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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

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エピソード
  • En Zambie, avant la présidentielle, les nouvelles lois sur le numérique inquiètent les médias
    2026/05/23

    En Zambie, de nouvelles lois sur la cybersécurité et la cybercriminalité inquiètent journalistes et défenseurs des droits humains. Adoptés en avril 2026 par le Parlement puis promulgués dans la foulée par le président Hakainde Hichilema, ces textes sont officiellement destinés à lutter contre les abus en ligne et les fraudes numériques. Mais à moins de trois mois de la présidentielle du 13 août 2026, plusieurs médias indépendants dénoncent des lois aux contours flous, susceptibles selon eux de faire taire les voix critiques et d’encourager l’autocensure.

    En Zambie, un virage législatif surprend de nombreux journalistes, à l’image de Joseph Mwenda, rédacteur en chef du journal indépendant News Diggers. Le président Hakainde Hichilema avait pourtant supprimé le délit de diffamation du chef de l’État, une mesure longtemps utilisée pour museler les voix critiques. Mais selon Joseph Mwenda, ces restrictions refont surface aujourd’hui, sous une autre forme, à travers les nouvelles lois sur la cybercriminalité.

    « Qu’ont-ils fait ? Ils ont introduit la loi sur la cybersécurité, et cela crée à nouveau des problèmes. C’est une loi compliquée, qui rend notre travail très difficile, parce qu’elle donne à la police et aux forces de l’ordre le pouvoir d’effectuer des perquisitions à leur propre discrétion, y compris de venir chez vous pour fouiller, dès lors qu’ils estiment que vous pourriez détenir des informations liées à la sécurité nationale. Et parfois, même certaines critiques peuvent être interprétées comme des infractions en ligne », explique-t-il.

    Officiellement, le gouvernement zambien affirme vouloir lutter contre les fraudes en ligne, les faux comptes ou encore le harcèlement numérique. Mais pour plusieurs défenseurs des médias, certaines dispositions de ces lois restent trop vagues. C’est le cas d’Austin Kayanda, directeur du Media Institute of Southern Africa en Zambie. « Quand on regarde ces nouvelles lois sur la cybersécurité, il existe même une disposition qui prévoit jusqu’à 25 ans de prison pour quelqu’un qui détient "trop d’informations". Mais que signifie exactement détenir "trop d’informations" ? Ce n’est pas défini. Au fond, n’importe qui peut devenir une cible », souligne-t-il.

    Ces formulations floues poussent déjà certains journalistes à éviter les sujets sensibles. Charles Mafa, fondateur de Makanday, un centre de journalisme d’investigation indépendant en Zambie, en fait le constat. « Il y a désormais beaucoup de prudence lorsqu’il s’agit de choisir les sujets sur lesquels les journalistes peuvent travailler. Nous voyons des journalistes éviter les sujets politiques, éviter de parler des élections. Et cela a un impact, parce qu’ils ne se sentent plus libres de traiter certains sujets d’intérêt public », affirme-t-il.

    Cette peur ne se limite plus aux seules rédactions. « Même des citoyens ordinaires hésitent désormais à commenter des sujets politiques en ligne. On voit des messages du type : "Je n’ai pas d’avocat." ou encore "Mon avocat est occupé, je vais finir derrière les barreaux" », ajoute Charles Mafa.

    Le gouvernement zambien, quant à lui, assure que ces lois sont nécessaires pour sécuriser l’espace numérique. Mais dans un pays où une grande partie du journalisme indépendant se fait désormais en ligne, plusieurs rédactions redoutent d’être directement visées par ces nouvelles dispositions.

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  • L'intelligence artificielle, nouvelle menace pour l'économie des médias
    2026/05/16

    Licenciements de secrétaires de rédaction remplacés par des agents IA en France, hécatombe de journaux régionaux aux États-Unis, recettes publicitaires à la peine pour la plupart des publications, les temps économiques sont durs pour les médias. En cause, une évolution des habitudes et des attentes des consommateurs, des modèles obsolètes mais surtout une nouvelle révolution numérique, l'intelligence artificielle.

    L'Intelligence artificielle est en train de modifier en profondeur à la fois la manière de faire les produits journalistiques mais aussi de les commercialiser. Dans le modèle économique actuel, une partie grandissante des revenus des médias se fait via ses audiences numériques, à travers les moteurs de recherche des grandes plateformes. Beaucoup de journaux notamment ont eu des difficultés pour se faire payer au juste prix les contenus dont profitent Google et autre Facebook pour générer du trafic et donc des recettes publicitaires.

    Or le paradigme est déjà en train de changer : là où les médias s’adressaient auparavant à des moteurs de recherche, ils doivent désormais faire face à des moteurs de réponses, les fameux chat IA, et cela change tout, explique dans un article de The Conversation, Henri Isaac, maître de conférences en sciences de gestion à l'université Paris-Dauphine et membre du think tank « Renaissance Numérique ». Selon lui, les médias doivent « repenser entièrement leur modèle d'affaires sous peine de disparition » car les outils conversationnels générés par IA aspirent les contenus créés par les médias et les résument, limitant d'autant la génération de trafic sur les sites d'entreprises de presse notamment. Une logique du « zéro clic » qui inquiète beaucoup les médias.

