エピソード

  • Au Mexique, à quelques mois du Mondial de football, des sacs de restes humains ont été retrouvés
    2026/02/14

    À Guadalajara, ville de l’ouest du Mexique et l’une des trois villes hôtes nationales du Mondial de football 2026, des centaines de sacs poubelles contenant des restes humains ont été retrouvés ces derniers mois dans des fosses clandestines autour du stade qui accueillera la compétition. Alors que le Mondial se rapproche et que le pays se prépare à recevoir des touristes du monde entier, ces découvertes macabres rappellent la triste réalité des disparitions forcées au Mexique.

    De notre correspondante à Mexico,

    Le 4x4 avance sur un chemin de terre et s’arrête devant trois grands chênes. Derrière, les champs s’étendent à perte de vue. Carmen Ponce coupe le contact et saute du véhicule. « Quand on est arrivés, tout n’était que hautes herbes. On nous a dit qu’on allait trouver vers ces arbres, donc on s’est frayé un chemin et on a commencé à chercher vers cette pierre », montre-t-elle.

    La jeune femme de 26 ans marche vers un terrain débroussaillé. À côté des arbres, la terre fraîche indique l’emplacement de la fosse clandestine désormais recouverte : « De ce côté, à gauche, la tige en métal est entrée très facilement et, en la retirant de la terre, on a senti cette odeur fétide d’être humain en décomposition. »

    C’est un appel anonyme qui l’a guidée, elle et son collectif de recherche, vers cette fosse commune, en septembre dernier. Au bout de ce chemin, on leur a dit qu’ils trouveraient huit corps. Au final, une trentaine de sacs ont été déterrés.

    « Ce sont des sacs plastiques noirs, entourés de gros scotch, décrit Carmen Ponce. En les ouvrant, on a trouvé trois bras avec des tatouages qui nous ont été très utiles pour les identifier. Il y avait des sacs qui contenaient un bras, une jambe. Dans d’autres, juste le torse et un seul bras. »

    À lire aussiMexique: des marches de deuil pour les disparus à Mexico et dans plusieurs villes

    « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants »

    Aussi macabre soit-elle, la découverte de cette fosse n’a pas surpris le collectif de recherche. Ces derniers mois, plusieurs charniers comme celui-ci ont été localisés à Zapopan, à quelques kilomètres du stade qui accueillera quatre matchs du mondial de football en juin 2026.

    « Le cas de Zapopan est emblématique car c’est une zone où circule beaucoup d’argent, notamment du blanchiment d’argent, explique Jonathan Avila. Membre du Centre de justice pour la paix et le développement, il surveille cette zone depuis plusieurs années déjà. Le crime organisé y est présent depuis les années 1980. Et puis, cette zone autour du stade regroupe des champs et des terrains abandonnés, donc c’est plus simple d’y enterrer des corps. »

    En 2025, presque 500 sacs ont été déterrés aux alentours du stade. Des exhumations en masse, devant lesquelles les autorités locales ont gardé le silence.

    Seule prise de parole officielle, le maire de Zapopan a annoncé une réunion avec les représentants de la Fifa au Mexique pour évoquer le sujet des fosses. Ces déclarations sont loin d’être suffisantes pour les proches de disparus, comme la mère de Carmen Ponce qui cherche toujours son fils : « On marche sur une terre où sont enterrés nos enfants. Et toutes ces personnes qui vont venir découvrir la belle Guadalajara, je veux qu’elles sachent qu’elles marchent sur un cimetière. »

    Au total, plus de 130 000 personnes sont portées disparues au Mexique selon les chiffres du gouvernement fédéral.

    À lire aussiAu Mexique, les familles de disparus se lancent à la recherche de leurs proches

