エピソード

  • La présence remarquable et affirmée de films africains dans les festivals internationaux [5/5]
    2026/06/25
    La présence remarquable et affirmée de films africains dans les festivals internationaux est une tendance qui se confirme depuis 2023. Cette année-là, une douzaine de films africains avaient participé au Festival de films de Cannes, le plus prestigieux au monde. C’était une première, qui a lancé comme le début d’une nouvelle ère pour ce cinéma. Ces cinémas issus de pays souvent en conflit et dont la production cinématographique ne figure pas parmi les priorités des États. Cette présence est renforcée par l’éclosion d’une nouvelle génération de cinéastes. En 2024, le documentaire créatif Dahomey de la réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop remporte l’Ours d’or de Berlin, réalisant seulement ce qui était la deuxième victoire africaine à la Berlinale. La première c’était en 2005, avec le film Carmen de Khayelitsha, du réalisateur sud-africain Mark Dornford-May. Une transposition de l’opéra Carmen de Bizet dans un township. En 2026, trois films africains étaient programmés à la compétition de la Berlinale, trois autres figuraient à la compétition « Un certain regard » au Festival de Cannes en mai dernier… D’autres ont été programmés à Venise ou à Toronto à l’automne précédent. Ces films expriment les récits des nouvelles voix cinématographiques du continent. Olivier Barlet, critique de cinéma à Africultures : « Cette cinématographie se développe tout simplement. Il y a de véritables auteurs qui proposent de très belles choses, donc ils se retrouvent en compétition. Après, il y a d’autres facteurs qui peuvent jouer. Il y a d’une part le fait que les festivals sont assez impliqués dans des processus de laboratoire d’accompagnement, qui vont pas mal profiter à des réalisateurs africains, pas seulement, mais notamment, et donc il y a une sorte de fidélité que le festival a, par rapport à des films qu’il a déjà soutenus dans leur préparation, dans leur élaboration. » À lire aussiTrois films africains en compétition à la Berlinale 2026 À l’échelle mondiale, il y a l'attente d’un cinéma social, politiquement engagé Selon Olivier Barlet, les jeunes d’Afrique accèdent au marché international aujourd’hui parce qu’ils sont accompagnés, ils sont dans un processus international. Alors qu’est-ce qui fait que les sélectionneurs de grands festivals sélectionnent certains films et pas d’autres venant des pays d’Afrique, même s’ils sont de bonne facture : « Il y a quelquefois une attente, à l’échelle mondiale, d’un cinéma social, politiquement engagé… pour les films qui viennent de ces pays et qui ont pour caractéristique de traiter d’une certaine pauvreté. L’attente du public va être de s’émouvoir sur cette pauvreté. Et quand on parle de films qu’on a vus par exemple cette année à Cannes, le film de la marocaine Laïla Marrakchi, par exemple, correspondrait, un petit peu, à cette attente-là d’un cinéma social, engagé où les gens vont réagir et se défendre… Les cinéastes voient bien à quoi ils sont confrontés quand ils passent par les laboratoires ou par des "screen doctors". Le risque est qu’on les engage un petit peu à aller dans cette direction-là et qu’on élimine tout ce qui va être du domaine de la spontanéité narrative. » À lire aussiCannes 2026: une compétition sans films africains ni blockbusters, sur fond de guerres culturelles « On a un film qui nous représente » Ce nouvel essor du cinéma africain tient le cap, malgré tout. Des cinéastes se montrent capables d’audace, d’inventivité, et possèdent leur propre langage cinématographique. Ils sont souvent issus de pays qui ont connu des conflits. C’était le cas avec la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo qui est revenue sur le thème de la réconciliation après le génocide. Falila Gbadamassi, critique de cinéma : « Ce que je trouve intéressant dans ces récits, par exemple dans Ben’imana, qui a obtenu la Caméra d’or à Cannes, j’ai trouvé qu’il était, en termes de mise en scène, en termes de propos, en termes de mise en image, magnifiquement porté au cinéma. Pour moi, justement, ça raconte cette histoire-là, cette histoire de génocide rwandais qui nous a tous traumatisés. On a tous vu La liste de Schindler de Spielberg et je trouve que Ben’imana est de ce calibre-là. J’étais fière de le voir, et je me suis dit, pour une fois, on a un film qui nous représente et qui est bien, peut-être c’est ça que la jeune génération nous apporte, la sincérité. » Ces films sincères et spontanés donnent à voir, dans leur diversité, tout un continent. À lire aussiCinéma africain : vers la fin du plafond de verre?
