エピソード

  • Journée internationale des forêts: l'Irlande et le défi du reboisement
    2026/03/20

    On l'appelle l'« île d'émeraude ». Pourtant, l'Irlande est l'un des pays les moins boisés d'Europe. À l'occasion de la Journée internationale des forêts, direction cette terre particulière : seul 11% de son territoire est recouvert de forêts. Mais le gouvernement irlandais veut augmenter cette surface à 18% d’ici 2050. L'Irlande se reboise donc à marche forcée.

    De notre correspondante à Dublin,

    Niall Charleton montre comment planter un arbre : « Alors, je vais creuser un trou carré. Je soulève simplement la motte du sol, j'y place les racines, puis je remets un peu de terre par-dessus. Et voilà, notre arbre est planté ! »

    Sa pelle à la main, Niall, 68 ans, est prêt à se retrousser les manches. Et le programme s'annonce chargé pour cette quarantaine de bénévoles. Objectif : planter 1 000 arbres en une seule journée, dans ce parc du sud du comté de Dublin. Mais il faut viser haut, explique Niall. L'Irlande accuse un retard considérable en matière de couverture forestière : seulement 11% de son territoire est boisé, contre une moyenne européenne à 35%.

    « C'est une véritable honte ! Et en matière de forêts naturelles, à peine 2% de notre territoire en est couvert. Tout le reste, ce sont des plantations industrielles, dominées par l'épicéa de Sitka. Une filière du bois florissante, mais un désastre pour la biodiversité : c'est toxique, ça étouffe le reste du vivant ! Mais nous vivons sur une île humide : alors, ces arbres poussent plus vite ici que partout ailleurs en Europe, grâce à des pluies quasi permanentes, vous l'avez peut-être remarqué », conclut Niall, un brin ironique.

    Cette espèce, qui pousse donc rapidement en Irlande, est entièrement destinée à être coupée et commercialisée. L'Irlande compte en fait très peu d'arbres indigènes. Or, selon les bénévoles, seules des forêts mixtes favorisent vraiment la biodiversité.

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    Si un agriculteur plante des arbres, « la terre est dédiée à la forêt »

    Ce jour-là, c'est le conseil municipal de Dublin qui a financé les jeunes pousses, comme du frayssinet de Killarney et de l'aubépine. Un geste qui s'inscrit dans un plan bien plus ambitieux : le gouvernement souhaite planter 8 000 hectares d'arbres chaque année, soit l'équivalent d'une forêt de la taille de Strasbourg. Et pour y parvenir, des incitations encouragent les agriculteurs à planter sur leurs terres. Mais selon Martha O'Hagan, professeure de finance durable à l'université Trinity de Dublin, plusieurs freins persistent :

    « Il existe cette règle, selon laquelle une fois qu'un agriculteur plante des arbres, la terre est définitivement dédiée à la forêt. Il prend ainsi une décision sur l'usage de ses terres pour les générations futures, ses enfants et petits-enfants. En plus, la valeur à l'hectare de cette parcelle chute, puisqu'elle ne peut plus servir qu'à la sylviculture ! De quoi faire hésiter les agriculteurs. »

    Et pourtant, il y a urgence. Sans baisse des émissions d'ici 2030, l'Union européenne pourrait infliger à l'Irlande jusqu'à 26 milliards d'euros d'amende. Et les forêts, on le sait, restent l'un des meilleurs puits de carbone pour lutter contre le réchauffement climatique.

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  • Turquie: un an après l’arrestation d’Imamoglu, la jeunesse du CHP reste mobilisée
    2026/03/20

    Il y a un an, le 19 mars 2025, un séisme politique secouait la Turquie. Le maire d’Istanbul, la plus grande ville du pays, et principal opposant du président Erdogan, était arrêté pour des allégations de corruption, puis incarcéré quatre jours plus tard. Sa détention a déclenché une vague de manifestations massives et une mobilisation inédite dans les rangs de son parti, le CHP, qui dénonce un complot visant à saboter la candidature d’Ekrem Imamoglu à la prochaine présidentielle. Depuis un an, la branche jeunesse du parti est particulièrement mobilisée derrière lui et ne perd pas espoir.

    Ankara, siège du CHP, Parti républicain du peuple. Özgür Özel, son dirigeant, tient une conférence de presse consacrée à ce qu’il appelle « le gang judiciaire » derrière l’arrestation d’Ekrem Imamoglu et son procès pour « corruption ». Cela fait un an que le maire d’Istanbul, le principal rival de Recep Tayyip Erdogan, est derrière les barreaux.

