エピソード

  • Attentats de Bruxelles: 10 ans après, les Bruxellois toujours marqués
    2026/03/21
    Il y a dix ans jour pour jour – le 22 mars 2016 – avaient lieu les attentats de Bruxelles, quelques mois après les attentats de Paris, perpétrés par la même équipe de terroristes et revendiqués par l'organisation État islamique. Une tragédie qui a profondément marqué les Belges et la capitale européenne. Alors que les cérémonies officielles de commémoration se déroulent ce 22 mars, comment la ville vit-elle avec les souvenirs de la tragédie ? De notre correspondant à Bruxelles, Un peu avant 8 heures ce 22 mars 2016, les kamikazes faisaient exploser deux bombes à l’aéroport de Bruxelles, soufflant une partie du hall des départs de l’aéroport de Zaventem. Une heure plus tard, une section du deuxième wagon de la rame de métro qui s’apprêtait à quitter la station Maelbeek, au cœur du quartier européen, volait en éclats. Un kamikaze venait de se faire sauter avec son sac à dos. Bilan de ces attentats, attaques les plus meurtrières de l'histoire de la Belgique : 35 morts et 340 blessés. Au mur de la station de métro Maelbeek, une plaque vitrée de plusieurs mètres de long abrite depuis 10 ans des messages de soutien et d'espoir rédigés quelques semaines après les attentats. Au niveau inférieur, sur le quai, Georges, 84 ans – 74 à l'époque –, se souvient : « Moi, j'étais à 6,5 mètres de la bombe. Je crois que j'étais un des plus proches de ceux qui sont sortis vivants de là. Et la chance que j'ai eue, c'est qu'il y avait des sièges et ils m'ont un peu protégé. » Ses souvenirs se font plus précis : « J'avais le crâne brûlé au troisième degré, mes mains brûlées et la figure brûlée au deuxième degré. Je me suis évanoui peut-être une fraction de seconde, mais je me suis retrouvé, je ne sais pas comment, debout. Et comme mes jambes étaient plus ou moins intactes, j'ai couru tout en haut. Comment je m'en suis sorti ? Je n'en sais rien », conclut l'octogénaire. Sur place, à Maelbeek, tout est désorganisé avec des secours qui sont à l'aéroport, là où les premières bombes ont explosé une heure plus tôt. Gaëtan Meuleman, secouriste occasionnel, intervient et participe à la mise en place d'un hôpital de guerre au rez-de-chaussée d'un hôtel voisin. « C'est le chaos, c'est le chaos total. Les premières victimes ont été posées à même le sol, sans matériel. Il faut attendre que les secours arrivent, se rappelle-t-il. On a fait le maximum de ce qu'on a pu avec les moyens qu'on avait. Mettre des perfusions pour pouvoir mettre des voies d'entrée, il faut compenser les hémorragies, les brûlures, mettre les anti-douleurs. On est face à des plaies qu'on n'a pas l'habitude de voir. » À lire aussiUn an après, Bruxelles se souvient des pires attentats de son histoire « On n'est pas indemne, on a perdu des plumes » Et puis il y a l'après. « Tous les intervenants, quels qu'ils soient, ont été confrontés à l'horreur. Personne, personne n'était prêt ce jour-là. Personne. Mon entourage, ma famille ont essayé de me dire que je n'allais pas bien, confie le secouriste. Mais moi, je pensais : foutez-moi la paix. Et puis j'ai vu un psychologue. Je n'avais jamais vu de psychiatres et de psychologues avant le 22 mars. Puis on se rend compte que ben non, on n'est pas indemne, on a perdu des plumes. » 10 ans plus tard, la date du 22 mars résonne pour chaque Bruxellois, chacun, chacune se rappelle où il était à ce moment-là, et ce qu'il faisait lorsque les bombes ont explosé. « On croise dans les couloirs des collègues qui gardent des séquelles des attentats, des personnes défigurées », témoigne Nathalie, qui travaille au sein des institutions européennes voisines. « Nous nous souvenons de ceux et celles qui étaient ici. Nous continuerons à nous en souvenir et nous espérons que quelque chose comme ça ne se reproduira jamais », poursuit Gina, sa collègue. Un message d'espoir partagé par de nombreuses victimes avec un mot qui revient souvent, celui de résilience. Mais aussi une peur : celle de l'oubli et la crainte que peu à peu, le nom des victimes s'efface des mémoires. À lire aussiAttentats de Bruxelles: Abrini condamné à 30 ans de prison, pas de peine additionnelle pour Abdeslam
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  • Journée internationale des forêts: l'Irlande et le défi du reboisement
    2026/03/20

    On l'appelle l'« île d'émeraude ». Pourtant, l'Irlande est l'un des pays les moins boisés d'Europe. À l'occasion de la Journée internationale des forêts, direction cette terre particulière : seul 11% de son territoire est recouvert de forêts. Mais le gouvernement irlandais veut augmenter cette surface à 18% d’ici 2050. L'Irlande se reboise donc à marche forcée.