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  • Le cinéma rwandais face au génocide [4/5]
    2026/06/24
    Comment le cinéma a traité le génocide des Tutsis au Rwanda ? Le génocide des Tutsis a eu lieu au Rwanda en 1994. Avant cette date, le cinéma rwandais n’existait pas à proprement parler, quelques films seulement, tournés par des Occidentaux dans le pays. Après le génocide, ce sont aussi des réalisateurs étrangers qui ont tourné des films sur le génocide. Il existe une trentaine de films de fiction et de documentaires qui traitent du sujet. Parmi eux, très peu de réalisateurs rwandais ont approché le sujet. Le film Ben’imana, de Marie-Clémentine Dusabejambo, a été primé en mai dernier au festival de Cannes où il a obtenu le prix de la Caméra d’or qui récompense la meilleure première œuvre. Il exprime l’approche différente de la nouvelle génération face à cette page sombre de l’histoire du Rwanda. Il a fallu dix ans après le génocide pour que le réalisateur rwandais Eric Kabera se saisisse du sujet. Ce journaliste produit et réalise, en 2004, Les Gardiens de la mémoire, qui immortalise les récits des survivants et auteurs du génocide, avec une grande sensibilité. Ce réalisateur a perdu 27 membres de sa famille en 1994. Il est également coproducteur du film 100 jours, réalisé par le Britannique Nick Hughes. Sorti en 2001, il est considéré comme le premier film sur le génocide. En 2011, le premier documentaire rwandais sur le sujet voit le jour : il s’agit de Matière grise de Kivu Ruhorahoza. Puis, des cinéastes américains, canadiens, britanniques, français, un Haïtien, Raoul Peck, et un Afghan, Atiq Rahimi, se sont également penchés sur ce thème. Marie-Clémentine Dusabejambo, détentrice de la Caméra d’or 2026 : « Nous, on est la première génération au Rwanda à faire des films. Faire des films au Rwanda, ça a commencé après le génocide par les étrangers. Et c’est là que les Rwandais ont découvert l’art du cinéma, en travaillant sur les films des autres, ces étrangers qui sont venus au Rwanda pour parler du génocide qui venait de se passer. Le cinéma rwandais a vu le jour après le génocide en 1994. Ce n’est pas comme dans les autres pays africains. Ces films-là qui ont été faits par des étrangers, ça nous a ouvert les yeux pour raconter nos histoires, et préserver la mémoire, mais à chaque fois, ce n’est pas la même chose. Dans les films faits par les Rwandais, tu sens les émotions. Aussi, dans la parole et le vocabulaire utilisé par le Rwandais en parlant du génocide, il y a une certaine forme de distance, mais il y a aussi le poids du passé. » À lire aussiCannes 2026: Marie-Clémentine Dusabejambo décroche la Caméra d’or pour «Ben’Imana» « Il y a tout un tissu familial qui a été détruit » avec le génocide Dans Ben'imana, Marie-Clémentine Dusabejambo se tourne vers la thématique de la réconciliation vue par les femmes dans la période post-conflit. Elle parle du présent et du courage de ces femmes : « Pour moi, ce qui m’intéressait dans l’après, c’est tout ce qui se passe dans le quotidien, le silence qui existe entre notre génération et celle de nos parents. Dans l’après-guerre, comment est-ce que les gens arrivent à vivre ensemble, surtout que le génocide au Rwanda, il a été entre les Rwandais, dans les familles, et donc il y a tout un tissu familial qui a été détruit et que dans l’après-génocide c’est encore au cœur de cette famille qu’il fallait trouver des solutions, et donc je voulais suivre cette force, ce cœur des mères, je voulais capter ça, cette lumière-là qu’elles essayaient de construire, de rallumer et je voulais aussi quelque chose qui ait de la signification pour moi et pour ma génération. » Le Rwanda compte aujourd’hui une quinzaine de réalisateurs. Avec son premier film, Marie-Clémentine Dusabejambo s’est déjà placée parmi les grands. Ben'imana sera bientôt projeté à Kigali. À lire aussiCinéma: «Father’s Day» au Rwanda, quel rôle pour les hommes, les pères, les génocidaires?
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  • La performance et la vivacité durable du cinéma tunisien [3/5]
    2026/06/23