    Au fond de la salle, téléphone à la main, Dogukan Koçoglu retranscrit l’événement sur les réseaux sociaux. Sur sa veste de costume bleue, il porte un drapeau rouge orné de six flèches blanches, le symbole du CHP. Il a 23 ans. Il se souvient très bien du 19 mars 2025, le matin de l’arrestation d’Ekrem Imamoglu. « Je ne me suis jamais senti aussi désespéré… J’ai pensé que tout était fini, que ce pays n’avait plus d’avenir », dit-il.

    Du désespoir à la mobilisation

    Un an plus tard, ce membre de la branche jeunesse du CHP n’est plus dans le même état d’esprit. Il parle avec excitation des manifestations massives qui ont suivi l’arrestation, puis des rassemblements hebdomadaires du CHP dans tout le pays, jusqu’au 99e, cette semaine, devant la mairie d’Istanbul. « Je sens qu’on est beaucoup plus forts qu’il y a un an. Le CHP, Ekrem Imamoglu, moi, les autres militants… Parce qu’on a quand même traversé des épreuves inimaginables ! Le pouvoir a fait emprisonner une quinzaine de nos maires. Il a même essayé de mettre le parti sous tutelle, mais il a échoué. Au CHP, on est conscients qu’on est à l’aube d’une renaissance, mais que l’accouchement se fait dans la douleur. On attend avec impatience les élections, le jour où ce pouvoir devra rendre des comptes ».

    « Si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre »

    Cette élection présidentielle aura lieu au plus tard en mai 2028. Mais la candidature d’Ekrem Imamoglu semble plus que compromise. Non seulement il est en prison et accablé par les procès, mais son diplôme universitaire a été annulé la veille de son arrestation au prétexte d’irrégularités, ce qui l’empêche légalement de briguer la fonction suprême. Pourtant, le CHP refuse d’envisager un autre candidat. Okan Apan, rapporteur pour la jeunesse au sein du QG de campagne d’Ekrem Imamoglu, l’explique avec un proverbe turc. « C’est l’histoire du loup qui s’approche du troupeau et dit : "Je ne veux que le bœuf roux, après je vous laisse tranquille". Mais bien sûr, le loup ne cesse de revenir, d’exiger toujours plus… À la fin, il n’y a plus de troupeau. Si on laisse tomber Imamoglu, tout autre candidat sérieux se trouvera empêché à son tour. Ce serait jeter le CHP dans une impasse ». Ce militant signale aussi que les rangs de la branche jeunesse du CHP n’ont fait que croître depuis un an, malgré la répression. « Chez beaucoup de jeunes, il y a ce sentiment très fort que si on ne prend pas de risque maintenant, si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre ».

    D’ici aux élections, le CHP a l’intention de continuer à manifester, mais aussi d’être plus présent sur le terrain, auprès des électeurs. Et notamment auprès des jeunes.

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  • Royaume-Uni: comment la série télévisée «Peaky Blinders» a revitalisé le tourisme à Birmingham
    2026/03/19

    Ce vendredi 20 mars sort The Immortal Man sur Netflix, film qui raconte la suite de Peaky Blinders. Quatre ans après la dernière saison de cette série, qui suit l'histoire d'un groupe de gangsters dans le Birmingham des années 1910 à 1930. On a pu y voir de grands noms : Cillian Murphy, Stephen Graham, Adrien Brody ou encore Anya Taylor-Joy. Malgré des histoires sombres, violentes dans la classe ouvrière anglaise du siècle dernier, le succès de la série a entraîné une revitalisation du secteur touristique dans la deuxième ville du pays.

    De notre correspondante de retour de Birmingham,

    Dans l'ancien quartier industriel de Birmingham, un grand hangar abrite des studios de cinéma. La fresque sur les murs indique que Peaky Blinders, la série à succès de Netflix, y a été tournée. Depuis, elle attire des touristes du monde entier, comme Maninder : « Nous sommes originaires d'Inde, mais on vit à Northampton depuis trois ans. J'ai découvert Birmingham avec ''Peaky Blinders'', et ça m'a donné envie de visiter. Il y a plein de choses : l'aquarium, les canaux... »

