エピソード

  • Éthiopie: Solomon Shiferaw, un artiste peintre qui travaille et alerte sur la migration
    2026/02/07

    D'après le dernier bilan de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), un peu plus de 350 000 personnes ont migré hors d'Éthiopie en 2025, soit une hausse de 24% par rapport à 2024. Ce phénomène, qui ne cesse de s'amplifier, est une source d’inspiration pour l'artiste peintre éthiopien Solomon Shiferaw. Avec ses œuvres, le jeune homme de 28 ans souhaite alerter sur la dangerosité des routes migratoires. Notre correspondante à Addis-Abeba l'a rencontré.

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  • RDC: le Lukasa, une tablette traditionnelle pour raconter l'histoire du peuple Baluba
    2026/02/06

    C’est un outil de transmission du savoir qui nous replonge dans l'histoire de l'Afrique ancienne. Au centre de la République démocratique du Congo, dans la région du Katanga, les Baluba ont inventé le Lukasa, une planchette en bois qui permettait de conserver le savoir ancestral et l'histoire. Reportage au musée de Lubumbashi pour découvrir cet objet traditionnel.

    De notre correspondante de retour de Lubumbashi,

    Derrière une vitrine juste à l’entrée de cette salle du musée de Lubumbashi, un objet en bois attire à peine l’attention du visiteur. Jean Maisa est guide au musée.

    « Cet objet qu’on appelle Lukasa, c’est une planchette utilisée sous forme d’un livre que les Baluba ont fait dans le but de conserver les aspects complexes de leur culture et de leur idéologie. »

    « Le Lukasa ne se limite pas à cette plaque »

    La planchette est d’une dimension d’environ 20 sur 13 centimètres. Elle est recouverte de perles. Au centre est taillée une femme entourée de plusieurs symboles sculptés tels qu’une croix, le soleil, une maisonnette ainsi que des lignes et des reliefs.

    Florent Lukanda Lwa Malale est chercheur et l’un des trois derniers membres de la communauté des Baluba qui savent encore interpréter le Lukasa.

    « Vous avez le Lukasa comme celui qui est là. On a pris un bois, un sculpteur qui a taillé certaines formes, d’autres sont plaquées. Il utilise par exemple les cauris, les perles, les différentes couleurs. On appelle ça "Lukasa lwa Kabemba", qui signifie l’épervier », explique-t-il.

    Pour lire et détenir le savoir du Lukasa, seuls les membres de la société secrète appelée les Bambudye y étaient initiés. Leur rôle était de préserver, de transmettre et de sanctifier les principes politiques et historiques du peuple des Baluba.

    « Le Lukasa ne se limite pas à cette plaque dont toute l’interprétation des signes se trouve là. Il y a aussi l’aspect écriture avec des voyelles et des consonnes. Pour maîtriser le Lukasa et devenir un vrai "Mbudye", il faut au moins sept ans d’initiation. On doit apprendre la politique sur comment gérer, on apprend la morale, la géographie, l’histoire. Et pour désigner un chef parmi les princes, on doit choisir quelqu’un qui maîtrise ce savoir », souligne Florent Lukanda Lwa Malale.

    Une transmission perdue avec la mort du dernier membre de la société secrète

    Avec la colonisation, cette pratique a progressivement disparu. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Crispin Ngoy Lenge est le président du groupe Mbudye de Lubumbashi :« On ne fait plus cette initiation du Lukasa. Nous ne sommes plus qu’un groupe folklorique qui permet de perpétuer notre culture à travers le chant et la danse

    Le dernier membre de la société secrète Mbudye est décédé à Lubumbashi en 2005 sans avoir transmis le savoir du Lukasa aux générations actuelles, déclare le chercheur Florent Lukanda wa Malale.

    À lire aussiRDC: à Lubumbashi, visite sonore du musée familial avec Marcel Yabili

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  • À Madagascar, la culture zafimaniry, connue pour son art du bois, est menacée
    2026/02/05

    À Madagascar, ils sont moins de 15 000 habitants à vivre « au pays des brumes », en bordure sud des Hautes Terres. Là-bas, au milieu de collines aujourd’hui largement dénudées après des décennies de déforestation massive, le peuple zafimaniry s’interroge sur la voie à suivre. Cette communauté, connue pour son art du bois — inscrit depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité — et pour sa relation étroite à la nature, doit désormais s’adapter pour survivre. L’Institut français de Madagascar organisait une conférence-débat autour de « l’identité zafimaniry face à la mondialisation ».