    La série consacrée aux cinémas africains s’arrête sur la performance du cinéma tunisien. Cela fait plusieurs années que le cinéma tunisien maintient le cap pour se dresser au plus haut rang des cinémas africains. Quatre films tunisiens sont sortis en salles en France en 2026 et la réalisatrice, Kaouther Ben Hania, a été nommée aux César et aux Oscars. En dépit de la situation politique et des libertés en net recul, ce cinéma tunisien montre une vivacité et est porté par une nouvelle génération de cinéastes talentueux. Il y a plusieurs paramètres qui font que le cinéma tunisien résiste et maintient sa présence sur la scène internationale. Des raisons propres au système de la production dans le pays, mais il y a aussi la coproduction qui joue un rôle essentiel dans la promotion de ce cinéma. Lamia Belkaid-Guiga, auteur du livre Caméra témoigne : « Le cinéma tunisien s’ouvre de plus en plus sur la coproduction, et la coproduction a commencé il y a bien longtemps avec un système qui a été mis en place par l’État. On sait très bien que le cinéma tunisien est un cinéma appuyé par l’État, qu’on le veuille ou pas. Il y a également l’existence d’un certain nombre de producteurs… Il y a des producteurs qui viennent d’une autre formation comme le commerce, donc ils ont cette capacité d’aller vers l’autre, explique Lamia Belkaid-Guiga. Il y a un autre phénomène spécifique aussi à la Tunisie, c’est la formation. La Tunisie, depuis l’indépendance, a envoyé la première génération se former à l’étranger. Après, dans les années 2000, l’État a créé des écoles de cinéma. On n’oublie pas, on est parmi les pays où il y a énormément d’écoles de cinéma. La liberté du cinéma tunisien, c’est aussi une caractéristique de ce cinéma. C’est un cinéma plus audacieux, plus libre. Il n'y a pas vraiment de censure pour le cinéma tunisien. » À lire aussiLe cinéma tunisien et son tout premier film de fiction fêtent leurs 100 ans Un cinéma encouragé sur l’ouverture vers l’Occident Selon plusieurs spécialistes, le fait que certains réalisateurs vivent à l’étranger joue également un rôle dans la promotion de ce cinéma et dans sa distribution à l’international ainsi que dans le ton libre adopté par les cinéastes. Ce va-et-vient entre la France, l’Italie, la Belgique des réalisateurs installés entre les deux rives joue en faveur de ce cinéma. Il encourage l’ouverture vers l’Occident et pas uniquement l’Europe, parce que la coproduction ouvre des marchés de distribution. S'ajoute à cela que la Tunisie possède cette particularité de l’accompagnement : dans l’écriture, la post-production, et la circulation de films à l’intérieur du pays et à l’international. Cet écosystème est aussi un point fort et participe au rayonnement de ce cinéma. À lire aussiLa diversification du cinéma en Tunisie, entre film d'auteur indépendant et comédie romantique Le cinéma échappe toujours à la censure À noter que la plupart des films sont aujourd’hui réalisés et aussi produits par une nouvelle génération, portée par des cinéastes comme Leyla Bouzid, Amel Guellaty, Erige Sehiri, Mehdi Barsaoui, Mehdi Hmili, Walid Mattar, Mohamed Ali Nahdi et bien d’autres… Un paradoxe persiste cependant : alors que le pays est confronté à des restrictions de plus en plus contraignantes pour les libertés, le cinéma échappe toujours à la censure, c’est là où, paradoxalement, on trouve en Tunisie le plus de liberté, affirme Lamia Belkaïd-Guiga : « Il y a de plus en plus de restrictions de libertés dans pas mal de secteurs, mais pas dans le cinéma, et je pense la culture. Le cinéma est intouchable, depuis longtemps le Tunisien a appris à gérer ses limites dans la création, à contourner les paramètres. Je pense que l’acte de création est synonyme de liberté et que l’on touche à des sujets qui ne sont plus des tabous aujourd’hui. Il y a cette audace qui a été là dès le départ du cinéma tunisien, c’était une particularité et tous les acteurs tiennent à ça. Ils ne sont pas prêts à lâcher prise sur le phénomène de la liberté dans la création. » Enfin, plusieurs techniciens de l’image et du son qui ont été formés en Tunisie se retrouvent à travailler sur des films africains et arabes. C'est un vivier important de techniciens, qui permet à ce cinéma de se performer. À lire aussiSelma Baccar réunit trois femmes tunisiennes dans «La maison dorée»
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  • L'actrice Marpessa Dawn, une pionnière réclamée en héritage par le cinéma africain [2/5]
    2026/06/22
