エピソード

  • Le Sénégal face à l'inquiétante réalité des féminicides
    2026/02/12
    En 2025, 18 féminicides ont été recensés au niveau national, un chiffre largement sous-estimé, car il comprend les seuls cas connus et médiatisés. Les autorités sénégalaises reconnaissent une situation particulièrement inquiétante pour les femmes. Le président Bassirou Diomaye Faye a prononcé, pour la première fois, le mot féminicide lors de ses vœux de fin d’année, le 31 décembre dernier. S'il s'agit d'un premier pas symbolique, les survivantes et celles qui les accompagnent espèrent plus. De notre correspondante à Dakar, Dans cette maison familiale, des femmes discutent autour d’un thé. À l’étage, un lit est toujours fait « au cas où ». C’est ici que des survivantes de violence trouvent refuge. « Elles m’appellent au téléphone et me disent : "Là, je n’en peux plus, si je reste, il va me tuer, je veux quitter ce lieu", relaie Ngoné Sarr, la présidente des badiénou gokh, du nom de ces marraines de quartier, dans la commune de Ouakam. Donc, je fais tout pour avoir mon téléphone toujours à portée de main. Même la nuit, je ne l’éteins pas. » Ngoné Sarr ne travaille pas pour l'État, ni pour une association, mais son adresse et son numéro circulent parfois jusqu’à Matam, au nord-est du pays, une région dépourvue de tout lieu d’accueil pour les femmes exposées à la violence. « Elles n’ont pas de structures d'accueil ou d’hébergement, c’est pour ça que je les accueille, poursuit la présidente des badiénou gokh. Bon, je n’ai pas les moyens, je n’ai pas l’accompagnement suffisant pour le faire, c'est l'État qui doit le faire, insiste-t-elle. Mais si l'État ne le fait pas, en tant que femme, je n’imagine pas laisser une femme dans la rue. » À Guédiawaye, en banlieue de Dakar, la Maison Rose est une structure pionnière dans l'accueil de femmes en souffrance. Nabou, 20 ans, y est accueillie depuis deux mois. Orpheline, elle a fui la prostitution forcée par son entourage. « Un jour, ma tante m’a demandé de passer chez un de ses amis, témoigne la jeune femme. Une fois sur place, des jeunes filles entraient et sortaient, j’ai compris que c’était un lieu de prostitution… Cet homme m'a forcée à avoir une relation sexuelle, je ne voulais pas. Le lendemain, je suis allée me confier à ma tante et elle m’a répondu : "C'est ton problème, je m’en fous ! » À lire aussiFéminicides au Sénégal: différentes organisations demandent la révision du Code de la famille Les féminicides, un sujet qui s'impose dans l'espace public Après des heures à travailler sur son vécu au sein de la Maison Rose, entourée d’autres survivantes, Nabou a un message à faire passer : « [Président] Bassirou Diomaye Faye, il faut aider les femmes à trouver du travail pour qu’elles soient autonomes et se fassent respecter par les hommes, parce que beaucoup d’entre eux sont du genre macho. » Ces derniers mois, les violences faites aux femmes se sont imposées comme un sujet discuté et dénoncé dans l’espace public, au fil, notamment, de meurtres répétés de femmes dans le cadre domestique. Mona Chasserio, fondatrice de la Maison Rose, travaille depuis 18 ans auprès de femmes victimes de toutes sortes de violence au Sénégal. Elle a vu la parole se libérer peu à peu. « On en parle, il y a des conférences, explique-t-elle. Dans les films aussi on le voit [la violence contre les femmes]. De plus en plus, les femmes ont peut-être envie de révéler leur secret, parce qu’elles se rendent compte que c’est le moment. » Plus de deux Sénégalaises sur trois (70,2 %) ont subi une forme de violence au sein de leur mariage, selon une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, la première centrée sur les violences basées sur le genre dans le pays et publiée en novembre 2024. À la mi-janvier, le ministère de la Famille a promis d'organiser des assises nationales sur les violences faites aux femmes. À écouter dans Le Grand invité AfriqueFéminicides au Sénégal: «Il faut une réponse institutionnelle», alerte l'écrivaine Ndèye Fatou Kane
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  • RDC: les activités culturelles renaissent à Kolwezi après trois décennies d’absence
    2026/02/11

    C’est une ville minière au sud de la RDC où l’activité culturelle renaît grâce au centre culturel Sauti Ya Macho (« Les yeux s’expriment », en kiswahili), un partenariat public-privé. La ville vit désormais au rythme des expositions, des rencontres artistiques, des concerts et des spectacles. Ces activités qui, jadis, étaient financées exclusivement par l’entreprise minière Gécamines, avaient disparu faute de subvention.

