エピソード

  • À Berlin, le Bode-Museum expose le portrait d’Angela Merkel et fait le plein
    2026/10/03

    Le Bode-Museum, un musée normalement plutôt confidentiel, spécialisé dans les arts religieux et byzantins, fait un carton depuis qu’Angela Merkel lui a proposé d’abriter temporairement son portrait officiel, l’œuvre de Jérémie Queyras, un jeune peintre franco-allemand de 28 ans, jusqu’alors inconnu et qu’elle a finalement préféré aux célébrités en course.

    De notre correspondante à Berlin,

    En quelques semaines, le Bode-Museum en Allemagne est passé de 500 à 900 visiteurs par jour. Presque tous sont venus pour un tête-à-tête avec l’ancienne chancelière. Et pas de doute possible, c’est bien elle. Au deuxième étage du Bode-Museum, au cœur de Berlin, blazer bleu flamboyant, regard pâle et concentré, une Merkel sobre et réaliste, avec toutes ses rides, observe les visiteurs.

    Le peintre Jérémie Queyras se souvient de ce jour où il a envisagé de peindre la chancelière qui a accompagné toute son enfance. « En 2022, je lui ai écrit une lettre à la main. C’est surtout une collectionneuse d’art qui m’avait encouragé à lui écrire en me disant : "Mme Merkel va avoir besoin d’un portrait, il faut que vous essayiez", se rappelle le vingtenaire. Pendant trois ans et demi-quatre ans, je n’ai pas eu de retour. Et en 2025, j’ai reçu un mail dans lequel on me disait : "Mme Merkel aimerait bien vous rencontrer en personne." »

    S’ensuit une année de travail, une vingtaine de séances de pose et une double vie pour le jeune peintre, obligé de garder le plus strict secret sur son travail même vis-à-vis de ses colocataires berlinois. « Ça a été un peu un défi de concilier l’image de la femme politique et la personne privée que j’ai pu rencontrer », confie Jérémie Queyras.

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    Le culte Merkel

    Dans le public, face au tableau, de nombreux retraités, comme Barbara, une Allemande de l’Est, venue exprès pour voir Angela Merkel. « On retrouve bien ses vestes, son collier, son regard… Elle a l’air en paix avec elle-même », analyse-t-elle.

    Tous ne sont pas des fans de toujours. Comme ce couple de retraités originaire des bords de la mer Baltique, des électeurs du SPD. Ils n’ont jamais voté pour elle, et pourtant, ils la regrettent. « À ses débuts, elle a été beaucoup ridiculisée, pointe le retraité. Mais elle a consolidé la République fédérale et l’a rendue plus transparente. »

    Le politologue Gero Neugebauer est très surpris du tournant pris par le culte Merkel, un culte que l'on peut retrouver jusque sur les réseaux sociaux. « Elle représente le bon vieux temps, analyse-t-il, une époque où on pouvait avoir l’impression qu’il n’y avait pas de conflits dans la société. Et elle a l’image d’une femme proche du peuple, n’est-ce pas... »

    Une fois l'exposition terminée, le tableau rejoindra la galerie des portraits de la Chancellerie, aux côtés de Konrad Adenauer, Helmut Kohl ou Gerhard Schröder.

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  • En Ukraine, les enfants qui doivent grandir et se construire sous les bombes
    2026/09/24

    En Ukraine, la guerre dure depuis 4 ans et demi, une éternité pour les enfants et les adolescents. Certains ont dû fuir leur ville, leur maison, beaucoup ont perdu des proches, des parents, tous sont marqués par le danger sourd et permanent. Une situation lourde de conséquences alors qu’ils et elles sont en pleine construction. Pour que l’enfance des petits Ukrainiens ne soit pas volée, un centre leur vient en aide.