    Dans les années 1960, une Américaine afro-descendante, née dans une ferme près de Pittsburgh en Pennsylvanie, fait son apparition sur la scène parisienne et devient rapidement une fée, et une référence pour le cinéma africain qui la considère comme pionnière et s'identifie à elle : il s'agit de Marpessa Dawn. Danseuse, chanteuse et comédienne, elle est encore aujourd’hui la fierté des afro-descendants. Le portrait de cette femme qui a marqué, un moment, la croisette de Cannes, le public et le monde du cinéma à Paris et ailleurs. Marpessa Dawn – Gypsy Marpessa Menor de son vrai nom – est née en janvier 1934 aux États-Unis, pays qu'elle quitte adolescente pour s'installer en Europe, d'abord en Angleterre, puis en France. Elle danse, chante et figure ou joue de petits rôles dans des courts-métrages et des séries télévisées. Elle apparaît dans le court-métrage Afrique sur Seine, réalisé en 1955 par un collectif d'Africains, étudiants en cinéma à Paris. De nationalité franco-américaine, elle est considérée comme Africaine. Rahmatou Keïta, réalisatrice du Niger qui travaille sur les pionnières du cinéma africain, explique : « L'Afrique, c'est un seul monde. Quand on commence à parler de nos héritages, c'est sur le continent africain et tous les continents où les nôtres ont été déportés, ainsi que leurs descendants. Donc c'est aussi ce qui fait que l'on peut se réclamer de son héritage. C'est aussi parce que le premier film où on la voit est ''Afrique sur Seine''. C'est aussi le fait qu'elle soit à la fois méricaine et vivant en France qui fait que l'on se réclame d'elle un peu plus. C'est une vision de l'Afrique qui est comme ça. » Albert Camus la rend célèbre La chance sourit à Marpessa Dawn lorsqu'elle rencontre, en participant à un cabaret antillais joué à Montmartre, le réalisateur Marcel Camus. Il fait d'elle, à l'âge de 24 ans, Eurydice dans son film Orfeu Negro, primé de la Palme d'or au Festival de Cannes en 1959, puis du Golden Globe et de l'Oscar du Meilleur film étranger l'année suivante. Elle devient célèbre, une vedette, « l'une des vedettes préférées des Parisiens », écrivait le journal Le Monde à l'époque. Mais elle ne semble pas aimer ce mot... Extrait d'archive de l'INA : « Oui, on a fait de Marpessa Dawn une vedette. Je ne sais pas si je comprends ce que ce mot veut dire. Le mot "vedette", pour moi, il est très superficiel. Je ne sais pas ce que j'étais pour les autres. Moi, j'ai toujours fait mon travail en tant que comédienne et actrice et, jusqu'ici, j'ai toujours eu de la chance de travailler dans ce domaine. Alors vedette, je ne sais pas. » Marpessa Dawn espérait, après Orfeu Negro, prolonger sa carrière artistique en bénéficiant de la notoriété acquise, mais sans succès. « Elle n'a pas eu une très grande carrière, même si elle était extraordinaire. C'est une grande actrice, et c'est dommage que le cinéma français n'ait pas profité de ses talents, de sa beauté et de sa présence. Le public aurait voulu la voir tout le temps et beaucoup », reprend Rahmatou Keïta. Cette « Chérie noire » (titre d'une comédie théâtrale à succès à laquelle elle a participé) a eu du mal à percer dans le milieu du cinéma conventionnel de l'époque. Elle n'a finalement joué que dans une dizaine de films, plutôt des rôles exotiques ou exubérants. Elle était Malika, par exemple, dans le film Le Trésor des hommes bleus, réalisé par Edmond Agabra et Marco Ferreri, sorti en 1961, ou encore une prostituée dans le film policier Bel Ordure de Jean Marbeuf, réalisé en 1973. Rahmatou Keïta l'a personnellement connue : « Moi, j'ai eu le plaisir, l'honneur et le bonheur d'avoir rencontré Marpessa Dawn. C'était à l'avant-première de mon film ''A'lessi''. Je faisais une projection avec des amis et Sarah Maldoror est venue avec Marpessa Dawn. Sarah Maldoror qui est aussi une de nos pionnières, parce que c'est la première femme d'origine africaine à avoir fait un long métrage de fiction. Et elle a eu un Tanit d'or. C'était incroyable. Elle me dit : ''Voilà Rahmatou, c'est Marpessa Dawn.'' Alors, tout le monde se retourne pour la regarder... Elle était toujours sublime, avec ce beau sourire, très belle. Après, on a pris un verre ensemble, il y avait un cocktail. On a discuté, et c'était vraiment un moment incroyable que je garde toujours. » Marpessa Dawn est morte en août 2008 à Paris, après avoir mené une vie modeste. À lire aussiLe cinéma africain: Lamia Chraïbi, de la production au Maroc à la formation [1/5]
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  • Le cinéma africain: Lamia Chraïbi, de la production au Maroc à la formation [1/5]
    2026/06/21

