エピソード

  • Hongrie: face à la lenteur des enquêtes anti-corruption, les citoyens s'impatientent
    2026/10/09

    La Hongrie est, avec la Bulgarie, le pays le plus mal classé de l'Union européenne par l'ONG Transparency International. Après 16 ans de gouvernement de Viktor Orban, le pays est passé de la 50e à la 84e place. Il faut dire que la famille et les hommes d'affaires proches de Viktor Orban ont accumulé une immense fortune, grâce à d'importants contrats publics. Le nouveau Premier ministre Peter Magyar a lancé une opération anti-corruption baptisée le « feu purificateur ». Une nouvelle agence anti-corruption vient de voir le jour. Elle est chargée de recouvrer les biens publics spoliés. La corruption aurait coûté aux Hongrois entre 8% et 10% du produit intérieur brut ces dernières années. Mais traduire les responsables devant la justice prendra du temps.

    De notre correspondante à Budapest,

    C'était une promesse de Peter Magyar avant les élections : récupérer l'argent public « volé » et traduire en justice les politiciens corrompus. Depuis que le vainqueur d'Orban est chef du gouvernement, ses ministres épluchent les comptes : ils découvrent des contrats surfacturés, des emplois fictifs et les dépenses exorbitantes du gouvernement de Viktor Orban. L'ancien ministre des Affaires étrangères voyageait systématiquement en jet privé – même pour aller à Vienne, à 2h30 de route.

    Quant à l'Office de protection de la souveraineté, créé par Viktor Orban pour harceler ses opposants, en deux ans, il a dépensé plus de 10 millions d'euros en contrats fictifs. À ce jour, il y a plus d'une trentaine de plaintes. Mais la justice est lente et Julianna, comptable à la retraite, s'impatiente : « C'est lent, tout ça ; qu'est-ce qu'on attend pour juger les responsables ? Il faut qu'ils répondent de leurs actes. Bien sûr, dans le respect de la démocratie. »

    L'affaire la plus spectaculaire, c'est celle de la Banque nationale hongroise. L'ancien gouverneur, un fidèle d'Orban, a détourné une partie des réserves de la Banque : au moins deux milliards d'euros ont disparu dans des paradis fiscaux. Or, l'enquête ouverte il y a deux ans n'avance pas, même depuis le changement de gouvernement, constate Adrienn Laczo, Cette ancienne juge est aujourd'hui avocate spécialisée dans la criminalité en col blanc. « Tout le monde s'attendait à des arrestations… Mais rien ne se passe ! Retrouver l'argent volé, c'est très difficile. Mais il y a suffisamment de documents et de preuves pour que les responsables soient jugés », déclare-t-elle.

    Selon cette avocate, si le bureau du procureur avance au pas de l'escargot, c'est parce qu'il est encore truffé de fidèles de Viktor Orban. En attendant de le renouveler, le gouvernement a créé une nouvelle agence anti-corruption, qui aura autant de pouvoir que le procureur. Pour Ferenc, un ingénieur à la retraite croisé à la sortie du marché, la Hongrie va dans la bonne direction : « Ah, le peuple veut toujours remplir les prisons (rires) ! Les gens aimeraient que tout l'ancien gouvernement soit derrière les barreaux. Mais la démocratie, ça prend du temps. »

    Elemer, 36 ans, est serveur dans un restaurant. Il a confiance en le gouvernement. « À mon avis, il y aura bientôt des arrestations. Il y a beaucoup d'infos là-dessus sur TikTok, Facebook… C'est tout ce qu'ils méritent, ils ont volé l'argent des contribuables », estime-t-il. Pour l'instant, Viktor Orban n'est pas mis en cause. Mais la majorité des Hongrois souhaiterait le voir comparaître devant la justice.

