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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

France Médias Monde
社会科学
エピソード
  • Biélorussie: quatre journalistes libérés, 17 autres toujours détenus
    2026/10/03

    Quatre journalistes biélorusses ont retrouvé la liberté le 16 septembre dernier, à la faveur d’une amnistie obtenue grâce à l’intervention de la diplomatie américaine. Mais leur libération a immédiatement été suivie d’une expulsion et d’un exil forcé. Si Reporters sans frontières (RSF) salue ces libérations, l’organisation dénonce le maintien en détention de 17 autres journalistes et professionnels des médias, toujours incarcérés en Biélorussie.

    Le 16 septembre dernier a marqué la fin de plusieurs années de calvaire pour quatre journalistes biélorusses. Mais, dès leur libération, ils ont été contraints de prendre le chemin de l’exil, sans savoir quand ils pourront regagner leur pays.

    Les libérations de Lioudmila Tchekina, Dzmitry Navajylau, Andreï Aliaksandrau et Kyril Pazniak ont été obtenues grâce à l’intervention des États-Unis, qui proposent au régime d’Alexandre Loukachenko un assouplissement de certaines sanctions en échange de la libération de prisonniers politiques.

    Parmi les quatre journalistes libérés figure Lioudmila Tchekina, l’ancienne directrice de l’un des principaux sites d’information du pays, fermé en 2021. Son ancienne rédactrice en chef, Maryna Zolatava, a elle-même passé plusieurs années en prison avant d’être libérée. Elle vit aujourd’hui en Pologne et témoigne pour RFI du traitement infligé à son ancienne collègue durant leur détention.

    « Nous avons été arrêtées en mai 2021 et condamnées à 12 ans de prison. J’ai eu la possibilité de voir Lioudmila à plusieurs reprises lorsque nous étions incarcérées. Elle était toujours d’un grand soutien, souriait tout le temps et gardait le moral. Je pense qu’elle a été soumise à un “traitement spécial” dans la colonie pénitentiaire, parce qu’elle avait toujours le courage de dire ce qu’elle pensait lorsque quelque chose ne lui plaisait pas. En début d’année, avant d’être libérée, elle a passé cinq jours en cellule d’isolement. Je peux vous dire que c’est une forme de punition très dure. »

    « Un carrousel répressif »

    Reporters sans frontières a salué l’annonce de ces libérations tout en rappelant que d’autres journalistes restent arrêtés et incarcérés par le régime d’Alexandre Loukachenko. Au pouvoir depuis 32 ans, le président biélorusse se sert des personnes détenues comme d’une monnaie d’échange pour obtenir un assouplissement des sanctions américaines.

    Jeanne Cavelier, responsable du bureau Europe de l’Est de Reporters sans frontières, dénonce le « carrousel répressif » qui se cache derrière ces libérations au compte-gouttes. « Le régime libère certains journalistes tout en continuant à arrêter, poursuivre et condamner d’autres journalistes. On donne l’impression d’une ouverture. Mais, en réalité, la machine répressive continue de fonctionner. Et aujourd’hui encore, 17 journalistes et professionnels des médias sont derrière les barreaux au Bélarus. »

    Aujourd’hui, la majeure partie des journalistes indépendants biélorusses vivent en exil. Certains ont été contraints de renoncer à leur métier, tandis que d’autres tentent de continuer à l’exercer dans des conditions particulièrement difficiles.

    Sur place, les sources d’information se raréfient, notamment en raison de la répression exercée par les autorités. « Les journalistes en exil ne peuvent pas interviewer des personnes qui vivent en Biélorussie, pointe Maryna Zolatava, car ces personnes pourraient ensuite être poursuivies et punies. Quand j’étais en prison, j’ai rencontré trois femmes qui ont été condamnées à plusieurs années de prison simplement pour avoir donné des interviews ou coopéré avec des médias indépendants. »

    Selon Reporters sans frontières, près de 400 journalistes ont été victimes d’arrestations injustifiées depuis 2020, tandis qu’au moins 600 ont été contraints de fuir leur pays.

