エピソード

  • Miss Centrafrique 2026: une reine de beauté qui oriente ses projets en faveur des personnes les plus vulnérables
    2026/01/28

    La nouvelle Miss Centrafrique 2026 a été élue en décembre dernier. Aaliyah Poguy s’impose bien au-delà des podiums comme une véritable actrice du changement social. Depuis son couronnement, elle porte plusieurs projets concrets, notamment dans la lutte contre le VIH et l’autonomisation des femmes, à travers la formation et l’entrepreneuriat. Parallèlement, la Miss Centrafrique 2026 mène des actions humanitaires en faveur des populations défavorisées, avec une attention particulière pour les enfants en situation de vulnérabilité.

    De notre correspondant à Bangui,

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  • Ghana: les violences intercommunautaires de Bawku, élément de fragilité face à la menace terroriste [2/3]
    2026/01/27

    Souvent présenté comme un havre de paix par rapport à ses voisins, le Ghana n’est pas pour autant complètement imperméable à la menace terroriste. En cause, des frontières poreuses avec, notamment, son voisin burkinabè, mais également des conflits internes et un développement économique plus faible que dans les régions du sud qui fragilisent les communautés frontalières. À la frontière avec le Burkina Faso, dans certaines de ces communautés, les membres oscillent entre crainte d'incursions jihadistes et vigilance.

    De notre envoyé spécial de retour de Wuru et de Paga,

    À l’ombre d’un abri fait de feuillages et de bois, un groupe d’hommes discute. Au milieu de la petite assemblée siège Mahamadou Were Defof. « Je suis le chef de Wuru, l’une des dernières communautés avant le Burkina Faso. »

    Une faible présence des autorités face à la possible implantation de djihadistes

    Forte de plus de 4 600 habitants, la communauté de Wuru vit essentiellement de l’agriculture. Une activité mise à mal, notamment, par la crainte d’être pris à partie par des combattants djihadistes opérant au Burkina Faso.

    « Nous sommes entourés de forêts. Ce que l’on a entendu, c’est que les jihadistes se cachent dans ces forêts. Donc, nous avons peur », explique le chef de Wuru.

    Mahamadou Were Defof déplore la faible présence des autorités. Selon lui, les patrouilles de police ne viennent à Wuru qu’une fois par semaine le dimanche, notamment à cause de la difficulté d’accès à la communauté.

    « On voit souvent des personnes que l’on ne connaît pas traverser la frontière, c’est inquiétant. Notre communauté est très dispersée. Quand nous sommes dans nos fermes, nous sommes toujours en état d’alerte. On ne peut donc pas envoyer nos enfants ou nos femmes à la ferme tout seuls. »

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    Des formations destinées à renforcer la vigilance au sein de la communauté

    À 50 km à vol d’oiseau à l’est de Wuru se trouve la ville de Paga, l’un des principaux postes frontières entre le Ghana et le Burkina Faso. C’est là-bas que Wenome Aburah préside l’un des plus importants groupes de jeunesse du secteur. « La vie ici, c’est beaucoup d’opportunités, notamment tout ce qui est commerce transfrontalier. Mais c’est aussi de nombreuses menaces, dues aux insécurités de l’autre côté de la frontière. »

    Pour lui, la protection contre d’éventuelles incursions jihadistes à travers une frontière poreuse vient d’abord de la collaboration entre les citoyens et les autorités.

    « Nous essayons le plus possible d’identifier n’importe quel individu qui est perçu comme une menace, afin de pouvoir en alerter les autorités immédiatement. Cette vigilance ne s’est pas développée en un jour, il a fallu beaucoup de formations auprès des communautés frontalières », précise Wenome Aburah.

    Une logique portée notamment au Ghana par le programme « See something say something » - ce qui signifie en français « Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose ». Une campagne nationale lancée en 2022 par le gouvernement pour pousser les communautés à signaler volontairement les personnes suspectées d’extrémisme violent.