    Tout un ciné-tourisme autour des Peaky

    Après la première saison, sortie en 2013, le nombre de touristes étrangers a bondi de 20% dans la région. Cette popularité s'est maintenue. Costume trois-pièces et casquette gavroche distinctive, Edward Gostick anime dix visites guidées par semaine sur le thème des gangsters de Birmingham : « Nous sommes ici au Bull, l'un des pubs les plus anciens de Birmingham, au cœur du quartier où l'on fabriquait les armes. Et voici une photo de Samuel Sheldon, un véritable gangster. C'est lui qu'on envoyait quand les gangs rivaux venaient lancer des pierres dans le quartier, semer la terreur. Il avait 10 ans. »

    Escape games, expositions, magasins de souvenirs... Longtemps perçue comme grise et pauvre, toute la ville s'est mise aux couleurs de la série. « L'impact sur la ville a été très positif. Comme Robin des Bois pour Nottingham, ou Shakespeare pour Stratford-upon-Avon, ça nous a donné une identité : 40% de mes visiteurs viennent du Royaume-Uni. Pour le reste, j'ai déjà eu des touristes de 60 pays différents », raconte Edward Gostick.

    « Partout où je vais dans le monde, les gens ont vu ''Peaky Blinders'' »

    À 15 kilomètres de la ville, Andrew Lovett a accueilli une partie des tournages dans son écomusée du Black Country. « Il y a eu un avant et un après : on accueille aujourd'hui 400 000 visiteurs par an, des visiteurs plus jeunes, plus internationaux. On organise des soirées ''Peaky Blinders'', avec 2 500 personnes en costumes ! », s'enthousiasme-t-il.

    Au-delà de l'effet Peaky, il y a Harry Potter tourné en Écosse, Paddington à Londres, Game of Thrones au Pays de Galles… La tendance du ciné-tourisme profite à tout le pays, explique Patricia Yates, PDG de Visit Britain : « D'après nos recherches, sept touristes étrangers sur dix viennent pour voir "en vrai" des endroits qu'ils ont vus à l'écran. C'est grâce au développement des plateformes internationales de streaming. Partout où je vais dans le monde, les gens ont vu ''Peaky Blinders'', ''Harry Potter''... Le rayonnement est mondial. »

    Après le film The Immortal Man, deux autres saisons des aventures des gangsters de Birmingham sont prévues. De quoi soutenir les 114 000 emplois liés au tourisme dans la région.

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  • L'Italie divisée autour du référendum sur la réforme de la justice
    2026/03/18

    Les 22 et 23 mars 2026, les Italiens doivent se prononcer par référendum sur une réforme de la justice portée par le gouvernement de Giorgia Meloni. La principale innovation vise à instaurer une stricte séparation des carrières des magistrats entre le siège et le parquet. Le gouvernement et ses promoteurs y voient une façon de lutter contre des magistrats qu'ils jugent politisés, tandis que l'opposition dénonce une menace pour la séparation des pouvoirs. Le référendum s'est cristallisé sur la personnalité de la présidente du Conseil italien.

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  • Génocide contre la communauté yézidie: le procès
    2026/03/18

    Le procès de Sabri Essid, jihadiste français présumé mort en Syrie, s’est ouvert à Paris ce lundi 16 mars pour génocide et crime contre l’humanité, commis contre la communauté yézidie. Un premier procès pour « génocide » qui ouvre la voie, en France, à la reconnaissance des crimes subis par cette petite communauté irakienne principalement rassemblée dans le nord-est du pays, et ce, douze ans après l’opération lancée par l’État islamique au Sinjar en août 2014. Des victimes irakiennes témoignent dans ce procès en France, mais en Irak, la communauté yézidie réclame toujours justice. En janvier, Bagdad a accueilli 5 704 prisonniers soupçonnés d’appartenance à l’État islamique et détenus jusqu’alors en Syrie. Les autorités se sont engagées à les juger. Mais entre méfiance et peur, la communauté yézidie doute que ce soit une réelle nouvelle occasion de voir ses bourreaux jugés pour les crimes qu’ils ont commis. Reportage auprès de la communauté yézidie en Irak.

    Au Kurdistan irakien, c’est dans un village à l’écart de la ville de Dohouk, que vit Weedad. En 2014, tous ses proches, son mari et trois de ses quatre enfants ont été tués par les combattants de l’État islamique au Sinjar. À 52 ans, elle peine à se déplacer, résultat des sévices que cette femme yézidie a subi au cours de sa captivité aux mains de Daech. « Mon fils et moi, on a essayé de s’enfuir trois fois, mais ils nous ont rattrapé. Ils m’ont tout fait subir. Ils m’ont électrocutée, mon dos souffre encore des séquelles des câbles électriques », dit-elle.

