Aux États-Unis, plus de 8 000 Vietnamiens ont été arrêtés, et près d’un millier expulsés vers leur pays de naissance. Beaucoup seraient d’anciens réfugiés arrivés avant 1995, condamnés par le passé sur le sol américain. Pendant des années, un accord bilatéral a limité leur expulsion. Mais un protocole signé en 2020 entre Washington et Hanoï, puis le durcissement de la politique de l’ICE en 2025, ont accéléré ces retours forcés. C’est le cas de Danny, rencontré à Hô Chi Minh-Ville.
De notre correspondant à Hanoï,
Le regard profond, le sourire contagieux, Danny raconte avoir quitté le Vietnam à l’âge de huit mois, en 1975, à la fin de la guerre. Arrivé aux États-Unis avec ses parents, il dit avoir fait de mauvais choix à l’adolescence, qui le conduiront à passer six ans en prison. « Quand je suis sorti de prison en 2000, j’ai changé de vie. Je me suis marié. J’ai ouvert des entreprises. J’ai acheté des maisons, des voitures. J’ai reconstruit ma vie comme une personne respectueuse de la loi. »
Un agent de l’ICE place Danny en détention En 1996, les États-Unis durcissent leur législation migratoire et élargissent les motifs d’expulsion des étrangers condamnés, même lorsqu’ils ont grandi dans le pays. Danny doit être expulsé dès sa sortie de prison, mais faute d’accord opérationnel avec Hanoï pour le retour des réfugiés arrivés avant 1995, il est placé sous supervision par l’ICE. « Je me suis présenté chaque année. Je l’ai fait correctement pendant vingt-cinq ans. De 2000 à 2025, sans problème. Je me présentais, ils me disaient : "OK, à l’année prochaine", et je repartais », explique Danny.
En septembre 2025, tout bascule : comme chaque année, il se rend dans les bureaux de l’immigration. Cette fois, un agent de l’ICE lui demande de passer dans une pièce à l’arrière. « Il m’a dit : "Vous ne ressortirez plus jamais par cette porte pour retourner aux États-Unis, plus jamais de votre vie. Je vais maintenant vous mettre des chaînes, et vous allez être placé en détention puis expulsé vers votre pays de naissance." »
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Danny veut être un soutien aux Vietnamiens expulsés des États-Unis Après six mois d’attente en détention, il est finalement expulsé vers le Vietnam, aux côtés d’autres prisonniers et anciens détenus dans son cas. Danny redécouvre alors son pays d’origine, plus de cinquante ans après l’avoir quitté, en parlant un vietnamien « enfantin », selon ses mots. « Quand je suis arrivé ici, j’étais, comme tous les autres Vietnamiens, très inquiet de ce qui allait nous arriver. Mais le gouvernement a été très respectueux avec nous. Ma femme veut s’installer ici. Mes enfants sont heureux d’être ici, mais ils ont perdu leurs amis et leur famille là-bas », explique-t-il.
Dans un pays dont les codes leur sont étrangers, et dont certains ne parlent pas la langue, l’intégration reste complexe. Danny est resté en lien avec d’autres personnes expulsées. « Certains sont ici depuis presque un an. Ils restent coincés dans leur appartement, ou dans leur chambre chez leur famille. Ils ne vont nulle part. Ils ont peur de sortir, parce qu’ils pensent être jugés par les habitants », détaille Danny.
L’homme affirme vouloir continuer à soutenir ceux qui, comme lui, ont été expulsés vers le Vietnam, pour les aider à s’autoriser de nouveau à rêver d’une vie meilleure.
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