    À lire aussiArthur Banga, chercheur: «Les groupes jihadistes recrutent au Ghana depuis des années»

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  • Comment le Ghana répond à la menace terroriste à sa frontière nord [1/3]
    2026/01/27

    Souvent présenté comme un havre de paix par rapport à ses voisins, le Ghana n’est pas complètement imperméable à la menace terroriste. En cause, des frontières poreuses avec, notamment, son voisin burkinabé, mais également des conflits internes et un développement économique plus faible que dans les régions du sud, le tout fragilisant les communautés frontalières. Pour lutter contre le phénomène de radicalisation, des programmes de sensibilisation au risque terroriste sont menés régulièrement auprès des populations locales. RFI a pu assister à l’un de ses ateliers, dans une université de la ville de Bolgatanga dans le nord-est du Ghana.

    De notre envoyé spécial à Bolgatanga, Victor Cariou

    Face à une assemblée de plusieurs centaines d’étudiants de l’Institut technique de Bolgatanga, Augustine Akugri, directeur délégué du bureau du Haut-Ghana oriental de la Commission nationale pour l’éducation civique (NCCE), ne mâche pas ses mots : « Aujourd’hui, nous allons parler de l’extrémisme violent, et du terrorisme. »

    Selon lui, il y a un risque réel de recrutement de la jeunesse par des combattants du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim), très actif au Burkina Faso voisin. « Avec ce qu’il se passe au Burkina, le Jnim opère maintenant dans les régions frontalières avec notre pays, et le Jnim recrute beaucoup dans ces endroits, explique Augustine Akugri. Même si nous n’avons pas de statistiques exactes, les communautés frontalières nous ont raconté avoir été témoins de groupes approchant leurs jeunes, leur proposant des emplois, tout cela pour finalement les emmener au Mali ou au Burkina Faso, où ces jeunes ont été forcés à combattre. »

    Face au péril terroriste, la NCCE, accompagnée des autorités ghanéennes, a mis en place, ces cinq dernières années, de nombreux programmes pour sensibiliser les communautés locales, mais également pour les pousser à travailler de pair avec les forces de police.

    Augustine Akugri : « Dans ces régions, il faut pouvoir être capable d’éduquer les membres des communautés pour qu’elles puissent comprendre ce qu’il se passe, pour que l’on puisse développer une certaine force de résilience. »

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    « J’ai vu sur les réseaux sociaux des gens qui voulaient nous influencer pour les rejoindre »

    Le directeur régional délégué est catégorique : l’un des principaux points de vigilance doit se porter sur les réseaux sociaux. Clement Awanboro, étudiant de 22 ans, en a été lui-même témoin : « J’ai vu sur les réseaux sociaux des gens qui voulaient nous influencer pour les rejoindre. Ça me fait vraiment peur, parce que si ça arrive au Ghana, et que l’on n’a pas mis de mesures en place, ils vont détruire notre pays. »

    À ses côtés, Augustina Mpoabil, 20 ans, acquiesce. Celle qui est originaire de la commune de Zebilla, à une heure de route de Bolgatanga, s’inquiète plus du manque d’opportunités pour la jeunesse locale dans une région à majorité rurale : « La vie n’est pas facile à Zebilla, la plupart des jeunes sont au chômage, et du côté des adolescentes, certaines tombent enceintes et se marient. Ce qu’il faut, c’est que le gouvernement ouvre des centres de formations et des entreprises à Zebilla. »

    En 2023, ce sont plus de 60 % des habitants du Haut Ghana oriental qui souffraient de pauvreté multidimensionnelle – contre 41 % pour la moyenne nationale.

    À lire aussiGhana: un ex-otage du Jnim témoigne pour sensibiliser la population au risque jihadiste

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  • Goma, un an après: parole de victimes des combats
    2026/01/25

    Dans l'est de la République démocratique du Congo, un an après la bataille de Goma qui a conduit à l'occupation de la ville par l'AFC/M23 soutenu par le Rwanda, les blessures physiques et morales de l’attaque de janvier peinent à cicatriser. Les victimes des combats de fin janvier se souviennent, elles racontent leur deuil, leurs douleurs et appellent à une paix durable.