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Les médias indépendants de Birmanie exilés en Thaïlande font face à de nombreux défis
    2026/02/13
    En Birmanie, près de cinq ans après le coup d’État du 1ᵉʳ février 2021, les organisations de défense des droits humains continuent d’alerter. Ces cinq dernières années, 64 des 73 médias indépendants de Birmanie ont été bannis du pays et contraints à l’exil, principalement en Thaïlande. Entre incertitude, pressions et recherche de financements, les défis sont grands. De notre correspondante de retour de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, Dans son dernier rapport, Human Rights Watch dénombre 30 000 prisonniers politiques arrêtés par la junte en Birmanie, une répression renforcée lors des élections du mois dernier, du 28 décembre 2025 au 25 janvier 2026, et plus de 2 200 personnes mortes en garde à vue. Des témoignages font état de torture et violences sexuelles par la junte. Cette répression s'acharne également contre la presse, une presse qui était déjà fragilisée avant le coup d’État. Derrière un haut portail, dans une rue calme de Chiang Mai, la rédaction d’Irrawaddy est en pleine réunion. L’un des principaux médias indépendants birmans a été fondé dans les années 1990 par Aung Zaw, déjà en exil à cette époque, avant un retour en Birmanie entre 2012 et 2021. « Après le coup d’État, le régime a ciblé en priorité les médias. Notre responsable administratif, mon ami, est encore en prison », explique le journaliste. La rédaction, une quarantaine de journalistes, a trouvé refuge en Thaïlande. Il reste une dizaine de correspondants en Birmanie, ils travaillent incognito et sous pression. « Notre site en birman subit des cyberattaques, ça arrive beaucoup ces temps-ci, poursuit Aung Zaw. Le régime a aussi créé de nombreux petits médias qui diffusent des rumeurs, ça nous demande plus de travail, car nos lecteurs veulent connaître la vérité. » Ce journal garde aussi un œil critique sur l’opposition. « On est connu pour ça, l’opposition nous adore et nous déteste… », s'amuse le fondateur d'Irrawaddy. À lire aussi«Les armes sont dans leurs mains»: en Birmanie, le deuil et l'impuissance d'un père face à la répression Des médias qui s'entraident Depuis un an, Irrawady, comme ses concurrents Mizzima ou DVB, doit faire sans les aides au développement des États-Unis et d’autres pays européens. « On a perdu 20 à 25 % des financements. L’an passé a été très dur et il reste beaucoup d’incertitudes pour cette année… », confie Aung Zaw, qui a dû licencier une dizaine d’employés. Les médias en exil cherchent donc des solutions ensemble. «​​​​​​​ On est toujours concurrents, mais on se partage les informations, positive le journaliste. J’en suis très heureux. On cherche le soutien de fondations privées, de philanthropes… c’est comme ça qu’on essaie de survivre dans ce monde en crise. ​​​​​​​» Des journalistes en situation de précarité Les journalistes indépendants sont encore plus précaires, en particulier les femmes. Ma Zee, c’est un surnom, les accompagne grâce à son ONG Exile Hub, fondée il y a 5 ans. Son réseau, discret, a d’abord aidé des dizaines de journalistes à fuir. Désormais, elle les aide à reconstruire leur vie, en Thaïlande ou ailleurs. «​​​​​​​ Les salaires dans la presse ici sont très faibles. Certains travaillent donc à côté, dans des cafés, dans la construction, témoigne la directrice de l'ONG. Beaucoup ont dû changer d’identité, ils ont besoin d’aide sur tous les plans. ​​​​​​​» Ma Zee et son réseau financent des bourses de reportages et des formations. L’ONG accompagne aussi celles et ceux qui sortent de prison. La Birmanie est le deuxième pays dans le monde qui emprisonne le plus de journalistes. À lire aussiEn Birmanie: Sai Zaw écope de 20 ans de prison pour avoir fait du journalisme
    続きを読む 一部表示
    3 分
  • L’inflation du quotidien inquiète les Russes
    2026/02/12