    Cette semaine, nous diffusons une série consacrée au cinéma africain. Dans ce premier épisode, portrait non exhaustif de la productrice franco-canado-marocaine Lamia Chraïbi. Dans son travail, elle s'implique dans les questions de l'art, de l'identité, de la femme, de l'équité, de la diversité et de l'inclusion. Après des études en sciences sociales à Paris, et en film documentaire à Montréal, elle est devenue productrice en 2007 en commençant dans le domaine publicitaire. Depuis, elle a produit et coproduit une quinzaine de longs métrages, des documentaires et plusieurs courts. Aujourd'hui, Lamia Chraïbi trouve du sens dans l'accompagnement des réalisatrices qui racontent avec créativité leurs histoires.

    Il y a trois ans, en plus de son travail de productrice de cinéma, Lamia Chraïbi s'est chargée d'une nouvelle mission afin de transmettre son expérience aux plus jeunes. Avec une équipe de quatre femmes, elles œuvrent à aider leurs consœurs débutantes à trouver leur place dans la réalisation ou dans la production. La Fondation Tamayouz a alors été lancée :

    « L'idée en fait, c'est de permettre aux femmes de se raconter. C'est de tendre la main et d'accompagner toutes celles qui ne se sentent pas légitimes, pas à leur place. Moi, je me sentais un peu isolée comme productrice créative. Et j'avais très envie de faire partager mon expérience à d'autres femmes en leur donnant un peu les clefs, la définition déjà du travail, et les outils de ce qui me permet aujourd'hui de réaliser des projets. »

    Tamayouz Atelier Pro, la résidence annuelle qui accompagne les jeunes talents du cinéma marocain, a déjà organisé trois éditions en venant en conseillant des femmes marocaines durant une année entière pour développer leurs idées. Elles viennent avec leurs productrices qui démarrent dans le métier : 60 femmes ont participé à ces ateliers avec une trentaine de projets.