    De notre correspondante à Antananarivo,

    Il est le seul magistrat issu du peuple zafimaniry : Johnny Andriamahefarivo, ancien ministre de la Justice, a tous ses souvenirs d’enfant accrochés aux bois sculptés de son village. « Nous sommes un peuple de la forêt. Nous vivons de la forêt, vous voyez donc les constructions en bois, montre l'ancien ministre de la Justice. La porte, les volets, les fenêtres, les chaises : tout est gravé et chaque gravure a une signification particulière. On y tient des conceptions un peu ésotériques, la foi, la connaissance, mais aussi nos croyances. »

    Des croyances et des rituels uniques sont propres à cette culture zafimaniry, comme l’art du tressage des cheveux, un langage corporel silencieux. Ce sont 17 types de tresses qui ont été recensés, chacun porteur d’une symbolique et d'un usage précis, un code lu par le village tout entier. Cependant, souligne l’enfant du pays : « Si nous sommes restés au fin fond de la brousse, aujourd'hui, cette brousse est débroussaillée par la déforestation. Il nous faut sortir de là-bas pour essayer d'autres moyens, disons, de vie. »

    « Le monde bouge et ils s’adaptent »

    Pour ce peuple minoritaire et isolé sur l’île, tout l'enjeu est l'adaptation. L’ingénieur forestier et photographe TangalaMamy s’est pris d’amitié et d’amour pour les Zafimaniry et travaille auprès d’eux depuis plus de 10 ans. À travers ses clichés, il documente cette culture méconnue et en perpétuelle mutation.

    « Il y a 13 ans, il n’y avait pas de réseau, il fallait aller en haut d’une montagne pour avoir du réseau. Maintenant, tout le monde a un smartphone, tout le monde a son antenne Canalsat. C’est une mutation normale. Il y a le monde qui bouge et ils s’adaptent, explique le photographe. Ils ne vont pas habiter continuellement dans des cases en bois alors que ce bois, il faut désormais parcourir des kilomètres pour en trouver. » Et TangalaMamy d'expliquer que les traditions persistent : « Même dans les maisons en dur, aujourd’hui, le coin des ancêtres est présent. Les offrandes y sont faites. Quand il y a une naissance, on ne donne le nom de l'enfant qu'après que le cordon ombilical soit tombé. »

    Reste une question : combien de traditions survivront, alors que certaines disparaissent déjà ? « Il faut qu'on sanctuarise une part de cette identité qui est en train de partir sans qu'on puisse en transmettre la mémoire à nos enfants, insiste le chroniqueur Vanf qui, tout comme TangalaMamy, appelle à une mobilisation du ministère de la Culture. Qu’on crée quelque part un espace visible, “marketing” même – et ce n’est pas grave d’employer ce mot-là –, où restaurer une ou plusieurs cases traditionnelles, les mettre un peu à part, afin que nous-mêmes, aussi bien Malgaches qu'étrangers, puissions transmettre cette culture mémorielle. »

    Une culture mémorielle, une culture toujours vivante aujourd’hui, mais plus que jamais menacée.