    Cet exil ne les met toutefois pas totalement à l’abri d’éventuelles représailles. Les autorités biélorusses n’hésitent pas à saisir leurs biens sur place, à cibler leurs proches ou encore à lancer des mandats d’arrêt internationaux afin de compliquer leurs déplacements et leurs démarches administratives à l’étranger.

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  • Égypte: une rédaction entière réduite au silence
    2026/10/10

    Une rédaction entière, réduite au silence en Égypte. L'ensemble des journalistes du média en ligne Matsadaash a été arrêté ce lundi. Détenus pendant cinq jours et torturés, selon leurs dires, ils sont poursuivis par la justice égyptienne pour terrorisme et diffusion de « fausses informations ». Plus de 80 organisations, parmi lesquelles Human Rights Watch, Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes, exigent leur libération immédiate. Un appel presque vain, tant le régime autoritaire d'Abdel Fattah al-Sissi musèle la liberté de la presse dans le pays.

    La nuit est à peine tombée sur le Caire. Le journaliste Mohamed Ashraf Abu Emeira est chez lui, dans la soirée du lundi 28 septembre, quand des policiers en civil perquisitionnent son domicile. Ils le placent en garde à vue. Sans aucune explication. Ses cinq autres collègues sont arrêtés le lendemain. En moins de 24 heures, c'est toute la rédaction du média indépendant Matsadaash, « N'y croit pas » en arabe, qui est démantelée. Ce média en ligne, spécialisé dans le fact-checking, n'hésitait pas à remettre en cause les déclarations du gouvernement. Une liberté qui ne passe plus en Égypte, où le régime d'Abdel Fattah al-Sissi censure toute information critique.

    Lobna Darwish travaille pour l’ONG Initiative égyptienne pour les droits individuels, dont les avocats représentent les six journalistes. Elle raconte depuis le Caire, leurs conditions de détention : « Ils ont été maintenus en secret sans pouvoir contacter ni leurs avocats ni leurs familles, pendant près de cinq jours. Lorsqu’ils ont comparu devant le parquet, plusieurs d’entre eux ont déclaré avoir été torturés pendant leur détention. Des coups, des décharges électriques, et des menaces contre leur famille... Tout ça les yeux bandés et les mains menottées pendant des jours. Plusieurs ont aussi été contraints d’être filmés en train de faire de faux aveux, qu’ils lisaient sur des feuilles remises par la police ».

    Les autorités égyptiennes nient toute forme de torture. Mercredi 7 octobre, la justice tranche : les six journalistes sont inculpés d'infractions liées au terrorisme, accusés d'avoir reçu des financements de l'étranger pour diffuser de « fausses informations », et de travailler pour les Frères musulmans. « Prétendre que des personnes ont des liens avec les Frères musulmans est une tactique courante. Elle est utilisée pour dissuader toute solidarité envers les personnes arrêtées, et pour les priver de leurs droits fondamentaux, comme le droit à un procès équitable et à une procédure régulière », explique Lobna Darwish

    De nouvelles accusations pour prolonger les détentions

    25 journalistes sont à présent emprisonnés en Égypte selon Human Rights Watch. Bassam Khawaja est responsable de l'ONG dans la région. Il dénonce des emprisonnements à rallonge. « Il arrive que lorsque des personnes sont condamnées, souvent à l'issue de procès inéquitables, ou de procès collectifs, les autorités refusent de les libérer à l'issue de leur peine. On leur inflige par exemple de nouvelles accusations quasi identiques afin de les maintenir en détention plus longtemps ».

    Malgré la libération d’un journaliste et d’un bloggeur en 2026, jamais, au cours de la dernière décennie, la répression contre la presse n’avait atteint un tel niveau dans le pays, souligne Bassam Khawaja. « Quand on est prêt à arrêter toute une rédaction et à la faire disparaître, quand on s’en prend aux écrivains, aux économistes, aux dessinateurs, il est impossible de prétendre qu’il existe quoi que ce soit qui ressemble aujourd'hui à la liberté d’expression en Égypte. Beaucoup de journalistes doivent désormais opérer en exil ».

    L’Égypte est 169ème sur 180 au classement de Reporter sans frontières sur la liberté de la presse. Le pays a perdu dix places depuis l’arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi, en 2013.