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  • À Berlin, le Bode-Museum expose le portrait d’Angela Merkel et fait le plein
    2026/10/03

    Le Bode-Museum, un musée normalement plutôt confidentiel, spécialisé dans les arts religieux et byzantins, fait un carton depuis qu’Angela Merkel lui a proposé d’abriter temporairement son portrait officiel, l’œuvre de Jérémie Queyras, un jeune peintre franco-allemand de 28 ans, jusqu’alors inconnu et qu’elle a finalement préféré aux célébrités en course.

    De notre correspondante à Berlin,

    En quelques semaines, le Bode-Museum en Allemagne est passé de 500 à 900 visiteurs par jour. Presque tous sont venus pour un tête-à-tête avec l’ancienne chancelière. Et pas de doute possible, c’est bien elle. Au deuxième étage du Bode-Museum, au cœur de Berlin, blazer bleu flamboyant, regard pâle et concentré, une Merkel sobre et réaliste, avec toutes ses rides, observe les visiteurs.

    Le peintre Jérémie Queyras se souvient de ce jour où il a envisagé de peindre la chancelière qui a accompagné toute son enfance. « En 2022, je lui ai écrit une lettre à la main. C’est surtout une collectionneuse d’art qui m’avait encouragé à lui écrire en me disant : "Mme Merkel va avoir besoin d’un portrait, il faut que vous essayiez", se rappelle le vingtenaire. Pendant trois ans et demi-quatre ans, je n’ai pas eu de retour. Et en 2025, j’ai reçu un mail dans lequel on me disait : "Mme Merkel aimerait bien vous rencontrer en personne." »

    S’ensuit une année de travail, une vingtaine de séances de pose et une double vie pour le jeune peintre, obligé de garder le plus strict secret sur son travail même vis-à-vis de ses colocataires berlinois. « Ça a été un peu un défi de concilier l’image de la femme politique et la personne privée que j’ai pu rencontrer », confie Jérémie Queyras.

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    Le culte Merkel

    Dans le public, face au tableau, de nombreux retraités, comme Barbara, une Allemande de l’Est, venue exprès pour voir Angela Merkel. « On retrouve bien ses vestes, son collier, son regard… Elle a l’air en paix avec elle-même », analyse-t-elle.

    Tous ne sont pas des fans de toujours. Comme ce couple de retraités originaire des bords de la mer Baltique, des électeurs du SPD. Ils n’ont jamais voté pour elle, et pourtant, ils la regrettent. « À ses débuts, elle a été beaucoup ridiculisée, pointe le retraité. Mais elle a consolidé la République fédérale et l’a rendue plus transparente. »

    Le politologue Gero Neugebauer est très surpris du tournant pris par le culte Merkel, un culte que l'on peut retrouver jusque sur les réseaux sociaux. « Elle représente le bon vieux temps, analyse-t-il, une époque où on pouvait avoir l’impression qu’il n’y avait pas de conflits dans la société. Et elle a l’image d’une femme proche du peuple, n’est-ce pas... »

    Une fois l'exposition terminée, le tableau rejoindra la galerie des portraits de la Chancellerie, aux côtés de Konrad Adenauer, Helmut Kohl ou Gerhard Schröder.