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  • Au Tchad, les pêcheurs sont victimes de l'insécurité grandissante dans la région du Lac
    2026/02/04
    Depuis un peu plus d’un an, le village de Kaya Koudoukolé, entre Baga Sola et Bol, près du lac Tchad, a vu s’installer de nouveaux habitants. Ce sont des déplacés internes qui ont fui leur île, à une semaine de marche, après une attaque de Boko Haram. L’agriculture et la pêche sont leurs principales activités. Même s’ils se sentent plus en sécurité à Kaya Koudoukolé, les habitants notent une hausse des enlèvements, des assassinats et des vols. En outre, la peur du groupe terroriste islamiste est encore omniprésente. De notre envoyée spéciale de retour de Baga Sola, Bokoy Barka, père de huit enfants, a quitté son île d’origine il y a treize mois après un assaut de Boko Haram. Aujourd’hui âgé de 41 ans, il habite à Kaya Koudoukolé, où il fait partie d’un groupement de pêcheurs qui se partage une barque distribuée par l’ONG Solidarités International. Le village est au bord du fleuve, mais les pêcheurs doivent rester, par sécurité, proches du rivage, là où les poissons sont moins abondants et plus petits. « Je vais pêcher quotidiennement, explique Bokoy Barka. J’arrive à remplir environ deux ou trois jerrycans d'eau, soit une dizaine de kg de poissons, mais j’ai peur. Il y a à peine quelques jours, quatre pêcheurs ont été attaqués par Boko Haram. Ils ont tiré sur l’un d’entre eux, il est blessé à la jambe, mais ils ont réussi à fuir. Toute personne qui tombe sur Boko Haram peut être tuée ou enlevée. » La leadeuse des femmes de Kaya Koudoukolé, Bakoy Kouri Kanori, a elle aussi quitté son village natal après une offensive terroriste. « Boko Haram a tué mon mari et enlevé quatre personnes, dont trois enfants, témoigne-t-elle. Et le plus souvent, ils s’en prennent aux pêcheurs. Régulièrement, on entend parler d’enlèvements. » Elle confie vivre dans la peur : « Quand on entend le nom de Boko Haram, on a peur. » À écouter dans Grand reportageSur les rives du lac Tchad, une guerre sans fin contre Boko Haram et la montée des eaux « Des incursions de plus en plus violentes dans les terres » « Ici, je vis surtout de l’agriculture, indique Bakoy Kouri Kanori, qui traverse le champ qu'elle cultive puis s’installe à terre, face au lac. Les hommes du village pêchent et nous, les femmes, on récupère le poisson qu’on va vendre. On arrive à en tirer 15 000 FCFA par jour. 5 000 vont dans la caisse commune du village et le reste, on le partage avec ceux qui ont pêché. » Depuis 2025, le niveau du lac Tchad est en phase de remontée et d’expansion significatives, ce qui apporte son lot de défis sécuritaires, selon Justine Muzik Piquemal, directrice régionale de Solidarités International. « Le lac grandissant, on a des incursions de plus en plus violentes dans les terres, qui se rapprochent de plus en plus des grandes villes », relève-t-elle. La directrice régionale précise la réalité de cette violence : « Ce n'est pas tous les jours, mais on a une fois toutes les semaines trois enlèvements, trois kidnappings d'enfants ! C'est beaucoup... Les enfants qui sont visés ont entre sept ans et quatorze ans, détaille-t-elle, les petites filles, pour l'esclavage sexuel, et les petits garçons, pour l'enrôlement forcé dans la guerre. Et là, il est nécessaire qu'on continue à travailler avec ces populations pour ne pas les laisser désœuvrées face à cette insécurité ». Baisse des financements occidentaux ou encore multiplication des crises au Tchad, avec une attention accrue pour les réfugiés soudanais à l'est du pays, le résultat est sans appel : les ONG se retirent progressivement d’un Lac Tchad, qui se retrouve de plus en plus isolé. À lire aussiTchad: Baga Sola, «capitale humanitaire» du Lac, victime du retrait de l’aide
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  • À Johannesburg, les chorégraphes Germaine Acogny et Gregory Maqoma se répondent en spectacle
    2026/02/03

    En Afrique du Sud, deux chorégraphes emblématiques du continent, la Franco-Béninoise Germaine Acogny, icône de la danse contemporaine, et le Sud-Africain Gregory Maqoma, se sont retrouvés pour monter un spectacle en deux parties. Ce double programme, montré pour la première fois à l’université de Johannesburg, propose un dialogue entre les générations et les cultures africaines.

    De notre correspondante à Johannesburg,

    À 81 ans, Germaine Acogny ne cesse de se réinventer. Cette fois-ci, seule en scène, elle rejoue, à sa façon et au travers de ses mouvements, la vie de la danseuse, chanteuse et militante Joséphine Baker. Une chorégraphie sous forme d’hommage très politique : « J'ai voulu interpréter vraiment la résistante. Cette première pièce est d’actualité, sur le racisme qui ne se défait pas et contre lequel on est encore obligés de se battre », s'indigne la chorégraphe. Et elle prend un exemple : « Cette banane que j’ai prise, en France, je la lance ! Parce que vous savez, le racisme qui existe quand il y a les footballeurs qui perdent, on leur jette des bananes comme à des singes ? Eh bien moi, je l’ai écrasée ici. »

    Le spectacle Joséphine, conçu à l’origine pour le théâtre parisien des Champs-Élysées l’année dernière, est désormais assorti d’une deuxième partie : un tourbillon de couleurs et des artistes de tout le continent qui se lancent dans une danse fougueuse et déchaînée.