    De notre correspondante à Dublin,

    Niall Charleton montre comment planter un arbre : « Alors, je vais creuser un trou carré. Je soulève simplement la motte du sol, j'y place les racines, puis je remets un peu de terre par-dessus. Et voilà, notre arbre est planté ! »

    Sa pelle à la main, Niall, 68 ans, est prêt à se retrousser les manches. Et le programme s'annonce chargé pour cette quarantaine de bénévoles. Objectif : planter 1 000 arbres en une seule journée, dans ce parc du sud du comté de Dublin. Mais il faut viser haut, explique Niall. L'Irlande accuse un retard considérable en matière de couverture forestière : seulement 11% de son territoire est boisé, contre une moyenne européenne à 35%.

    « C'est une véritable honte ! Et en matière de forêts naturelles, à peine 2% de notre territoire en est couvert. Tout le reste, ce sont des plantations industrielles, dominées par l'épicéa de Sitka. Une filière du bois florissante, mais un désastre pour la biodiversité : c'est toxique, ça étouffe le reste du vivant ! Mais nous vivons sur une île humide : alors, ces arbres poussent plus vite ici que partout ailleurs en Europe, grâce à des pluies quasi permanentes, vous l'avez peut-être remarqué », conclut Niall, un brin ironique.

    Cette espèce, qui pousse donc rapidement en Irlande, est entièrement destinée à être coupée et commercialisée. L'Irlande compte en fait très peu d'arbres indigènes. Or, selon les bénévoles, seules des forêts mixtes favorisent vraiment la biodiversité.

    À lire aussiReforestation: oui mais pas n'importe comment

    Si un agriculteur plante des arbres, « la terre est dédiée à la forêt »

    Ce jour-là, c'est le conseil municipal de Dublin qui a financé les jeunes pousses, comme du frayssinet de Killarney et de l'aubépine. Un geste qui s'inscrit dans un plan bien plus ambitieux : le gouvernement souhaite planter 8 000 hectares d'arbres chaque année, soit l'équivalent d'une forêt de la taille de Strasbourg. Et pour y parvenir, des incitations encouragent les agriculteurs à planter sur leurs terres. Mais selon Martha O'Hagan, professeure de finance durable à l'université Trinity de Dublin, plusieurs freins persistent :

    « Il existe cette règle, selon laquelle une fois qu'un agriculteur plante des arbres, la terre est définitivement dédiée à la forêt. Il prend ainsi une décision sur l'usage de ses terres pour les générations futures, ses enfants et petits-enfants. En plus, la valeur à l'hectare de cette parcelle chute, puisqu'elle ne peut plus servir qu'à la sylviculture ! De quoi faire hésiter les agriculteurs. »

    Et pourtant, il y a urgence. Sans baisse des émissions d'ici 2030, l'Union européenne pourrait infliger à l'Irlande jusqu'à 26 milliards d'euros d'amende. Et les forêts, on le sait, restent l'un des meilleurs puits de carbone pour lutter contre le réchauffement climatique.

    À lire aussiAdapter le paysage face au réchauffement climatique

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  • Turquie: un an après l’arrestation d’Imamoglu, la jeunesse du CHP reste mobilisée
    2026/03/20

    Il y a un an, le 19 mars 2025, un séisme politique secouait la Turquie. Le maire d’Istanbul, la plus grande ville du pays, et principal opposant du président Erdogan, était arrêté pour des allégations de corruption, puis incarcéré quatre jours plus tard. Sa détention a déclenché une vague de manifestations massives et une mobilisation inédite dans les rangs de son parti, le CHP, qui dénonce un complot visant à saboter la candidature d’Ekrem Imamoglu à la prochaine présidentielle. Depuis un an, la branche jeunesse du parti est particulièrement mobilisée derrière lui et ne perd pas espoir.