    La Banque centrale russe se réunit ce vendredi 13 février. Au menu : une baisse de son taux directeur. Officiellement, l’inflation est en recul, mais les Russes disent être contraints de toujours regarder davantage les étiquettes. La Banque centrale va-t-elle continuer sa politique des petits pas sur son taux directeur ? Après avoir atteint un plus haut de 21 % en octobre 2024, pour contrer une économie en surchauffe en raison de l’explosion des dépenses, celui-ci a été abaissé graduellement en 2025 pour atteindre 16 % le 19 décembre dernier. Sur le papier, l’inflation est enfin redescendue en dessous des 10 % en rythme mensuel et la croissance, elle, a très fortement décéléré : elle est prévue à 0,8 % en 2026, selon la dernière analyse du FMI publiée le 19 janvier dernier. Les Russes, eux, au quotidien, disent pourtant faire de plus en plus attention à leurs dépenses en raison de prix élevés. En raison notamment de l’augmentation de la TVA de 20 à 22 % le 1ᵉʳ janvier dernier, mais pas que. Rencontré dans une rue piétonne et commerçante du centre d’Irkoutsk, un jeune homme explique : « La chose la plus remarquable pour moi, personnellement, c’est le tarif du ticket de transport en mini-bus ; il a doublé depuis 4 ans que je vis ici. C’est beaucoup, c’est vraiment beaucoup. À un moment, je me suis même dit : "Mais, tout mon argent liquide a disparu ?!" Je me suis même dit qu’on m’avait volé. En fait, c’est juste que les tickets sont passés de 25 à 50 roubles chacun ». Que faire ? Pas grand-chose à ses yeux : « C'est l’hiver, il fait -20°C, je ne vais pas aller à l’université à pied. » À lire aussiComment le conflit en Ukraine change la société et l’économie de la région d’Irkoutsk Faire des choix dans son budget D’autres, dans cette rue dotée de petites boutiques et d’un grand centre commercial au bout, ont en tête que chacun doit désormais faire des choix dans son budget. Comme cette mère de famille venue de la ville de Tchita, à près d’un millier de kilomètres d’Irkoutsk, avec son fils adolescent : « Quand je fais des cadeaux, explique-t-elle, j’essaie que ce soit quelque chose de pratique, par exemple pour la maison. En général, j’offre du textile, des serviettes, des torchons, quelque chose de pratique pour la cuisine. Que ça soit utile, pas juste pour le fun. » Quelques mètres plus loin, on croise une jeune fille pour qui les cadeaux, c’est sacré, et tant pis si elle doit se serrer la ceinture ailleurs. « Quand il s’agit de cadeaux, personnellement, je suis absolument sans limites, parce que je veux vraiment faire plaisir à ceux que j’aime, avec ce que je peux trouver de mieux, dit-elle dans un sourire. En revanche, je suis beaucoup plus prudente quand je fais mes courses au jour le jour. Surtout pour la nourriture. Après tout, on mange tous les jours, autant faire attention à ça. Sinon, il n’y a pas d’issue. » Le petit parti d'opposition Rasvët notait lui, hier, sur son réseau social : « En réalité, les prix peuvent fluctuer considérablement en fonction de la région, du réseau commercial ou de la catégorie de produits. » Ainsi, le coût des concombres dans la région de la Volga peut dépasser 400 roubles, à Omsk, c’est 500 roubles par kilogramme, et à Moscou, certaines variétés de tomates sont à 1 500 roubles. Pour la jeune fille en tout cas : « Cette hausse des prix, c’est vraiment inquiétant. On se demande quand ça va s'arrêter. Et si d’ailleurs ça va s’arrêter un jour. Ce sentiment d’instabilité, ça me préoccupe vraiment. » « On ne voit pas ce que l’avenir nous réserve » Dans la ville d'Angasrk, à deux heures de route, certains s’inquiètent particulièrement pour les plus fragiles. Dimitri [il a demandé à n’être cité que par son prénom, NDLR] note : « Le prix pour un morceau de pain d’environ 400 grammes était de 44 roubles en décembre et il est passé à 49 en janvier. C’est +22 %, et encore, on parle d’un produit dont le prix est régulé. Et c’est pareil avec le lait, alors que ce sont des produits essentiels. Les prix ont déjà tellement bondi que c'est difficile pour les retraités, avec leur pension de 17 000 roubles. Et que va-t-il encore se passer ensuite ? On ne voit pas ce que l’avenir nous réserve. » Et quand ce n’est pas, encore une fois, l’incertitude sur l’avenir qui est soulevée, c'est une question plus précise qui pointe, comme chez Oleg [lui aussi a demandé à n’être cité que par son prénom, NDLR] : « Je m’inquiète que la population s’appauvrisse. Je pense qu’il va y avoir de moins en moins d’argent en Russie, que les budgets publics vont devoir être revus à la baisse plus d’une fois. Et plus la pression sera élevée, moins il y aura d’argent et plus la nourriture sera chère. » Il y a 10 jours, Vladimir Poutine ...
    続きを読む 一部表示
    3 分
  • «Nous recevons des menaces»: Iran International, une chaîne en farsi face au défi d'informer depuis Londres
    2026/02/11