    Un dialogue entre l'Afrique du Sud et l'Afrique de l'Ouest

    Pour accompagner la pièce de Germaine Acogny, il a été demandé au chorégraphe sud-africain Gregory Maqoma, de 30 ans son cadet, de dessiner une réponse. C’est ainsi qu’est né Bantu, le peuple.

    « C’est un honneur pour moi de partager la scène avec "Mama Germaine" et son travail. Cela honore aussi qui nous sommes et notre humanité. Sa pièce parle beaucoup de résistance, analyse le chorégraphe. Je souhaitais y répondre en utilisant le sens de l’urgence que ressent la jeunesse d’aujourd’hui. Et je voulais aussi évoquer l’éradication des frontières et que l’on puisse s’autoriser à penser sans elles. »

    À cette occasion, une troupe a été composée à partir de danseurs des compagnies des deux chorégraphes, l'École des Sables sénégalaise et le Vuyani Dance Theatre sud-africain. Chacun amène ses mouvements et sa culture, et le tout forme un magnifique ensemble. « Il a voulu faire un dialogue aussi entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Sud, estime Germaine Acogny. Moi, ce que j’ai vu, c’est le fait de partir de nos origines vers la contemporanéité. Et vous avez vu cette gaïeté, on sent aussi qu’il y a un rituel et la joie de vivre, la joie de célébrer, et je trouve que c’était une excellente rencontre. »

    L’équipe espère maintenant pouvoir présenter ce double programme lors d’une tournée mondiale, avec des dates déjà prévues en France et en Allemagne plus tard dans l’année.

    À lire aussiLe chorégraphe sud-africain Gregory Maqoma en un mot, un geste et un silence

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  • Côte d'Ivoire: quand la finance de proximité remplace les banques à Tafiré
    2026/02/02

    À Tafiré, dans le centre-nord de la Côte d'Ivoire, l'accès au crédit ne passe pas par les grandes banques. Depuis plus de dix ans, une mutuelle locale accompagne femmes et jeunes avec des prêts adaptés à leurs réalités. Au marché, ces financements ont permis à plusieurs commerçantes de développer leurs activités et de sécuriser leurs revenus. Immersion au cœur d'une finance de proximité qui change des vies.

    De notre correspondant de retour de Tafiré,

    Ce matin-là, au marché de Tafiré, entre les étals de vivriers, Clémence, agente de recouvrement de la mutuelle Terfiré, s'arrête devant la boutique d'Awa, vendeuse de vêtements pour enfants et adultes. Chaque début de semaine, Clémence passe vérifier l'évolution de son activité :

    « On vient voir la marchandise, vérifier que le client n'a pas détourné l'objet du crédit. Par exemple, elle vend des habits, c'est ce qu'elle nous a déclaré. Elle pourrait prendre l'argent pour autre chose. Là, ça avance bien. La table est bien remplie. Chaque mois, elle doit payer un montant. Après le marché de dimanche, elle verse chaque mardi 100 000 ou 150 000 francs, selon les ventes. »

    Commerçante depuis une dizaine d'années, Awa peinait jusque-là à développer son activité en Côte d'Ivoire. Grâce à un premier crédit obtenu auprès de la mutuelle, elle a pu agrandir son étal et diversifier ses produits : « Un jour, je suis allée à Abidjan prendre un peu de marchandises. Après, je suis venue voir la dame et je lui ai dit que j'avais besoin d'un prêt pour faire évoluer mon commerce. Elle m'a dit qu'il n'y avait pas de problème. Sur ce que j'ai demandé, on m'a donné la moitié, 500 000 francs. »

    Des crédits sur mesure

    Un prêt qu'Awa parvient à rembourser en neuf mois, bien avant l'échéance. La confiance s'installe. Elle sollicite alors un second crédit, cette fois de deux millions de francs CFA. De quoi ouvrir une boutique et subvenir aux besoins de sa famille : « Ça m'a apporté beaucoup de choses. Vous allez me faire couler des larmes. J'ai mon petit enfant qui était malade. Il avait une tumeur. J'ai mis plus de six millions pour ses soins. J'aide mes petits-enfants, je paie leur école, la nourriture, etc. »

