Emmanuel Macron est à Tokyo, du 30 mars au 2 avril, dans un contexte régional tendu. Les relations continuent de se dégrader entre le Japon et la Chine. En novembre, des propos de Sanae Takaichi, la Première ministre nippone, sur une potentielle réaction de son pays à une intervention militaire chinoise autour de Taïwan ont provoqué la colère de Pékin. Depuis, la Chine a conseillé à ses ressortissants de ne pas se rendre au Japon et a mis en place des restrictions aux exportations de terres rares. Il y a quelques jours, un militaire japonais aurait fait irruption dans l'ambassade de Chine à Tokyo, menaçant de tuer les diplomates chinois. Un contexte pesant notamment pour les près de 900 000 Chinois qui vivent au Japon.
De notre envoyé spécial à Tokyo,
À Ikebukuro, quartier animé de Tokyo, une vingtaine de personnes se sont rassemblées parmi les musiciens et les passants. Chinois et Japonais sont venus échanger et débattre, dans un contexte marqué par des tensions persistantes entre leurs deux pays. « Beaucoup de Chinois qui vivent au Japon n'ont pas d'amis japonais. Parce que les Japonais sont xénophobes mais également assez introvertis », confie l'un des participants.
C'est Shigeru Takano, un Japonais, qui a lancé ce groupe il y a trois ans et demi. Son objectif : stimuler les échanges linguistiques, culturels et économiques avec la communauté chinoise. Un projet ambitieux mais qui a été freiné par les relations tendues entre Pékin et Tokyo. « On déplore 20% de participants en moins », explique-t-il en observant le petit attroupement. Parmi eux, une Chinoise installée au Japon depuis deux décennies témoigne des répercussions concrètes de ces tensions politiques :
« Parfois, les problèmes politiques nous affectent directement. Cela a un impact sur nous, les citoyens ordinaires, ceux qui veulent simplement s'amuser ou travailler pour des relations amicales entre les deux pays. Quand je rentre en Chine et que je dis que j'habite ici, on me parle mal, on me dit des choses blessantes. »
« Lavage de cerveau » Les enquêtes d'opinion le confirment : une hostilité réciproque s'est installée entre les deux peuples. Un informaticien japonais de 42 ans, présent lors de cette rencontre, déplore cette situation. « Le nationalisme est de plus en plus présent dans le monde entier, et c'est pareil au Japon, où il y a aussi de la xénophobie. Cela a toujours existé, mais maintenant, c'est juste plus intense. Mais les gens restent des gens... En réalité, la plupart d'entre eux aiment la paix », estime-t-il.
Les Chinois présents ont demandé à rester anonymes, beaucoup critiquant ouvertement leur gouvernement. « Tous ces problèmes politiques dépendent directement des hauts dirigeants chinois. En une phrase, tout peut être réglé par Xi Jinping. S'il veut que ça se passe bien, alors les choses se passeront bien. En Chine, les gens sont hostiles aux Japonais à cause de la propagande anti-américaine et anti-occidentale : ils subissent un lavage de cerveau », affirme l'un d'eux.
Du côté japonais, certains partagent ce sentiment, mais le dirigent vers leurs propres autorités. « Le gouvernement japonais actuel, avec des politiciens d'extrême droite comme notre Première ministre Sanae Takaichi, est xénophobe. Cela va limiter le développement économique du Japon. Je pense que le peuple japonais finira par se réveiller. Aux prochaines élections, ces politiciens d'extrême droite devront quitter le gouvernement », lance un participant. Un avis qui semble toutefois isolé. La ligne dure adoptée par Sanae Takaichi face à Pékin a été largement plébiscitée dans les urnes en février. Son parti contrôle en effet plus des deux tiers de l'Assemblée nationale.
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