    Les quartiers proches de l'aéroport de Goma et du camp Katindo, au cœur de la ville, ont été durement touchés par les affrontements en RDC en janvier 2025. « Malheureusement, en étant là-bas, une bombe est tombée sur ma maison, se rappelle Rachel, qui a entendu de très près les combats et a tenté de se cacher sous un lit. Dans mon corps, il y avait beaucoup d’éclats. On a fait enlever la moitié de ces éclats et les autres sont restés dans mon corps. Donc, je ne peux pas marcher de longs trajets pour le moment. »

    La maison d’Annie a elle aussi été touchée par un engin explosif. « J'étais à la maison avec mes enfants et il y avait des tirs de balles, témoigne-t-elle. Nous sommes partis dormir pour nous reposer suite aux tirs. Quelque chose est alors tombé sur les tôles, c'était une bombe. J'ai été blessée aux deux jambes et mon fils blessé à la tête. Mes pieds ont été opérés deux fois à l'hôpital. »

    « Nous avons vu des choses graves, très graves… »

    Furaha, elle, a perdu des proches les 27 et 28 janvier 2025. « Les militaires tiraient des balles en désordre dans des maisons non fermées. Ils sont entrés dans ma parcelle et ont tiré sur mon mari. Un jeune voisin et mon garçon ont essayé de nous aider, ils ont été touchés, se désole-t-elle. Malheureusement, mon mari est décédé, de même que le jeune voisin. Mon mari m'a laissé neuf enfants. Aujourd'hui, il est difficile de les nourrir et de les scolariser. »

    Sa maison ayant été détruite, Furaha plaide pour que les victimes soient indemnisées. La demande est formulée également par une autre mère endeuillée, Tumusifu, qui souhaite que la paix revienne dans la région : « Vous pouvez demander à Dieu de nous aider. Que la guerre ne puisse pas se répéter. Nous avons vu des choses graves, très graves… »

    Selon des organisations humanitaires, des centaines de morts ont été enregistrées à Goma lors de la prise de la ville, des milliers de personnes blessées. La majorité a été prise en charge par le Comité international de la Croix-Rouge.

    À lire aussi«Nous souffrons beaucoup»: à Goma, la détresse des habitants après des jours de combats

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  • En Côte d'Ivoire, des malades de la lèpre reconstruisent leur vie
    2026/01/24

    Pour la Journée mondiale de lutte contre la lèpre, Aimé nous confie son histoire, une histoire de résilience face à cette maladie qui affecte plus de 5 millions de personnes en Afrique, selon l'Organisation mondiale de la santé. À Tiassalé, dans le sud de la Côte d'Ivoire, ce survivant de la lèpre a réussi à surmonter la stigmatisation et à se réinsérer.

    De notre envoyé spécial à Tiassalé,

    Attablé dans son atelier, Aimé reprend le fil de sa vie. Le couturier a trente ans et les doigts de sa main gauche sont rongés par une décennie de maladie. En plus de la lèpre et de ses symptômes, comme les blessures physiques et les lésions au visage, le jeune homme a aussi souffert du regard des autres. « Les gens avaient peur de moi parce qu’ils se disaient qu’ils allaient être contaminés, témoigne-t-il, d’autres pensaient que c’était une malédiction. J’étais beaucoup rejeté, ils se disaient que ça pouvait les atteindre aussi. »

    Dépisté fin 2022, Aimé est admis à l’Institut Raoul-Follereau d’Adzopé, dans le sud-est du pays. En plus de son traitement, il y suit les groupes de parole de sœur Akoua Tano. Cette religieuse est l’une des quelques travailleuses sociales qui tentent d’aider les malades ivoiriens à reprendre confiance.