    Ce soutien aux jeunes productrices et réalisatrices dans son pays, Lamia Chraïbi a voulu l'étendre à d'autres réalisatrices d'Afrique. En partenariat avec l'Unesco et d'autres institutions, elle a lancé l'initiative Jeunes femmes africaines en action, pour accompagner le travail sur un court-métrage de dix femmes africaines venant de différents pays. Elles ont été accueillies pendant six semaines à Rabat afin de faire éclore une écriture personnelle et professionnelle :

    « On a réalisé un film qui se passe dans un seul lieu mais avec 10 différentes histoires. Et chaque histoire vient compléter l'histoire de l'autre et raconter comment on peut tous être différents et, en même temps, travailler dans un seul espace. Le film s'intitule ''Cool Center'' et je suis très fière de le présenter. On l'a projeté à l'Unesco. »

    C'est avec son complice de toujours, le réalisateur Hicham Lasri, que le projet a été mené à bien. Cela se passe dans un centre de communication où travaillent des personnes de différentes nationalités. Le projet, dont Lamia et son équipe sont très fiers, permettrait aux réalisatrices de se professionnaliser : « Elles ont appris à avoir confiance. Elles travaillent avec des professionnels, du chef opérateur à la post- production, pour leur transmettre l'idée de s'exprimer. Faire un story-board, posséder tous les outils, pour retranscrire leur projet en image. »

    Ce projet, Lamia Chraïbi souhaite le reproduire maintenant tous les deux ans. Elle cherche activement des partenaires.

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  • Côte d'Ivoire: autour du parc de la Comoé, un contexte économique et social fragile [3/3]
    2026/06/20

    Troisième et dernier épisode de notre série autour du parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Avec cette question : les activités économiques des communautés locales sont-elles assez conséquentes pour leur éviter de basculer dans des activités illicites ?

    De notre correspondante de retour de Doropo,

    Ama Ouattara est pêcheur. Depuis la reprise en main du parc de la Comoé, ce vieil homme mène ses activités dans un barrage. Problème : sur ce nouveau site, les frais pour pêcher sont élevés. Et surtout, les ressources halieutiques sont moins abondantes : « Ici, il n'y a pas de poisson. Si ce n'est pas de la carpe, il n'y a aucun autre poisson ici. Alors que dans la zone du parc, il y a beaucoup de poissons dedans. »

    Selon les données de la Banque mondiale, le Bounkani est l'une des régions les plus vulnérables de la Côte d'Ivoire, avec un taux de chômage qui dépasse les 40% chez les jeunes. Ces derniers délaissent l'agriculture, jugée trop pénible et peu rentable, au profit d'activités plus lucratives à l'image de l'orpaillage. Car dans leur esprit, la réussite sociale suit des critères bien visibles. Comme l'explique Mamadi Sidibé, le président du Conseil national des jeunes de Doropo : « Quand on dit que quelqu'un a réussi, c'est à travers une maison pour lui-même, et ensuite, on voit prospérer ses activités à travers un magasin et à travers le fait d'avoir une moto ou une voiture. »

    À lire aussiCôte d'Ivoire: le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3]

    Les jeunes se tournent vers l'orpaillage

    Un gisement aurifère de plus de 100 tonnes a récemment été découvert : il sera exploité par une société étrangère. Dans cette zone, l'or suscite à la fois espoir et frustration de la part des jeunes. Pour la plupart, ils se replient sur des entreprises locales, récemment reconnues par l'État. La question de l'orpaillage est un sujet tabou : peu de jeunes osent l'évoquer ouvertement. Mamadi Sidibé, se présente comme un menuisier :

    « Actuellement dans la région, il y a 15 personnes qui sont légalement constituées en ce qui concerne l'orpaillage. Je suis menuisier de fonction. Quand quelqu'un va sur le site, qu'il gagne de l'argent, c'est moi qui fait la charpenterie, donc de façon indirecte, je participe aussi. »