    De notre correspondante à Kolwezi

    Nous sommes bel et bien à Kolwezi, ville minière. Une ville où l’on creuse la terre pour en extraire les minerais stratégiques. Cette exposition-vente de livres est l’une des récentes activités organisées à Kolwezi par le centre interculturel Sauti Ya Macho.

    Situé sur l’avenue Busanga, ce centre compte en son sein une bibliothèque, un studio d’enregistrement, une salle de spectacles et des logements. Même si les infrastructures sont en pleine réhabilitation, la programmation, elle, n’a pas attendu, explique Doux Doux Mij, son directeur : « L'activité que nous avons, c’est d’abord le festival international d’art contemporain qui sera à sa 4e édition au mois de juillet. Et puis nous avons des expositions-ventes, des expositions photos, des conférences-débats. »

    Depuis trois décennies, Kolwezi n’accueillait plus d’activités culturelles. La Gécamines, entreprise minière publique qui subventionnait toutes ces activités, avait connu une chute. Aujourd’hui la culture renaît, déclare le professeur Sylvain Kantolongo, enseignant à l'université Kolwezi. Il vient d’assister à l’exposition des livres : « Sauti Ya Macho est vu comme un nouveau souffle. Il nous permet de parler culture et d’aider la province à avancer au lieu de jouer à l’abonné absent culturellement. »

    Accompagner les artistes

    Avec l’appui de l’ambassade de France en RDC, ce centre interculturel propose un accompagnement technique et logistique aux artistes. Kevin Mwenze, bédéiste et artiste plasticien, est l’un des bénéficiaires. Sa toute première bande dessinée, intitulée Neno (« Parole », en kiswahili), a vu le jour ici : « Je me dis, "Qu’est-ce qu’on serait sans le centre culturel Sauti Ya Macho" parce que c’est la maison qui nous a accompagnés dès la phase d’écriture jusqu’à la sortie de la BD. Même le vernissage a eu lieu au centre Sauti Ya Macho. »

    Direction le Mall de la joie, le plus grand centre commercial de Kolwezi. Il a accueilli l’an dernier la 3e édition du festival international d’art contemporain. Mukendi Mudio, artiste plasticien venu de Lubumbashi, y a pris part. Son crayon à la main, il réalise des portraits en plein air : « Quand je suis arrivé, j’étais anonyme, on ne me connaissait pas. Après l’exposition, j’ai trouvé mon ouverture. J’ai un bureau ici et je sais comment travailler. »

    La prochaine activité culturelle du centre Sauti Ya Macho est la projection du documentaire intitulé Kolwezi et ses périphéries face à l’urgence des érosions. Elle sera suivie d’un débat.

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  • «Ces hommes armés créent de l’insécurité»: Qui sont les Wazalendo, envoyés à Fizi, dans l’est de la RDC [3/3]
    2026/02/10

    Malgré les accords de paix signés et les négociations qui se poursuivent, les combats continuent. Ils opposent les rebelles du M23, appuyés par le Rwanda, à l’armée congolaise soutenue par les milices locales. Pour ce troisième épisode, intéressons-nous à ces miliciens, appelés dans l’est du pays, les Wazalendo, qui combattent aux côtés de l’armée congolaise. À plusieurs occasions, le président Félix Tshisekedi a salué leur bravoure à combattre les rebelles. Mais ces miliciens sont aussi accusés dans plusieurs rapports d’organisations internationales de commettre des exactions contre les populations civiles.

    À lire aussi«Si les combats se rapprochent, on devra fuir»: vivre sur la ligne de front à Namisha, dans l'Est de la RDC [2/3]

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  • «Si les combats se reprochent, on devra fuir»: vivre sur la ligne de front à Namisha, dans l'Est de la RDC [2/3]
    2026/02/09

    Suite de notre série de reportages dans le territoire de Fizi, dans l'Est de la République démocratique du Congo où, malgré les accords de paix signés et les négociations qui se poursuivent, les combats continuent. Ils opposent l'armée congolaise et ses alliés aux rebelles du M23 soutenus par des milices locales et le Rwanda. Des combats qui provoquent de nouvelles fuites de la population et inquiètent les habitants du territoire. Selon le CICR, au moins 300 000 personnes ont fui les violences rien que dans le territoire de Fizi.