    « C’est vrai que la maladie peut laisser un handicap, tu peux avoir un doigt coupé, des pieds coupés, détaille la religieuse. Mais le plus important, c’est la blessure psychologique, parce que quand la personne se rejette elle-même, se voit totalement différente des autres, je vous assure que c’est difficile pour elle de reprendre une vie en société. »

    «Avec de l’espoir, on peut reprendre pleinement sa vie»

    Après plusieurs mois de soins, Aimé rentre à Tiassalé. Guéri, il rouvre son atelier de couture et retisse depuis des liens avec ses voisins. « C’est le visage de l’espoir, se réjouit sœur Akoua, pour qui Aimé est devenu un modèle, parce que quand je le vois après sa sortie, en famille, dans la société, je me dis que tout est possible. Même après avoir vécu des années de maladie, avec de l’espoir, on peut reprendre pleinement sa vie. »

    Aimé souhaite que son exemple serve aux autres malades : « Je leur dis de ne pas se décourager parce que je suis passé par là aussi, mais j’ai réussi à le surmonter, rappelle le couturier, et puis je me réjouis de tout ce que je gagne aujourd’hui. La maladie, c’est une épreuve et lorsque tu finis de traverser ça, le bonheur que tu devrais avoir dans ta vie, tu l’auras ! »

    En 2024, la Côte d’Ivoire a enregistré près de 600 nouveaux cas de lèpre. Pour le programme national d’élimination de la maladie, un dépistage précoce est essentiel pour éviter les mutilations irréversibles et la stigmatisation des malades.

    À lire aussiEn Côte d'Ivoire, un centre de traitement de la lèpre redonne de l'espoir à ses patients

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  • Centrafrique: la fabrication de briques cuites, une activité vitale aux lourdes conséquences environnementales
    2026/01/22

    En Centrafrique, la fabrication de briques cuites prend de l'ampleur ces derniers mois. À Boeing, localité située derrière l’aéroport de Bangui, la fabrication artisanale de briques s'impose comme un moyen de survie pour de nombreux jeunes désœuvrés. Faute d’emplois et de perspectives, ils exploitent la terre et le bois environnants pour produire ces matériaux indispensables à la construction. Mais cette activité entraîne une dégradation accélérée de l’environnement, marquée par l’érosion des sols, la destruction de la végétation et la déforestation liée à la cuisson des briques. Entre nécessité économique et urgence écologique, la population locale se retrouve face à un dilemme sans solution immédiate.

    De notre correspondant à Bangui,

    Une épaisse fumée grise s’élève au-dessus de cette carrière à ciel ouvert, aux abords du quartier de Boeing. Le sol y est éventré de manière anarchique, le paysage est défiguré, accidenté et dangereux.

    Munis de pelles et de pioches, Ruffin et son équipe d'au moins huit personnes mettent en place des fours rudimentaires. Des ouvrages d’argile dans lesquels des milliers de briques cuisent lentement, au rythme du feu : « Comme d'habitude, après l’extraction, l’argile est mélangée à de l’eau, longuement pétrie, puis moulée dans des cadres en bois. Les briques encore humides sont séchées au soleil pendant plusieurs jours. Elles sont ensuite empilées dans les fours que vous voyez, alimentés par une importante quantité de bois. La cuisson dure parfois plus de 48 heures. »

    Pour atteindre les températures maximales, les briquetiers utilisent du bois en quantités considérables. Selon Ruffin, ces arbres sont abattus aussi bien dans les quartiers que dans les forêts environnantes : « Sans cette activité, je ne peux pas nourrir ma famille. Parmi nous, il y a des étudiants et des diplômés sans emploi. Je pratique cette activité depuis une dizaine d’années. Au début, on trouvait facilement des arbres. Mais ces dernières années, avec l’augmentation du nombre de fabricants, il nous faut aller très loin dans la forêt. »

    À lire aussiCentrafrique: au village Gaga, un paysage défiguré par l’exploitation aurifère [3/4]

    « Déforestation accélérée »

    En l’absence d’industries modernes capables de produire des matériaux de construction à grande échelle, les habitants se tournent vers des méthodes artisanales. Une activité essentielle à la survie de nombreux foyers, mais qui dissimule une réalité sombre. Anicet, notable du chef du quartier Boeing, en témoigne : « La cuisson des briques exige une grande quantité de bois, contribuant à une déforestation accélérée. Comme vous pouvez le constater, les arbres disparaissent, laissant place à des sols nus et fragilisés. La fumée dégagée par les fours pollue l’air. Aujourd'hui, le changement climatique s’impose de plus en plus. »

