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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

France Médias Monde
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エピソード
  • Ouganda: quand l'armée fait taire les médias
    2026/07/18

    Des soldats déployés dans les locaux du Daily Monitor et de NTV Uganda, des télévisions et des radios réduites au silence, un chef de l'armée qui revendique publiquement cette fermeture, autant de scènes inédites dans l'histoire récente de l'Ouganda. Près d'un mois après le passage en force des autorités à l'encontre des médias, Reporters sans frontières estime qu'« un seuil a été franchi ». Derrière cette démonstration de force, c'est tout le climat dans lequel travaillent aujourd'hui les journalistes ougandais qui se retrouve bouleversé.

    « Je ne crois pas à la liberté de la presse ! » : C'est par ce message publié sur les réseaux sociaux que le chef de l'armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba, également fils du président Yoweri Museveni, annonce puis revendique fin juin la fermeture du principal groupe de presse indépendant du pays, le Nation Media Group.

    Quelques heures plus tard, des soldats investissent les locaux du Daily Monitor et de NTV Uganda à Kampala. L'électricité est coupée. Les émissions de télévision et de radio sont interrompues.

    Pour Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer Afrique subsaharienne à Reporters sans frontières, « un seuil a été franchi » : « Cela fait quand même plusieurs années que des journalistes sont régulièrement attaqués, agressés, empêchés de couvrir certains événements. Mais là, ce qui change en fait aujourd'hui, c'est surtout le niveau d'assumation, le fait que le chef de l'armée revendique publiquement une fermeture de médias, c'est assez inédit ».

    Les conséquences sont immédiates. Environ 700 salariés se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Sur X, Muhoozi Kainerugaba se vante d'avoir fait perdre cinq millions de dollars par jour au groupe.

    Fondé en 1992, le quotidien Daily Monitor s'est imposé comme l'une des principales voix indépendantes du paysage médiatique ougandais. Régulièrement critique à l'égard du pouvoir, il avait déjà été suspendu pendant 13 jours en 2013, après la publication d'un article évoquant un projet présumé de succession de Muhoozi Kainerugaba à son père, Yoweri Museveni. Cette nouvelle fermeture s'inscrit donc dans une relation de longue date, souvent conflictuelle, entre le quotidien et les autorités.

    Pourquoi le pouvoir s'en est-il pris à Nation Media Group ?

    Officiellement, aucune raison n'a été avancée. Mais dans les semaines précédant cette fermeture, le Daily Monitor et NTV Uganda avaient publié plusieurs enquêtes sur les arrestations d'opposants, d'avocats et de défenseurs des droits humains, dans lesquelles le général Muhoozi Kainerugaba était directement mis en cause. D'autres articles consacrés à la famille présidentielle auraient également irrité les autorités ougandaises.

    Pour les autres rédactions du pays, l'effet est immédiat. Pour les autres journalistes qui continuent d'exercer, « c'est un peu la douche froide, ça incite forcément à une autocensure qui est déjà présente : dans les sujets traités, notamment la politique et la famille du président. Et en fait, là, ça se concrétise, ça s'observe dans les faits et ça ajoute une forme d'autocensure aux journalistes qui prennent de plus en plus de pincettes, en tout cas dans leurs médias », explique Jeanne Lagarde.

    Cette prudence semble désormais dépasser les seules rédactions. Sans commenter le fond de cette affaire, le commissaire aux droits humains Crispin Kaheru préfère rappeler les responsabilités des médias. « Les médias sont tenus d'informer avec exactitude, équité, professionnalisme et dans le respect de l'éthique, et d'éviter tout contenu qui constituerait une incitation à la violence, à la haine ou à la discrimination ».

    Depuis cette fermeture, plusieurs journalistes du Nation Media Group sollicités par RFI ont préféré ne pas répondre à nos sollicitations. En coulisses, des discussions sont en cours avec les autorités pour tenter d'obtenir la reprise des activités.

    À lire aussiOuganda: en s'attaquant à la presse, la répression contre les voix dissidentes franchit un nouveau pas

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  • Au Cambodge, deux journalistes condamnés pour trahison au profit de la Thaïlande
    2026/06/27

    Au Cambodge, la Cour suprême à Phnom Penh a confirmé jeudi 25 juin 2026 la condamnation de deux journalistes cambodgiens à 14 ans de prison pour trahison.

    En juillet 2025, de violents affrontements éclatent entre le Cambodge et la Thaïlande le long d’une frontière disputée. À leur retour de reportage, deux journalistes cambodgiens sont arrêtés. Phorn Sopheap et Pheap Pheara, qui travaillent tous deux pour des télévisions locales, sont accusés par les autorités d’avoir publié sur Facebook plusieurs photos prises dans une zone militaire interdite. Parmi ces clichés, l’un d’eux retient particulièrement l’attention : on y voit les deux journalistes aux côtés de soldats cambodgiens devant le temple historique de Ta Krabei, appelé Ta Kwai par les Thaïlandais. Un détail intrigue cependant : au sol, on distingue un objet ressemblant à une mine antipersonnel. La photo est rapidement reprise dans les médias en Thaïlande.

    Bangkok y voit la preuve que le Cambodge déploie des mines à la frontière, en violation des traités internationaux. Phnom Penh dément fermement, affirmant que ces mines pourraient provenir des précédents conflits. La question de la militarisation des frontières s’impose ainsi au cœur des tensions entre les deux pays.

    Quelques mois plus tard, en décembre, les deux journalistes sont jugés, puis condamnés pour trahison. Ils sont accusés d’avoir « transmis à un État étranger des informations préjudiciables à la défense nationale ». La peine prononcée est lourde : quatorze ans de prison chacun. Leur condamnation est confirmée en appel en mars, avant d’être définitivement validée par la Cour suprême le 25 juin.