    Ankara, siège du CHP, Parti républicain du peuple. Özgür Özel, son dirigeant, tient une conférence de presse consacrée à ce qu’il appelle « le gang judiciaire » derrière l’arrestation d’Ekrem Imamoglu et son procès pour « corruption ». Cela fait un an que le maire d’Istanbul, le principal rival de Recep Tayyip Erdogan, est derrière les barreaux.

    Au fond de la salle, téléphone à la main, Dogukan Koçoglu retranscrit l’événement sur les réseaux sociaux. Sur sa veste de costume bleue, il porte un drapeau rouge orné de six flèches blanches, le symbole du CHP. Il a 23 ans. Il se souvient très bien du 19 mars 2025, le matin de l’arrestation d’Ekrem Imamoglu. « Je ne me suis jamais senti aussi désespéré… J’ai pensé que tout était fini, que ce pays n’avait plus d’avenir », dit-il.

    Du désespoir à la mobilisation

    Un an plus tard, ce membre de la branche jeunesse du CHP n’est plus dans le même état d’esprit. Il parle avec excitation des manifestations massives qui ont suivi l’arrestation, puis des rassemblements hebdomadaires du CHP dans tout le pays, jusqu’au 99e, cette semaine, devant la mairie d’Istanbul. « Je sens qu’on est beaucoup plus forts qu’il y a un an. Le CHP, Ekrem Imamoglu, moi, les autres militants… Parce qu’on a quand même traversé des épreuves inimaginables ! Le pouvoir a fait emprisonner une quinzaine de nos maires. Il a même essayé de mettre le parti sous tutelle, mais il a échoué. Au CHP, on est conscients qu’on est à l’aube d’une renaissance, mais que l’accouchement se fait dans la douleur. On attend avec impatience les élections, le jour où ce pouvoir devra rendre des comptes ».

    « Si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre »

    Cette élection présidentielle aura lieu au plus tard en mai 2028. Mais la candidature d’Ekrem Imamoglu semble plus que compromise. Non seulement il est en prison et accablé par les procès, mais son diplôme universitaire a été annulé la veille de son arrestation au prétexte d’irrégularités, ce qui l’empêche légalement de briguer la fonction suprême. Pourtant, le CHP refuse d’envisager un autre candidat. Okan Apan, rapporteur pour la jeunesse au sein du QG de campagne d’Ekrem Imamoglu, l’explique avec un proverbe turc. « C’est l’histoire du loup qui s’approche du troupeau et dit : "Je ne veux que le bœuf roux, après je vous laisse tranquille". Mais bien sûr, le loup ne cesse de revenir, d’exiger toujours plus… À la fin, il n’y a plus de troupeau. Si on laisse tomber Imamoglu, tout autre candidat sérieux se trouvera empêché à son tour. Ce serait jeter le CHP dans une impasse ». Ce militant signale aussi que les rangs de la branche jeunesse du CHP n’ont fait que croître depuis un an, malgré la répression. « Chez beaucoup de jeunes, il y a ce sentiment très fort que si on ne prend pas de risque maintenant, si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre ».

    D’ici aux élections, le CHP a l’intention de continuer à manifester, mais aussi d’être plus présent sur le terrain, auprès des électeurs. Et notamment auprès des jeunes.

    À lire aussiTurquie: Ekrem Imamoglu, l'ancien maire d'Istanbul et rival d'Erdogan, face à ses juges

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  • Royaume-Uni: comment la série télévisée «Peaky Blinders» a revitalisé le tourisme à Birmingham
    2026/03/19

    Ce vendredi 20 mars sort The Immortal Man sur Netflix, film qui raconte la suite de Peaky Blinders. Quatre ans après la dernière saison de cette série, qui suit l'histoire d'un groupe de gangsters dans le Birmingham des années 1910 à 1930. On a pu y voir de grands noms : Cillian Murphy, Stephen Graham, Adrien Brody ou encore Anya Taylor-Joy. Malgré des histoires sombres, violentes dans la classe ouvrière anglaise du siècle dernier, le succès de la série a entraîné une revitalisation du secteur touristique dans la deuxième ville du pays.

