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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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概要

Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

France Médias Monde
社会科学
エピソード
  • Sierra Leone: le combat d’une journaliste contre le harcèlement
    2026/05/02

    Licenciée, menacée, contrainte à l’exil. En Sierra Leone, le combat d’Umu Thoronka connaît aujourd’hui un nouveau tournant. Cette journaliste, spécialisée dans les questions de santé et de genre, avait été renvoyée en juillet 2024 de la télévision publique, la Sierra Leone Broadcasting Corporation, ou SLBC, après avoir diffusé une vidéo jugée critique du pouvoir. En mars dernier, la Commission indépendante des médias a reconnu le caractère abusif de son licenciement. Elle espère désormais que la Cour de justice de la Cédéao fera de même. Avec un enjeu : briser l’impunité et protéger les femmes journalistes.

    C’est par téléphone, sans la moindre notification écrite, qu’Umu Thoronka apprend son licenciement. Un comble pour la pigiste, qui dénonce des années de harcèlement au sein de la SLBC. « Le directeur général de l’époque, qui était aussi notre représentant légal, m’avait assuré qu’il plaiderait en ma faveur pour que j’obtienne un contrat permanent. J’y ai cru de bonne foi. Il m’a même invitée à Freetown pour rencontrer le directeur des ressources humaines, mais après m’avoir fait attendre toute la journée, il m’a proposé d’aller à l’hôtel et de revenir le lendemain. Il a commencé à me faire des avances sexuelles. J’ai refusé et, à cause de cela, j’ai été privée de nombreuses opportunités ».

    Pendant dix ans, Umu Thoronka reste pigiste, sans contrat permanent. Ses avocats pointent un système qui l’a laissée sans protection. Parmi eux, Ikechukwu Uzoma, de l’organisation Robert and Ethel Kennedy Human Rights Center. « Elle a été licenciée par un simple appel téléphonique, parce qu’elle ne bénéficiait pas des protections d’un salarié à temps plein. Or, après plus de dix ans dans l’institution, elle était toujours maintenue dans un statut précaire de pigiste. C’est cette précarité qui a permis ces abus : pendant des années, elle a été écartée des promotions et d’un contrat permanent. Il existe un lien direct entre cet environnement de harcèlement et d’intimidation, et son licenciement abusif ».

    Mettre fin à l'impunité

    Le licenciement intervient après la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux. Umu Thoronka y montre une femme publiquement humiliée lors d’un meeting présidentiel, après une question sur le coût de la vie. Dès le lendemain, elle reçoit des menaces pour retirer la vidéo. Des pressions qui illustrent un système de harcèlement plus large, explique Eastina Taylor, de l'ONG Women in the Media Sierra Leone. « Le harcèlement sexuel commence dès l’université et se poursuit dans les rédactions, mais aussi lors des interviews. Il arrive que quelqu’un vous regarde et vous dise : "J’aime votre robe, j’aime votre poitrine". Moi-même, en tant que journaliste, j’y ai été confrontée : certains refusent qu’un homme les interviewe et demandent spécifiquement que ce soit une femme ».

    Face à ces pratiques, Umu Thoronka veut aller au-delà de son cas personnel : mettre fin à l’impunité. « Si j’ai saisi la Cour de la Cédéao, ce n’est pas seulement pour obtenir réparation, mais pour mettre fin à l’impunité. Je veux que d’autres femmes puissent parler et faire valoir leurs droits ».

    La procédure est désormais entre les mains de la Cour de justice de la Cédéao, saisie en septembre 2025. Mais le gouvernement sierra-léonais n’a toujours pas répondu. Ses avocats viennent de déposer une requête pour contraindre l’État à réagir. Une affaire qui pourrait faire jurisprudence pour la protection des femmes journalistes dans la région.

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  • France: inquiétudes sur l’avenir de la presse scientifique
    2026/04/25

    Aujourd’hui, la presse scientifique en France traverse une période assez fragile. Entre le plan social annoncé chez Prisma Media et le rachat de titres comme Science et Avenir ou La Recherche par le groupe LVMH, il y a des inquiétudes sur l’avenir de ces rédactions, et notamment sur leur indépendance. Dans le même temps, on voit circuler de plus en plus de discours, politiques notamment, qui remettent en cause certains consensus scientifiques ; par exemple sur la question du climat. Pourtant, avoir accès à une information scientifique fiable et de qualité reste essentiel pour que le débat démocratique fonctionne correctement.

