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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

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エピソード
  • Turquie: le journaliste d'investigation Ismail Ari en procès pour «diffusion d'informations trompeuses»
    2026/06/06

    Les défenseurs de la liberté de la presse réclament sa libération immédiate. Le journaliste turc Ismail Ari, en détention provisoire, est jugé depuis vendredi 5 juin devant un tribunal pénal à Ankara. Ses enquêtes au sein du média d'opposition BirGün ont mis sous le feu des projecteurs des irrégularités dans les affaires de la famille Erdogan. Ismail Ari est jugé pour « diffusion d'informations trompeuses », un chef d'accusation pour lequel il risque plus de 8 ans de prison. RFI s'est entretenu avec l'un de ses soutiens, le représentant en Turquie de Reporters sans frontières (RSF).

    Le 16 janvier dernier, la chronique d’Ismail Ari sur la chaîne d’opposition BirGün TV était peut-être celle de trop. Le journaliste y évoquait le rôle trouble du fils du président Recep Tayyip Erdogan dans diverses fondations. Deux mois plus tard, la police l’interpellait à Turhal, dans le nord du pays. Depuis, il est détenu dans la prison de Sincan, à Ankara. Son procès s’est ouvert ce vendredi.

    « En tant que journaliste, vous êtes seul à prendre le risque pour faire vivre le journalisme indépendant. Vous prenez tous les risques du monde », rappelle Erol Önderoğlu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie.

    « Il a mis en cause la famille du président Erdogan. Son fils, sa fille, son gendre faisaient partie des dirigeants d'une vingtaine de fondations caritatives. » Ismail Ari dénonçait la corruption liée à ces fondations : fausses factures, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux. Elles bénéficiaient également d’exonérations fiscales et occupaient des bâtiments publics.

    « Selon Ismail Ari, ces fondations alimentent les réseaux politiques de l’AKP, qui est le parti au pouvoir d’Erdogan ; des fondations opaques qui représentent un budget très important. Il se demandait si elles nourrissaient des réseaux clientélistes. Il dénonçait cette opacité », explique encore Erol Önderoğlu.

    Une accusation vague

    Sur Ismail Ari pèse notamment l’accusation de « diffusion publique d’informations trompeuses », une incrimination à la formulation très imprécise. Un amendement de 2022 a introduit cette infraction dans le code pénal turc. Des poursuites contre les journalistes existaient déjà, rappelle Önderoğlu, lui-même emprisonné il y a dix ans, mais ce changement marque un tournant.

    « Parmi les paramètres, il y avait l’obligation selon laquelle le contenu devait provoquer une certaine instabilité dans la société, un trouble à l’ordre social. Mais à partir d’octobre 2022, date à laquelle l’amendement a eu lieu, des dizaines de journalistes, d’abord des journalistes locaux, ont été mis en accusation, inculpés. Certains ont été interpellés et incarcérés pour des durées brèves. Ces deux dernières années, on assiste à une période où les plus grands journalistes d’investigation sont inquiétés sur la base de cette accusation », souligne-t-il.

    Les charges retenues contre Ismail Ari pourraient lui valoir jusqu’à huit ans et trois mois d’emprisonnement. La Turquie a dégringolé dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse et se situe à la 163e place sur 180 en 2026.

    À lire aussiTurquie: début du procès du journaliste Alican Uludag de la Deutsche Welle

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  • À Gaza, des journalistes emprisonnés et torturés par Israël
    2026/05/30

    Les mauvais traitements infligés la semaine dernière par les forces israéliennes aux membres d'une flottille apportant de l'aide humanitaire à Gaza avaient suscité de vives réactions internationales. En France, le ministre des Affaires étrangères a annoncé, hier, avoir saisi la justice à ce sujet. Organisations de défense des droits de l'homme et Nations unies ont aussi documenté les exactions - détentions arbitraires, actes de torture - subis par les détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Y compris des journalistes. Et pour l'organisation Reporters sans frontières, leur métier les a même encore plus exposés aux abus.

    Diaa al-Kahlout était le directeur de l'antenne gazaouie d'un journal panarabe qatarien: Al-Araby al-Jadeed. En décembre 2023, il est arrêté par l'armée israélienne à Beit Lahia, dans le nord de l'enclave palestinienne.« Lorsqu’ils m’ont arrêté, j’ai indiqué tout de suite que j'étais journaliste, je leur ai donné ma carte de presse palestinienne, le soldat l’a cassée et ils ont ri de moi. Après cinq minutes de protestations de ma part ils m’ont collé un scotch sur la bouche pour me faire taire ».

    « un enfer sans nom »

    En droit international, les journalistes doivent faire l'objet d'une protection particulière. Reporters sans frontières a enquêté sur les arrestations à Gaza de cinq d'entre eux. Tous ont signifié aux forces israéliennes leur profession... sans que cela ne leur apporte aucune protection, indique Jonathan Dagher. Il est le responsable du bureau Moyen-Orient de l'organisation. « On voit que cette information n'a pas du tout mené à leur libération. Au contraire, parfois, les mauvais traitements voire les actes de torture se sont aggravés à la suite ».

