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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

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エピソード
  • Somalie: les journalistes pris pour cibles pour avoir raconté l’histoire de Sadia
    2026/10/31

    Elle est aujourd’hui libre, après plusieurs mois de détention. En Somalie, Sadia Moalim Ali, conductrice de taxi et militante, dénonçait sur les réseaux sociaux la hausse des prix, les expulsions forcées et les violences faites aux femmes. Elle affirme avoir été torturée en prison. Les journalistes qui ont osé raconter son histoire sont devenus à leur tour des cibles. L’un d’eux a dû fuir le pays. Le récit de Christina Okello.

    Le 8 mai 2026 reste gravé dans la mémoire de Mohamed Bulbul. Ce journaliste somalien couvre l’affaire Sadia Moalim Ali. Ce soir-là, il est avec deux confrères. Il raconte : « Nous avons été attaqués dans un restaurant à Mogadiscio. Nous avons été violemment frappés, puis conduits au bureau du chef de la police. Là on m'a laissé le choix entre trois options : travailler avec eux et accepter leur argent ; quitter le pays ; ou, si je refusais les deux, être tué. »

    Mohamed Bulbul décide de quitter la Somalie. Il laisse derrière lui ses parents et ses deux enfants.

    Son tort ? Avoir raconté l’histoire de Sadia Moalim Ali, une conductrice de taxi arrêtée après avoir dénoncé sur les réseaux sociaux la hausse des prix et les abus du pouvoir. Elle affirme avoir été torturée en prison. Son témoignage est relayé dans la presse internationale.

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    Le 25 juin, les pressions touchent aussi les journalistes venus couvrir son procès. Abdalle Mumin, secrétaire général du Syndicat des journalistes somaliens, raconte l’arrestation de son confrère Abdukadir Abukar Ali : « Il a été arrêté par la police au contrôle de sécurité du tribunal. Son téléphone et sa caméra ont été confisqués. Il a été emprisonné et interrogé, puis libéré après trois jours. Il nous a expliqué pourquoi il avait été arrêté. Ce matin-là, dans une courte vidéo sur l’affaire Sadia, il avait posé une question : aurait-elle droit à un procès équitable ? »

    Ce jour-là, Sadia Moalim Ali est condamnée à trois ans de prison. La condamnation sera annulée en appel. Libérée début août, elle quitte elle aussi le pays. Mais pour les journalistes restés sur place, la peur demeure.

    Abdalle Mumin : « Des journalistes, dont mes collègues, s’autocensurent pour éviter les problèmes avec la police, les milices ou les autorités locales. Cela a aussi un impact sur les droits humains. Quand les journalistes ont peur de couvrir certains sujets, plus personne n’ose parler. »

    Pour continuer à enquêter librement sur les abus du pouvoir, les journalistes en Somalie n’ont plus d’autre choix que l’exil, déplore Abdalle Mumin.

    Sadia Moalim Ali, elle, mesure ce qu’elle doit à ceux qui ont raconté son histoire. « Sans vous, je ne serais pas libre aujourd’hui. Si vous n’aviez pas rapporté les faits avec exactitude et dit la vérité sur mon affaire, si vous n’aviez pas fait connaître au monde l’injustice que je subissais, je n’aurais pas retrouvé ma liberté. Je veux que les journalistes continuent à raconter l’histoire de tous ceux qui ont été injustement privés de leur liberté. »

    En Somalie, informer a un coût. Le silence aussi.

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  • Présidentielle au Brésil: la presse craint une victoire de Flavio Bolsonaro
    2026/10/23

    Ce dimanche 25 octobre 2026, s'affronteront au Brésil le président sortant de gauche, Lula, et le candidat d’extrême droite, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Dans les médias brésiliens, l’inquiétude grandit face au risque d’un retour de l’autoritarisme et à ses conséquences pour la liberté de la presse. D’autant que, pendant cette campagne, plusieurs journalistes ont été la cible d’attaques.

    De notre envoyé spécial au Brésil,

    La semaine dernière, 55 médias indépendants brésiliens en ligne ont publié un éditorial commun pour défendre la démocratie et la liberté de la presse. Leurs craintes : voir reprendre les représailles et les intimidations dont les médias ont été victimes sous la présidence de Jair Bolsonaro si son fils Flavio est élu. Une inquiétude justifiée selon Artur Romeu, directeur du bureau Amérique latine de Reporters sans frontières. « La candidature de Flavio Bolsonaro reprend en grande mesure l’héritage politique de son père et capitalise sur cet héritage, souligne-t-il. Et il incarne en fait le mouvement de l’extrême droite, aussi incarné par le bolsonarisme, par ce qu’a représenté Jair Bolsonaro dans le paysage politique brésilien. »