    De notre correspondante de retour de Birmingham,

    Dans l'ancien quartier industriel de Birmingham, un grand hangar abrite des studios de cinéma. La fresque sur les murs indique que Peaky Blinders, la série à succès de Netflix, y a été tournée. Depuis, elle attire des touristes du monde entier, comme Maninder : « Nous sommes originaires d'Inde, mais on vit à Northampton depuis trois ans. J'ai découvert Birmingham avec ''Peaky Blinders'', et ça m'a donné envie de visiter. Il y a plein de choses : l'aquarium, les canaux... »

    Tout un ciné-tourisme autour des Peaky

    Après la première saison, sortie en 2013, le nombre de touristes étrangers a bondi de 20% dans la région. Cette popularité s'est maintenue. Costume trois-pièces et casquette gavroche distinctive, Edward Gostick anime dix visites guidées par semaine sur le thème des gangsters de Birmingham : « Nous sommes ici au Bull, l'un des pubs les plus anciens de Birmingham, au cœur du quartier où l'on fabriquait les armes. Et voici une photo de Samuel Sheldon, un véritable gangster. C'est lui qu'on envoyait quand les gangs rivaux venaient lancer des pierres dans le quartier, semer la terreur. Il avait 10 ans. »

    Escape games, expositions, magasins de souvenirs... Longtemps perçue comme grise et pauvre, toute la ville s'est mise aux couleurs de la série. « L'impact sur la ville a été très positif. Comme Robin des Bois pour Nottingham, ou Shakespeare pour Stratford-upon-Avon, ça nous a donné une identité : 40% de mes visiteurs viennent du Royaume-Uni. Pour le reste, j'ai déjà eu des touristes de 60 pays différents », raconte Edward Gostick.

    « Partout où je vais dans le monde, les gens ont vu ''Peaky Blinders'' »

    À 15 kilomètres de la ville, Andrew Lovett a accueilli une partie des tournages dans son écomusée du Black Country. « Il y a eu un avant et un après : on accueille aujourd'hui 400 000 visiteurs par an, des visiteurs plus jeunes, plus internationaux. On organise des soirées ''Peaky Blinders'', avec 2 500 personnes en costumes ! », s'enthousiasme-t-il.

    Au-delà de l'effet Peaky, il y a Harry Potter tourné en Écosse, Paddington à Londres, Game of Thrones au Pays de Galles… La tendance du ciné-tourisme profite à tout le pays, explique Patricia Yates, PDG de Visit Britain : « D'après nos recherches, sept touristes étrangers sur dix viennent pour voir "en vrai" des endroits qu'ils ont vus à l'écran. C'est grâce au développement des plateformes internationales de streaming. Partout où je vais dans le monde, les gens ont vu ''Peaky Blinders'', ''Harry Potter''... Le rayonnement est mondial. »

    Après le film The Immortal Man, deux autres saisons des aventures des gangsters de Birmingham sont prévues. De quoi soutenir les 114 000 emplois liés au tourisme dans la région.

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  • L'Italie divisée autour du référendum sur la réforme de la justice
    2026/03/18

    Les 22 et 23 mars 2026, les Italiens doivent se prononcer par référendum sur une réforme de la justice portée par le gouvernement de Giorgia Meloni. La principale innovation vise à instaurer une stricte séparation des carrières des magistrats entre le siège et le parquet. Le gouvernement et ses promoteurs y voient une façon de lutter contre des magistrats qu'ils jugent politisés, tandis que l'opposition dénonce une menace pour la séparation des pouvoirs. Le référendum s'est cristallisé sur la personnalité de la présidente du Conseil italien.

    À lire aussiItalie: la réforme de la justice passe une étape importante devant le Sénat

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  • Génocide contre la communauté yézidie: le procès
    2026/03/18

    Le procès de Sabri Essid, jihadiste français présumé mort en Syrie, s’est ouvert à Paris ce lundi 16 mars pour génocide et crime contre l’humanité, commis contre la communauté yézidie. Un premier procès pour « génocide » qui ouvre la voie, en France, à la reconnaissance des crimes subis par cette petite communauté irakienne principalement rassemblée dans le nord-est du pays, et ce, douze ans après l’opération lancée par l’État islamique au Sinjar en août 2014. Des victimes irakiennes témoignent dans ce procès en France, mais en Irak, la communauté yézidie réclame toujours justice. En janvier, Bagdad a accueilli 5 704 prisonniers soupçonnés d’appartenance à l’État islamique et détenus jusqu’alors en Syrie. Les autorités se sont engagées à les juger. Mais entre méfiance et peur, la communauté yézidie doute que ce soit une réelle nouvelle occasion de voir ses bourreaux jugés pour les crimes qu’ils ont commis. Reportage auprès de la communauté yézidie en Irak.