    De nos envoyés spéciaux à Mykolaïv,

    À Mykolaïv, au sud de l'Ukraine, un centre accueille des enfants et des adolescents marqués par les dernières années, par le conflit, et leur fournit un soutien psychologique. « Je m’appelle Yaroslav, j’ai 17 ans et je viens de Kherson. Au début de la guerre, nous avons vécu sous occupation, témoigne l'adolescent. Après la libération de la ville, nous sommes venus ici à Mykolaïv avec ma famille. Et je viens au centre pour faire quelque chose de mes mains, faire parler ma créativité. »

    « Ici, on les écoute et c’est le plus important : on écoute d’abord, on analyse après. On parle de tout. C’est un espace de vie en dehors de l’école, en dehors du domicile parental. Le genre de vie auquel tous les enfants devraient avoir accès, souligne Olyna Diomina, travailleuse psychosociale qui accompagne ces enfants au quotidien. « Vous savez, la plupart d’entre eux ne sont presque jamais allés à l’école en personne. D’abord, il y a eu le Covid et puis la guerre est arrivée. Ils ont du mal à sociabiliser et ils souffrent de stress psychologique et ils ne savent pas comment gérer cette situation. C’est à nous, les adultes, de les aider. »

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    Voler aux enfants « leur éducation, leur créativité… tout »

    Le père d'Anna-Maria, treize ans, est parti sur le front. Mais la guerre lui a aussi volé son insouciance. « Au moins, avec le Covid-19 on pouvait porter un masque, ce genre de chose. Avec la guerre, personne ne sait s’il se réveillera le lendemain matin. J’ai commencé à m’isoler, j’ai fait une dépression, je n’arrivais même plus à sortir de chez moi, se rappelle l'adolescente. Et ça a laissé des traces : aujourd’hui encore, à la moindre détonation, j’attrape mes affaires et je fonce à la cave, en un instant. »

    Les sirènes retentissent, un stress permanent qui a des conséquences psychologiques et provoque « une peur incurable, selon Olyna Diomina. Tous les jours, c’est la loterie. Qui ce sera aujourd’hui ? Est-ce que ce sera vous ? Si les adultes ont peur, imaginez à quel point c’est terrifiant pour un enfant. Parfois j’ai l’impression que [les Russes] le font exprès, qu’ils ne veulent pas simplement leur voler leur enfance mais aussi leur éducation, leur créativité… Tout. »

    Les professionnels de ce centre viennent en aide chaque mois à 500 personnes, dont environ 300 enfants de 5 à 18 ans. Quelle que soit l’issue du conflit, un défi immense se dresse devant l’Ukraine : prendre soin de ces enfants et de ces adolescents marqués par la guerre.

    À écouter dans La marche du mondeEnfants en guerre, guerre à l’enfance ?

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  • En Irlande, la neutralité au cœur d’un débat qui divise
    2026/09/25

    En Suisse, les électeurs sont appelés aux urnes dimanche pour décider jusqu’où doit aller la neutralité du pays. Une initiative populaire veut inscrire dans la Constitution suisse une neutralité « perpétuelle et armée ». Un débat qui résonne jusqu’en Irlande. À Dublin, le gouvernement muscle ses dépenses militaires et voudrait également permettre l’envoi de militaires à l’étranger sans devoir dépendre systématiquement d’un mandat de l’ONU. Pour ses détracteurs, c’est une ligne rouge, qui menace la neutralité. Un principe très cher au peuple irlandais.

    De notre correspondante à Dublin,

    Il y a deux semaines, alors que Donald Trump était en Irlande, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues. Et les slogans contre le président américain se mêlaient à ceux pour défendre la neutralité du pays, car même combat pour Valerie et sa pancarte « No to Nato », l’Irlande ne doit pas s’aligner sur les grandes puissances militaires.

    « Nous ne soutenons pas l’impérialisme américain en Irlande. Nous voulons que l’armée américaine quitte l’aéroport de Shannon. L’Irlande est un pays neutre. Les Irlandais ne veulent pas de l’Otan et ce n’est pas au gouvernement, qui est à la botte des Américains, d’en décider. Cette question devrait être soumise à un référendum », explique Valerie.

    L’aéroport de Shannon, dans l’ouest du pays, est régulièrement pointé du doigt, car des avions militaires américains y font escale pour se ravitailler. Or, l’Irlande et ses 5 millions d’habitants restent très attachés à un non-alignement. Selon un récent sondage de l’institut Ireland Thinks, ce sont même 75 % des Irlandais qui soutiennent le maintien de cette neutralité.