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  • Milices numériques anti-journalistes au Burkina Faso
    2026/09/12

    Menaces sur l’information s’intéresse aujourd’hui au harcèlement des journalistes dans l’Alliance des États du Sahel (AES). Au Burkina Faso et au Mali, des réseaux de soutien à la junte utilisent les réseaux sociaux pour désigner des journalistes comme des ennemis. En mai 2026, Reporters sans frontières (RSF) a enquêté sur l’un de ces réseaux au Burkina Faso. Derrière les vidéos de propagande et les campagnes de harcèlement, certains journalistes ont été envoyés de force sur le front, voire emprisonnés. Amadou Diorouga Balde, pour RFI.

    Quarante ans de carrière, Issaka Lingani est directeur de publication de l’hebdomadaire L’Opinion, au Burkina Faso. À Ouagadougou, cet éditorialiste est connu pour son franc-parler contre le régime d’Ibrahim Traoré. Issaka est l’une des premières cibles du BIR-C : le Bataillon d’intervention rapide de la communication. Un réseau hybride, difficile à cerner, mais aux méthodes bien identifiées : propager, désigner des cibles, harceler.

    « Je recevais par jour une cinquantaine, une centaine d'appels, d'injures, de menaces et aussi des menaces physiques. Et on peut dire que ce sont véritablement des indicateurs, des indicateurs, des cibles de répression du pouvoir. Parce que moi, j'ai été par la suite réquisitionné pour aller servir au front à la suite d'une émission », raconte-t-il.

    L’émission s’appelle « Presse Échos » sur BF1 TV, c’est l’une des plus populaires au Burkina Faso. Et les menaces contre lui vont ensuite se traduire en actes : des ordres de réquisition. « La dernière excuse que j'ai eu à recevoir, c'était d'un individu et qui dit : "Bon, si j'étais Ibrahim Traoré, j'allais vous envoyer chercher tout de suite". La semaine qui suivait, j'ai été réquisitionné pour aller servir, tenez-vous bien, dans le village du président pour aider à la libération de la patrie », explique-t-il. Pour lui, le lien est direct.

    Issaka Lingani, lui, prend le chemin de l’exil. D’autres n’en ont pas eu la possibilité. Malgré une décision de justice déclarant ces réquisitions illégales, certains, comme Yacouba Ladji Bama, fondateur du média Bam Yinga, sont envoyés de force au front pendant plus de dix mois. Selon Reporters sans frontières, derrière ces réquisitions, le BIR-C joue un rôle central. Deux comptes Facebook se distinguent : Wangrin Zerbo, 59 000 abonnés, et Bationo de Kyon, plus de 223 000.

    À lire aussiBurkina Faso: les journalistes désormais contraints de suivre une formation militaire

    « C'est le cas d'Adama Siguiri aussi, qui se présente comme un écrivain, précise Arnaud Froger, responsable du pôle investigation de Reporters sans frontières, a mené l’enquête. Le ministre de la Défense fait partie également des membres actifs d'un point de vue coordination de cette milice numérique, qui opère à la fois sur le terrain de la désinformation et de la propagande, mais aussi sur le terrain du harcèlement numérique. »

    L’enquête remonte en effet jusqu’aux cercles du pouvoir. Après des raids numériques visant la journaliste de Sky News, Yousra Elbagir, le numéro du ministre de la Défense, Célestin Simporé, apparaît dans des conversations d’un groupe WhatsApp attribué au BIR-C par plusieurs sources. À ce stade, aucun élément ne permet toutefois d’établir un financement ou un soutien officiel de l’État à ce réseau.

    « Ce qui est certain, c'est qu'il y a non seulement un soutien explicite des autorités, mais il y a même une forme d'encouragement au développement de ce type d'activités », ajoute Arnaud Froger.

    Le gouvernement a, en revanche, salué le rôle du BIR-C après la publication de l’enquête de RSF. Et le phénomène dépasse désormais les frontières du Burkina Faso. Au Mali voisin, d’autres réseaux pro-junte participent à la même mécanique : faire taire par la pression, harceler pour faire taire.

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