    Ces activités suffisent-elles à satisfaire les besoins de ces habitants ? Pour détecter assez tôt de potentiels risques, plusieurs organisations planchent sur un indice pour mesurer le degré de fragilité économique et sociale de ces populations. Le docteur Nourredine Oréyolé, coordinateur technique de la Commission nationale des frontières, explique :

    « L'indice, c'est surtout la fragilité économique, sociale – les problèmes de cohésion sociales – mais aussi la fragilité sécuritaire. Avec les collectes de données que nous avons, on peut savoir, à un instant T, si cette communauté locale est vraiment résiliente ou pas. C'est un outil de décision, qui permet de lutter contre l'extrémisme. »

    Parmi les questions les plus sensibles, figurent la gestion des conflits entre éleveurs et agriculteurs, ou encore la criminalité transfrontalière.

    À lire aussiCôte d'Ivoire: les habitants s'impliquent autour du parc national de la Comoé pour le protéger [2/3]

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  • Côte d'Ivoire: les habitants s'impliquent autour du parc national de la Comoé pour le protéger [2/3]
    2026/06/19

    Pendant la crise politico-militaire qui a bouleversé le pays au milieu des années 2000, le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire, a été dégradé. Mais depuis sa reprise en main, l'Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) tente de changer les choses en impliquant les populations autour du parc. Ces habitants trouvent des activités alternatives au braconnage.

    Reportage de notre envoyée spéciale de retour de Bouna,

    À Kokpingué, un groupe de paysans entretient plusieurs parcelles de concombre et d'oignons. Parmi eux, Jean-Baptiste Ouattara : « L'oignon, en quatre mois déjà, tu peux commencer à faire la récolte. C'est rentable, mais son travail est un peu compliqué. De la pépinière jusqu'à la récolte, cela ne peut pas se faire seul : il faut engager des contractuels pour t'aider. Donc, ce n'est pas du tout facile. »

    Ici, l'apiculture et le maraîchage ont été introduits comme des activités de substitution, afin que les habitants aient des revenus, qui les détournent du parc de la Comoé en Côte d'Ivoire. Mais ces activités semblent encore aléatoires, comme l'explique Akoua Ouattara, la présidente du groupement des femmes de Kokpingué : « Ces deux dernières années, ça ne marche pas bien. On a fait une pépinière d'oignons, ça a échoué. Ce qu'on a mis en place après n'a pas marché. Il y a un hippopotame qui a marché dessus (sur les récoltes, ndlr), il a tout gâté. Du coup, on a fait pousser du gombo : on a fait ça pour gagner un peu, ça va rattraper ce qu'on a perdu. »

    À écouter aussiCôte d'Ivoire : le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3]

    Après plusieurs séances d'information, ces personnes sont toutefois convaincues de l'importance de préserver le parc. Kouamé Ouattara, le responsable d'un groupement villageois, déclare : « On dénonce tout ce qui se fait dans le parc qui n'est pas légal : c'est-à-dire, quand il y a des orpailleurs ou des braconniers qui rentrent, on appelle l'OIPR qui envoie des éléments pour vérifier. Nous nous impliquons autant parce que nous connaissons l'importance par rapport aux dérèglements climatiques, et la préservation des animaux, des plantes. »

    Les groupes armés terroristes, une inquiétude persistante chez les habitants

    Mais des interrogations reviennent en boucle lorsqu'on évoque ce site : le parc héberge-t-il encore des groupes armés terroristes ? Le risque d'infiltration du parc est-il toujours d'actualité ? Le lieutenant-colonel Kissi, qui survole le parc en ULM, pour assurer la surveillance, tient à démonter ce qu'il estime être des rumeurs :

    « ​​​​​​​De 2023 jusqu'à aujourd'hui, 2026, depuis que je survole le parc national de la Comoé, en tant que pilote, jamais je ne suis tombé sur des groupes armés qu'on qualifie de terroristes ou autres. Donc ça reste toujours des rumeurs. Nous faisons le travail qu'il faut pour que les velléités d'installation ou bien d'attaques par des groupes armés terroristes, que cela ne soit pas une réalité. »

    À ce jour, la principale menace pour le parc reste la pratique de l'orpaillage clandestin, opérée par des jeunes, dans cette zone frontalière avec le Burkina.