    Comment continuer d'informer les Iraniens en pleine répression et au milieu d’un blackout informationnel ? Informer et soutenir les Iraniens, c’est la mission que s’est fixée la chaîne de télévision Iran International, en langue farsi et considérée comme une entité terroriste par le régime des Gardiens de la révolution. Iran International revendique des millions de téléspectateurs à travers le monde. Sa particularité : elle émet depuis Londres. Visite de la rédaction ultra-sécurisée.

    De notre correspondante à Londres,

    Nichés au cœur d’une zone industrielle, les studios d’Iran International sont cachés derrière des barrières opaques. Sharareh Azizi vient de présenter son dernier JT de la journée. La journaliste a les traits tirés, après un mois à couvrir la répression en Iran : « C’est un poison, jour après jour, de voir les images, d’écrire des articles, de monter des vidéos en floutant le sang, puis de prendre l’antenne. Parfois, je me mets à pleurer face caméra. Ça me rend triste, parce que c’est mon pays, que j’aime. Nous traversons un traumatisme collectif. »

    Établie en 2017 et financée par un investisseur saoudien, la chaîne emploie des journalistes iraniens, qui assistent de loin à ce qui se passe dans leur pays. Depuis le début des manifestations, le rédacteur en chef Aliasghar Ramezanpoor a dû réorganiser ses équipes : « Nous avons dû demander du renfort pour notre couverture, par exemple au service des sports. Mais le problème, c’est qu’on doit forcer les journalistes à prendre leur repos hebdomadaire ! Ils se sentent coupables de prendre un jour de repos à la maison et de ne pas pouvoir couvrir ce qui se passe en Iran. »

    La rédaction a mis en place un soutien psychologique. Surtout que la chaîne fait partie des ennemis du régime : « Nous recevons des menaces, nos familles en Iran sont convoquées et le régime sait où nous vivons. C’est devenu une habitude : ne pas quitter nos domiciles toujours à la même heure, limiter nos sorties en public. »

    À écouter aussi«Iran, la révolte massacrée»: une enquête exclusive de France 24 sur la répression massive

    Une carte qui recense les victimes

    En bas de l’écran, des messages défilent pour donner des nouvelles à la diaspora. Ainsi que les photos des victimes identifiées. Au rez-de-chaussée de la rédaction, Roland West, le directeur créatif, a créé une carte pour recenser les milliers d’Iraniens tués. « Cette base de données contient toutes les victimes vérifiées, à travers tout l’Iran. C’est assez simple pour l’instant : on a une photo pour la majorité des gens, un nom, un endroit, parfois leur âge. J’aimerais qu’on traduise cette carte en anglais, parce que c’est un outil puissant. »

    Une sorte de monument aux morts virtuel, au-delà de la dimension informative. Le projet pourrait avoir un intérêt futur, explique Adam Baillie, porte-parole d’Iran International. « Certes, nous ne sommes pas un tribunal, ni une ONG, mais toutes ces informations vérifiées que nous avons, nous les tenons à disposition si le conseil des droits humains des Nations unies veut poursuivre des membres du régime. »

    Avec ses 50 millions de téléspectateurs hebdomadaires, Iran International se revendique comme la voix du peuple iranien, de l’extérieur.

    À lire aussiIran: le 47e anniversaire de la révolution islamique célébré sur fond de crises politiques

    続きを読む 一部表示
    2 分
  • À Minneapolis, la communauté somalienne vit dans la «peur constante» des descentes de l'ICE
    2026/02/10

    Arrestations brutales et arbitraires souvent au faciès, la police de l’immigration toujours présente à Minneapolis et dans l’État du Minnesota suscitent la peur, notamment dans la communauté somalienne. Le Minnesota regroupe la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. En décembre dernier, le président Trump avait dit ne plus vouloir d’eux dans le pays : il a révoqué le statut de protection temporaire pour les Somaliens en janvier. La communauté somalienne de Minneapolis a été prise pour cible à cause d’une affaire de fraude aux fonds publics autour de programmes sociaux. Des cas de fraudes avérés dont des ressortissants somaliens étaient responsables et qui ont légitimé, aux yeux de Donald Trump, de s’en prendre à cette diaspora.