    Réduite en esclavage pendant trois ans, elle a été vendue plus de vingt fois à différents combattants. « Ils faisaient commerce de nous. Sur Facebook, ils postaient l’âge, le nombre d’enfant qu’une femme avait, ils décrivaient sa beauté, son apparence, tout. Et quelqu’un arrivait pour la récupérer », explique-t-elle.

    « Je veux les voir réduits en pièces devant nous »

    La violence qu’elle a subie la ronge. Quand elle a appris que 5 700 détenus soupçonnés d’appartenance à l’État islamique ont été transférés de Syrie en Irak pour être jugés, où ils risquent la peine de mort; cela n’a fait qu’alimenter sa colère. Car c’est un tout autre châtiment qu’elle attend. « La peur ne nous quitte jamais. Je veux que ceux qui ont commis ces crimes contre nous, devant nous, je veux les voir réduits en pièces devant nous. Je ne veux pas qu’ils soient juste exécutés simplement ».

    « Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue »

    Pour être entourée, elle se rend régulièrement dans les bureaux de Yazda. Cette ONG internationale défend les droits de la communauté yézidie. En Irak, elle milite pour faire changer la législation. Car en 2019, les membres présumés de l’État islamique ont été jugés selon l’article 4 de la loi antiterroriste, et condamné à mort ou à perpétuité pour leur affiliation à l’organisation terroriste. « Si vous les poursuivez en vertu de l’article 4, vous ne montrez pas toute la réalité », explique Riadh Khairi, directeur de Yazda en Irak. « Mais s’il existe une loi condamnant le génocide, alors toute la vérité peut être faite. Ils n’ont pas été seulement les victimes du terrorisme. Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue, alors s’il n’y a pas de procès basés sur les véritables crimes commis, cette peur restera », ajoute-t-il.

    À Bagdad, le centre national pour la coopération judiciaire internationale assure que les preuves du génocide seront incluses dans les actes d’accusation, même sans loi spécifique disponible. « Ils seront jugés pour leur affiliation à une organisation terroriste mais aussi pour les crimes qu’ils ont commis alors qu’ils étaient membres de l’État islamique », indique Ali Dhia, directeur adjoint du centre national pour la coopération judiciaire internationale.

    Les premiers procès de ces détenus ne devraient pas s’ouvrir avant au moins un an. Dix ans après la chute de l’État islamique en Irak.

    À lire aussi«Il fallait garder des traces, pour ancrer ce génocide des Yézidis dans l'histoire»

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  • Liban: un village se barricade contre l'afflux de déplacés
    2026/03/17

    Aux premiers jours de la guerre au Liban, les déplacés de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, ont cherché refuge dans la capitale. D’autres ont tenté leur chance à quelques kilomètres de là dans la montagne qui jouxte la capitale libanaise. Mais dans ce fief chrétien, ces déplacés n’ont pas trouvé le meilleur accueil. Illustration à Wadi Chahrour avec ce reportage signé Aabla Jounaïdi et Jad El Khoury nos envoyés spéciaux au Liban.