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  • Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes électeurs noirs se déclarent indépendants
    2026/10/04
    L’un des enjeux pour les démocrates pour les prochaines élections de mi-mandat, c'est de mobiliser les électeurs perdus à la dernière présidentielle, comme les jeunes hommes afro-américains. Donald Trump avait doublé sa part d’électeurs d’hommes afro-américains en 2024, mais de plus en plus de jeunes hommes noirs se déclarent indépendants. Un défi pour les démocrates, qui dans les années 1960 étaient devenus le parti du mouvement des droits civiques. De notre correspondant à Atlanta, Elvis Casely a voté pour Joe Biden en 2020, mais petit à petit, il a remis en question certaines positions du Parti démocrate. Puis, en 2024, il acte sa bascule en votant pour Donald Trump. À 31 ans, il se présente aujourd’hui à une élection locale comme candidat républicain. La grande majorité des électeurs afro-américains est pourtant démocrate. « La première chose que me disent la plupart des démocrates quand je leur dis que je suis républicain, c’est : “Mais tu es noir !”, relate Elvis Casely. Et moi, je me dis : “Mais quel est le rapport avec mes opinions politiques ?” » À ses yeux, les gains de Donald Trump chez les hommes noirs s’expliquent par de plus en plus d’indépendance d’esprit. « Ceux qui changent de camp sont surtout des gens qui réfléchissent par eux-mêmes, qui font leurs propres recherches et qui se disent : “Vous savez quoi ? Peu importe ce que dit ma communauté, je dois faire preuve de bon sens. Je dois regarder les chiffres, examiner les faits et voter selon mes convictions” », poursuit le candidat. Samuel Dubois Cook, la cinquantaine, reçoit chez lui. Ses parents étaient des amis de figures du mouvement des droits civiques comme Martin Luther King. Cette augmentation d’électeurs indépendants ou républicains s’explique, selon le conseiller démocrate, par les difficultés économiques mais aussi par une absence de transmission de l’histoire. « C’est à nous d’éduquer nos enfants, insiste-t-il. C’est ce que j’essaie de faire avec les miens : je leur parle constamment de notre histoire, de la manière dont on en est arrivés là. Je pense aussi qu’à une époque, peut-être dans les années 1980 et 1990, certains parents noirs se disaient : “Je ne veux pas trop parler de l’histoire raciale à mes enfants, parce que c’est douloureux.” Et je peux le comprendre. Mais il faut quand même leur transmettre cette histoire pour les préparer. » À lire aussiÉtats-Unis: à l'approche des midterms, plusieurs figures républicaines tournent le dos à Donald Trump « Aujourd’hui, les gens veulent avoir le sentiment d’avoir le choix » Mais le véritable enjeu pour les démocrates n’est pas tant de récupérer ces électeurs républicains, mais de mobiliser les indépendants et surtout les abstentionnistes. Sur le campus de l’université Morehouse, les étudiants encouragent leur équipe de football américain ce weekend. La prestigieuse institution est destinée aux hommes noirs. Houston Brookshire, 21 ans, est un indépendant et il n’a pas voté à la dernière présidentielle. « Je pense qu’aujourd’hui, les gens veulent surtout penser par eux-mêmes et avoir le sentiment d’avoir le choix, analyse-t-il. Beaucoup de gens de mon âge n’aiment pas avoir l’impression de devoir choisir entre seulement deux options. Ils veulent avoir davantage de possibilités. » Seulement 25 % des hommes noirs de 29 ans et moins ont voté en 2024, contre 31 % quatre ans plus tôt, selon une estimation du centre de recherche Circle. À lire aussiÉtats-Unis: à deux mois des midterms, la relative influence des candidats de la gauche radicale
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  • «Si je dis ça, je vais en prison»: en Turquie, l'humour politique en procès
    2026/09/26

    Quand faire des blagues mène en prison. En Turquie, un célèbre humoriste sera jugé à partir de ce lundi 28 septembre pour son dernier spectacle. Deniz Göktas est incarcéré depuis début juillet, accusé notamment d'« insulte » au président Recep Tayyip Erdogan. Sa détention et son procès illustrent l’ampleur des atteintes à la liberté d’expression en Turquie. Pour les comédiens de stand-up, l’autocensure est devenue la règle, malgré un attrait croissant du public pour l’humour politique. À Ankara, Anne Andlauer a assisté à un spectacle.

    La soirée commence par ce qui est devenu une précaution d’usage : le public est prié de ne pas filmer le spectacle. Sur scène, Salih Tiras, 34 ans, figure montante du stand-up en Turquie. Il plaisante sur son look : chemisette noire, lunettes rectangulaires, petite moustache. Un humoriste « de gauche, mais qui a l’air de droite », c’est comme ça qu’il s’est fait connaître.