    À écouter aussi« Ralentir » au parc national de la Comoé, le plus grand d'Afrique de l'Ouest

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  • Côte d'Ivoire: le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance [1/3]
    2026/06/18

    Le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d'Ivoire, s'étend sur près d'un million d'hectares. C'est une réserve de la biosphère, une des zones protégées les plus vastes d'Afrique de l'Ouest. Ce parc avait un temps été classé patrimoine en péril, en raison des activités illicites qui ont mis en danger sa faune et sa flore. Par ailleurs, l'insécurité à la frontière avec le Burkina Faso et les attaques à caractère terroriste qui ont affecté Kafolo en 2020 et en 2021 ont entaché l'image de la région, classée zone rouge par les chancelleries occidentales. Mais depuis trois ans, les autorités ont sécurisé le nord du pays. La relance de ce parc illustre cette reprise progressive des activités. Cette reprise passe notamment par l'utilisation de méthodes de surveillance modernes.

    Reportage de notre envoyée spéciale de retour de Bouna,

    Nous sommes dans la partie sud du parc de la Comoé, en Côte d'Ivoire. Le capitaine Louis Gbaza, en charge du suivi écologique à l'Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), tient entre ses mains les commandes d'un drone sophistiqué : « Il s'agit là d'inventorier les hippopotames sur le fleuve. Aujourd'hui, en termes d'effectifs, on frôle les 200 hippopotames. Avec toutes les photos aériennes qu'on a pu réaliser, on se rend compte qu'il y a beaucoup de juvéniles. Ils se reproduisent. »

    Le fleuve Comoé traverse le parc sur une grande distance. Le drone apparaît comme un outil indispensable pour mesurer le comportement des animaux. Le capitaine Louis Gbaza y voit un gain de temps pour réaliser ses inventaires. Des recensements qui s'effectuent aussi à l'aide de deux ULM : « Facilement, on fait l'inventaire du parc en moins d'une semaine. Les analyses se font rapidement parce que c'est l'intelligence artificielle qui le fait. On a un taux de confiance autour de 80%. »

    À écouter aussi« Ralentir » au parc national de la Comoé, le plus grand d'Afrique de l'Ouest

    Un parc sous haute surveillance

    Pendant les crises politico-militaires, les populations riveraines pratiquaient le braconnage, menaçant plusieurs espèces... comme les chimpanzés et les éléphants. Aujourd'hui, le principal problème, c'est la pratique de l'orpaillage clandestin. Pas évident de surveiller un parc aussi grand : il y a là plus d'un million d'hectares de savane, de forêts et de collines, avec des zones parfois reculées. Tous les jours, à bord de son ULM, le lieutenant-colonel Kissi Dandouss recherche des indices d'agression du parc :

    « Il y a de cela quelques années, les braconniers pouvaient faire ici un mois... ou un peu plus longtemps ici. Mais aujourd'hui, avec les opérations aériennes, ils n'ont pas le temps de s'installer comme ils le faisaient avant. C'est pareil pour les orpailleurs : ce ne sont plus des camps avec des fosses de plusieurs mètres. »

    Les agents de l'OIPR interpellent en moyenne dix personnes chaque mois, pour des faits de braconnage, de pâturage ou d'orpaillage clandestin. Ils procèdent à un premier interrogatoire au sein du parc, puis remettent les prévenus entre les mains du tribunal de Bouna. Le capitaine Alain Lougbouet est chargé des contentieux à l'OIPR : « Concernant l'orpaillage, d'abord, c'est une infraction condamnée par la loi. Les condamnations varient entre six mois et cinq ans de prison ferme en fonction de la gravité. Au niveau des parcs nationaux, la loi est encore plus sévère là-dessus. »

    Au-delà du volet répressif, les agents de l'OIPR se sont rapprochés des communautés vivant près du parc, pour les impliquer, elles aussi, dans la protection de ce site.

    À écouter aussiCôte d'Ivoire : la réussite de la relance du parc de la Comoé [1/2]

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