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  • Lieux de mémoire: l’autre combat mené par la Russie dans les régions d’Ukraine sous son contrôle depuis 2022
    2026/03/15
    Musées, statues, monuments, noms de rue... La Russie s’installe de plus en plus dans l’espace géographique des parties des régions de Donetsk et de Zaporijia sous son contrôle, y compris le plus quotidien. Objectif : toujours mieux diffuser son récit historique. Un récit pivot dans sa narration officielle pour justifier son offensive en Ukraine. Marioupol, une rue tranquille dans le centre, et une maison aux allures neuves mais sans tapage : le musée Jdanov. 154 mètres carrés dédiés au natif de la ville, cadre important de la construction puis du maintien de l’Union soviétique, et proche de Staline. Vitrine du Kremlin dans cette partie de la région de Donetsk sous drapeau russe, Marioupol portait d’ailleurs sous l’URSS, de 1948 à 1989, le nom de Jdanov. Un immense buste de cette figure historique est visible dans le petit jardin du musée. Viktor Ignatyevich Mikhalenko, guide du musée, accueille et fait la visite. Antenne du Musée mémorial d'État de Saint-Pétersbourg dédié à la défense et au siège de Léningrad (NDLR Léningrad était le nom de Saint-Pétersbourg sous l’URSS), le lieu a été installé dans les décombres de l’ancien musée de la culture populaire, très abîmé par les combats lors du siège de la ville en 2022. Ce siège a fait au moins 22 000 morts civils d'après la municipalité ukrainienne en exil de Marioupol, et détruit ou endommagé 90% des bâtiments résidentiels, selon l'ONU. « En novembre 2023, Vladimir Vladimirovitch Poutine a chargé les autorités de Saint-Pétersbourg de reconstruire le bâtiment et de créer ce musée », explique Viktor Mikhalenko. « Des spécialistes de Saint-Pétersbourg ont tout créé, de la façade aux équipements informatiques en passant par les expositions que vous voyez ici ». Dans les deux premières pièces, des photos d’enfance et de famille, les livres lus et les médailles reçues par Jdanov, ainsi que de nombreux éléments sur le siège de Léningrad dont Jdanov a dirigé la défense pendant la Seconde Guerre mondiale (« la grande guerre patriotique » pour les Russes). Sont présentées, entre autres, des cartes militaires. Depuis l’envoi de ses soldats en Ukraine, le pouvoir russe promeut particulièrement une image qu’il souhaite « plus positive » de Staline – et de ses proches comme Jdanov –, comme celle notamment d’un dirigeant présenté, tout particulièrement dans les manuels d’histoire scolaire, comme un bon chef de guerre. Promouvoir une image « plus positive » de Staline « Le musée a ouvert ses portes le 15 février 2025 », précise Viktor Mikhalenko. « Vous pouvez même lire ici le discours d’inauguration d'Alexandre Dmitrievitch Beglov, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, dans lequel il a notamment dit : "Nous nous efforçons de transmettre aux visiteurs la vérité historique sur notre compatriote Andreï Alexandrovitch Jdanov." » La vérité selon la Russie se trouve dans l’inversion des termes, dans son effort de comparaison historique entre la Seconde Guerre mondiale et son « opération spéciale » en Ukraine. Dans ce musée, un projet limpide : faire l’analogie historique entre le siège de Marioupol en 2022 et celui de Léningrad sous la Seconde Guerre mondiale. Svetlana Alexandrovna Seledet, conservatrice du musée, résume : « Depuis la fin des événements militaires, Saint-Pétersbourg participe activement à la reconstruction de la ville. L'ouverture de ce musée en témoigne. Les deux villes sont aussi jumelées, et elles ont ce lien : elles ont survécu aux combats pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous, nous avons survécu aux événements de 2022. Les populations ont souffert dans les deux villes ». Changer certains noms de rue Sur un des murs à l’entrée, quelques témoignages d’une autre facette et d’un autre rôle de Jdanov que celui qui y est célébré par la Russie de Vladimir Poutine : des photos de ce bras droit de Staline lors du premier congrès des écrivains soviétiques en 1934. Jdanov y fixa la ligne culturelle du Parti communiste : l’art doit servir l’État. Les descendants des familles d’artistes réprimés sous l’Union soviétique, déportés au goulag ou exécutés, et ceux qui protègent leur mémoire, comme celle de la célèbre poétesse Akhmatova, ont qualifié l’ouverture du musée « d’insulte à leur mémoire ». Nina Popova, présidente de la Fondation caritative des Amis du Musée Anna Akhmatova de la Maison de la Fontaine à Saint-Pétersbourg et son ancienne directrice pendant 30 ans, a elle déclaré : « C'est comme gifler une femme qui a tant résisté, qui a surmonté l'épreuve et qui n'a jamais oublié l'humiliation terrible qu'elle a subie. » Anna Akhmatova a évité la déportation, mais s’est vue réduite au silence. Viktor Mikhalenko affirme lui que les équipes du musée « ont fait des recherches » et « qu’à ce jour, il ...
