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サマリー
あらすじ・解説
Dans un pays, qui a vécu pendant une trentaine d’années sous la dictature, c’est un vote qui fait grand bruit : en Indonésie, le Parlement a amendé ce jeudi une loi, qui permettra aux militaires de faire leur grand retour dans les instances gouvernementales. Un coup de force, qui a l’air d’un « déjà-vu » pour les Indonésiens.
Au moment où les députés étaient en train de voter ces amendements controversés dans l’hémicycle, ce jeudi 20 mars, des canons à eau repoussaient les manifestants devant le Parlement transformé en forteresse. Des milliers de manifestants étaient rassemblés pour exprimer leur colère contre le retour des militaires aux postes civils. Un retour qui réveille de très mauvais souvenirs à l’ère Suharto.
C'est justement grâce à l'appui de l'armée que le général Suharto a pu diriger l’Indonésie d’une main de fer pendant 33 ans, de 1965 à 1998. Vinnt-sept ans après le rétablissement de la démocratie, une expression de sinistre mémoire fait aujourd’hui son retour : celle de « dwi-fungsi ». « "Dwi" veut dire deux ou double, "fungsi" veut dire fonction, "Dwifungsi" signifie donc une double fonction, explique Andreas Harsono, chercheur auprès de l’ONG Human Rights Watch à Jakarta. C'est un terme utilisé sous le président Suharto, lorsque les officiers occupaient aussi bien des postes militaires que non militaires. Ils étaient partout, y compris dans les affaires. Ce système fait son retour aujourd’hui, c’est donc un jour triste et un recul de la démocratie en Indonésie. Le président Prabowo Subianto n’aura mis que quelques mois pour faire revenir l’armée dans le secteur civil ».
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Prabowo accusé de vouloir restaurer le rôle de l’arméeSous la dictature, le gendre du défunt Suharto commandait les très redoutées forces spéciales. Aujourd'hui, ses détracteurs accusent Prabowo de vouloir revenir en arrière pour restaurer le rôle de l'armée.
Jusqu'à présent, les officiers de l'armée pouvaient déjà servir dans dix agences et institutions gouvernementales, comme le ministère de la Défense ou l'agence du renseignement. Mais en vertu de la loi révisée, les militaires pourront occuper des postes dans six organes supplémentaires. Ces nouvelles institutions comprennent la Cour suprême, le bureau du procureur général ou encore l’Agence nationale de gestion des catastrophes, mais aussi les entreprises d'État.
Comme de nombreux défenseurs des droits de l'Homme, Andreas Harsono craint des abus de pouvoir, l'impunité pour les militaires et le retour de la corruption : « Tous ces soldats, lorsqu’ils sont nommés dans des secteurs en dehors de l’armée, sont obligés de faire un rapport à leurs supérieurs et d'obéir à leurs ordres. Autre exemple : imaginez qu’un officier dirige une ferme agricole. Une ferme a besoin de beaucoup d’eau. Qui aura la priorité pour obtenir l’eau nécessaire ? Je crains que ce soit comme sous le règne de Suharto : les militaires seront servis les premiers ».
Manque de transparence, absence de débat démocratique, intimidation des voix critiques : Human Rights Watch et six autres ONGs demandent l'abandon pur et simple des amendements controversés. Au total, 186 organisations de la société civile ont lancé une pétition pour dire non à ce grand retour de l'armée dans le secteur civil.