    Depuis 2013, la mutuelle d'épargne et de crédit Terfiré, créée par des cadres de la région, accompagne femmes et jeunes. Pour accéder aux prêts, il faut être membre, ouvrir un compte et attendre trois mois avant le passage devant un comité de crédit. Les financements peuvent atteindre jusqu'à cinq millions de francs CFA. Une finance pensée pour les réalités rurales et ouverte surtout au monde agricole, explique son gérant, Sory Diakité :

    « Généralement, ceux qui prennent le prêt agricole, les échéanciers sont semestriels. Contrairement à quelqu'un qui, dans le commerce, dans l'artisanat, peut épargner par jour 500 ou 1 000 fra,cs, lui, on peut lui faire un échéancier mensuel, bimensuel. C'est en fonction du projet que nous adaptons l'échéancier aux demandeurs. »

    Aujourd'hui, selon ce responsable, la mutuelle d'épargne et de crédit Terfiré compte plus de 3 000 membres. En moyenne, plus de 500 personnes bénéficient chaque année de ses crédits.

    À lire aussiCôte d'Ivoire: ces jeunes qui choisissent de rester au village pour entreprendre

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  • Violences post-électorales en Tanzanie: «Je n'imaginais pas que quelqu'un de ma famille allait mourir»
    2026/02/01

    Trois mois après la répression sanglante des manifestations dénonçant une élection frauduleuse en Tanzanie, les témoignages commencent à apparaître. Pour mettre fin aux mouvements de contestation à travers le pays fin octobre 2025, le gouvernement dirigé par Samia Suluhu Hassan, élue à 98% des voix, a utilisé la manière forte. Des milliers de personnes ont été tuées, souvent sans avoir de lien avec les manifestations. Rencontre avec Teresia à Dar es Salaam, qui a perdu son frère cadet au lendemain de l'élection présidentielle.

    Dans un café discret de Dar es Salaam, Teresia est assise sur une chaise, le regard vers l'horizon. La jeune femme de 32 ans veut faire savoir ce qui est arrivé à sa famille le 30 octobre 2025. Ce jour-là, le patron de son frère cadet insiste pour qu'il se rende à la boucherie où il travaille, près d'une grande artère de Dar es Salam, malgré les manifestations toutes proches. Un peu plus haut, des jeunes jettent des pierres sur les forces de l'ordre et viennent se réfugier près de la boucherie. C'est là que tout bascule.

    « Un officier est venu près de son lieu de travail. Il y avait aussi un autre garçon qui se trouvait là, raconte Teresia. Il a ordonné à mon frère et ce garçon de sauter à pieds joints jusqu'à la route principale... Et là, il leur a tiré dessus. »

    Sur une vidéo qu'elle a gardée, Teresia montre l'après. Son frère, dont elle préfère taire le nom, a été jeté dans la boue avec deux autres hommes. Leurs corps sont ensanglantés et tous agonisent dans des mouvements lents et difficiles. Le jeune homme de 24 ans est transporté à l'hôpital et opéré, mais ne survit pas à ses blessures. « Je savais que des choses comme ça allaient arriver, que des gens allaient mourir, mais je n'imaginais pas que quelqu'un de ma famille allait mourir alors qu'aucun d'entre eux n'est allé dans la rue pour manifester », explique Teresia.

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    La peur règne au sein de la population

    Les derniers instants de son frère, ce sont des témoins qui lui ont raconté et qui ont prévenu la famille le jour des faits. Afin de récupérer le corps du jeune homme, il a fallu payer 500 euros de frais d'hôpital, une somme colossale en Tanzanie. Malgré ce drame, Teresia ne regrette pas que les manifestations aient eu lieu. Car il faut du changement, selon elle. Mais dans sa famille, c'est aujourd'hui la peur qui règne : « Je n'ai pas peur, mais ma maman a très peur. Quand on essaye de dire quoi que ce soit contre le gouvernement, elle nous dit "Arrête, ils vont venir te chercher ici". »

    Une référence aux nombreux enlèvements qui ont eu lieu ces derniers mois contre toute voix dissidente. Une commission d'enquête a été mise en place par le gouvernement pour faire la lumière sur ce qu'il s'est passé. Les huit membres à sa tête sont tous des proches du pouvoir.