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  • Au Mexique, la boxe préserve les jeunes de la violence
    2026/03/14
    La pratique de la boxe dans une école d’un quartier défavorisé de la capitale mexicaine aide les jeunes adolescents à s’en sortir. De notre correspondante à Mexico, La voiture grimpe péniblement la côte jusqu’à un petit terrain où se garer. Quelques mètres plus bas, la route bétonnée s’arrête devant l’école David Paul Ausubel, où un ouvrier pose des pavés. Yair Ruiz, pédagogue et fondateur du collectif « Boxeo por la Paz » (« Boxe pour la paix »), vient chaque jour sur les hauteurs de Chimalhuacán donner volontairement un entraînement de boxe aux collégiens. « Bonjour prof ! », il est reçu avec enthousiasme par la quinzaine de jeunes âgés de 11 à 17 ans qui étudient là, tous niveaux confondus, dans une petite pièce où s’infiltrent la poussière et la lumière. « La porte doit rester ouverte, car nous n’avons pas d’électricité, explique l’enseignante Karin Pache Bautista, même si le bruit des travaux dans la rue distrait les élèves ». La petite école est située sur le flanc d’une montagne qui borde l’État de Mexico. L’est de la capitale mexicaine s’étend en contrebas, mais ce quartier où près de 70 % de la population vit en situation de pauvreté et où le sentiment d’insécurité est très fort se trouve à la marge. Boxer pour étudier Les après-midis, Yair Ruiz prend le relais de la classe traditionnelle avec des cours de boxe, pour autant, « le but n'est pas de former des boxeurs ». Depuis 2023, ce sport sert avant tout à retenir l’attention des jeunes de cette école et à éviter le décrochage scolaire : « On se concentre sur la boxe, mais il ne s’agit pas seulement de donner des coups, les jeunes doivent étudier pour garantir leur avenir. » Boxeo por la Paz est un projet communautaire, porté par quelques bénévoles, sans aucun soutien des pouvoirs publics. « Je n’avais jamais vu une école comme celle-ci, confie Araceli Tellez, mère d’élève, qui apprécie les effets de la méthode sur son fils. Christopher est très réservé, mais depuis qu’il fréquente la classe, il est plus motivé. Et surtout, il aime y aller. » Gants de boxe aux poignets, l’adolescent confirme son goût pour le sport et le fait d’« apprendre à se défendre ». Pour l’avenir, il promet vouloir « continuer à étudier » afin de devenir chirurgien. « Prenez de l’élan et ne regardez pas l’obstacle, ne laissez pas la peur vous arrêter ! », crie l’entraîneur dans la cour. Karin Pache Bautista, qui regarde ses élèves s’échauffer en sautant un parcours improvisé à partir de larges tubes en PVC, assure « qu’ils s’amusent et que cela aide beaucoup l’aspect pédagogique ». La jeune étudiante en psychologie apporte son soutien à l’école en focalisant son attention sur « les jeunes qui ne savent toujours ni lire ni écrire ». Elle explique qu’en plus des conditions matérielles précaires, la situation familiale de certains élèves est difficile et complique l’apprentissage : « Ils sont parfois tristes, bagarreurs ou agressifs, c’est à cause de ce qui se passe à la maison. » À lire aussi«Un fleuve d’acier»: comment les armes américaines nourrissent la violence des cartels mexicains Une initiative communautaire Soulevant la poussière du sol, les adolescents répètent en duo un enchaînement de coups montré par leur professeur. « Ça nous permet de diminuer notre stress et d’évacuer nos émotions », affirme Andrea, 15 ans. L’adolescente aux cheveux teints en rouge regarde son amie frapper avec énergie les gants d’un autre camarade : « Même quand elle se fatigue ou qu’elle prend un coup qui lui fait mal, sa volonté ne diminue pas. » Une fois l’exercice terminé, Jana, 13 ans, s’approche avec un grand sourire : « La boxe m'a beaucoup servi, si tu as des problèmes à la maison, tu peux les décharger ici. » La jeune fille, coiffée d’un nœud blanc, s’illustre parmi les meilleures élèves de la classe. « Le Maître Yair veut que l’on sache se défendre dans une situation dangereuse si le dialogue ne fonctionne pas. Il veut aussi que l’on communique entre nous et que l’on soit toujours unis. » Équipé d’un gilet de protection, Yair Ruiz encaisse les frappes des adolescents qui défilent devant lui, les encourageant par des surnoms affectueux. Il raconte volontiers comment la pratique des arts martiaux l’a lui-même aidé à surmonter une période difficile de sa vie. À son tour, il s’efforce aujourd’hui de transmettre à ces jeunes les valeurs et la discipline du sport. Un combat dans « cette zone exclue et abandonnée » qui revêt une dimension préventive : « Ces jeunes ne sont pas tentés d’approcher des groupes délinquants ou de consommer de la drogue. » Comme preuve de cette réussite, il compte les jeunes qui parviennent à aller au lycée : « À la première génération, il y en a eu un, ...
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