    « Aujourd'hui, ce qui se passe pour la presse scientifique, c'est un séisme. En fait, c'est du jamais-vu. Et nous, ça nous inquiète très fortement, effectivement », dit Charles Behr, le président de l'AJSPI, l'association des journalistes scientifiques de la presse d'information.

    « En fait, il y a trois situations qui nous inquiètent. Il y a celle à Prisma Media, donc avec un plan social, avec 40 % des effectifs menacés. Il y a la situation à 60 millions de consommateurs où là, très probablement, il va y avoir une disparition de ce magazine. Et puis il y a ce rachat de Sciences et Avenir et La Recherche, qui sont deux magazines de sciences emblématiques et qui ont donc été rachetés par le groupe LVMH. Et on ne sait pas trop ce qui va devenir de ces magazines ».

    Sciences et Avenir, La Recherche, des titres fondés il y a 79 et 56 ans, des magazines de référence, rachetés en décembre dernier avec le titre d'information économique Challenges par LVMH, le groupe de luxe du milliardaire Bernard Arnault. Les rédactions des trois magazines ont demandé, sans succès, la signature d'une charte d'indépendance par leur nouveau propriétaire. Et en l'absence de garanties pour l'emploi, les salariés ont voté une motion de défiance contre LVMH en février.

    Chez Prisma Media, le numéro un de la presse magazine française, le couperet est déjà tombé : ce sont 40 % des effectifs, soit 279 postes, qui sont supprimés pour le groupe repris en main par des proches du milliardaire catholique et ultraconservateur Vincent Bolloré. Et de vraies craintes pour des magazines comme Géo ou encore Ça m'intéresse. Enfin, 60 millions de consommateurs, mis en vente par l'État, pourtant référence pour la défense des consommateurs, à l'origine de nombreuses enquêtes comme celle qui avait traité des poupées sexuelles à caractère pédopornographique en vente sur la plateforme Shein, ou de la présence de pesticides dans les protections hygiéniques.

    « L'information santé sauve des vies »

    « Ce sont les magazines qu'on retrouve dans la salle d'attente, chez notre dentiste, chez notre médecin. Et mine de rien, on absorbe de l'information santé, des conseils utiles pour notre quotidien. Et c'est ça qui est important, c'est de défendre les sciences spécialisées, mais aussi dans les magazines généralistes », explique Charles Behr.

    Pour défendre les sciences et l'actualité scientifique, cela nécessite des journalistes de dossier, des journalistes formés, car les enjeux sont loin d'être anodins. « Une bonne information agit directement sur la vie. L'information santé sauve des vies. Quand il s'agit d'environnement, cela a un vrai impact sur les gestes que la population peut faire au quotidien, mais aussi sur son choix dans les urnes pour changer les politiques environnementales. Donc on se rend bien compte que l'information scientifique, qui paraît complexe, en fait, elle est hyper ancrée dans le quotidien des gens. »

    Et donc source également de nombreuses opérations de désinformation. Si l'État français a lancé récemment une stratégie nationale de lutte contre les fausses informations scientifiques, notamment en matière de santé, avoir accès à une presse spécialisée ou grand public de qualité est d'autant plus primordial.