    Au Kurdistan irakien, c’est dans un village à l’écart de la ville de Dohouk, que vit Weedad. En 2014, tous ses proches, son mari et trois de ses quatre enfants ont été tués par les combattants de l’État islamique au Sinjar. À 52 ans, elle peine à se déplacer, résultat des sévices que cette femme yézidie a subi au cours de sa captivité aux mains de Daech. « Mon fils et moi, on a essayé de s’enfuir trois fois, mais ils nous ont rattrapé. Ils m’ont tout fait subir. Ils m’ont électrocutée, mon dos souffre encore des séquelles des câbles électriques », dit-elle.

    Réduite en esclavage pendant trois ans, elle a été vendue plus de vingt fois à différents combattants. « Ils faisaient commerce de nous. Sur Facebook, ils postaient l’âge, le nombre d’enfant qu’une femme avait, ils décrivaient sa beauté, son apparence, tout. Et quelqu’un arrivait pour la récupérer », explique-t-elle.

    « Je veux les voir réduits en pièces devant nous »

    La violence qu’elle a subie la ronge. Quand elle a appris que 5 700 détenus soupçonnés d’appartenance à l’État islamique ont été transférés de Syrie en Irak pour être jugés, où ils risquent la peine de mort; cela n’a fait qu’alimenter sa colère. Car c’est un tout autre châtiment qu’elle attend. « La peur ne nous quitte jamais. Je veux que ceux qui ont commis ces crimes contre nous, devant nous, je veux les voir réduits en pièces devant nous. Je ne veux pas qu’ils soient juste exécutés simplement ».

    « Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue »

    Pour être entourée, elle se rend régulièrement dans les bureaux de Yazda. Cette ONG internationale défend les droits de la communauté yézidie. En Irak, elle milite pour faire changer la législation. Car en 2019, les membres présumés de l’État islamique ont été jugés selon l’article 4 de la loi antiterroriste, et condamné à mort ou à perpétuité pour leur affiliation à l’organisation terroriste. « Si vous les poursuivez en vertu de l’article 4, vous ne montrez pas toute la réalité », explique Riadh Khairi, directeur de Yazda en Irak. « Mais s’il existe une loi condamnant le génocide, alors toute la vérité peut être faite. Ils n’ont pas été seulement les victimes du terrorisme. Les gens ont peur que justice ne soit jamais rendue, alors s’il n’y a pas de procès basés sur les véritables crimes commis, cette peur restera », ajoute-t-il.

    À Bagdad, le centre national pour la coopération judiciaire internationale assure que les preuves du génocide seront incluses dans les actes d’accusation, même sans loi spécifique disponible. « Ils seront jugés pour leur affiliation à une organisation terroriste mais aussi pour les crimes qu’ils ont commis alors qu’ils étaient membres de l’État islamique », indique Ali Dhia, directeur adjoint du centre national pour la coopération judiciaire internationale.

    Les premiers procès de ces détenus ne devraient pas s’ouvrir avant au moins un an. Dix ans après la chute de l’État islamique en Irak.

    À lire aussi«Il fallait garder des traces, pour ancrer ce génocide des Yézidis dans l'histoire»

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  • Liban: un village se barricade contre l'afflux de déplacés
    2026/03/17

    Aux premiers jours de la guerre au Liban, les déplacés de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, ont cherché refuge dans la capitale. D’autres ont tenté leur chance à quelques kilomètres de là dans la montagne qui jouxte la capitale libanaise. Mais dans ce fief chrétien, ces déplacés n’ont pas trouvé le meilleur accueil. Illustration à Wadi Chahrour avec ce reportage signé Aabla Jounaïdi et Jad El Khoury nos envoyés spéciaux au Liban.