    À lire aussiRDC: à Fizi, l'hôpital débordé face à l'afflux de blessés dus aux combats dans l'Est [1/3]

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  • RDC: à Fizi, l'hôpital débordé face à l'afflux de blessés dus aux combats dans l'Est [1/3]
    2026/02/08

    Malgré les accords de paix signés et des négociations en cours, les combats persistent en RDC. L'armée congolaise et ses alliés affrontent les rebelles du M23, soutenus par des milices locales et le Rwanda. Sur place, le Comité international de la Croix-Rouge lance un avertissement : les violences entraînent une hausse inquiétante du nombre de blessés par armes et dégradent l'accès aux soins de santé. Reportage dans la région de Fizi, où les blessés sont pris en charge malgré les pénuries.

    À lire aussiEst de la RDC: le gouvernement congolais et l'AFC/M23 précisent l'accord-cadre pour la paix signé à Doha

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  • Éthiopie: Solomon Shiferaw, un artiste peintre qui travaille et alerte sur la migration
    2026/02/07

    D'après le dernier bilan de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), un peu plus de 350 000 personnes ont migré hors d'Éthiopie en 2025, soit une hausse de 24% par rapport à 2024. Ce phénomène, qui ne cesse de s'amplifier, est une source d’inspiration pour l'artiste peintre éthiopien Solomon Shiferaw. Avec ses œuvres, le jeune homme de 28 ans souhaite alerter sur la dangerosité des routes migratoires. Notre correspondante à Addis-Abeba l'a rencontré.

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  • RDC: le Lukasa, une tablette traditionnelle pour raconter l'histoire du peuple Baluba
    2026/02/06

    C’est un outil de transmission du savoir qui nous replonge dans l'histoire de l'Afrique ancienne. Au centre de la République démocratique du Congo, dans la région du Katanga, les Baluba ont inventé le Lukasa, une planchette en bois qui permettait de conserver le savoir ancestral et l'histoire. Reportage au musée de Lubumbashi pour découvrir cet objet traditionnel.

    De notre correspondante de retour de Lubumbashi,

    Derrière une vitrine juste à l’entrée de cette salle du musée de Lubumbashi, un objet en bois attire à peine l’attention du visiteur. Jean Maisa est guide au musée.

    « Cet objet qu’on appelle Lukasa, c’est une planchette utilisée sous forme d’un livre que les Baluba ont fait dans le but de conserver les aspects complexes de leur culture et de leur idéologie. »

    « Le Lukasa ne se limite pas à cette plaque »

    La planchette est d’une dimension d’environ 20 sur 13 centimètres. Elle est recouverte de perles. Au centre est taillée une femme entourée de plusieurs symboles sculptés tels qu’une croix, le soleil, une maisonnette ainsi que des lignes et des reliefs.

    Florent Lukanda Lwa Malale est chercheur et l’un des trois derniers membres de la communauté des Baluba qui savent encore interpréter le Lukasa.

    « Vous avez le Lukasa comme celui qui est là. On a pris un bois, un sculpteur qui a taillé certaines formes, d’autres sont plaquées. Il utilise par exemple les cauris, les perles, les différentes couleurs. On appelle ça "Lukasa lwa Kabemba", qui signifie l’épervier », explique-t-il.

    Pour lire et détenir le savoir du Lukasa, seuls les membres de la société secrète appelée les Bambudye y étaient initiés. Leur rôle était de préserver, de transmettre et de sanctifier les principes politiques et historiques du peuple des Baluba.

    « Le Lukasa ne se limite pas à cette plaque dont toute l’interprétation des signes se trouve là. Il y a aussi l’aspect écriture avec des voyelles et des consonnes. Pour maîtriser le Lukasa et devenir un vrai "Mbudye", il faut au moins sept ans d’initiation. On doit apprendre la politique sur comment gérer, on apprend la morale, la géographie, l’histoire. Et pour désigner un chef parmi les princes, on doit choisir quelqu’un qui maîtrise ce savoir », souligne Florent Lukanda Lwa Malale.