    À lire aussiÉtats-Unis: pour les habitants de Minneapolis, le retrait de 700 agents de l'ICE n'est pas suffisant

    続きを読む 一部表示
    2 分
  • «Aucune évaluation environnementale stratégique»: aux JO de Milan-Cortina, la colère des écolos
    2026/02/08

    Les Jeux olympiques d'hiver 2026 sont lancés. Derrière les images spectaculaires des montagnes du nord de l'Italie se cache une réalité bien différente : l'impact environnemental. La candidature italienne promettait des Jeux « durables », à l'impact nul ou presque. Mais le bilan s'avère bien moins reluisant. Les acteurs de la protection de l'environnement dénoncent un manque de concertation et de transparence. Reportage de notre correspondante à Cortina d'Ampezzo.

    À lire aussiCollectif «NO JO»: aux Jeux olympiques d'hiver, «on est arrivés au terme d’un modèle sportif et économique»

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Pourquoi le Honduras veut rétablir ses relations diplomatiques avec Taïwan
    2026/02/07

    Les relations diplomatiques Honduras-Taïwan furent coupées en 2023 par la présidente Xiomara Castro au profit de la Chine. Le nouveau président hondurien, Nasry Asfura, soutenu par Donald Trump, a évoqué à de nombreuses reprises son souhait de tourner le dos à Pékin. Pour Taïwan, ce serait une opportunité de pouvoir peut-être regagner un de ses rares alliés sur la scène internationale. Rencontre à Taïpei avec la diaspora hondurienne, installée à Taïwan avant la rupture des liens diplomatiques.

    De notre correspondant à Taipei,

    Aldo Balsamo vit depuis cinq ans à Taïwan. Arrivé sur l'île grâce à une bourse d'études offerte par le gouvernement taïwanais, il a décidé de poursuivre ses études malgré la rupture diplomatique entre le Honduras et Taïwan en 2023 : « Si je devais donner un pourcentage, je dirais entre 70 et 80% de chances que le président rétablisse une relation avec Taïwan. Mais il y a toujours la possibilité que la Chine le séduise avec un accord, ce qu'ils ont souvent fait dans la région. »

    Une possibilité qu'il n'envisage pas sereinement : « J'aime Taïwan. Mais l'idée que nous puissions arrêter de reconnaître la Chine au profit de Taïwan me fait un peu peur. Je sens qu'il y a de bonnes chances que la Chine puisse riposter contre le Honduras. Chez nous, tout est chinois de nos jours… C'est assez effrayant. »

    Si Aldo a pu rester à Taïwan malgré l'arrêt de sa bourse d'études, c'est en partie grâce au soutien de la communauté hondurienne, menée par Fernando Ramos. Avocat et journaliste, il est à Taïwan depuis plus de dix ans. C'est une figure très active de la petite communauté hondurienne sur l'île.

    « Économiquement, c'était désastreux pour nous. L'industrie de la crevette est morte, le nombre de bourses d'études a été réduit, nous n'avons vu aucun bénéfice pour le café ou quelque produit agricole que ce soit. De l'autre côté, ajoute Fernando Ramos, nous avions Taïwan qui offrait trois fois plus de bourses d'études, achetait 40% de notre production de crevettes. Je ne vois pas de raisons qui indiqueraient pourquoi le gouvernement hondurien devrait rester avec la Chine. »

    « Des raisons économiques, diplomatiques »

    Pour lui, les raisons de rétablir une relation diplomatique avec Taïwan seraient donc économiques, mais aussi politiques, voire idéologiques : « Je pense que Nasry Asfura doit beaucoup à Trump pour son élection, et qu'il fera ce que Trump veut. Ni les Honduriens ni le gouvernement du Honduras ne se laisseront convaincre par de simples promesses chinoises. »

    Si revirement il y a, ce serait une défaite diplomatique difficile à encaisser pour la Chine, dans un contexte politique régional tendu, comme le rappelle Florencia Huang, universitaire taïwanaise spécialiste de l'Amérique latine : « La Chine n'accorde peut-être pas beaucoup d'importance au Honduras. Mais nous devons également tenir compte du fait que la Chine se trouve actuellement dans une situation très difficile en raison du cas Maduro au Venezuela. Si la Chine souhaite conserver son influence dans ce moment critique, elle tentera de ne pas perdre un autre allié en Amérique centrale. Elle va donc surement essayer de négocier et de tenir ses promesses faites en 2023. »

    Depuis le début des années 2000, neuf pays d'Amérique centrale et des Caraïbes ont reconnu la Chine au détriment de Taïwan : parmi eux, aucun n'est revenu sur sa décision.