    Des solutions existent, mais restent hypothétiques

    Face à ce danger déjà menaçant, plusieurs options s'offrent aujourd'hui : négocier le paiement de droits en s'appuyant sur de nouvelles législations. En France, par exemple, une proposition de loi instaurant une présomption d'utilisation des contenus est dans les tuyaux. Objectif à terme : forcer les géants de l'IA à payer des droits d'auteur en amont pour utiliser les contenus d'artistes ou de médias.

    Mais ces accords de licence risquent de ne pas compenser les baisses de revenus publicitaires. La tentation de certains médias d'utiliser l'intelligence artificielle pour réduire leurs coûts est également risquée selon Henri Isaac, car cela réduit la plus-value de l'offre.

    L'exemple du New York Times

    Le chercheur propose plutôt de s'inspirer de ce que fait le New York Times, qui commercialise des offres couplées : journal, guide de cuisine, d’achat, jeux, podcasts, le tout personnalisé au maximum. Et cela fonctionne, la société a dépassé les 13 millions d’abonnés et son bénéfice par action s’est envolé de 30 % au 1er trimestre 2026. Sauf que tout le monde ne dispose pas de la même image de marque.

    Pour les médias moins identifiés, notamment la presse quotidienne régionale, jouer davantage collectif serait sans doute payant en s'appuyant par exemple sur leurs fonds d'archives, inaccessibles à l'IA. Car l’isolement relatif des médias les place depuis des années en position de faiblesse quand il s’agit de négocier avec les Gafam et les évolutions législatives arrivent parfois trop tard pour sauver les entreprises les plus fragiles.

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  • «Objection», un tribunal IA des médias et un danger pour le journalisme d'investigation
    2026/05/09

    Aux États-Unis, il existe désormais une start-up qui propose aux citoyens de contester des articles de presse qu'ils estiment faux, ou diffamatoires. Pas de tribunal ni d'avocat : le seul juge est l'Intelligence artificielle, qui statue à partir de ses recherches sur le web sur la fiabilité d’une information journalistique. Derrière des airs de « fact-checking », elle est une arme dangereuse contre le journalisme d'investigation.

    « Des journalistes qui ruinent votre réputation...? Pour riposter... voici Objection ». Cette vidéo a des airs de bande annonce de blockbuster américain, mais elle présente la nouvelle start-up américaine de Aron D'Souza : Objection. Une plateforme en ligne qui permet aux individus de contester des affirmations dans les médias via un « tribunal IA ». En clair, des enquêteurs vont faire des recherches puis les fournir à une intelligence artificielle qui devra déterminer qui, du journaliste ou de la personne qui l'attaque, dit vrai.

    Une IA donc, présentée comme capable d’évaluer la fiabilité d’une information. Pour Lucas Segal, avocat en droit du numérique, ce système n'a aucune valeur juridique ou officielle : « Cet outil n'a aucune autorité judiciaire, c'est un outil lancé par un organisme privé. C'est la Constitution des États-Unis qui organise le pouvoir judiciaire et c'est elle qui désigne quelles sont les autorités qui peuvent dire le droit.

    C'est susceptible d'être dangereux à partir du moment où ça va prendre de la légitimité. Si demain, les citoyens commencent à avoir plus de (foi) dans cet outil-là et dans son score d'honorabilité... que dans une éventuelle décision de justice, ... ça peut devenir dangereux, parce que ça va pouvoir décrédibiliser les médias... »

    Son fondateur veut remplacer la justice et les avocats, bien plus chers que les services d'Objection, qui demandent 2 000 dollars, soit environ 1700 euros, pour évaluer la fiabilité d’une information... Pas besoin d'être l'individu concerné dans l'article pour saisir cette justice alternative.

    Les médias dans le collimateur

    Son fondateur, un entrepreneur et juriste américain, est proche des cercles de la tech conservatrice américaine et il profite du financement du millardaire américain Peter Thiel, connu pour son hostilité à l'égard des médias traditionnels. Les médias sont d'ailleurs la principale cible de la start up, surtout lorsqu'ils critiquent les grands groupes de la Sillicon Valley, et les puissants.

    Nicholas Dawes, chroniqueur et consultant en médias aux États-Unis, s'inquiète de cette menace pour le journalisme d'investigation. « Nous sommes dans une situation où il est très facile de s'en prendre à un journaliste ou à un média si l'on n'apprécie pas ce qu'ils ont écrit à propos de soi ou de son entreprise. Et je pense que ce qu''Objection IA' tente de faire, c'est de mettre en place une structure officielle pour permettre cela. S'ils y parviennent – et c'est là toute la question –, cela pourrait encourager davantage les attaques de mauvaise foi contre le journalisme de qualité. En tant que journalistes, nous devons refuser de coopérer, et ne leur accorder absolument aucune crédibilité. »

    La start-up se dit tribunal, elle en utilise les méthodes et le vocabulaire : numéros de dossiers, preuves et jugement. Sauf que ce « tribunal de la vérité » se moque de la loi, de la déontologie. Et considère qu'un article sans source clairement indentifiable est un article qui ment... C'est pourtant grâce à des sources anonymes et protégées que certains des plus gros scandales ont vu le jour.

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