    Diaa al-Kahlout a passé 33 jours dans les prisons israéliennes. Parmi les cas documentés par Reporters sans frontières, d'autres ont été détenus pendant un an et demi, voire près de deux ans. Tous, comme Diaa al-Kahlout, ont été victimes d'actes inhumains répétés. « J’ai subi des traitements dégradants, des traitements qui touchent à la dignité humaine. J’ai été torturé quotidiennement, on l'a tous été. On nous faisait assoir toute la journée. On ne dormait que 3h30 à peu près, et ce n'était pas un sommeil naturel, on ne dormait pas dans un lit mais sur le bêton… On nous bandait les yeux toute la journée, on nous attachait les mains dans le dos avec des menottes en métal. C'était un enfer sans nom », raconte-t-il.

    « Le journalisme subit une attaque sans précédent »

    Ces traitements ne sont pas spécifiques aux journalistes. Mais les professionnels de l'information ont aussi été soumis à des interrogatoires « extrêmement violents », selon RSF. Des conditions de détention sur lesquelles Israël a mis ce que l'organisation appelle « un vernis légal ». « Je pense notamment à cette loi sur les combattants illégaux qui a été révisée après le 7 octobre 2023 et qui s'applique à tous ceux qui ont été capturés et détenus à Gaza. C'est-à-dire les civils, les combattants parfois et les journalistes. Donc il y a des bases légales mais au final, elles vont à l'encontre du droit international, de toutes les provisions qui doivent protéger les journalistes », explique Jonathan Dagher.

    Après leur libération, aucun des cinq journalistes cités par Reporters sans frontières n'a été en capacité de reprendre son travail. Séquelles physiques, psychologiques, matériel détruit, intimidation avant leur sortie de prison. À Gaza, où au moins 220 journalistes ont aussi été tués depuis le 7 octobre 2023 selon RSF, « le journalisme subit une attaque sans précédent » juge Jonathan Dagher.

    À lire aussiUn nombre record de 129 journalistes tués en 2025 dans le monde, dont deux tiers par Israël, selon le CPJ

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  • En Zambie, avant la présidentielle, les nouvelles lois sur le numérique inquiètent les médias
    2026/05/23

    En Zambie, de nouvelles lois sur la cybersécurité et la cybercriminalité inquiètent journalistes et défenseurs des droits humains. Adoptés en avril 2026 par le Parlement puis promulgués dans la foulée par le président Hakainde Hichilema, ces textes sont officiellement destinés à lutter contre les abus en ligne et les fraudes numériques. Mais à moins de trois mois de la présidentielle du 13 août 2026, plusieurs médias indépendants dénoncent des lois aux contours flous, susceptibles selon eux de faire taire les voix critiques et d’encourager l’autocensure.

    En Zambie, un virage législatif surprend de nombreux journalistes, à l’image de Joseph Mwenda, rédacteur en chef du journal indépendant News Diggers. Le président Hakainde Hichilema avait pourtant supprimé le délit de diffamation du chef de l’État, une mesure longtemps utilisée pour museler les voix critiques. Mais selon Joseph Mwenda, ces restrictions refont surface aujourd’hui, sous une autre forme, à travers les nouvelles lois sur la cybercriminalité.

    « Qu’ont-ils fait ? Ils ont introduit la loi sur la cybersécurité, et cela crée à nouveau des problèmes. C’est une loi compliquée, qui rend notre travail très difficile, parce qu’elle donne à la police et aux forces de l’ordre le pouvoir d’effectuer des perquisitions à leur propre discrétion, y compris de venir chez vous pour fouiller, dès lors qu’ils estiment que vous pourriez détenir des informations liées à la sécurité nationale. Et parfois, même certaines critiques peuvent être interprétées comme des infractions en ligne », explique-t-il.

    Officiellement, le gouvernement zambien affirme vouloir lutter contre les fraudes en ligne, les faux comptes ou encore le harcèlement numérique. Mais pour plusieurs défenseurs des médias, certaines dispositions de ces lois restent trop vagues. C’est le cas d’Austin Kayanda, directeur du Media Institute of Southern Africa en Zambie. « Quand on regarde ces nouvelles lois sur la cybersécurité, il existe même une disposition qui prévoit jusqu’à 25 ans de prison pour quelqu’un qui détient "trop d’informations". Mais que signifie exactement détenir "trop d’informations" ? Ce n’est pas défini. Au fond, n’importe qui peut devenir une cible », souligne-t-il.

    Ces formulations floues poussent déjà certains journalistes à éviter les sujets sensibles. Charles Mafa, fondateur de Makanday, un centre de journalisme d’investigation indépendant en Zambie, en fait le constat. « Il y a désormais beaucoup de prudence lorsqu’il s’agit de choisir les sujets sur lesquels les journalistes peuvent travailler. Nous voyons des journalistes éviter les sujets politiques, éviter de parler des élections. Et cela a un impact, parce qu’ils ne se sentent plus libres de traiter certains sujets d’intérêt public », affirme-t-il.

    Cette peur ne se limite plus aux seules rédactions. « Même des citoyens ordinaires hésitent désormais à commenter des sujets politiques en ligne. On voit des messages du type : "Je n’ai pas d’avocat." ou encore "Mon avocat est occupé, je vais finir derrière les barreaux" », ajoute Charles Mafa.

    Le gouvernement zambien, quant à lui, assure que ces lois sont nécessaires pour sécuriser l’espace numérique. Mais dans un pays où une grande partie du journalisme indépendant se fait désormais en ligne, plusieurs rédactions redoutent d’être directement visées par ces nouvelles dispositions.

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