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    En 1949, l’Irlande refuse de rejoindre l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, notamment parce que le Royaume-Uni, dont elle s’est libérée il y a peu, en est membre. Mais aujourd’hui, alors que l’Union européenne se réarme à tout va, cette neutralité est mise à rude épreuve. L’île est également traversée par des câbles sous-marins, notamment Internet et énergétiques. Des infrastructures stratégiques que Dublin ne peut pas protéger seul. Un enjeu d’autant plus sensible que des navires russes ont été observés à proximité ces derniers mois.

    Christian Kaunert est chercheur en sécurité internationale à Dublin City University : « On peut parfaitement être un pays neutre tout en disposant de capacités suffisantes pour se défendre ! Et même, disposer de capacités militaires peut justement réduire la probabilité d’avoir à se défendre : une forme de dissuasion. Mais les capacités militaires de l’Irlande ne sont pas à la hauteur de ce qui pourrait être nécessaire… »

    L’eurodéputée Maria Walsh est, par exemple, très favorable à un renforcement des capacités de défense de l’Irlande : « Renforcer notre défense ne remet absolument pas en cause notre neutralité. Avec seulement 0,2 % de notre PIB consacré à la défense - moins que des pays comme Malte ou l’Autriche -, l’Irlande est qualifiée de “maillon faible” par certains de nos voisins européens… »

    Une étiquette dont l’Irlande se passerait bien, d’autant qu’elle préside depuis juillet le Conseil de l’Union européenne et accueille de nombreux dirigeants européens, dont la sécurité doit être garantie.

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  • «Si je dis ça, je vais en prison»: en Turquie, l'humour politique en procès
    2026/09/26

    Quand faire des blagues mène en prison. En Turquie, un célèbre humoriste sera jugé à partir de ce lundi 28 septembre pour son dernier spectacle. Deniz Göktas est incarcéré depuis début juillet, accusé notamment d'« insulte » au président Recep Tayyip Erdogan. Sa détention et son procès illustrent l’ampleur des atteintes à la liberté d’expression en Turquie. Pour les comédiens de stand-up, l’autocensure est devenue la règle, malgré un attrait croissant du public pour l’humour politique. À Ankara, Anne Andlauer a assisté à un spectacle.

    La soirée commence par ce qui est devenu une précaution d’usage : le public est prié de ne pas filmer le spectacle. Sur scène, Salih Tiras, 34 ans, figure montante du stand-up en Turquie. Il plaisante sur son look : chemisette noire, lunettes rectangulaires, petite moustache. Un humoriste « de gauche, mais qui a l’air de droite », c’est comme ça qu’il s’est fait connaître.

    Puis il enchaîne les blagues sur l’opposition, le pouvoir, le président Recep Tayyip Erdogan, sa propre famille, la liberté d’expression. Il parle de Deniz Göktas, son collègue, son ami, en prison depuis juillet. Il demande au public de l’applaudir pour le soutenir.

    Deniz Göktas risque jusqu’à dix ans de prison pour trois chefs d’accusation, dont celui « d’insulte au chef de l’État ». Dans son spectacle mis en ligne au début de l’été, il qualifie sans hésiter Recep Tayyip Erdogan de « dictateur ». Une ligne rouge, parmi tant d’autres. La satire politique est un terrain miné, sur lequel Salih Tiras tente lui aussi de tracer son chemin :

    « Tu es tout le temps obligé de t’autocensurer. De penser : "Si je dis ça, je vais en prison." Il y a toujours eu des lignes rouges en Turquie. Les blagues sur la religion, par exemple. Mais la dose d’autocensure a énormément augmenté et les lignes rouges n’ont jamais été aussi floues. Et avec internet, tout le monde peut nous entendre. »

    « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens »