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  • Afghanistan: menaces sur les ondes, l'enquête de Forbidden Stories
    2026/04/18
    Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, au moins 75 journalistes ont été arrêtés, des milliers ont dû quitter la profession, notamment des femmes, et certains forcés de fuir pour leur vie. C'est le cas de Sultan Ali Jawadi, rédacteur en chef de Radio Nasim, un média local qui enquêtait sur le gouverneur de la province du Daykundi et la corruption endémique. L'ONG Forbidden Stories a poursuivi son travail et dresse cette semaine un portrait effrayant du désormais gouverneur de Kaboul, un homme aux deux visages. L’architecte de la répression d’une rédaction. « Si on est expulsé vers l’Afghanistan, on sera emprisonné ou tué par les Talibans », confie la peur au ventre Sultan Ali Jawadi. Il nous appelle depuis sa cachette pakistanaise. Impossible de sortir, le jeune trentenaire craint chaque jour les raids de la police qui ont renvoyé près d’un million d’Afghans l’année dernière. Pour le rédacteur en chef de Radio Nasim, le retour signifie la peine de mort. À la tête de ce média local, sa liberté de ton, sa couverture de l’actualité locale et ses enquêtes sur le gouverneur de la province ont déplu aux talibans. L’ONG Forbidden Stories a repris son travail, révélant l’ampleur de la répression des journalistes et l’étendue du détournement de l’aide humanitaire, le tout sous la férule d’un homme : Aminullah Obaid, gouverneur de la province du Daykundi. « Double visage » « La situation sécuritaire au Daykundi était très mauvaise après la prise de pouvoir des talibans, se rappelle Sultan Ali Jawadi. Il était nécessaire de faire une interview avec le gouverneur et que nous l'interrogions sur la situation ». En décembre 2021, à peine trois mois après la chute de Kaboul, Radio Nasim interview l’homme qui signera l’arrêt de mort du média. « Il est très affable, il a l'air bonhomme, il a toujours un sourire », décrit Eloise Layan, journaliste derrière l’enquête de Forbidden Stories. Mais c’est un homme au double visage ». « En apparence il traite les gens tout à fait correctement, mais il frappe par derrière », explique Sultan, dont le calvaire commence peu de temps après l’interview. Alors que le gouverneur veut se donner initialement une image d’homme modéré, ses actes sont rapidement plus éloquents que sa communication. Après une première arrestation, en octobre 2023, la radio est perquisitionnée, plusieurs journalistes arrêtés. Dont Sultan Ali Jawadi qui raconte avoir subi « des tortures physiques et psychologiques aux mains des talibans ». Deux mois plus tard, il est condamné à un an de prison après une longue procédure judiciaire. « C’est l’un des rares journalistes à avoir eu un procès, ou en tout cas des documents administratifs de la Cour suprême de l’État islamique qui décrivent les chefs d’accusation », explique Eloise Layan. Propagande, espionnage au service de l’Occident, collaboration avec des organisations étrangères, incitation de « la population à se soulever contre l’Émirat islamique » autant d’éléments qui révèlent les méthodes de répression des talibans, et du premier d’entre eux dans la province. « Sultan Ali Jawadi est accusé d’avoir dit que les gens dans la région vivaient dans la pauvreté, que des écoles pour filles avaient fermé, poursuit la journaliste de Forbidden Stories. On voit bien que le régime ne supporte aucune critique. » Détournement d’aide humanitaire Un harcèlement des autorités lié notamment à l’intérêt de la rédaction pour un sujet : le détournement de l’aide humanitaire. « Il a parfois maltraité des ONG et les a rackettés », explique le rédacteur en chef. « C’est comme si une ligne rouge avait été franchie, analyse Eloise Layan. C'est à partir du moment où des reportages paraissent en mettant en cause directement Aminullah Obaid dans le détournement de l’aide humanitaire que ses problèmes débutent ». Malgré cette condamnation et le harcèlement constant des autorités, Sultan Ali Jawadi poursuit son travail. Jusqu’à ce mois d’août 2025. Sa douzième arrestation est celle de trop. « Les talibans nous ont dit : Si vous continuez votre travail, vous serez tués ». Radio Nasim cesse d’émettre, ses journalistes prennent la fuite. Mais Forbidden Stories n’a pas laissé l’ex-gouverneur de la province s’en sortir sans encombre. L’enquête remarquable détaille le parcours et la corruption de celui qui était un véritable inconnu en 2021, et qui désormais a « pris une autre dimension » en devenant gouverneur de Kaboul. C’est un proche d’un co-fondateur du mouvement taliban, mollah Abdul Ghani Baradar », pointe Eloise Layan. Clairement, notre enquête fait ressortir le fait qu’Aminullah Obaid était extrêmement impliqué dans le détournement de l’aide à tel point que plusieurs ONG ont décidé d’arrêter de ...
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