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  • Lieux de mémoire: l’autre combat mené par la Russie dans les régions d’Ukraine sous son contrôle depuis 2022
    2026/03/15
    Musées, statues, monuments, noms de rue... La Russie s’installe de plus en plus dans l’espace géographique des parties des régions de Donetsk et de Zaporijia sous son contrôle, y compris le plus quotidien. Objectif : toujours mieux diffuser son récit historique. Un récit pivot dans sa narration officielle pour justifier son offensive en Ukraine. Marioupol, une rue tranquille dans le centre, et une maison aux allures neuves mais sans tapage : le musée Jdanov. 154 mètres carrés dédiés au natif de la ville, cadre important de la construction puis du maintien de l’Union soviétique, et proche de Staline. Vitrine du Kremlin dans cette partie de la région de Donetsk sous drapeau russe, Marioupol portait d’ailleurs sous l’URSS, de 1948 à 1989, le nom de Jdanov. Un immense buste de cette figure historique est visible dans le petit jardin du musée. Viktor Ignatyevich Mikhalenko, guide du musée, accueille et fait la visite. Antenne du Musée mémorial d'État de Saint-Pétersbourg dédié à la défense et au siège de Léningrad (NDLR Léningrad était le nom de Saint-Pétersbourg sous l’URSS), le lieu a été installé dans les décombres de l’ancien musée de la culture populaire, très abîmé par les combats lors du siège de la ville en 2022. Ce siège a fait au moins 22 000 morts civils d'après la municipalité ukrainienne en exil de Marioupol, et détruit ou endommagé 90% des bâtiments résidentiels, selon l'ONU. « En novembre 2023, Vladimir Vladimirovitch Poutine a chargé les autorités de Saint-Pétersbourg de reconstruire le bâtiment et de créer ce musée », explique Viktor Mikhalenko. « Des spécialistes de Saint-Pétersbourg ont tout créé, de la façade aux équipements informatiques en passant par les expositions que vous voyez ici ». Dans les deux premières pièces, des photos d’enfance et de famille, les livres lus et les médailles reçues par Jdanov, ainsi que de nombreux éléments sur le siège de Léningrad dont Jdanov a dirigé la défense pendant la Seconde Guerre mondiale (« la grande guerre patriotique » pour les Russes). Sont présentées, entre autres, des cartes militaires. Depuis l’envoi de ses soldats en Ukraine, le pouvoir russe promeut particulièrement une image qu’il souhaite « plus positive » de Staline – et de ses proches comme Jdanov –, comme celle notamment d’un dirigeant présenté, tout particulièrement dans les manuels d’histoire scolaire, comme un bon chef de guerre. Promouvoir une image « plus positive » de Staline « Le musée a ouvert ses portes le 15 février 2025 », précise Viktor Mikhalenko. « Vous pouvez même lire ici le discours d’inauguration d'Alexandre Dmitrievitch Beglov, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, dans lequel il a notamment dit : "Nous nous efforçons de transmettre aux visiteurs la vérité historique sur notre compatriote Andreï Alexandrovitch Jdanov." » La vérité selon la Russie se trouve dans l’inversion des termes, dans son effort de comparaison historique entre la Seconde Guerre mondiale et son « opération spéciale » en Ukraine. Dans ce musée, un projet limpide : faire l’analogie historique entre le siège de Marioupol en 2022 et celui de Léningrad sous la Seconde Guerre mondiale. Svetlana Alexandrovna Seledet, conservatrice du musée, résume : « Depuis la fin des événements militaires, Saint-Pétersbourg participe activement à la reconstruction de la ville. L'ouverture de ce musée en témoigne. Les deux villes sont aussi jumelées, et elles ont ce lien : elles ont survécu aux combats pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous, nous avons survécu aux événements de 2022. Les populations ont souffert dans les deux villes ». Changer certains noms de rue Sur un des murs à l’entrée, quelques témoignages d’une autre facette et d’un autre rôle de Jdanov que celui qui y est célébré par la Russie de Vladimir Poutine : des photos de ce bras droit de Staline lors du premier congrès des écrivains soviétiques en 1934. Jdanov y fixa la ligne culturelle du Parti communiste : l’art doit servir l’État. Les descendants des familles d’artistes réprimés sous l’Union soviétique, déportés au goulag ou exécutés, et ceux qui protègent leur mémoire, comme celle de la célèbre poétesse Akhmatova, ont qualifié l’ouverture du musée « d’insulte à leur mémoire ». Nina Popova, présidente de la Fondation caritative des Amis du Musée Anna Akhmatova de la Maison de la Fontaine à Saint-Pétersbourg et son ancienne directrice pendant 30 ans, a elle déclaré : « C'est comme gifler une femme qui a tant résisté, qui a surmonté l'épreuve et qui n'a jamais oublié l'humiliation terrible qu'elle a subie. » Anna Akhmatova a évité la déportation, mais s’est vue réduite au silence. Viktor Mikhalenko affirme lui que les équipes du musée « ont fait des recherches » et « qu’à ce jour, il ...
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