    Des ONG et quelques initiatives locales tentent d’expérimenter d'autres alternatives, mais leur impact reste limité face à l’ampleur du phénomène. Germain Bissafi, environnementaliste : « Il présente les conséquences de la production des briques et propose des solutions. »

    À lire aussiCentrafrique: inquiétudes face aux dégâts de l'exploitation minière sur la rivière Sangha à Nola

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  • Centrafrique: le fléau des violences faites aux femmes est en pleine croissance, même en milieu rural
    2026/01/21

    Les violences faites aux femmes au sein des foyers connaissent une hausse préoccupante, y compris en milieu rural en Centrafrique. Illustration dans le village de Batalimo, dans la Lobaye, au sud-ouest du pays. Souvent cachées derrière le silence familial, ces violences sont alimentées par une domination patriarcale persistante, l’impunité, les séquelles des conflits armés et la pauvreté qui rend de nombreuses femmes économiquement dépendantes. Par peur de la stigmatisation, beaucoup de victimes n’osent pas dénoncer ces abus, subissant de lourds traumatismes psychologiques et physiques qui freinent leur épanouissement social.

    La pièce est fébrilement éclairée d'une lampe tempête. Cette jeune femme de 26 ans, dont nous ne donnerons pas le nom, est allongée dans un lit en bambou. Son visage est partiellement bandé par un pansement : autour de ses yeux, la peau est gonflée, violacée. Devant elle, une bassine en plastique remplie d’eau chaude. Sa mère y trempe une serviette, lui massant le visage, le dos et les articulations d'un geste lent, presque mécanique.

    « Je me remets difficilement après les multiples violences de mon mari. Au début, ce n’étaient que des paroles dures, raconte-t-elle. Puis les cris sont devenus des coups. Les violences ont commencé à devenir régulières. Chaque gifle était suivie d’insultes et d’humiliations. Plusieurs fois, il m’a frappée devant nos enfants, terrorisés, qui pleuraient à chaudes larmes. »

    « Il a frappé mon visage avec un bâton »

    La parole de cette femme est lente et prudente. Comme beaucoup de victimes, elle a appris à se taire, par peur, par honte, ou simplement pour survivre : « Les coups reçus ne sont pas seulement physiques : ils atteignent ma dignité. Dans de nombreux foyers, la vie en couple est censée être un lieu de protection, mais chez moi, c’était un espace de danger. La semaine dernière, il a frappé mon visage avec un gros bâton, et je porte encore les blessures. C’est alors que j’ai pris mon courage à deux mains pour retourner chez ma mère. »

    Roger est jardinier. Il se déplace entre les rangs de carottes et de choux, le tuyau d’arrosage à la main, comme une extension naturelle de son corps. Âgé d’une quarantaine d’années, il a aussi été un homme violent : « J'ai vécu des atrocités pendant les crises que le pays a connues. Je suis quelqu'un qui a grandi dans un climat de colère, de traumatisme. Un jour, j'ai demandé de l'aide à l'Église pour arrêter la violence. J’ai appris à me taire et à calmer mes colères. »

    Les violences conjugales touchent toutes les catégories sociales, tous les âges et toutes les régions du pays. Dans son cabinet, Me André Olivier Manguereka, avocat au barreau de Centrafrique, présente un lot de dossiers relatifs aux violences faites aux femmes, une cinquantaine de dossiers environ : « Les violences sexuelles font partie des infractions qu'on appelle d'attentat aux moeurs. Il y a des peines prévues, par exemple la peine de mort pour un viol, lorsqu'il a entraîné le décès de la victime ou s'il a été suivi ou accompagné d'enlèvement, de torture ou d'actes de barbarie. »

    Afin d’apporter un soutien à ces femmes, l’Association des femmes juristes centrafricaines (AFJC) met à leur disposition un espace sécurisé leur permettant de s’exprimer et de bénéficier d’un accompagnement psychologique. L’AFJC œuvre également pour la promotion de l’accès des femmes à la justice et pour la lutte contre l’impunité des auteurs de violences.