    Puis il enchaîne les blagues sur l’opposition, le pouvoir, le président Recep Tayyip Erdogan, sa propre famille, la liberté d’expression. Il parle de Deniz Göktas, son collègue, son ami, en prison depuis juillet. Il demande au public de l’applaudir pour le soutenir.

    Deniz Göktas risque jusqu’à dix ans de prison pour trois chefs d’accusation, dont celui « d’insulte au chef de l’État ». Dans son spectacle mis en ligne au début de l’été, il qualifie sans hésiter Recep Tayyip Erdogan de « dictateur ». Une ligne rouge, parmi tant d’autres. La satire politique est un terrain miné, sur lequel Salih Tiras tente lui aussi de tracer son chemin :

    « Tu es tout le temps obligé de t’autocensurer. De penser : "Si je dis ça, je vais en prison." Il y a toujours eu des lignes rouges en Turquie. Les blagues sur la religion, par exemple. Mais la dose d’autocensure a énormément augmenté et les lignes rouges n’ont jamais été aussi floues. Et avec internet, tout le monde peut nous entendre. »

    « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens »

    Tout le monde, y compris ceux que les blagues sur le pouvoir ne font pas rire, y compris des procureurs auxquels une poignée d’heures suffisent pour ouvrir une enquête. C’est pour ça que Salih Tiras demande à son public de ne pas filmer ses spectacles. D’un autre côté, il fait salle comble plusieurs soirs par semaine. Il y a une demande, une attente du public, poursuit-il :

    « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens. Je pense que c’est lié à l’état de la liberté d’expression. Les gens cherchent des humoristes dont ils peuvent dire : "Ce type parle de moi, il parle de ce qui me préoccupe." Mais le truc, c’est que quand tu montes sur scène et que tu racontes réellement ce qui se passe, les vrais problèmes de ce pays, tu risques la prison. »

    Un peu de rire et de satire dans ce climat politique si lourd, c’est ce que sont venus chercher Muslu et son amie Eda, la trentaine tous les deux. « S’il n’y a pas de politique, je ne viens pas… », affirme Muslu. « On critique le pouvoir en famille, avec nos amis, mais jamais je n’oserais dire ces choses-là en public. Les humoristes sont un peu nos porte-voix. Et en même temps, ça fait du bien de rire pendant deux heures avec des inconnus qui pensent comme nous », ajoute Eda.

    Ce soir-là, ils sont une petite centaine dans la salle. La vidéo du dernier spectacle de Deniz Göktas – celle qui lui vaut ce procès – a quant à elle été visionnée plus de 15 millions de fois.

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  • À un mois des Midterms, sur la route 66: l'explosion des prix du diesel [1/5]
    2026/09/27

    Dans un mois, se tiendront aux États-Unis les midterms. Les élections de mi-mandat lors desquelles Donald Trump va tenter de sauver sa majorité au Congrès. À cette occasion, Vincent Souriau vous emmène toute cette semaine sur la route 66, pour une photographie de l'état d'esprit des Américains sur ce tracé mythique qui traverse huit États du centre du pays. Premier épisode entre Chicago, dans l'Illinois, et St. Louis dans le Missouri. Et là aussi, les prix du carburant ont explosé comme partout ailleurs. Le diesel, cœur de l'économie routière qui souffre et qui pèse sur le scrutin sur cette ancienne portion de la route 66.

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  • À un mois des midterms, sur la route 66: un patrimoine qui ne vaut plus rien [3/5]
    2026/09/30

    À cinq semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, RFI poursuit son chemin sur le tracé de la route 66. Artère mythique qui traverse huit États américains, symbole d'une certaine idée de la liberté, celle des motards et des routiers, mais aussi d'une Amérique à deux vitesses, mégalopoles contre petites villes. Troisième étape aujourd'hui dans la commune de Baxter Springs au Kansas, où cette nostalgie de l'aventure ne fait plus recette. Et où, faute de clientèle, le patrimoine historique est laissé à l'abandon.

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