    Une transmission perdue avec la mort du dernier membre de la société secrète

    Avec la colonisation, cette pratique a progressivement disparu. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Crispin Ngoy Lenge est le président du groupe Mbudye de Lubumbashi :« On ne fait plus cette initiation du Lukasa. Nous ne sommes plus qu’un groupe folklorique qui permet de perpétuer notre culture à travers le chant et la danse

    Le dernier membre de la société secrète Mbudye est décédé à Lubumbashi en 2005 sans avoir transmis le savoir du Lukasa aux générations actuelles, déclare le chercheur Florent Lukanda wa Malale.

    À lire aussiRDC: à Lubumbashi, visite sonore du musée familial avec Marcel Yabili

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  • À Madagascar, la culture zafimaniry, connue pour son art du bois, est menacée
    2026/02/05

    À Madagascar, ils sont moins de 15 000 habitants à vivre « au pays des brumes », en bordure sud des Hautes Terres. Là-bas, au milieu de collines aujourd’hui largement dénudées après des décennies de déforestation massive, le peuple zafimaniry s’interroge sur la voie à suivre. Cette communauté, connue pour son art du bois — inscrit depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité — et pour sa relation étroite à la nature, doit désormais s’adapter pour survivre. L’Institut français de Madagascar organisait une conférence-débat autour de « l’identité zafimaniry face à la mondialisation ».

    De notre correspondante à Antananarivo,

    Il est le seul magistrat issu du peuple zafimaniry : Johnny Andriamahefarivo, ancien ministre de la Justice, a tous ses souvenirs d’enfant accrochés aux bois sculptés de son village. « Nous sommes un peuple de la forêt. Nous vivons de la forêt, vous voyez donc les constructions en bois, montre l'ancien ministre de la Justice. La porte, les volets, les fenêtres, les chaises : tout est gravé et chaque gravure a une signification particulière. On y tient des conceptions un peu ésotériques, la foi, la connaissance, mais aussi nos croyances. »

    Des croyances et des rituels uniques sont propres à cette culture zafimaniry, comme l’art du tressage des cheveux, un langage corporel silencieux. Ce sont 17 types de tresses qui ont été recensés, chacun porteur d’une symbolique et d'un usage précis, un code lu par le village tout entier. Cependant, souligne l’enfant du pays : « Si nous sommes restés au fin fond de la brousse, aujourd'hui, cette brousse est débroussaillée par la déforestation. Il nous faut sortir de là-bas pour essayer d'autres moyens, disons, de vie. »

    « Le monde bouge et ils s’adaptent »

    Pour ce peuple minoritaire et isolé sur l’île, tout l'enjeu est l'adaptation. L’ingénieur forestier et photographe TangalaMamy s’est pris d’amitié et d’amour pour les Zafimaniry et travaille auprès d’eux depuis plus de 10 ans. À travers ses clichés, il documente cette culture méconnue et en perpétuelle mutation.

    « Il y a 13 ans, il n’y avait pas de réseau, il fallait aller en haut d’une montagne pour avoir du réseau. Maintenant, tout le monde a un smartphone, tout le monde a son antenne Canalsat. C’est une mutation normale. Il y a le monde qui bouge et ils s’adaptent, explique le photographe. Ils ne vont pas habiter continuellement dans des cases en bois alors que ce bois, il faut désormais parcourir des kilomètres pour en trouver. » Et TangalaMamy d'expliquer que les traditions persistent : « Même dans les maisons en dur, aujourd’hui, le coin des ancêtres est présent. Les offrandes y sont faites. Quand il y a une naissance, on ne donne le nom de l'enfant qu'après que le cordon ombilical soit tombé. »

    Reste une question : combien de traditions survivront, alors que certaines disparaissent déjà ? « Il faut qu'on sanctuarise une part de cette identité qui est en train de partir sans qu'on puisse en transmettre la mémoire à nos enfants, insiste le chroniqueur Vanf qui, tout comme TangalaMamy, appelle à une mobilisation du ministère de la Culture. Qu’on crée quelque part un espace visible, “marketing” même – et ce n’est pas grave d’employer ce mot-là –, où restaurer une ou plusieurs cases traditionnelles, les mettre un peu à part, afin que nous-mêmes, aussi bien Malgaches qu'étrangers, puissions transmettre cette culture mémorielle. »

    Une culture mémorielle, une culture toujours vivante aujourd’hui, mais plus que jamais menacée.

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