    Naly Pilorge, directrice de la communication extérieure de l’ONG Licadho, fait partie de la douzaine d’associations et d’organisations nationales et internationales qui réclament l’abandon des poursuites. Leur argument est clair : les journalistes auraient dû être jugés selon le droit de la presse. « Nous estimons que ces journalistes n’auraient jamais dû être condamnés pour trahison, et que le tribunal n’aurait jamais dû confirmer cette condamnation. Ces journalistes doivent être libérés immédiatement et retrouver leurs familles y compris leurs enfants. Ils faisaient simplement leur travail. Le gouvernement et les tribunaux doivent arrêter de criminaliser le journalisme et laisser les journalistes cambodgiens exercer leur métier sans menaces ni crainte », déclare-t-elle.

    Au-delà de ce cas, les ONG dénoncent le climat de tension qui persiste sous le Premier ministre Hun Manet. Selon Naly Pilorge, la justice serait utilisée pour réduire au silence les voix critiques et les médias indépendants. « Malheureusement, même si le gouvernement cambodgien affirme au monde entier que le Cambodge est un pays où les médias, les journalistes, les citoyens, la société civile, les organisations et d’autres peuvent s’exprimer librement, nous constatons le contraire. En particulier ces dernières années, nous avons vu des arrestations et toutes sortes d’autres méthodes pour réprimer et s’assurer que les gens — journalistes ou autres — ne peuvent ni faire leur travail ni exprimer leurs opinions et leurs idées », ajoute-t-elle.

    Le Cambodge occupe actuellement la 161e place du classement mondial 2026 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), qui évalue 180 pays ou territoires. Ce positionnement le place parmi les États où la situation de la liberté de la presse est considérée comme « très grave ».

    À lire aussiCambodge: derrière la grâce de l'opposant Kem Sokha, le système de Hun Sen perdure

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  • L'inquiétant bilan de l'exil forcé des journalistes dans le monde
    2026/07/04
    Dans son dernier rapport, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan accablant sur l’exil forcé des journalistes dans le monde. L’ONG révèle que le nombre de pays de départ des journalistes a doublé en cinq ans. Guerres, crimes organisés, régimes répressifs, plus de 1400 journalistes d’au moins 65 pays ont dû fuir les menaces, la prison ou la mort. Et leurs difficultés ne s'arrêtent pas dans leur nouveau pays d’accueil. Nombre d’entre eux continuent de subir des violences administratives, des extorsions ou des expulsions. Le nouveau rapport accompagné d’une carte interactive permet de visualiser le parcours des journalistes aidés par l’ONG dans leur exil. Un constat : le phénomène est en expansion. Vianney Loriquet, journaliste data à RSF : « Il y a des tendances liées à des régimes autoritaires qui vont frapper certaines zones en particulier. Ça va être le cas par exemple notamment de l’Amérique centrale avec le Salvador. Il y a pas mal de zones un peu grises, où ce sont des pays qui sont à la fois des pôles d’accueil régionaux pour des journalistes. Je pense notamment à l’Égypte qui accueille de très nombreux journalistes soudanais qui fuient le conflit, la guerre civile au Soudan, mais à la fois sont des pays desquels des journalistes nationaux sont forcés de s’exiler. L’Égypte, par exemple, est l’une des dix plus grandes prisons au monde pour les journalistes. Il y a aujourd’hui près de 20 journalistes qui sont encore emprisonnés en Égypte. » Afghanistan : la moitié des journalistes concernés par l'exil En cinq ans, l'Afghanistan a connu l'une des pires hémorragies de journalistes depuis la chute de Kaboul en 2021. Un exil qui n'est pas synonyme de sécurité. « Pour l’Afghanistan, à l’échelle de nos données, c’est la moitié des journalistes concernés par l’exil sur ces cinq dernières années, près de 700. Ce sont des journalistes qui ont des parcours d’exil qui sont particulièrement compliqués. Une très grande partie d’entre eux se sont retrouvés bloqués au Pakistan où ils doivent faire face à des tentatives d’extorsion, à des mises sous détention et même à des expulsions. On en a compté au moins une cinquantaine jusqu’ici de journalistes qui ont ainsi été forcés de retourner en Afghanistan avec tous les risques que cela comporte. Là on est même à des années lumières de même parler de leur permettre de continuer à faire leur travail, là c’est simplement leur permettre de rester en vie déjà. À lire aussiAfghanistan: menaces sur les ondes, l'enquête de Forbidden Stories Birmanie : 300 journalistes réfugiés Autre pays soumis à la terreur, la Birmanie, où les journalistes subissent une répression implacable de la junte. « La junte veut vraiment réduire la presse au silence. Environ 300 journalistes birmans auraient trouvé refuge notamment en Thaïlande. Reporters sans frontières a mis en place un programme qui permet de soutenir les journalistes birmans installés en Thaïlande et de leur permettre de continuer à faire leur travail, mais les conditions de travail sont vraiment très précaires pour ces journalistes exilés qui n'ont quasiment pas de couverture médicale, qui ont des salaires très réduits et donc cet exil les frappe très durement. » RSF appelle les pays d’accueil des journalistes exilés à renforcer leurs protections juridiques, notamment en accordant des visas de longue durée, mais aussi à soutenir leur viabilité financière et enfin à renforcer les capacités, notamment technologiques, de ces médias en exil. À lire aussiLes médias indépendants de Birmanie exilés en Thaïlande font face à de nombreux défis
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