    Selon la Fédération nationale des journalistes brésiliens, plus de 1 400 cas de violence et d’agressions contre des journalistes ont été recensés sous la présidence de Jair Bolsonaro entre 2019 et 2022. C’est trois fois plus que les années précédentes. Et cette violence, notamment verbale, a de nouveau marqué la campagne présidentielle. C’est ce qu’a constaté Reporters sans frontières en surveillant les plateformes X et Instagram. « Nous avons répertorié autour de 3,5 millions de publications sur ces deux réseaux sociaux et, dans cet univers, plus de 14 000 attaques : stigmatisations, attaques verbales, insultes, tout ce que vous pouvez imaginer en termes de discours violent vis-à-vis de la presse, alerte Artur Romeu. Donc plus de 14 000 publications qui portaient ce discours. »

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    « Des lynchages en ligne »

    Les conséquences de ces attaques verbales et de ces intimidations étaient déjà visibles sous le gouvernement de Jair Bolsonaro. De nombreux journalistes ont notamment dû renoncer à publier certains contenus sur les réseaux sociaux. « C’était assez impressionnant à quel point pas mal de journalistes ont dû fermer leurs comptes sur les réseaux sociaux pour échapper à des lynchages en ligne », poursuit le directeur du bureau Amérique latine de Reporters sans frontières.

    Dans leur éditorial commun, les 55 médias rappellent une évidence : pour juger l’action d’un gouvernement, les citoyens ont besoin d’une presse libre. Et cette presse a besoin d’institutions capables de protéger son travail. Flavio Bolsonaro, lui, n’a pas réagi publiquement à cet éditorial.

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  • En Égypte, une rédaction entière réduite au silence
    2026/10/10

    Fin septembre, l'ensemble des journalistes du média en ligne Matsadaash ont été arrêtés. Détenus pendant cinq jours et torturés, selon leurs dires, ils sont poursuivis par la justice égyptienne pour terrorisme et diffusion de « fausses informations ». Plus de 80 organisations, parmi lesquelles Human Rights Watch, Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes, exigent leur libération immédiate. Un appel presque vain.

    La nuit est à peine tombée sur le Caire. Le journaliste Mohamed Ashraf Abu Emeira est chez lui, dans la soirée du lundi 28 septembre, quand des policiers en civil perquisitionnent son domicile. Ils le placent en garde à vue. Sans aucune explication.

    Ses cinq autres collègues sont arrêtés le lendemain. En moins de 24 heures, c'est toute la rédaction du média indépendant Matsadaash (« N'y croit pas » en arabe) qui est démantelée. Ce média en ligne, spécialisé dans le fact-checking, n'hésitait pas à remettre en cause les déclarations du gouvernement. Une liberté qui ne passe plus en Égypte, où le régime d'Abdel Fattah al-Sissi censure toute information critique.

    Lobna Darwish travaille pour l’ONG Initiative égyptienne pour les droits individuels, dont les avocats représentent les six journalistes. Elle raconte, depuis le Caire, leurs conditions de détention : « Ils ont été maintenus en secret sans pouvoir contacter ni leurs avocats ni leurs familles, pendant près de cinq jours. Lorsqu’ils ont comparu devant le parquet, plusieurs d’entre eux ont déclaré avoir été torturés durant leur détention. Des coups, des décharges électriques, et des menaces contre leur famille... Tout ça les yeux bandés et les mains menottées pendant des jours. Plusieurs ont aussi été contraints d’être filmés en train de faire de faux aveux, qu’ils lisaient sur des feuilles remises par la police. » De leur côté, les autorités égyptiennes nient toute forme de torture.

    Mercredi 7 octobre, la justice tranche : les six journalistes sont inculpés d'infractions liées au terrorisme, accusés d'avoir reçu des financements de l'étranger pour diffuser de « fausses informations », et de travailler pour les Frères musulmans.

    « Prétendre que des personnes ont des liens avec les Frères musulmans est une tactique courante. Elle est utilisée pour dissuader toute solidarité envers les personnes arrêtées, et pour les priver de leurs droits fondamentaux, comme le droit à un procès équitable et à une procédure régulière », déplore Lobna Darwish

    De nouvelles accusations pour prolonger les détentions

    Vingt-cinq journalistes sont à présent emprisonnés en Égypte, selon Human Rights Watch. Bassam Khawaja, responsable de l'ONG dans la région, dénonce des emprisonnements à rallonge. « Il arrive que lorsque des personnes sont condamnées, souvent à l'issue de procès inéquitables ou de procès collectifs, les autorités refusent de les libérer à l'issue de leur peine, explique-t-il. On leur inflige par exemple de nouvelles accusations quasi identiques afin de les maintenir en détention plus longtemps. »

    Malgré la libération d’un journaliste et d’un blogueur en 2026, jamais, au cours de la dernière décennie, la répression contre la presse n’a atteint un tel niveau dans le pays, souligne Bassam Khawaja. « Quand on est prêt à arrêter toute une rédaction et à la faire disparaître, quand on s’en prend aux écrivains, aux économistes, aux dessinateurs, il est impossible de prétendre qu’il existe quoi que ce soit qui ressemble aujourd'hui à la liberté d’expression en Égypte. Beaucoup de journalistes doivent désormais opérer en exil. »

    L’Égypte est 169ème sur 180 au classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Le pays a perdu dix places depuis l’arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi, en 2013.

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