’imposition de l'afrikaans, la langue du régime, comme langue d’enseignement dans les écoles noires. De quoi mettre encore plus en difficulté les élèves déjà discriminés. Aujourd’hui, même si l'anglais a largement remplacé l'afrikaans dans les établissements scolaires, la question de la langue d'apprentissage reste un casse-tête.

    Reportage de notre correspondante à Johannesburg,

    Au sein des écoles publiques sud-africaines, les enfants peuvent apprendre dans leur langue maternelle bien souvent jusqu’en CE2. Mais ensuite, vers l’âge de 9-10 ans, il faut tout étudier en anglais, que ce soient les maths, l’histoire ou la technologie. Naledi, désormais en sixième, n’y voit pas d’inconvénients : « C’est pas dur car j’ai l’habitude de parler anglais, donc ça ne me pose pas de problème. »

    Mais son enseignant, Kgothatso Madibana, remarque que cela pose des difficultés à d’autres élèves, alors que les familles du quartier de cette école parlent le sotho du Nord, l’une des douze langues officielles du pays. En huit ans de carrière, il constate que cela crée des disparités : « C’est, pour sûr, vraiment très complexe. Par exemple, la première matière scientifique qu’ils apprennent, ce sont les sciences de la vie, et on leur enseigne directement en anglais. Donc, si certains ne le parlent pas quotidiennement au sein de leur communauté, c’est compliqué pour eux ! Parfois, on pense qu’un enfant a des troubles de l’apprentissage, mais en fait le problème vient de la langue. »

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    L'anglais « a créé de grosses inégalités » à l'école

    L’ONU préconise, pour sa part, que les enfants apprennent dans leur langue maternelle au moins les six premières années de leur scolarité. Mashaba Mashala est maîtresse de conférences à l’Université d’Afrique du Sud (Unisa) : « Les émeutes du 16 juin, c’était contre la langue de l’oppression. Mais ensuite, l’anglais s’est imposé, perçu par beaucoup comme la langue de la libération économique, des opportunités. Cela a créé de grosses inégalités, avec des enfants qui pensent qu’ils ne sont pas intelligents à l’école, alors que bien souvent c’est à cause de la langue utilisée. »

    Selon les chercheurs, cet apprentissage en anglais peut, en partie, expliquer les mauvais résultats du pays dans les tests scolaires internationaux. Le gouvernement tente ces dernières années de mettre en place un enseignement bilingue basé sur la langue maternelle, pour une transition plus progressive en CM1. Cela demande cependant des manuels et des professeurs formés. Pinky Makoe, chercheuse à l’Université de Johannesburg, fait partie du collectif Bua-Lit, qui propose des outils en ligne pour les enseignants : « C’est quelque chose qui s’apprend, et on a développé des ressources afin d’expliquer ce qu’est l’éducation multilingue, à quoi ça peut ressembler et ce que cela peut apporter. L’idée est de montrer que c’est possible. »

    Mais preuve que le sujet est encore très délicat : une loi passée en 2024 et visant à donner plus de contrôle aux autorités sur la langue d’enseignement avait fait face à une levée de boucliers de la part d’une partie de la communauté afrikaner qui y voit une menace pour l’autonomie de ses écoles.

    Vidéo16 juin 1976, le massacre de Soweto

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