    À lire aussiHonduras: les ONG inquiètes après la victoire du nationaliste Nasry Asfura à la présidentielle

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Industrie pharmaceutique: l’Irlande redoute la pilule amère de Trump!
    2026/02/07

    Grâce à une fiscalité avantageuse, l’Irlande a su attirer les géants pharmaceutiques, au point d’en faire l’un des piliers de son économie. Mais Donald Trump brandit désormais la menace de droits de douane, pour pousser ces entreprises à relocaliser aux Etats-Unis. Or, les médicaments représentent près de la moitié des exportations irlandaises, avec les États-Unis comme premier client ! En Europe, l’Irlande serait ainsi le pays le plus exposé. Près de Cork, Ringaskiddy, surnommé le « village du Viagra », retient son souffle. Reportage de Clémence Pénard.

    John n’avait que 22 ans quand Pfizer s’est installé à Ringaskiddy. C’était en 1969 : « Tu vois, juste là, le château d’eau ? L’espèce de champignon, là ! Ça appartient à Pfizer ! »

    Le succès est tel que l’entreprise s’empresse de construire deux autres usines. Si bien qu’aujourd’hui, sous les coups de 8 heures, le site devient une véritable fourmilière : « Le matin, les routes sont totalement saturées : les files de voitures s’étendent sur des kilomètres. Et c’est la même chose le soir ! Une autoroute devait être construite il y a trente ans… Bon, elle doit être terminée d’ici trois ans. On vit dans l’espoir ! »

    Le « Pfizer Stop »

    Un arrêt de bus, le « Pfizer Stop », a tout de même été créé, rien que pour les salariés qui produisent, depuis 1998, le médicament le plus tonique de la région : le viagra !

    « À l’époque, on n’arrivait même pas à prononcer le nom : "Pf i zeur" ! Mais tout le monde voulait y travailler, absolument tout le monde. Les salaires étaient multipliés par quatre ! Même le fournisseur de papier toilette était devenu riche ! »

    Et il n’a pas fallu longtemps pour que le « village du Viagra » attire d’autres géants pharmaceutiques. Aujourd’hui, les Américains Johnson & Johnson, Thermo Fisher ou encore BioMarin profitent eux aussi du port de cet ancien village de pêcheurs, idéal pour exporter leurs médicaments !

    Et à seulement 20 km de là, Lilly fabrique Mounjaro et Zepbound, deux médicaments anti-obésité, best-sellers aux États-Unis !

    Ambiance à Ringaskiddy et dans les villages voisins

    Ainsi, dans Ringaskiddy et les villages voisins, ce sont plus de 20 000 personnes qui travaillent pour ces mastodontes, souvent de génération en génération. Audrey Buckley est élue locale du Fianna Fáil, le parti au pouvoir : « S’il arrivait quoi que ce soit à l’industrie pharmaceutique ici, ce serait tout simplement dévastateur pour toute la région. Dévastateur… Aujourd’hui, au dîner autour de la table, les mêmes questions reviennent sans cesse : est-ce que tels travaux ont démarré à l’usine? Est-ce qu’il y a de nouveaux projets ? Or, tout semble à l’arrêt. C’est une énorme source d’angoisse, les gens repoussent l’achat d’une voiture, l’extension de la maison, et ainsi de suite. Ils dépensent moins, c’est sûr, donc on voit déjà des effets ! »

    Économiste à l’université de Cork, Eleanor Doyle voit aussi un ralentissement du secteur, mais tente tout de même de rassurer : « Pour les usines pharmaceutiques, les délais pour obtenir les autorisations de construction sont si longs, qu’à moyen terme, une délocalisation est peu envisageable ! »

    Pour l’instant, l’Irlande profite d’un répit, l’administration américaine semblant se concentrer sur d’autres régions du monde.

    続きを読む 一部表示
    3 分