    Tout le monde, y compris ceux que les blagues sur le pouvoir ne font pas rire, y compris des procureurs auxquels une poignée d’heures suffisent pour ouvrir une enquête. C’est pour ça que Salih Tiras demande à son public de ne pas filmer ses spectacles. D’un autre côté, il fait salle comble plusieurs soirs par semaine. Il y a une demande, une attente du public, poursuit-il :

    « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens. Je pense que c’est lié à l’état de la liberté d’expression. Les gens cherchent des humoristes dont ils peuvent dire : "Ce type parle de moi, il parle de ce qui me préoccupe." Mais le truc, c’est que quand tu montes sur scène et que tu racontes réellement ce qui se passe, les vrais problèmes de ce pays, tu risques la prison. »

    Un peu de rire et de satire dans ce climat politique si lourd, c’est ce que sont venus chercher Muslu et son amie Eda, la trentaine tous les deux. « S’il n’y a pas de politique, je ne viens pas… », affirme Muslu. « On critique le pouvoir en famille, avec nos amis, mais jamais je n’oserais dire ces choses-là en public. Les humoristes sont un peu nos porte-voix. Et en même temps, ça fait du bien de rire pendant deux heures avec des inconnus qui pensent comme nous », ajoute Eda.

    Ce soir-là, ils sont une petite centaine dans la salle. La vidéo du dernier spectacle de Deniz Göktas – celle qui lui vaut ce procès – a quant à elle été visionnée plus de 15 millions de fois.

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  • À un mois des Midterms, sur la route 66: l'explosion des prix du diesel [1/5]
    2026/09/27

    Dans un mois, se tiendront aux États-Unis les midterms. Les élections de mi-mandat lors desquelles Donald Trump va tenter de sauver sa majorité au Congrès. À cette occasion, Vincent Souriau vous emmène toute cette semaine sur la route 66, pour une photographie de l'état d'esprit des Américains sur ce tracé mythique qui traverse huit États du centre du pays. Premier épisode entre Chicago, dans l'Illinois, et St. Louis dans le Missouri. Et là aussi, les prix du carburant ont explosé comme partout ailleurs. Le diesel, cœur de l'économie routière qui souffre et qui pèse sur le scrutin sur cette ancienne portion de la route 66.

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  • À un mois des midterms, sur la route 66: un patrimoine qui ne vaut plus rien [3/5]
    2026/09/30

    À cinq semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, RFI poursuit son chemin sur le tracé de la route 66. Artère mythique qui traverse huit États américains, symbole d'une certaine idée de la liberté, celle des motards et des routiers, mais aussi d'une Amérique à deux vitesses, mégalopoles contre petites villes. Troisième étape aujourd'hui dans la commune de Baxter Springs au Kansas, où cette nostalgie de l'aventure ne fait plus recette. Et où, faute de clientèle, le patrimoine historique est laissé à l'abandon.

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  • À un mois des midterms, sur la route 66: les ravages du fentanyl [2/5]
    2026/09/29

    Deuxième épisode de notre voyage sur la route 66. À un mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, Vincent Souriau prend le pouls des Américains sur ce tracé mythique qui traverse huit États du centre du pays. Et nous faisons étape à Saint-Louis dans le Missouri aujourd'hui. Plongée au cœur d'un gravissime problème de santé publique qui se fait entendre dans la campagne des élections de mi-mandat : la crise du fentanyl. Cette drogue de synthèse surpuissante qui tue chaque année des dizaines de milliers de personnes et dont les autorités américaines sont jusqu'ici incapables de juguler le trafic.

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  • À un mois des midterms, sur la route 66: déserts alimentaires et discrimination raciale à Tulsa [4/5]
    2026/10/01

    La route 66, miroir de l'Amérique à cinq semaines des élections de mi-mandat. Quatrième étape sur cet axe routier mythique des États-Unis qui traverse huit États du centre et de l'ouest du pays. Tulsa dans l'Oklahoma est marquée par l'un des pires massacres racistes de l'histoire américaine. La communauté noire subit une nouvelle forme de discrimination : les déserts alimentaires, devenus un enjeu de campagne. Où quand il devient impossible de se procurer des aliments frais et bons pour la santé dans un rayon de 20 kilomètres.

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