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  • Soudan: dans l'État nordiste d'El-Shemaliya, la guerre n'est ni loin ni proche [3/3]
    2026/01/20

    Épargnée par les combats depuis le début du conflit, l'État d'El-Shemaliya, le plus au nord du Soudan, est sur ses gardes. Au mois de juin 2025, les paramilitaires des FSR ont conquis la zone « du Triangle », aux confins de l’Égypte et de la Libye. En octobre, les paramilitaires opposés à l'armée s'étaient déjà emparés d’El-Fasher, capitale du nord du Darfour, et désormais leurs troupes progressent dans le nord du Kordofan. Délimité par une vague frontière tracée en plein milieu du désert, la région du Nord se retrouve à présent en contact direct avec les zones contrôlées par les paramilitaires. Un face-à-face lointain mais pas moins menaçant. À Karima, le long du Nil, la guerre s'immisce dans le quotidien des habitants.

    De notre envoyé spécial à Karima,

    Si la guerre reste lointaine, à Karima, elle est dans tous les esprits et toutes les discussions. Amjad Awad était bijoutier sur un marché de la capitale. Comme des dizaines de milliers d’autres, il s’est réfugié dans sa ville natale : « Ici, tout le monde a le sentiment que la guerre n’est pas loin. Il y a quelques mois à peine, les paramilitaires ont attaqué le Triangle à la frontière libyenne. Tout le monde se demandait s’ils allaient attaquer Karima. On vit dans l’angoisse. Quand tu dors la nuit, tu gardes toujours en tête que des drones peuvent frapper. »

    Le 13 novembre 2025, une quinzaine de drones suicides ont été lancés par les paramilitaires sur le barrage de Mérowé, endommageant la plus grande installation hydroélectrique du Soudan. Les coupures d’électricité et surtout la paralysie des routes commerciales minent l’économie locale, selon Moubarak Al-Tayeb, producteur de dattes.

    « On plante des dattiers depuis des générations. C’est notre héritage, raconte-t-il. Mais la guerre touche directement les cultivateurs. Pendant six mois, l’électricité était coupée, le réseau a été réparé et, deux semaines après, il était à nouveau frappé par les drones. Sans électricité, les pompes à eau se sont arrêtées. Toutes nos cultures sont mortes de sécheresse, détaille le producteur. Des déplacés sont venus se réfugier ici par milliers. La guerre a des conséquences sur l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat. Aujourd’hui, les gens n’ont plus les moyens d’envoyer leurs enfants à l’université. Les jeunes s’engagent dans l’armée. Ou bien beaucoup s’exilent à l’étranger et certains vont travailler dans les mines d’or. »

    « Que Dieu nous venge des Forces de soutien rapide »

    Le soir venu, Karima est plongée dans le noir : une ville entière brandit la lumière de son téléphone pour se guider dans les ruelles sombres avant l’heure du couvre-feu, fixé à 22 h.

    Dans le souk, à l’heure de fermer boutique, Mustafa Sayed enrage : « Que Dieu nous venge des Forces de soutien rapide [les paramilitaires qui s'opposent à l'armée fédérale - NDLR]. Si encore ils n’avaient fait que voler de l’argent, mais ce qu’ils font, c’est qu’ils cassent tout sur leur passage. Ils appliquent la stratégie de la terre brûlée, s'énerve le commerçant. Moi, ici, à Karima, si le danger se rapproche, je rejoindrai la première base militaire pour prendre une kalachnikov : je mourrai pour défendre ma région. »

    Dans le sillage de la mobilisation décrétée aux premiers jours de la guerre par le général Abdel Fattah al-Burhan, à la tête de l'armée régulière, des dizaines de milliers d’hommes se sont engagés sous les drapeaux. Chaque région du Soudan a désormais sa propre milice. Le pays entier s’est converti en une caserne militaire à ciel ouvert.

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