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  • Sénégal: un projet de «cité verte» moderne et «écologique» fait polémique autour du lac Rose
    2026/01/31
    C'est un projet qui fait polémique au lac Rose, l'un des sites touristiques les plus emblématiques du Sénégal, connu pour ses eaux rosées, ses dunes et sa bande de filaos, rempart naturel face à l'océan : la construction annoncée d'une vaste « ville verte » d'une dizaine de milliers de logements haut de gamme inquiète une partie des habitants. De notre correspondante de retour de Dakar, Le lac Rose : ses reflets colorés, ses dunes, ses hôtels, et cette longue bande de filaos qui protège la zone de l'avancée de la mer... Un environnement exceptionnel au Sénégal, dont vivent les populations locales depuis des générations. Le projet immobilier d'envergure inquiète les professionnels Ibrahima Ndiaye est gérant d'hôtel et originaire du secteur : « On est dans une zone où l'écosystème est assez fragile. On a une bande de filaos qui a été plantée pour la protection de l'érosion côtière et l'avancement de la mer. Mais qui nous faisait aussi un décor sur le point touristique, qui joue un rôle très important sur notre cadre de vie, et qui filtre aussi le sel, qui nous permet d'avoir de l'eau douce tout autour du lac. » Au cœur des inquiétudes : un projet immobilier d'envergure porté par la société égyptienne Casa Orascom. Une « ville verte » de 78 000 logements doit voir le jour dans les dunes, entre le lac et l'océan. Un chantier qui fait craindre une dégradation de l'écosystème, mais aussi la remise en cause des activités locales. Alassane est guide touristique. « Auparavant, on vivait du tourisme et de l'agriculture aussi, mais il n'y a plus de terres. Du coup, tous les jeunes du village environnant travaillent ici, au niveau du lac. Si ce projet s'implante, on risque vraiment de tout perdre. Il y a plus de 1 000 personnes qui travaillent ici », confie-t-il. À lire aussiSénégal: le lac Rose qui a perdu sa couleur fait blêmir le secteur du tourisme [2/2] Les bandes de filaos préservées selon les autorités Le lac regorge aussi de sel, faisant vivre des centaines de ramasseurs et vendeurs, comme Mapathé Wade : « Les filaos coupent le vent. S'il y a du vent, personne ne peut sortir chercher le sel, car il y a un risque que les pirogues chavirent. » En octobre 2025, Ibrahima Ndiaye et d'autres habitants ont tenté de s'opposer à l'arrivée d'engins de chantier venus tracer une piste. Ils ont été arrêtés, puis emprisonnés quelques jours. Un épisode qui illustre le fossé entre une partie des populations locales et les porteurs du projet. Signé en 2019, le programme de « cité verte » vise, selon l'État, à désenclaver Dakar et à répondre à la forte demande de logements. La Délégation générale à la promotion des pôles urbains (DGPU) assure que l'environnement sera préservé. Son conseiller technique, le docteur Mbaye Dieng, nous présente la maquette : « Entre la mer et les premières habitations, vous avez une bande de filaos sur 90 hectares. Ça, c'est la première bande. Celle-là, on n'y touche absolument pas. Après, vous avez d'autres filaos à l'intérieur du projet. Il peut arriver qu'un véhicule de chantier passe et écrase un filaos. Donc dès qu'il y a un arbre qui a été fauché, il y a obligatoirement une substitution. » À lire aussiSénégal: sur les bords du lac Rose, les extracteurs de sel minés par la montée des eaux [1/2] « Une station d'épuration et d'assainissement » est prévue dans le projet Les autorités promettent également des retombées économiques : emplois, routes, centre de santé, centre de formation, équipements religieux et espaces publics destinés à bénéficier aux villages voisins. « La première chose que l'on va faire est de mettre une station d'épuration et d'assainissement dans la zone pour que les eaux usées puissent être traitées à des niveaux acceptables », développe le docteur Mbaye Dieng. Le projet prévoit notamment la construction d'environ 7 000 logements sociaux. Sur place, les habitants assurent rester mobilisés et demandent davantage de concertations avec l'État et les promoteurs.
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